21.12.2011
Bonana et bon appétit
Au moment d'aborder les agapes de fin d'année, je m'en voudrais de vous couper l'appétit mais, vraiment, dans ce domaine comme dans d'autres, on vit sur une drôle de planète.
Selon l'OMS, ce n'est plus tant la "sous-nutrition" que la "malnutrition" qui constitue un véritable problème de santé publique.
En effet, si une partie de la population mondiale reste sous-alimentée ( quand même 880 millions sur 7 milliards), deux fois plus d'humains sont déjà actuellement en surpoids ( 1,6 milliard dont 500 millions d'obèses) alors que 2 milliards souffrent de carences alimentaires. Restent 2 milliards à peu près nourris correctement.
Les projections démographiques tablent sur une croissance de la population qui devrait culminer vers 2050 à 9 milliards d'humains; mais cette progression, liée à l'amélioration du pouvoir d'achat de certaines régions du monde, devrait engendrer une demande quasi doublée de consommation de viandes et de produits laitiers. Or, on sait que la production de viande nécessite une utilisation massive de terres de cultures et d'eau. Est-ce jouable? En tout cas, ces perspectives ont l'air bancables car des fonds d'investissements se constituent pour soutenir les projets agro-industriels qui se mettent en place pour capter ces marchés prometteurs, même si l'on pressent que la planète bleue va souffrir et que les humains ne vont pas forcément se porter mieux si le bon sens paysan devient universel lorsqu'il proclame que :" Dans le cochon, tout est bon".
Doit-on pour autant se mettre tous à manger des criquets et des chenilles, gorgés de protéines, de fer et d'oméga?
Selon les spécialistes de l'entomophagie, il existerait 1462 sortes d'insectes comestibles à haute valeur nutritionnelle!
Pas une ligne de ce problème dans la déclaration gouvernementale et pas besoin de parier, on n'en parlera pas non plus durant les campagnes présidentielles française ou américaine de 2012. Seuls les écolos et les ONG abordent ce genre de problématique alors qu'il s'agit d'une question essentielle et que la parole ne doit pas être laissée aux seuls opérateurs économiques.
Car qu'entend-t-on?
En France, le magazine " Que Choisir" a étudié 700 spots publicitaires télévisés diffusés aux heures d'audience des enfants et adolescents. 89% des spots vantaient des aliments repris dans la pyramide nutritionnelle dans la catégorie "superflus- industriels- caloriques"- qui ont trait aux gâteaux, confiserie, boissons sucrées, céréales raffinées etc.
Les produits de base - l'eau, les fruits et les légumes- ne représentent que 6% des messages publicitaires!
Bon, vous n'êtes pas obligés de manger des sauterelles ou des libellules au réveillon du nouvel an, encore qu'il parait que les criquets ont un délicat goût noisette, mais l'an prochain peut-être...
Si l'envie vous prend, il existe déjà des blogs qui donnent des recettes pour cuisiner les scarabées ou les chenilles: www.girlmeetsbug.com
Bon appétit et Bonana
15:37
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11.12.2011
La vie de bureau
Règlement de travail pour le personnel de bureau.
Crainte de Dieu, propreté et ponctualité sont indispensables.
Le personnel n’aura à l’avenir plus besoin de travailler que les jours ouvrables, du lundi au samedi inclus, de 6h00 du matin à 6h00 du soir. Le dimanche sera réservé au Seigneur.
L’utilisation de manteaux au bureau est interdite, puisque le personnel dispose d’un fourneau. En hiver, les membres du personnel devront tous apporter quotidiennement 4 livres de charbon.
Il est interdit de parler pendant les heures de bureau. Un employé qui fume des cigares, boit de l’alcool et fréquente les assemblées politiques ou les salles de billard, permet que son honneur, ses idées, sa correction et sa réputation soient mises en doute.
Il est loisible de manger entre 11H30 et 12H00 mais sans interrompre ses occupations.
Les membres du personnel doivent veiller à leur santé ; les salaires seront supprimés en cas d’absence. C’est pourquoi nous recommandons vivement d’épargner une partie appréciable des salaires en prévision de maladies ou des vieux jours pour ne pas tomber à charge de la charité publique.
Nous espérons que les membres du personnel ( et les lecteurs de ce post) apprécieront la générosité de ce nouveau règlement du personnel de bureau.
Ainsi fait en 1810 au Royaume de sa Très Gracieuse Majesté
23:22
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02.12.2011
Est-ce grave Dr Euro ( suite)
Donc, les problèmes rencontrés par les banques, comme par les Etats, résultent de leurs sur- endettements. Les banques empruntent pour placer de plus en plus d’argent dans des opérations sensées être plus rémunératrices mais aussi plus risquées comme par exemple dans des monnaies étrangères, des fonds spéculant sur les matières premières ou dans les marchés émergents des pays en forte croissance comme les BRIC( Brésil-Russie-Inde ou Chine) dont la monnaie est cependant instable et les données économiques et financières approximatives.
Les Etats empruntent pour couvrir leurs dépenses supérieures à leurs recettes. Lorsqu’on a édifié l’Union Européenne, on a essayé de contrôler les Etats en fixant des normes à respecter ; le fameux « Traité de Maastricht » a notamment décidé qu’un pays ne pouvait pas présenter un budget qui comprendrait un déficit de ses recettes par rapport à ses dépenses de plus de 3% de son PIB (total de son « chiffre d’affaires annuel» c.-à-d. l’ensemble des créations de biens et services d’un pays en un an). Malheureusement ces décisions, visant à éviter les dérapages d’un pays dépensier, n’ont pas été assorties de vraies sanctions car les états s’y opposaient ; des déclarations de bonnes intentions, oui- des sanctions, non.
Dans l’ensemble, tous les pays doivent emprunter pour couvrir leurs budgets et, en soi, ce n’est pas malsain. Les familles aussi recourent à l’emprunt et heureusement car s’il fallait payer cash sa maison ou sa voiture, l’économie serait très ralentie.
L’Etat emprunte auprès de ses citoyens par l’émission de « Bons d’Etat » ainsi que le gouvernement belge vient de le faire en levant 4 milliards d’euros en piochant dans l’épargne des contribuables ; il peut aussi emprunter sur les marchés internationaux auprès de banques étrangères, de fonds de pension ou d’organismes internationaux en émettant des OLO.
En Belgique, l’Etat emprunte surtout auprès des institutionnels via les OLO ; seuls 1% des emprunts s’adresse à la population. Le succès inespéré de l’emprunt émis cette semaine (bons à 4% pour une durée de 5 ans) va peut-être persuader le prochain gouvernement Di Rupo de revenir vers le marché national. En tout cas, on a démontré aux prêteurs internationaux que l’épargne belge est abondante et que s’ils sont trop exigeants envers la Belgique en terme de taux d’intérêt (qui avait culminé à plus de 5% sur les marchés internationaux il y a 10 jours), l’état belge pouvait se passer d’eux en s’adressant directement au bas de laine des belges évalué à 800 milliards d’euros !
Que ce soit sur les marchés internationaux ou sur le plan national, pour qu’on prête à un état (ou à une banque ou à une famille) il faut avoir confiance dans l’emprunteur. Si la confiance est basse le prêteur exigera un taux d’intérêt élevé ; si la confiance règne le taux exigé restera raisonnable.
Ainsi l’Allemagne inspire confiance et le taux de ses emprunts avoisine 2% - en Belgique, on tourne autour de 4%- en Italie, 7%- en Grèce 15%.La différence de taux entre les pays s’appelle « le spread « qui mesure l’écart de « santé » d’une économie à l’autre. Ainsi le spread entre l’Allemagne et l’Italie est de 5% ce qui signifie que les italiens doivent payer beaucoup plus cher pour recevoir de l’argent en prêt. On s’oriente clairement vers un cas de surendettement, comme un ménage qui se couvre de dettes à des taux trop élevés. De plus lorsqu’un emprunt arrive à échéance, l’Etat pour le rembourser émet un nouvel emprunt qui sert à rembourser le premier. Par exemple, la Belgique devra lever 40 milliards l’année prochaine, rien que pour rembourser des emprunts qui arrivent à échéance ! C’est ainsi que les états ne remboursent jamais leurs dettes, qu’ils procèdent par une fuite en avant jusqu’à ce que les prêteurs les arrêtent dans leurs courses folles et coupent les crédits ; alors c’est la crise et l’appel à l’aide. Quelle aide ?
Le problème central provient du fait que depuis 10 ans tous ces pays utilisent la même monnaie ; l’Euro et qu’il est très difficile de faire fonctionner une économie à plusieurs vitesses mais avec une seule monnaie. C’est comme si on avait 11 joueurs de football de force très différentes qui devaient jouer ensemble sur le même terrain (l’Europe) avec le même ballon (l’euro). Les plus forts auraient envie de dire aux plus faibles « Allez jouer avec un autre ballon sur un autre terrain et les plus faibles demanderaient de jouer moins vite ou de changer les règles du jeu ». Auparavant, quand un pays était au bord de l’asphyxie, il recourait à l’arme fatale de la « dévaluation » de sa monnaie nationale qui devenait moins chère par rapport aux devises et relançait ses exportations. Même la Belgique y a eu recours en 1982 !
Mais maintenant ce n’est plus possible car les 17 pays de la zone euro utilisent la même monnaie et les plus faibles ne peuvent pas provoquer une dévaluation collective de l’euro qui affecterait tous les pays puisqu’une dévaluation entraine aussi, mécaniquement, un surenchérissement des importations. (Voir post du 18/02/2010 « Double Dip »).
Il faut admettre qu’il y a eu une double erreur politique, d’abord lorsque la monnaie euro a été accordée à des pays dont l’économie n’était pas au niveau des autres (par exemple la Grèce) et ensuite lorsqu’on a lancé cette monnaie sans harmoniser les politiques économiques et fiscales intra-communautaires. Les 17 joueurs ont reçu le même ballon mais n’ont pas été contraints d’appliquer les mêmes règles du jeu, d’où la cacophonie. Même le plus abruti des supporters hooligans du « Hell Side » du Standard peut comprendre cela, mais semble-t-il pas nos politiciens !
Ou plutôt, ils savaient pertinemment bien qu’ils allumaient une bombe à retardement mais les enjeux politiques d’autres natures prévalurent et les plus machiavéliques parièrent sur la correction et l’harmonisation des règles du jeu à la faveur des inévitables crises qui se préparaient, conscients que les Etats, comme les personnes, n’acceptent le changement que dans un schéma de crise. Peut-être n’avaient-ils pas mesuré l’ampleur de celle-ci !
Car on n’a pas vraiment été surpris par le cours des évènements ; depuis 2004, on sait que la Grèce avait maquillé ses comptes pour pouvoir entrer dans la zone Euro en 2001, avec l’aide perfide et putride de la banque américaine Goldman Sachs (tiens, personne en prison ?) ; que le déficit de son budget atteignait 12% contre les 3% admis par le traité de Maastricht ; que les jeux Olympiques de 2004 à Athènes furent un désastre financier ; que les grecs ont une aversion envers l’impôt ( 40% ne déclarent pas leurs impôts), que 28% de l’économie est souterraine et que les prépensions et pensions grecques sont insupportables pour les générations à venir.
Alors ? Les solutions existent. Elles résident dans la volonté des politiques et la solidarité des citoyens.
Soit on envoie les plus faibles jouer sur un terrain annexe avec un autre ballon ; dans ce scénario, la Grèce quitte l’euro, reprend son ancienne la monnaie la « drachme » à une valeur basse par rapport à l’euro pour favoriser ses exportations et le tourisme. C’est ce qui s’est passé en Argentine en 1998 avec un certain succès. Mais la crainte est double ; pourquoi la Grèce et pas l’Irlande ou le Portugal ou l’Italie dans la foulée puisque ces pays connaissent aussi les pires difficultés? Et surtout dans ce scénario, tous ceux qui ont prêté des euros à la Grèce (les banques, les fonds de pension, les institutionnels) seront au mieux remboursés en drachmes, au pire pas remboursés du tout puisque virtuellement la Grèce aura fait faillite. Supposons que la BNPParibas prenne une perte importante sur ses prêts à la Grèce, elle aura d’autant moins de moyens pour accorder des prêts aux opérateurs économiques français ou aux particuliers belges et on se dirigera vers un « crédit crunch » c.-à-d. vers un asséchement des crédits aux familles, aux PME, aux associations etc. avec toutes les conséquences imaginables !
Comme il est inconcevable que ce raz de marée financier dévaste les prêteurs qui, en 2005 ou avant, ont prêté de bonne foi à l’état grec, il faudra que les autres pays de la zone euro interviennent pour les aider en tout ou en partie ; beaucoup hésitent à mettre le doigt dans cet engrenage car si, à la limite, on pourrait encaisser la faillite grecque, ce serait un tsunami si l’Italie défaillait tant sa dette est colossale!
L’autre solution est de demander à chaque état de mettre de l’ordre dans sa maison en ramenant le budget national à l’équilibre, d’où fleurissent ces plans d’austérité avec plus d’impôts et moins de dépenses qui affectent les pensions et prépensions, les salaires, les budgets de la Défense, les infrastructures etc..
Mais l’austérité a une double limite. D’ordre social d’abord car les moins nantis seront proportionnellement plus impactés que les personnes aisées ; à ceux-ci on enlève du confort, aux premiers des moyens de subsistance. D’ordre économique ensuite puisqu’à tout comprimer, dans tous les sens, on risque de freiner toute activité économique, les gens vont consommer moins, même les plus aisés vont faire attention, en économisant prudemment et on plongera tous ensemble vers la récession c.-à-d. vers le ralentissement de toutes activités, de nouvelles pertes d’emploi, la dégradation des services publics etc...
Reste donc aux politiques et aux citoyens d’agir.
Aux politiques d’admettre que l’espace européen demande une harmonisation des législations, un certain abandon de souveraineté nationale au profit de l’Union et une certaine solidarité communautaire doublée d’une véritable responsabilité de chacun de ses membres qui doit être comptable de ses agissements devant la communauté .
Aux citoyens, qui pour la plupart se réjouissent de vivre dans l’espace européen, d’adopter un comportement solidaire en évitant au niveau individuel les attitudes pénalisant la sécurité sociale et la vie communautaire. Certains voient dans le succès triomphal de l’emprunt de l’état qui a recueilli près de 4 milliards d’euros cette semaine, un geste citoyen de la population. Acceptons-en l’augure.
Mais si on commençait par supprimer les paradis fiscaux ! Question de montrer qu’on veut vraiment changer le cours des choses.
Si la crise permet cette prise conscience des autorités et des citoyens, elle aura eu ce mérite et restera dans les mémoires collectives comme une crise de croissance ; dans les autres cas, elle sera la cristallisation d’une crise existentielle de l’Europe!
18:21
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25.11.2011
Est-ce grave Dr Euro?
« Est-ce grave Dr Euro ? »
« Oui, c’est grave et le pronostic vital est engagé ! »
« Je dois bien avouer que toutes ces informations économiques déprimantes, dont on nous rabâche les oreilles depuis deux ans, me passent un peu au-dessus de la tête. Ces déficits, ces cotations, ces mesures d’austérité, ces banques en faillite, ces querelles entre les responsables me semblent relever d’un monde immatériel où je ne me reconnais plus. »
« C’est vrai que la terre n’a pas cessé de tourner pour autant. Mais en réalité ce n’est pas si compliqué ; il suffit de s’en référer à ce qui se passe au niveau d’un ménage ou d’une PME ou d’une commune. On ne peut pas dépenser plus que ce que l’on gagne !
Une banque passe à la trappe lorsqu‘elle oublie son métier : récolter l’épargne puis prêter ce qu’elle détient à des consommateurs ou des investisseurs fiables. Son bénéfice ne peut provenir que de la différence entre le taux qu’elle accorde aux épargnants et le taux qu’elle demande aux emprunteurs.
Malheureusement, cette marge ne suffit pas à satisfaire l’appétit des actionnaires de la banque ni des dirigeants qui sont rémunérés en partie selon les bénéfices. Donc, les banques s’endettent de plus en plus, en empruntant de l’argent pour faire des placements à risque ou racheter des concurrents, en espérant maximiser leurs profits. Ils inventent des produits financiers tellement compliqués qu’on les appelle des « black boxes » que même les dirigeants ou les administrateurs de ces banques ne comprennent pas …jusqu’à ce que ces placements se révèlent hasardeux. Quand ils doivent rembourser, c’est la crise voire la faillite.
En 2008, on a ainsi assisté à la déconfiture de plusieurs banques (en Irlande, en Belgique ou aux USA). La plupart ont été soutenues par les Etats qui leur ont prêté de l’argent ou qui les ont rachetées. Mais l’état, c’est nous ; donc dans ce scénario, c’est la collectivité qui est venue au secours des banques. A raison ?
Si les Etats n’étaient pas intervenus, les épargnants, clients de Fortis ou de KBC ou de Dexia risquaient vraiment de perdre leurs économies, ce qui n’était pas socialement envisageable. Par contre, les actionnaires de ces banques ont perdu tout ou partie de leurs mises ; certaines personnes en Belgique ou à l’étranger ont acheté des titres Fortis à 30 euros il y a 3 ans qui ne valent plus aujourd’hui que 1,13 euro ! De même il fallait débourser 20 euros pour acheter une action Dexia il y 3 ans ; elle vaut encore 38 centimes d’euro ce matin. Et tout est à l’avenant ; en janvier dernier le titre KBC valait encore 30 euros, il cote aujourd’hui 8 euros.
Donc les Etats ont surtout sauvé les épargnants, clients des banques, mais personne ne rembourse les actionnaires et c’est assez logique.
Mais voici que les Etats à leur tour, après avoir aidé les banques, plongent dans les difficultés.
Si on ne prête pas de l’argent à la Grèce, ce pays ne peut plus payer ses fonctionnaires, ses clients et fournisseurs ! Il en a été de même avec l’Irlande et maintenant le Portugal, l’Italie et l’Espagne sont aux abois ! Pourquoi ?
A nouveau, parce qu’ils dépensent plus que ce qu’ils gagnent.
Les recettes d’un pays sont principalement les impôts et taxes sur le travail, les accises, la tva, les droits de succession ou d’enregistrement etc. Les autres recettes (domaniales ou les revenus des sociétés étatiques) sont devenues très marginales. Dans presque tous les pays, les dépenses publiques (fonctionnaires, infrastructures, défense, justice, enseignement, sécurité sociale etc) dépassent les recettes. Dans ce cas, l’état, comme un ménage, doit emprunter en espérant pouvoir rembourser un jour.
En fait, les états ne remboursent jamais !
(à suivre)
18:29
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15.11.2011
Est-ce grave Dr Tarik Ramadam,
Aux récentes élections tunisiennes, les premières libres et démocratiques depuis l’indépendance, le parti Ennahdha a réuni 43% des suffrages. Près de la moitié des tunisiens et tunisiennes habitants en Europe ont également voté pour ce parti religieux.
En Lybie, le Conseil National de Transition ( CNT) a déclaré que la charia servira de base à la future constitution et que toute loi qui serait en contradiction avec la charia sera invalidée.
Aux prochaines élections du 25 novembre au Maroc et du 28 novembre en Egypte, les partis religieux – les Frères musulmans et le Parti de la Justice et du développement - sont donnés favoris.
Pour autant, est-ce grave et grave pour qui ?
D’abord, on ne peut pas prôner la démocratie puis en refuser la sanction si les résultats ne nous satisfont pas. Rappelons- nous l’Algérie de 1992 quand l’armée interrompit le 2° tour des élections suite à la victoire prévue du FIS (Front islamique du salut) qui avait largement gagné au premier tour. Il s’en est suivi 10 ans de terrorisme (pour partie manipulé et instrumentalisé ; voir « Des dieux et des hommes ») qui causa plus de 100.000 victimes !
Ensuite, cette inclinaison des populations vers les partis religieux résulte d’un choix clair et compréhensible. Appelés à élire leurs représentants et cherchant avidement une alternative aux partis politiques inféodés à leurs présidents déchus, soucieux de construire une société sur un modèle en rupture avec l’affairisme, le clanisme et le clientélisme prégnants dans toutes les couches des pouvoirs antérieurs, les populations aspirent à une éthique que les partis laïcs n’ont pas eu le temps de développer alors que les religieux, pourchassés par les régimes précédents, n’ont jamais abandonné la rue arabe avec ses services sociaux et religieux. Et lorsque ces religieux leur parle de corruption, d’éthique, de valeurs ils sont crédibles d’autant plus qu’ils s’appuient sur des textes sacrés et des repères immémoriaux en terme de mode de conduite et de comportement dans la vie quotidienne qui fournit un socle, une référence accessible à tous mais qui font totalement défaut aux laïcs. Et dans ces moments de grande incertitude, cette prise en mains – fut-elle religieuse et musclée- séduit près d’un citoyen sur deux.
Enfin et surtout, en déclarant que la charia sera le fondement de la législation, en promotionnant les partis religieux, les urnes coupent l’herbe sous le pied des extrémistes religieux qui ne peuvent plus crier au martyr. Ils voulaient la prééminence de la religion, ils l’auront mais pas selon le concept wahhabite d’intolérance et du jihad. Que vienne l’époque d’un islam modernisé, interprété et réfléchi tel que réclamé par une frange de plus en plus importante de la communauté musulmane.
Ainsi nombreux sont les partis religieux qui citent en exemple le parti turc de l’AKP dirigé par M. Erdogân qui, sous l’œil vigilant de la population (et de l’armée), est au pouvoir depuis 2002 en Turquie.
Qui serions-nous pour contester le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes; un droit que nous avons codifié, vanté et revendiqué. Il est l'heure de l'assumer.
Mais jusqu'où?
18:42
Écrit par JLH
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22.10.2011
La résilience des peuples
En Libye, Mouammar Kadhafi est mort hier, probablement lynché tandis que la Tunisie se rend aux urnes demain.
Deux peuples maintenus sous l'emprise de clans familiaux ou tribaux pendant des décennies. Deux pays voisins qui doivent se reconstruire, débarrassés de leurs présidents honnis, ennemis populaires fédérateurs occultant jusqu'ici leurs dissensions qui, à présent, vont pouvoir s'exprimer librement. Violemment? Voici venue l'heure de tous les dangers.
On leur propose bien sûr notre modèle de démocratie parlementaire coiffée d'une fonction présidentielle comme si c'était la seule voie possible de gouvernance. S'ils adoptent cette formule, ils auront à évacuer leurs peurs, à dépasser leurs divisions classiques, confessionnelles, sociales. Bien des dangers, des dérives et des convulsions les attendent. Auront-ils les ressources de transcender ces écueils. Il est toujours plus facile de diviser que de rassembler, d'exciter les rancoeurs que de prôner la concorde.
Certains hommes ont pu faire preuve d'exemplaire résilience. Les peuples en sont-ils capables?
Ray Charles aborda la vie de façon dramatique; un père totalement absent, une mère dévouée mais très pauvre, un jeune frère qui meurt noyé à 3 ans sous ses yeux dans une lessiveuse, un glaucome qui le rend définitivement aveugle à 7 ans, une institution pour enfants aveugles où il souffrit de la séparation d'avec sa mère qui meurt quand il a 15 ans. Institution qui - soit dit en passant- pratiquait la ségrégation séparant les enfants blancs et noirs alors qu'ils étaient tous aveugles; mais c'est quand même là qu'il apprit la musique!
Steve Jobs est l'enfant d'une trop jeune mère qui, enceinte, décide de l'abandonner dès sa naissance. Refusé par une première famille d'adoption qui s'attendait à recevoir une petite fille, il arrivera dans la famille Jobs. Il apprendra plus tard que son père d'origine syrienne et sa mère biologiques se sont mariés un an après sa naissance sans chercher à le retrouver et eurent une petite fille, sa soeur qu'il ne rencontra qu’à l'âge adulte.
Ni Ray ni Steve ne sont sortis indemnes de leur enfance mais quelle revanche!
Puissent les peuples libyens et tunisiens se garder de leurs démons et trouver les moyens de se réconcilier avec eux-mêmes.
00:57
Écrit par JLH
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03.10.2011
Yvonne et La Boétie
Dans un post précédent du 2 août, je déplorais l'absence de réactions et le silence des intellectuels face aux turbulences qui fracassent le régime capitaliste depuis 2008. Car ne nous y trompons pas; plusieurs banques, articulations vitales du capitalisme, ne survivraient pas à leurs propres disfonctionnements sans l'intervention en secours des états ou de leurs émanations internationales. Ces états dont le rôle, soit dit en passant,est par ailleurs conspués par les tenants purs et durs de la doxa capitaliste.
Bien sûr, la rue a rugi à Tottenham en août dernier et gronde à Athènes depuis quelques semaines, mais il ne s'agit pas de révolutions. Dans les faubourgs de Londres, on a vu des pillards, même pas des émeutiers et dans la capitale grecque défilent des citoyens qui, dignement, luttent pour sauver leurs statuts, leurs pensions, leur pouvoir d'achat, pas pour changer de régime ou le remettre en cause.
Finalement, l'image la plus révolutionnaire nous vient de Bavière où Yvonne, seule de sa race, a refusé pendant des semaines de se plier aux normes de sa condition, défiant les autorités, les gendarmes, les éleveurs, les chasseurs, dénigrant sa soeur Walraut, son fils Friesi et rejettant le séduisant Ernst, le taureau en rut, autant d'appâts qu'on envoya en mission au devant de la fugitive pour la ramener sur le chemin de l'étable. Voici une rebelle, une vraie, mais c'est une vache bavaroise!
Sans faire insulte, elle devrait inspirer quelques penseurs de notre temps qui pourraient, comme elle, sortir des sentiers battus pour réfléchir "hors du système", ce qui fait étrangement défaut ces jours-ci. On a bien ici et là des "indignés" qui font écho à un livre à succès écrit par un octogénaire français bien propre et bien gentil. C'est peu pour affronter un monde mis en mode "financiarisation" totale depuis 20 ans. On admet encore sans le disputer que le capitalisme est le point de finitude du système de pensée économique comme on pense que l'homme est le point de finitude de la vie terreste. On a deux fois tort.
Alors pourquoi tant d'impérities dans les cénacles et de fatalisme dans les cités?
Il y a 5 siècles déjà, un jeune homme s'ébahissait de voir " des millions d'hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug, non pas contraints par une plus grande force mais par le seul nom d'un maître, duquel ils ne doivent ni craindre la puissance puisqu'il est seul ni aimer les qualités puisqu'il est, à leur endoit, inhumain et sauvage....c'est le peuple qui s'asservit qui, ayant le choix ou d'être serf ou d'être libre, quitte la franchise et prend le joug".
Ce jeune homme s'appelle La Boétie et il avait 18 ans lorsqu'il écrivit "Discours de la servitude volontaire".
Tout est dit dans ce titre. Et rien n'a changé.
22:25
Écrit par JLH
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Le temps de la rentrée
Septembre qui s'achève fut le temps de la rentrée et des premiers embouteillages. Se rendre à son travail à vélo ou à pied reste un privilège dont je me réjouis chaque jour. Sauf que ces quatre trajets quotidiens de 2,2 Kms m’obligent à côtoyer des automobilistes qui m’exaspèrent.
Les uns parce qu’ils ouvrent leur portière sans regarder et s’excusent d’un « Je ne vous avais pas vu » qui fait honte à mon casque rouge et ma veste jaune fluo. Cet ersatz d'excuse me siffle les oreilles au moins une fois par semaine.
Les autres m'importunent parce qu’ils laissent tourner leur moteur à l’arrêt. Je croise systématiquement au moins un véhicule dans cet état sur chaque trajet de 2,2 Kms. Divisez le nombre total de voiries dans Bruxelles par 2,2 et vous obtiendrez le nombre ahurissant de moteurs tournant constamment au ralenti dans la capitale parce que ces conducteurs, mangent, lisent le journal, attendent un passager ou téléphonent. Et si vous tentez de leur signaler poliment qu'ils pourraient couper leur moteur, attendez vous à des attitudes d'une agressivité disproportionnée. Au volant le plus accommodant des citoyens retrouve la susceptibilité d'un jeune adolescent ... pour qui septembre est le temps de la rentrée.
00:01
Écrit par JLH
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18.09.2011
Nine Eleven
Les commémorations du 11 septembre 2001 furent à la hauteur de l'émotion qui nous fit ressentir il y a 10 ans que "nous étions tous américains". Journaux télévisés, émissions spéciales, première page des magazines, Obama à Ground zero, discours et médailles. Ce fut sobre mais intense.
D'où provient alors cette impression d'inachevé, d'incomplitude ( néologisme), voire d'occasion ratée d'écrire la fin de l'histoire. Car y-a-t-il eu une réflexion complète, objective et cartésienne sur les motifs qui poussèrent 19 terroristes à venir se faire exploser pour toucher l' Amérique au coeur de sa puissance ? Au delà des raccourcis du style " 19 pirates fanatiques", " 19 malades d'Allah" ou " 19 forcénés instrumentalisés qui vouent une haine incompréhensible à l'Occident" , tous slogans qui arrangent bien les médias avides de solutions simples et binaires ( les bons contre les méchants), qui a posé la question qui fâche;" Pourquoi haïssent-ils tant l'Amérique?".
Un peu d'introspection, de remise en question, d'interrogations sur les politiques menées:" Qu'a fait l'Amérique, où, quand et comment pour susciter tant de haine?". Rien? C'est un peu court. La solidarité à l'égard des Etats-Unis, la reconnaissance profonde que nous, les européens, leur devons pour les guerres du 20° siècle ne doit pas nous empêcher d'y réfléchir et la compassion que nous leur témoignons ne doit pas les empêcher d'y réfléchir eux aussi.
Près de 3000 morts et des héros, tels les pompiers de N-Y. Chacun en convient mais n'était-il pas évitable que 343 pompiers périssent dans l'effondrement des tours? Plus de 10% des victimes furent envoyées à pied dans les escaliers des immeubles en feu sans qu'un officier, normalement ingénieur des mines, n'envisage à temps le catastrophique écroulement des bâtiments!
Des victimes et des héros. A coup sûr. Mais ceci ne doit cependant pas nous dispenser de réfléchir.
20:03
Écrit par JLH
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26.08.2011
En passant par la Lorraine
Si vous passez sur l'autoroute A31 à hauteur de Metz, prenez quelques heures de liberté pour y découvrir le nouveau musée " Centre Pompidou" à l'architecture étonnante et profitez-en pour visiter la gare, l'une de plus belle de France ainsi que la splendide librairie attenante.
A défaut de vous arrêter, ayez une pensée compatissante pour le sort tragique de ces Lorrains qui, objets de convoitise non sollicitée, connurent les affres de l'annexion par les Prussiens de 1871 à 1918, puis le rattachement au III Reich en 1940. Conséquence immédiate; 130.000 alsaciens et mosellans furent incorporés de force dans l'armée allemande au titre d'un service militaire obligatoire. S'ils ne voulaient pas se soumettre, ils devaient fuir avec toute leur famille vers la France restée libre car les familles des "déserteurs" étaient aussitôt déportées en Allemagne et les biens familiaux confisqués.
Craignant à juste titre de nombreuses défections si les appelés restaient en France, ces "incorporés" étaient souvent envoyés sur le front de l'Est à coté de soldats de la Wehrmacht qui les considéraient comme des " sales Français" et en face de soldats russes qui les prenaient pour des traîtres à la France.
20.000 sont morts, 20.000 autres portés disparus et 10.000 grièvement blessés. Les survivants furent souvent fait prisonniers et déportés en captivité dans les camps russes dont les derniers ne sortirent qu'en 1955!
Mais leur calvaire se poursuivit après la guerre. De retour en France, ils se heurtèrent aux sarcasmes et aux règlements de compte de la part des "patriotes" et s'ils osaient critiquer leurs conditions de détention en URSS, les communistes français, alors très puissants, leur volaient dans les plumes.
Donc, après la guerre et ses violences innommables, ce fut la honte puis le silence.
En Lorraine on les appelle les " Malgré Nous".
18:08
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02.08.2011
La pensée unique
Les Etats-Unis viennent de frôler une catastrophe budgétaire qui aurait eu des répercussions mondiales.
Si un accord politique n’avait pas été conclu la nuit dernière entre le gouvernement démocrate et le Congrès majoritairement républicain, le plus puissant pays au monde n’aurait pas pu rembourser ses dettes arrivées à échéance ou payer ses fonctionnaires. L’accord tant discuté vient d’autoriser le gouvernement a creusé encore un peu plus la dette totale des Etats-Unis, qui dépasse déjà USD 14.000 milliards, en empruntant pour 900 milliards de dollars supplémentaires.
Je suis persuadé que la grande majorité des citoyens américains ne comprennent pas les données du problème même s’ils perçoivent que la crise est sérieuse. Que représentent concrètement pour eux des notions aussi abstraites que le "déficit des paiements, la balance commerciale, le PIB" ? Il doit leur paraître incompréhensible qu’un pays doive, comme chaque famille, équilibrer ses comptes puisque, n’est-ce pas, c’est l’état qui détient les clés du système, qui créé la monnaie et qui peut changer les règles d’un jeu qui ne lui conviendrait plus.
Plutôt que de consacrer ce "post" à expliquer les fondements économiques de cette crise, je m’interroge sur l’absence totale de débat de fond. Chacun semble admettre la situation, ses vices et ses dérives sans la contester dans sa nature même. Bien sûr, les Grecs aujourd’hui, les Américains demain, manifestent dans la rue pour réagir contre les mesures d’austérité qui leur sont imposées par la faillite de l’état ; mais ils protestent contre la perte de leur pouvoir d’achat ou pour préserver leurs droits à la retraite sans remettre en cause le système en tant que tel. Je n’entend pas de propositions alternatives, de nouveaux modes de pensée.
On applique à tous les problèmes les mêmes recettes ; plans d’austérité + FMI + équilibre budgétaire sans imaginer un monde où d’autres formes d’équilibres, d’autres priorités auraient émergés.
HSBC, une des plus grandes banques mondiales, vient d’annoncer un bénéfice semestriel de USD 8,9 milliards ainsi que la suppression de 30.000 emplois, soit 10% de ses effectifs mondiaux, pour améliorer la compétitivité de la banque. Les syndicats anglais dénoncent cette restructuration, vont négocier des pré pensions mais ne contestent pas le régime lui-même.
L’Europe vient de ramener de € 500 à 113 millions son aide alimentaire à ses propres ressortissants les plus défavorisés mais le salaire des fonctionnaires européens sera augmenté de plus de 1000€ par mois cette année.
Depuis longtemps, insidieusement et même parfois inconsciemment, les plus nantis au plan économique ou politique ont cadenassés les mécanismes légaux et les usages afin de préserver par priorité leurs droits et avantages. Et ceux qui sont en dehors du cercle des nantis, soit aspirent à les rejoindre et se taisent, soit sont convaincus que le système est de droit naturel et se taisent aussi.
D’ici 2050 la planète comptera 8,9 à 10,6 milliards d’habitants. Aucun gouvernement empêtré dans de stériles discussions institutionnelles ou électorales, luttant en permanence pour sa survie et celle de ses membres, ne sera à même de faire face à ce bouleversement.
Les besoins en énergie et en nourriture seront calqués sur les modes de consommations occidentales ( - de riz + de viande =+ de céréales, d’eau et de fourrages) ; les acteurs les plus avertis et les plus réactifs devant cette évolution sont les analystes financiers qui recommandent à l’achat les fonds qui spéculent sur les céréales, les fertilisants et les carburants de substitution. Quel politicien inscrit cette problématique dans son programme électoral ?
N’est-il pas surprenant que depuis 20 ans plus aucun débat public ne questionne notre mode de fonctionnement ?
On assiste à un glissement sémantique des centres de préoccupation ; les questions de nationalités, d’identité, d’appartenance ont supplanté les débats sociaux et économiques.
Où sont les intellectuels, les penseurs, les chercheurs, les syndicats ?
On a dû connaître Fukushima pour remettre en cause le nucléaire.
Il semble donc vrai que « les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne perçoivent la nécessité que dans la crise « .La crise est là, pour donner raison à Jean Monnet reste à inventer le changement.
22:46
Écrit par JLH
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30.07.2011
Paris sous les étoiles
Un ami congolais, en visite dans sa famille installée dans les faubourgs de Paris, s'égare un soir d'hiver en regagnant la maison de ses hôtes. Il sort de la gare du RER, emprunte le chemin du retour mais au milieu des pavillons de banlieue, tous pareils à ses yeux, se perd dans les rues, la nuit et le froid.
Après deux heures d'errance, il appelle le 112 puisque sa tante lui a vanté les vertus de ce numéro européen en cas de détresse.
" Je suis perdu" dit-il à l'opérateur. Celui-ci reconnaît un accent africain. " Où êtes-vous?" lui demande-t-il? " Je ne sais pas" lui répond à propos mon ami. " Que voyez-vous autour de vous?" insiste l'opérateur. " Des immeubles très hauts et des maisons".
L'opérateur s'impatiente et l'envoie balader: " Regardez le ciel" lui demande-t-il " Que voyez-vous?"
" Des étoiles" répond l'égaré. " Quelles constellations? Voyez-vous un lion ou un poisson?"
"Je ne connais pas vos étoiles" dit mon ami qui, d'ailleurs, habite sous l'étoile du Sud.
"Regardez mieux" lui fait l'opérateur "Et rappelez-moi ensuite". La conversation s'interrompit.
Mon ami reforma le 112 mais plus personne ne répondit.
Il reprit son errance, crut mourir de froid, fit signe aux rares automobilistes qui passaient encore mais personne ne s'arrêta. Finalement glacé, il retrouva la maison familiale vers 2 heures du matin. C'était le seul pavillon resté allumé dans le quartier.
Sa tante l'attendait fiévreusement et l'embrassa comme s'il revenait de l'enfer.
" Tu es vivant! Dieu merci. Comment aurais-je expliqué à ma sœur que je t'ai laissé mourir à Paris" se lamenta-t-elle.
Aujourd'hui, mon ami raconte sa mésaventure sans l'ombre d'un reproche aux automobilistes indifférents ni à l'opérateur qui l'envoya se balader ... dans les étoiles, victime d'un racisme bien ordinaire.
18:21
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20.07.2011
Débranche
Le chaînon manquant entre l'animal et l'homme, c'est nous".
A voir la façon dont nous traitons notre "humanité", G. Lorenz a peut-être raison. Car à quoi passons-nous les 27.000 jours que nous avons, en moyenne, à vivre sur cette planète? A tenter, peu ou prou, de dominer ce cerveau reptilien qui libère en nous la testostérone qui nous rend agressif, développe notre instinct de possession et d'accaparement. Quand ce n'est pas cette hormone mâle, ce sont d'autres "humeurs" qui toujours nous assujettissent, hommes et femmes à nos errements pulsionnels.
On se rassure en pensant que ces hormones sont indispensables à la survie de notre espèce et que, privés de ces pulsions, notre race risquerait de disparaître de la terre.
C'était le cas hier, le sera-ce encore demain?
Car déjà nous parvenons à reproduire la race humaine in vitro, en éprouvette en choisissant au microscope quelle cellule mâle d'un donneur fécondera telle cellule femelle prélevée après l'activation du système ovarien d'une donneuse.
Plus besoin que les "parents" se rencontrent ou se connaissent.
D'un autre coté, en néonatologie, nous parvenons à "amener à la vie" des prématurissimes de 500 grammes après seulement 22 semaines d'aménorrhée, en les couvant dans une solution aqueuse plongée dans l'obscurité.
Reste donc à trouver une solution pour la période séparant la fécondation in vitro et la 22° semaine. Aujourd'hui, on doit encore avoir recours à une matrice humaine, pas forcément celle de la donneuse d'ovules d'ailleurs. Mais demain, aucun doute que la science construira le réceptacle qui permettra de concevoir, un être humain sans d'autres matériaux que des éprouvettes, des couveuses et un peu d'énergie électrique.
Et lorsque l'embryon aura atteint le 9° mois, on débranchera tous les appareils dans un rituel d'accouchement virtuel. Mais prendra-t-on encore cet enfant dans les bras?
D'étranges dialogues résonneront en maternité.
" Voilà, votre enfant est prêt, on peut le débrancher".
"Quand, maintenant ? Vous ne pourriez pas le garder encore 48h00 (i) car j'ai ma belle-mère qui vient demain et je ne veux pas qu'elle voit l'enfant (ii) car la chambre du petit n'est pas prête (iii) car j'ai un w-e de formation...
De toute façon, on ne sera plus à un jour, une semaine ou un mois près puisqu'il n'y aura plus les contraintes physiologiques de l'accouchement.
Bien sûr, on aura toujours besoin d'une cellule mâle et d'une cellule femelle mais on sera à jamais débarrassé des affres de la fécondation, des incertitudes de la grossesse et des douleurs de l'accouchement.
Sera-ce la fin du monde?
Il n'est pas d'exemple historique où l'homme a renoncé à une avancée scientifique pour des motifs moraux ou éthiques.
Donc on y arrivera. Dans quelques dizaines d'années, nos descendants nous considéreront sans doute avec commisération ou comme des barbares pour nous être reproduits depuis la nuit des temps selon un mode primitif.
Ils seront affranchis de la sanction biblique: " A la femme, il dit: Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils" ( Genèse:Le récit du paradis 16)
. Avec quelles conséquences?
* La survie de l'espèce sera entièrement décorrellée de l'activité sexuelle qui elle-même risque de subir de profondes mutations car s'il est vrai que la fonction crée l'organe, on peut craindre pour la pérennité de ce dernier.
* La crainte primale des hommes de voir leur femme porter d'autres enfants que les leurs, à l'origine de tous les sévices portés à la moitié de l'humanité, sera devenue sans objet et toutes les contraintes ancestrales imposées aux femmes au nom de cette hantise n'auront plus ni justifications ni sens.
* Cette évolution ne sera pas égalitaire ni universelle; elle connaîtra des tensions et des contorsions car alors que certaines femmes ne connaîtront plus de l'accouchement que le prélèvement de quelques ovules, la majorité continuera, encore quelque temps, à enfanter sans aucun contrôle ni de leur fécondité ni de leur douleur.
* Le lien vital sera distendu qui favorisera l'eugénisme débarrassé de sa charge émotionnelle
* Un énorme commerce immiscera à tous les étages de cette architecture nouvelle
On sait qu'on y va mais on ne sait pas très bien où!
Ainsi, on sera deux fois débranché dans notre vie; une première fois à la "naissance" et une seconde fois en fin de vie puisque la médecine aura réussi à nous tenir en "vie" tellement longtemps à coup de sondes, de perfusions, de cathéters et de monitorings qu'il faudra bien que les héritiers se décident de débrancher leurs parents le moment venu.
D'étranges dialogues résonneront en gériatrie....
12:54
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19.06.2011
"Le divorce belge"
Titre prémonitoire d'un livre écrit en 1968 par Lucien Outers, spécialiste du droit international et en ce temps là, député FDF.
Et voici qu'en 2011 la Belgique est comme ce boxeur KO debout; elle n'est pas tombée mais complètement groggy, incapable d'encore lever les gants et à la merci de la moindre pichenette.
Pourquoi en sommes nous arrivés là?
Principalement à la suite d'un énorme malentendu entre les deux principales communautés linguistiques du pays.
Une Flandre qui estime qu'après avoir été humiliée par une Belgique unitaire francophone, elle est maintenant bridée dans son développement et son autonomie par une Belgique fédéraliste pataude et inaboutie.
En face, une communauté francophone qui ne comprend pas que la Flandre ne soit pas encore repue après toutes les concessions accumulées au fil du temps qui, de réformes en révisions, ont fait le lit d'une Flandre aujourd'hui région la plus peuplée et la plus riche du pays mais qui ne parvient pas à se départir du complexe d'un minoritaire.
En réalité, l'histoire de la Belgique ressemble à une course à étapes dans laquelle les francophones ont perpétuellement une étape de retard.
Quand ils arrivent, au prix d'un long cheminement intellectuel, à admettre que le français, seule langue officielle en 1830, doit céder la place au flamand devant les tribunaux de Flandre, nous sommes en 1873 et cette première loi linguistique apparaît comme une concession pour les francophones mais comme un juste droit pour les flamands qui, en 1840 déjà, rassemblaient 100.000 signatures sur une pétition à ce sujet. De sorte qu'ils ne remercièrent pas leurs compatriotes francophones pour cette législation nouvelle, tout occupés qu'ils étaient à revendiquer déjà la réforme suivante. Elle se concrétisa, après bien des réticences, en 1898 date à partir de laquelle les lois du pays seront publiées dans les deux langues!
Chaque fois que la Flandre, soutenue par le petit clergé qui transforma ses revendications en mystique populaire, obtint une nouvelle loi linguistique, comme en 1921 ou 1932 ou 1935, elle s'activait déjà à arracher la suivante alors que les francophones croyaient avoir obtenu une tranquillité linguistique nationale.
J'ai côtoyé un patron d'entreprise à qui je devais rappeler:" Si vous souhaitez donner quelque chose à quelqu'un, donnez lui vite car si vous tardez trop, ce ne sera plus un cadeau, ce sera un dû".
Ce décalage persiste encore de nos jours entre Di Rupo, Milquet et De Wever. Les francophones estiment avoir fait d'importants gestes de conciliation alors que 45% des flamands considèrent ces concessions comme acquises et sont déjà dans un autre démarche; la suivante. Les compromis négociés ne sont de la sorte jamais la représentation du commun dénominateur des satisfactions de chacun; ils sont le point d'aboutissement pour les uns, le point de départ vers d'autres revendications pour les autres.
Cette différence de timing est irrattrapable sauf à prendre des raccourcis avec l'Histoire ou prendre celle-ci à contre-pied par un renversement des logiques, car à vouloir courir après le mouvement flamand, on s'épuisera.
J'ai entendu Léo Tindemans, ex Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères, déclarer en petit comité au début des années 90 que dans l'histoire des Nations, jamais un fédéralisme à deux membres n'avait pu fonctionner.
Avait-il lu la veille "Le divorce belge"?
23:22
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29.05.2011
Cigogne noire
Voici l'histoire d'une cigogne noire qui a des oeufs à couver et d'une martre de passage qui a grande faim. Il était une fois......
PS: ce post doit beaucoup à P.
3. Black Stork and Pine Marten : violent struggle from asbl Solon on Vimeo.
voir aussi www.solon.be pour les comments
17:25
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L'homme boite
Si DSK n'a pas commis les actes qui lui sont reprochés, c'est un martyr, victime de sa réputation et des chiens qui ont été lâchés à ses basques.
Si DSK a abusé d'une soubrette guinéenne, non seulement il meurtrit une jeune femme qui n'en sortira pas indemne, il bafoue sa famille, détruit sa carrière mais encore il compromet l'avenir de la France, car pendant ce temps-là Sarkozy joue à papa-maman avec Carla et nous, on va en reprendre pour 5 ans!
Qui a dit:" L'homme boite toujours par le sexe et pourtant il est au milieu".
17:24
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10.05.2011
Belgique: le constat
Claude Semal se rend à une manifestation citoyenne, initiée par des artistes flamands pour dénoncer le " nationalisme borné" d'une certaine classe politique du nord du pays et pour promouvoir une société ouverte et solidaire.
La réunion a lieu au KVS et les artistes francophones sont très minoritaires!
Claude Semal constate avec effarement:
" que les Flamands et les Francophones ne vivent plus sur la même planète et que tout découle de là. Une soirée tonique, roborative et enthousiasmante mais j'ai pris une claque! Nous ne connaissons plus rien de la Flandre!
Ni ses chanteurs, ni ses acteurs, ni ses romanciers, ni ses cinéastes, ni ses radios, ni ses 11 chaînes de télévisions, ni ses hommes politiques! Il y avait là 40 artistes, j'en connaissais trois. Nous aurions été en Autriche, je ne me serais pas plus senti étranger. Mais à Bruxelles, dans ma ville!
Vous avez vu "Loft" d'Eric Van Looy? Non? 1.200.000 entrées en Flandre!
Et "Koko Flanel" de Stijn Conincx avec Urbanus? Qui ça? 1.100.000 entrées!
Et le livre "Congo, een geschiedenis" de David Van Reybrouck? Moi non plus. Mais ce bouquin a été tiré à 200.000 exemplaires et son auteur habite Saint-Gilles.
Vous comprenez ce que je veux dire? Les Flamands vivent dans un autre monde. Ils nous ignorent désormais comme nous les avons si longtemps ignorés."
Il serait temps de se (re)mettre à apprendre le Néérlandais:
"my tailor is rich" .... caramba encore raté!
PS: ce post doit beaucoup à C. Semal, chanteur et comédien francophone
22:18
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01.05.2011
Dernières lectures n°2 : "Mathématiques congolaises" et " Mémoires d'un porc-épic"


Deux romans écrits en français par des auteurs congolais.
Tout deux assument et revendiquent leur africanité et s'abstiennent d'édulcorer leurs récits pour les "européaniser". C'est leur premier mérite et leur charme.
"Mathématiques congolaises" est l'oeuvre de Jean Bofane, né dans l'Equateur en RDC, qui nous emmène dans un Kinshasa récent où misère, sorcellerie et intrigues politiques au plus haut niveau rythment la vie de quelques personnages un peu caricaturaux.
C'est un récit pur jus congolais, qui reconnaît à la sorcellerie la place qu'elle occupe réellement dans la vie quotidienne des congolais. Intéressant mais sans plus.
" Mémoires d'un porc-épic", le second roman est d'une autre dimension. Ecrivain congolais de Brazzaville, Alain Mabanckou a d'abord un style particulier; il n'utilise pas de "point" (.) ni de majuscule de sorte que ses phrases s'étalent sur plusieurs pages. Le lecteur doit donc trouver un souffle, une respiration visuelle qui déconcerte au début mais dont on s'accommode bien vite.
Son roman est une fable imbibée de culture africaine, contée avec humour et truculence, où pullulent les songes et les esprits. Intelligent et attachant.
21:54
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18.04.2011
Le printemps arabe
Ne nous y trompons pas et méfions nous du phénomène de "halo" qui nimbe d'une teinte monochrome des situations bien différentes.
Les mouvements qui secouent le monde arabe ont surpris tout le monde: les autorités, les opposants historiques souvent en exil qui courent maintenant pour les rattraper, les occidentaux et les populations elles-mêmes; s'ils procèdent tous d'un sincère sursaut de dignité qui transcende le ras-le-bol populaire en revendications citoyennes, il serait faux de les amalgamer dans un vaste et unique mouvement de protestation.
La Tunisie présente la démarche la plus structurée malgré quelques dérapages (prisons vidées, émigrés embarqués, règlements de compte) et les Tunisiens ne semblent pas prêts à accepter que qui que ce soit leur confisque leur révolution.
Les Egyptiens ont chassé Moubarak mais ils ont laissé le pouvoir au "Conseil Suprême des Forces Armées Egyptiennes" c.-à-d. à l'armée qui avait placé Moubarak comme chef de l'état et qui fait et défait les présidents égyptiens depuis 1952. Cette fois, les militaires promettent un référendum constitutionnel et des élections libres dans les 6 mois au grand dam de l'opposition totalement déstructurée après 25 ans d'état d'urgence et incapable, à bref délai, d'organiser et financer des campagnes électorales dans l'ensemble du pays. Si les électeurs égyptiens souhaitent manifester leur mécontentement, ils n'auront peut-être pas d'autre choix que de voter pour les "Frères musulmans", seul force politique organisée dans tout le pays.
Que dire de la Libye où règne une guerre civile dans laquelle l'OTAN joue un jeu dangereux face à un dictateur allumé. Devant ce qui ressemble plus à une dissidence armée d'une partie du pays qu'à une révolte citoyenne, les occidentaux avaient le choix entre deux mauvaises décisions; intervenir ou ne pas intervenir.
Plus loin encore au Yémen, en Syrie, dans le Golfe, les populations s'éveillent à de nouvelles formes d'expression qui ébranlent leurs dirigeants mais on y distingue des antagonismes de clans (sunnites vs chiites ou nord vs sud) qui rendent la lecture plus complexe.
Si donc tous ces mouvements ne recouvrent pas qu'une seule vérité, ils ont en commun de ne rien devoir à personne et pas un seul arabe ne croit aux accusations de leurs dirigeants qui, dans un réflexe pavlovien, rejettent la responsabilité des troubles sur " des complots venus de l'étranger".
Pas un seul drapeau américain ou israélien n'a été brûlé et pas un seul cri de haine contre ces deux pays n'a été scandé par les manifestants. Les arabes se sont révoltés chez eux, pour eux et sans nous.
Plus remarquable encore, l'idéologie religieuse est absente du débat. On a laissé Dieu et Allah où ils doivent être, au ciel. Bouazizi qui s'est immolé à Sidi Bouzid en Tunisie après que la police, qui le rançonnait, ait confisqué une fois de plus son étal et après avoir été giflé par une femme policière, n'a pas crié " Allah Akbar" en craquant l'allumette ni rêvé aux mille vierges qui attendent les martyrs au paradis lorsqu’il agonit pendant trois jours. Il est mort pour revendiquer une dignité bafouée et un droit au travail méprisé.
Pour saisir la révolution arabe dans son ampleur, il faut se rappeler l'emprise mentale totale du respect dû aux anciens, au raïs, au chef à qui on doit allégeance (Maroc) et le poids de la solidarité clanique (Libye).
Tout cela a été bouleversé par la mort de Bouazizi. On sait des bergers, des charpentiers et des adeptes du rouet qui ont changé le cours de choses; voici un vendeur de légumes qui mérite uns statue dans toutes les capitales arabes... dès demain, lorsque ce monde arabe qui s'ébroue sera sorti de la "Jahilyya", l'époque de l'ignorance.
Dans cette vaste reconfiguration du Maghreb et du Proche-Orient, qui perd et qui gagne?
Y perdent, du moins dans un premier temps, les extrémistes musulmans, hier encore les seuls à s'opposer aux dictatures affairistes des pays arabes jugés impies et qui prônaient l'avènement de régimes théocratiques par la violence au nom du djihad. Ils rejettent toute forme de démocratie, les hommes n'ont pas à élire leurs dirigeants ni à voter leurs lois puisque Dieu est leur seul chef et le Coran leur seule loi. Les mouvements citoyens et démocratiques leur coupent l'herbe sous le pied... pour autant qu'ils réussissent.
La ligue arabe et l'Union Africaine également ont démontré une nouvelle fois leur incapacité à réagir aux évènements qui les concernent en priorité. Impuissants et tétanisés, ils n'ont pas répondu aux injonctions de l'ONU et des capitales occidentales les priant de s'occuper de ce qui les regardait.
Israël aussi n'a rien à gagner de ces mouvements démocratiques. La paix "honteuse" scellée avec l'Egypte pourrait être remise en question par un nouveau gouvernement égyptien qui ne tolérerait plus de participer activement au blocage de leurs frères à Gaza.
Les régimes de Ahmadinejad en Iran, d'El Assad en Syrie et les monarchies (autoproclamées) dans le Golfe ont vacillé et connaîtront encore bien des convulsions. Ces dirigeants ont du souci à se faire malgré les mesures économiques populistes prises dans l'urgence (augmentation des salaires des fonctionnaires, subventions pour réduire le prix des denrées alimentaires etc..) qui trahissent l'incompréhension des dirigeants quant à la nature des revendications populaires. Pour survivre, ces régimes pratiquent la charité alors qu'ils se sont appropriés des pans entiers des économies nationales.
Par contre, il ne serait pas étonnant que le grand gagnant soit la Turquie qui devient une puissance régionale incontournable et qui pourrait, gouvernée par l'AKP un parti islamiste modéré, devenir un exemple de transition réussie pour les pays arabes.
Le vrai problème est de savoir si ces révolutions vont pouvoir s'affranchir de l'emprise du religieux pour évoluer vers une démocratie ouverte. Dans ces pays où l'analphabétisme reste un réel défi, où le poids des traditions arrange bien des intérêts, pourront-ils remettre en question leur mode de penser et de vivre, faire la place qu'il convient aux minorités, aux femmes et aux technocrates qui vont bouleverser le conservatisme des valeurs et des moeurs ? Ce sera d'autant plus difficile que la religion est la seule structure développée, commune à tous et présente dans chaque foyer.
Quel rôle alors nous revient-il, nous leurs voisins du Nord, directement concernés par la réussite de ces révolutions.
D'abord, il faut accepter la faillite des complaisances antérieures et l'inadaptation des souhaits occidentaux de voir les pays arabes évoluer à l'unisson sous le regard éclairé de l'Occident comme le rêvait encore Sarkozy lançant en 2008 l'UPM (l’Union pour la Méditerranée). Nous devrons sans doute admettre des évolutions asymétriques, tous les pays de cette région du monde évoluant à des rythmes différents qui vont créer des espaces d'incertitude et des lignes de fracture fragiles.
Mais surtout il faut épauler les nouvelles autorités démocratiques confrontées à des défis titanesques, sans pour autant s'immiscer dans les choix et les orientations retenues mais en confortant les gouvernements qui réinscrivent leurs pays dans un monde ouvert et tolérant.
Pour faire image, autant il est dangereux de lancer nos F16 sur Tripoli, autant il est justifié d'isoler financièrement, diplomatiquement Kadhafi et les siens, indispensable d'envoyer autant de bateaux et des avions que nécessaire pour évacuer les réfugiés qui fuient les zones de guerre et grand temps de décider d'un plan Marshall pour soutenir ces pays qui nous le rendront bien en instaurant un régime où chaque citoyen arabe aura sa place. Ni précéder, ni susciter, ni provoquer mais accompagner de façon discriminée, rapide et puissante tout effort de normalisation de ces sociétés.
Notre seconde responsabilité sera de mettre une pression de fer sur Israël pour qu'il accepte de discuter avec ses voisins afin de sortir de cette confrontation qui pollue les relations internationales depuis des lustres. Or, la tentation sera grande pour ce pays de profiter des soucis domestiques de ses voisins pour renforcer ses positions au-delà de l'acceptable.
Enfin, à titre individuel, on peut aussi aller en vacances chez nos voisins arabes et humer le parfum printanier du jasmin.
23:05
Écrit par JLH
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07.04.2011
Fils de
Qu’ont en commun Romain Hissel et Madoff Junior ?
La mort du père.
Maître Hissel, avocat emblématique des parents de Julie et Mélissa, lui-même tourmenté par des penchants pédophiles, a été poignardé par son fils Romain 20 ans, qui ne pouvait plus supporter ce dédoublement du comportement paternel; contempteur de pratiques condamnables auxquelles il s’adonnait lui-même.
Bernard Madoff, l’auteur de la plus grande escroquerie de l’histoire - une chaîne de Ponzi qui a berné des milliers de déposants pour la somme record de USD 65 milliards - purge une peine de 150 ans de prison aux USA, alors que son fils Mark, à défaut de pouvoir tuer son père, s’est suicidé.
Et ces milliers d’autres enfants qui prennent sur eux les dévoiements et les erreurs de leurs parents dans une sorte de devoir familial de rédemption.
Or les enfants n’ont pas à assumer cette charge ; s’ils peuvent ressentir envers leurs parents quelque reconnaissance ou gratitude, soit ; s’ils éprouvent quelque tendresse tant mieux mais ils ne doivent jamais endosser ni la responsabilité ou la sanction des erreurs parentales. De ce point de vue, ils n’ont strictement rien à devoir à leurs parents.
Tant mieux si les relations sont bonnes ; il en est souvent ainsi et on peut s’en féliciter. La plus grande satisfaction d’un parent reste le développement harmonieux de sa famille comme la plus grande aspiration d’un enfant est de grandir dans une famille aimante.
Mais si les enfants proviennent « de » leurs parents, ils ne sont pas « à » eux et en aucune façon ils ne doivent s’estimer impliqués par les erreurs de leurs géniteurs.
Romain et Mark ont malheureusement cru devoir porter la croix de leurs parents ; à tort.
Par contre, les parents, en toutes circonstances et sans réserves, doivent soutenir leurs enfants, même dans la pire adversité.
Car si les parents lâchent un enfant honni et condamné par la justice des hommes ou de leurs dieux, quels que soient ses crimes, que lui restera-il ? Plus rien ni personne.
Or précisément, si en bout de course il revient à quelqu’un de voir, envers et contre tous, que le damné fut et reste de la race des hommes, ce sont ses parents. Il ne s’agit ni d’innocenter, ni d’excuser, ni même de compatir mais d’assurer par sa simple présence l’appartenance au genre humain.
Et puisque nous sommes tous enfant de quelqu’un et souvent parent, le monde est ainsi fait que les devoirs que nous avons envers nos enfants sont ceux que nos parents nous doivent.
18:04
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20.03.2011
Chessmaster
Par où commencer?
Le Maghreb, le Japon, le Moyen-Orient, la Belgique?
Et qu'en dire qui ne soit de convenance?
Le courage des uns, la peur des autres, la folie de tous?
Une vague impression se profile que ce 21° siècle comprend déjà sa part de catastrophes. On a, en tout cas, bien démarré; aux catastrophes naturelles ( tsunami en Asie en 2004- cyclones en Birmanie en 2008- tremblements de terre à Haïti en 2010 au Japon en 2011) s'ajoutent celles des hommes ( USA 2001- Irak 2003- Japon 2011- Lybie 2011).
Cette première décade du siècle est-elle, d'un point de vue historique, anormalement catastrophique?
Peu importe; il se fait qu'aujourd'hui nous sommes informés en temps réel et donc appelés à nous prononcer, à émettre des avis, à réagir et agir sans recul.
La plupart des événements récents qui bouleversent le monde comporte une dimension renvoyant à ce qui marquera durablement notre avenir; l'énergie. La fin prévisible et souhaitable des énergies fossiles et nucléaires augure d'une révolution technologique majeure, traumatisante et inégale.
Majeure; regardez cette vidéo qui présente un monde en accélération exponentielle qui larguera la plupart des nations du globe incapables de suivre le rythme ou même de le comprendre, qui larguera mêmement des pans entiers de nos sociétés où les nouveaux analphabètes ne sauront lire et écrire .. que sur du papier.
Traumatisante; les équilibres actuels basés sur les intérêts croisés des pays seront rompus. Quels regards porterons-nous sur des pays qui ne seront plus nos fournisseurs ou nos clients?
Inégales; seuls les pays les plus riches et plus éduqués auront la capacité de maîtriser les nouvelles technologies.
Mais ce qui m'affole, ce n'est pas cela. Le passé récent, le 20° siècle, ou plus éloigné ne justifie aucune nostalgie d'un monde meilleur qui nous serait aujourd'hui refusé.
Il faudrait remonter à la civilisation minoenne du 2° siècle avant Jésus-Christ en Crête pour que j'envie un moment de l'histoire.
Ce qui m'ébranle c'est l'énorme partie d'échec que nous jouons au jour le jour au plan mondial avec en jeu nos vies, celle de la planète, des générations futures, bref la survie elle-même.
Sur l'échiquier, les meilleurs joueurs du monde se font maintenant battre presque systématiquement par des logiciels comme ChessMaster qui d'une part ne fait jamais d'erreur d'inattention et ensuite analyse en une seconde tous les coups possibles, leurs conséquences et leur efficacité. Toutes les variables ont été intégrés, le hasard banni et les sentiments, les états d'âme et les contraintes physiques éliminés.
Sur la planète des hommes, on bâtit des centrales, on organise des élections et on lance des avions, et puis?
Qui est capable d'anticiper ne serait-ce que 3 ou 4 coups d'avance? Personne.
On pérore, on se gargarise, on se fait plaisir mais au fond, on avance dans le brouillard. Parce qu'on croit pouvoir plier les hommes à sa propre volonté; parce qu'on pense qu'en jouant telle pièce l'interlocuteur - un adversaire, un peuple, la nature, les dieux- va devoir réagir de telle ou de telle manière. Mais que sait-on de la nature et des dieux pour préjuger de leurs réactions.
Quant aux autres hommes, encore faut-il qu'ils aient envie de jouer avec vous aux échecs; qu'ils en connaissent et en respectent les règles.
Or, selon les circonstances et les humeurs, les uns ou les autres changent les règles du jeu en cours de partie comme ces enfants, leaders de bande, qui font de même dans les cours de récréation pour gagner toujours.
Il est illusoire de vouloir prévoir les prochains coups car ils auront lieu hors de l'échiquier.
Si l'on est parvenu à modéliser les incalculables combinaisons du jeu d'échec, on devrait pouvoir modéliser les enjeux de notre siècle en intégrant même les comportements erratiques de joueurs incontrôlables comme les tsunamis ou autre Kadhafi. Cela fait, on disposerait d'un consultant inerte, tributaire ni de ses hormones ni de son égo, qui distillerait ses analyses et ses recommandations ou au moins qui délivrerait des SWOT ( strenghts-weaknesses- opportunities- threats) comme autant d'aides à la décision. Restera alors à s'employer pour que tous les acteurs de notre monde s'inscrivent dans les règles du jeu ainsi circonscrit. Lorsqu'une décision devra être prise, on consultera le "WorldMaster" pour demander son avis et il n'est pas sûr que la VLD aurait fait sauter le gouvernement belge il y a un an, que la centrale nucléaire de Fukushima ait été construite à l' endroit actuel ou que les F16 survolent Tripoli cette nuit.
Evidemment me direz-vous, les données quantitatives et qualitatives alimentant ce WorldMaster seront introduites et façonnées par des hommes, donc très subjectives. De fait, à la nuance près qu'elle seront définies par des cénacles de personnes choisies pour leurs compétences et leur sagacité, approuvées par des instances internationales et arrêtées hors de toute période de troubles ou de conflit.
Ce serait de toute façon préférable aux consultations de cartomanciennes dont entre autres Reagan et Mitterand étaient friands!
23:12
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05.03.2011
Dernière lecture n°1:"Au coeur des ténèbres"

Ecrit en anglais par un marin ukrainien fasciné par le fleuve Congo "cette grande rivière puissante,semblable à un serpent déroulé, la tête dans la mer, son corps au repos s'incurvant indéfiniment sur une vaste contrée, sa queue se perdant dans la profondeurs du pays", ce roman qui date de 1902 n'a pas très bien veilli.
Il reste une référence car les personnes qui partaient à la fin du 19° siècle dans la colonie de Léopold II , comme le fit Joseph Conrard, s'ils en revenaient, faisaient rarement oeuvre d'écrivain.
Mais ce livre est daté, le style redondant et explicatif lasse. Chacun y trouvera ce qu'il souhaite; une dénonciation du colonialisme peut-être, de l'affairisme sûrement, une ode à la vie aventureuse ou un regard ambigu sur les relations avec les autochtones probablement.
Conrard disait:" La vie c'est peut-être cela, un rêve terrifiant"
L'énigmatique personnage de Monsieur Kurtz a largement inspiré Francis Ford Coppola pour le rôle mythique joué par Marlo Brando dans son film "Apocalypse Now".
Temps de lecture: 5 heures.
Existe aussi en version audio; à écouter lors d'un long trajet sur les autoroutes du sud par exemple, au risque de faire demi-tour à la vue du premier palmier!
23:38
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24.02.2011
WikiLeaks
La diffusion sur internet de cables diplomatiques confidentiels (mais pas classés top secret ou secret défense, à ce jour inaccessibles) irritent les états, les états-majors militaires ou les conseils d’administration, bref tous ceux qui sont dévoilés dans leurs agissements souvent peu glorieux. Ils agitent les slogans habituels : « cette transparence nuit à la démocratie » ou « la diffusion d’infos frise le fascisme » etc et attaquent le fondateur de Wikileaks (en anglais leak=fuite), l'australien Julian Assange, sur tous les fronts, même sur le plan privé pour un viol "à la suédoise".
Ils pourraient plus joliment s’inspirer de cette histoire racontée par un taximan algérien qui expliquait la notion du « sitr » cette pudeur qu’il faut garder sur sa vie intime que Dieu seul connaît.
L’ange Gabriel fut appelé un jour par une créature féminine qui lui demanda d’intercéder auprès de Dieu pour son salut, car elle avait beaucoup fauté.
L’ange monta au ciel, formula sa demande au Créateur qui, sans beaucoup réfléchir, accorda son pardon. Revenu sur terre, Gabriel annonça la bonne nouvelle à la croyante. Elle s’exclama : « Tu as dû mal entendre, Dieu ne peut pas pardonner aussi facilement à quelqu’un qui a commis autant d’atrocités que moi. » Et elle lui conta ses adultères, incestes et homicides. « S’il te plaît, remonte voir Dieu et assure toi de ce qu’il a dit ».
L’ange s’en alla raconter à Dieu la réaction de la femme et lui décrit la liste de mes méfaits. Alors l’Unique laissa tomber : » Tu lui diras qu’elle ira croupir en enfer ». Désarçonné, Gabriel osa : « Mais Dieu, il y a un quart d’heure tu lui pardonnais ! »
Dieu répondit ; « Oui, mais il y a un quart d’heure il n’y avait qu’elle et moi qui étions au courant de ses secrets. Maintenant tu es un troisième ! ».
Ce post doit beaucoup à un taximan algérien et à Fawzia Z.
18:55
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18.02.2011
Conte
Un soir, un aîné Cherokee parle avec son petit-fils des conflits entre les tribus et de l'esprit de guerre qui anime les hommes à cause de leur instinct de possession.
Il lui explique aussi que dans le corps de chaque indien se déroule une bataille:
"Mon fils, la bataille se déroule entre deux loups qui vivent cachés en nous. L'un s'appelle Malheur. Il incarne la peur, l'inquiétude, la colère, la jalousie, le regret, l'apitoiement sur soi, le ressentiment, le sentiment d'infériosité, le déni des autres. L'autre s'appelle Bonheur. Il incarne la joie, l'amour, l'espoir, la sérénité, la gentillesse, la vérité, l'ouverture au autres".
Le petit-fils réfléchit puis demande:" Quel loup gagne?".
Le vieil indien répond:" Celui que tu nourris".
PS: ce post doit beaucoup à un indien et à La Libre
23:03
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06.02.2011
Capitale Juba
Le concert des nations va accueillir le 9 juillet prochain un nouveau membre ; le « Sud-Soudan » (nom provisoire) un pays réclamé par ses 9 millions d’habitants tout au long d’une guerre civile, la plus longue d’Afrique, entamée en 1956 et qui déchira le Soudan entre le nord, arabe et musulman, et le sud, noir, chrétien et animiste.
Il est peu probable que la naissance de cet état se déroule sans quelques violentes contractions ; l’enjeu du pétrole puisque 80% des réserves se trouvent au sud mais le principal pipeline pour l’exportation traverse le nord ; le caractère hétéroclite de la population du sud, aujourd’hui soudée pour réclamer l’indépendance mais animée de fortes tendances régionalistes ; l’absence d’indépendance économique d’un sud où 40% de la population est déjà en insécurité alimentaire, sont autant de facteurs de risques.
Mais au-delà de la création d’un nouvel état, ce qui fera date sur le continent c’est l’éclatement d’un des dogmes les plus enracinés, et sans doute les plus maléfiques de l’Afrique ; « l’intangibilité des frontières ».
On sait le caractère artificiel et incongru de nombreuses frontières africaines décidées dans les salons européens à la fin du 19° siècle et jamais remis en cause par les états africains accédant à l’indépendance par commodité ou par peur de soulever le couvercle d’un chaudron ethnique. Il s’en suivit de multiples tendances centrifuges, qui désarticulèrent un peu partout des pays déjà fragiles, généralement réprimées par la force ou la corruption. Or, dans le cas du Sud Soudan et pour la première fois en Afrique, c’est un référendum d’autodétermination en janvier dernier qui a permis à une écrasante majorité de la population concernée de choisir leur liberté.
Si le nouveau pays qui aura Juba pour capitale parvient, avec autant d’ethnies, de cultures et de religions, à construire un état pacifique et prospère, alors une dynamique nouvelle pourrait reconfigurer un continent aujourd’hui mal calibré.
Reste que le Soudan, qui aura longtemps été le plus grand pays africain, ne sera pas pour autant débarrassé de ses démons: le Darfour, qui n’est pas concerné par l’indépendance du sud, demeure avec ses 300.000 tués et ses 2 millions de déplacés une plaie vive qui valut à Omar-el-Béchir, le président soudanais, d’être poursuivi par la CPI ( Cour Pénale Internationale) , ce qui ne l’empêche pas d’annoncer que, perdant un sud animiste, plus rien ne s’opposera à l’application de la charia dans ce qui restera de son pays. Ainsi, il peut se permettre de se réclamer de la justice de Dieu et de dénoncer celle des hommes
20:48
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31.01.2011
La peur a changé de camp
De Rabat à Sanaa je sais des palais qui, pour la première fois, vivent dans la peur.
Ils s’étaient habitués à distiller eux-mêmes la peur à tous ceux qui, hors de leur clan ou famille, avaient l’outrecuidance de se mêler de ce qui, pourtant, les regardait ; la gestion de leur pays.
Aujourd’hui la peur a changé de camp.
Se présenter à visage découvert devant les caméras de la télévision pour crier son courroux valait, à l’homme de la rue, un visa direct pour un séjour prolongé dans les geôles du pouvoir. Dans les rues de Tunis, du Caire ou d’Amman, les citoyens prennent maintenant la parole, face caméra, laissant une possibilité d’identification aussi sûre que leurs empreintes mais ils n’ont plus peur, confiants qu’une nouvelle justice – citoyenne- s’est déjà substituée au despotisme dictatorial qui pendant 30 ans les a muselé. Ils font le pari d’un impossible retour en arrière.
Que disent-ils en vérité ?
Qu’ils ne veulent plus d’une société sclérosée, incapable de se repenser ; d’une presse aux ordres du pouvoir ; d’une justice de classe ; d’une absence d’alternative politique ; des excès inimaginables d’une classe de nantis qui se vante de son impunité et s’approprie des pans entiers de l’économie nationale.
En réalité ils réclament une nouvelle et réelle indépendance.
Qui aurait pu prévoir, il y a 10 ans, 5 ans ou même 6 mois un tel soulèvement social dans ce Maghreb cadenassé, rétrograde et honteux de l’être. Un ami tunisien m’a avoué, confus, le peu de livres traduits en arabe par an ; un autre s’excusait de n’avoir au bureau qu’une presse nationale indigente à la dévotion du régime et me priât de lui apporter, à chacune de mes visites, le « Canard Enchaîné » qui régulièrement écharpait la clique dirigeante d’un des pays de la région ; tel autre me disait l’amertume ressentie devant les pyramides égyptiennes construites 4.000 ans avant notre ère, par un peuple qui depuis 30 ans subit sans broncher une dictature affairiste.
En douce, je rigole un peu. Pas plus cette révolte maghrébine que la crise financière de 2008 ou la chute du bloc de l’est en 1989 n’ont été anticipées par les stratèges qui, à Washington, Paris, Tel Aviv ou Davos, prétendent comprendre le monde et plastronnent comme des Pythies.
Et, en fait c’est réconfortant. Le futur est plein d’avenirs.
Il n’y a pas de déterminisme historique. Aucun parti, aucune organisation syndicale, aucun politicien n’a initié ces mouvements. Ni la CIA, ni la France-Afrique des réseaux, ni Al Qaïda, personne ne peut en revendiquer la paternité. Personne n’a de légitimité pour représenter ces manifestants ni l’autorité pour les faire rentrer chez eux.
Mais nombreux seront ceux qui voudront les récupérer , à leur profit.
« Il faut rester vigilant » m’écrit un ami tunisien.
Car le pire est aussi possible. L’arrivée providentielle d’un homme miracle est tentante, tel El Baradai (ex patron de l’AIEA) en Egypte, mais de nombreux dictateurs ont commencé leur parcours sous des airs débonnaires. L’armée joue souvent un rôle majeur transformant une révolte en victoire ou en vaste gâchis. Elle a été déterminante en Tunisie refusant de tirer sur la foule et précipitant le départ de Ben Ali. Que fera-t-elle dans les autres pays ?
L’idéal serait une révolution amorcée, gérée et menée à son terme par la population mais il est peu d’exemples historiques d’une telle réussite ; les peuples ont besoin de relais, de structures, d’organisations que délibérément et sciemment, les régimes déchus se sont ingéniés à éliminer. Et peut-être est-ce là leur plus grand crime ; lobotomiser un pays pour plus d’une génération afin d’éliminer toute alternative à leur main mise. Il faut donc parier sur la sagesse des peuples rendus à eux-mêmes.
Inch Allah. Nous voulons y croire.
11:59
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13.01.2011
Hogra
Les convulsions qui secouent la Tunisie ces derniers jours n’ont rien de surprenant. Voir post du 03-09-2006 "Chine-Tunisie" ou du 26-11-2005 "Le grand écart tunisien"
Voici une population éduquée et scolarisée confrontée à des problèmes d’épanouissement qui dans cette société, comme dans la nôtre, passe prioritairement par l’accès à un emploi.
Or, l’absence de perspectives professionnelles frappe plus de 20% de la population et affecte surtout les jeunes diplômés.
Deux dangers guettent le climat socio-politique tunisien actuel.
D’abord, que les autorités se mordent les doigts d’avoir pousser la scolarisation des jeunes (et des jeunes filles aussi) qui expriment leur mécontentement de façon plus structurée et argumentée que des paysans insatisfaits. Doit-on craindre un subtil retour en arrière de la politique d’une éducation nationale citée en exemple dans les pays africains ?
Ensuite et probablement le plus grave ; à force d’avoir éradiquer toute forme de contestation et d’opposition politiques, les autorités ont fait le lit d’une récupération des mouvements sociaux par les religieux. La mosquée pourrait devenir le seul endroit, surveillé par la police cependant, où s’expriment les ressentiments et les aspirations d’une population privée de relais syndical, politique ou social non inféodés au pouvoir.
C’est malheureusement toujours le même schéma : les régimes forts, autocratiques réalisent une paix ou un développement en trompe l’œil. Dans un premier temps, on apprécie la stabilité et la croissance du pays où les citoyens ont le droit de commercer, d’entreprendre, de voyager et de s’enrichir à la seule condition de ne pas se mêler de politique, chasse gardée d’un clan familial ou d’apparatchiks qui n’ont de compte à rendre à personne. Puis le pouvoir total, les courtisans, les obligés, les familles proches isolent les hommes politiques de la réalité de leur propre pays. Comment vivre pendant 20 ans dans des palais, entourés de gardes de corps, de flatteurs et d’arrivistes sans se déconnecter de la rue qui supporte de plus en plus difficilement le mépris ( Hogra) dans lequel les possédants les tiennent.
Alors un jour, la rue explose et l’on constate l’absence d’alternatives, le vide politique, l’inconsistance des structures de relais. Et l’on part à l’aventure.
Si vous extrapolez le schéma tunisien à la Chine, qui présentent plus d’un point commun, vous mesurerez les convulsions qui attendent ce sous-continent.
18:37
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28.12.2010
Bonana Africa
A chacun son champagne! La fermentation naturelle des fruits exotiques rejouit les animaux des savanes comme les bulles feront briller mille prunelles au Nouvel An.
Que l'annee nouvelle vous soit douce. Embrassez vos proches et tout qui vous voulez mais levez le pied si vous levez le coude!
03:18
Écrit par JLH
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14.12.2010
Le baiser de Judas
Depuis que Jésus fut trahi par un de ses 12 apôtres et pas par un pharisien hypocrite, l’histoire se répète, bégaie et c’est mieux ainsi.
Déjà, Jules César avait été poignardé, non par un barbare germain vénérant des arbres celtiques, mais par son propre fils Brutus.
Ainsi, John Kennedy fut abattu par un américain blanc et pas par un sud-américain basané.
Itzhak Rabin (1° Ministre israélien) par un juif orthodoxe et non par un palestinien exilé
John Lennon par un demandeur d’autographe et pas par un post-punk drogué
Jean Jaurès par un nationaliste français en 1914 et pas par un étudiant serbe nationaliste
Joseph Désiré Kabila par son propre garde de corps et pas par un colon sud-africain
Julie et Mélissa par un petit gars bien de chez nous
Léon Trotski fut assassiné à Mexico par un communiste espagnol et non par un capitaliste américain
Anouar el Sadate par un officier égyptien et pas par un israélien
Mahatma Gandhi par un hindou traditionaliste et pas par un musulman
Abraham Lincoln par un blanc sudiste et pas par un indien alcoolique
Imaginez un instant que ces assassinats aient été commis par « l‘autre », l’étranger !
Rappelons nous aussi que 70% des sévices sont commis au sein des familles ; ainsi la « peur de l’autre » ne devrait-elle pas commencer par l’image que le miroir de l’histoire nous renvoie ?
15:00
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07.12.2010
Le mauvais oeil
Ce n’est pas la première fois mais je m’en passerais bien.
Lorsque j’atterris à Antananarivo le 16 novembre dernier, mes collègues malgaches m’apprirent mi-gênés, mi- amusés qu’une tentative de putsch venait d’éclater l’après-midi même dans une caserne à un petit kilomètre de l’aéroport.
« Bienvenue à Madagascar » annonçait la banderole barrant le hall d’arrivée. Comme j’étais déjà présent lors des grabuges du mois de mai, je soupçonne certains de mes collègues de croire que j’ai le "mauvais œil "; si tel est le cas et selon les coutumes, on risque de me déifier ou de me brûler !
En réalité, la mutinerie fit beaucoup plus de bruit dans les médias européens que sur le terrain. Les officiers mutins n’ont pas été suivis par les casernes comme ils l’espéraient et finalement une reddition négociée mit un terme à cet épisode après trois jours de palabres et quelques rafales d’armes automatiques pour faire bonne figure. Jamais nous ne fûmes inquiétés ou entravés dans nos occupations ou déplacements.
Mais une fois de plus, cette convulsion illustre l’instabilité politique chronique de certains états africains.
Il y a deux semaines, les élections en Egypte gagnées par le parti du président avec 92% des voix, le week-end dernier l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire attendue depuis ...2005 qui débouche sur deux présidents auto proclamés et des jours bien sombres en perspective, deux ans de désordres en Guinée avant des élections sans cesse reportées (où une amélioration pourrait poindre) semblent confirmer que le pouvoir ne se partage pas, ne se cède pas mais s’arrache et se garde. En ces matières comme dans d’autres, les occidentaux jouent un rôle qui n’est pas de leur ressort ; nous voulons inculquer et copier-coller nos systèmes et organisations politiques partout dans le monde comme étant les seules références qui vaillent.
A ce sujet, je ne peux que reprendre mot à mot ce que je disais il y a déjà trois ans.
Libres de choisir, les sociétés africaines opteraient probablement pour d'autres modes de représentation politiques plus décentralisées, plus négociées. Sans doute jusqu'au marchandage. Mais qui sommes-nous pour leur vanter le mérite des seules élections à l'occidentale. Rappelons-nous que longtemps le président français fut désigné par les parlementaires et qu'il fallut attendre De Gaulle pour instaurer l'élection directe au suffrage universel du président de la république en ... 1965.
Ce choix gaullien n'est plus remis en cause dans nos pays où l'information circule presque librement par la voie multiple des médias, où chacun, en gros, est scolarisé et peut s'exprimer, où règne un état de droit, censé mettre en oeuvre des politiques et des moyens au service des citoyens.
Mais en Afrique, l'état est bien incapable d'assurer ce rôle de "gouvernement des structures et des hommes", faute d'expertise, de moyens et de vraie volonté. Dès lors si vous êtes financièrement, matériellement, médicalement, socialement en difficulté, vous ne vous tournez pas vers l'état, mais vers votre famille, votre clan, votre tribu, votre ethnie. Car il n'y a ni caisse de pension, ni caisse de maladie, ni syndicat, ni mutuelle, ni CPAS dignes de ces noms. Il y a vos "frères" qui ont le devoir de vous accueillir si un soir vous débarquez, venant de votre village lointain, avec pour seul viatique leur adresse griffonnée sur un bout de papier. Refuser d'accorder votre aide revient à vous exclure du clan qui est le seul gage de votre survie.
De sorte que si le "meilleur de vos frères" perd les élections, c'est toute sa communauté qui est mise en danger car le vainqueur des élections aura déjà tant à faire à " servir" sa famille qu'il n'aura, le voudrait-il, pas les moyens de prendre en compte les légitimes prétentions des autres.
Tant que les états resteront aussi faibles, incapables de jouer leur rôle, les vaincus sortiront des tranchées pour contester le verdict des urnes. C'est une question de survie. Il faut donc arrêter d'imposer des élections générales et libres dans des pays incapables d'accueillir les vaincus. Il faut d'abord consolider ces états, les renforcer et en attendant, ils doivent réinventer d'autres formes de représentation. Eux. Pas nous.
Et si malgré tout on nous sollicite, pour organiser et subventionner des élections, pourquoi ne pas commencer par le commencement ; une élection au niveau des villages et des quartiers ( souvent regroupés par origine) ; puis les élus réunis au niveau provincial ou régional, élisent leurs représentants au niveau national qui à leur tour élisent le président et nomment le gouvernement. Cette filière a le mérite que chaque niveau vote pour des élus qui leur sont proches, qu’ils connaissent et cotoyent, qui parlent leur langue et connaissent leur état. Bien sûr il y aura des marchandages et des intrigues mais au moins les gens se reconnaîtront dans leurs élus qui auront des compte en leur rendre. Cette représentation politique pyramidale aura aussi le mérite de coûter infiniment moins cher que les campagnes électorales nationales, elles seront moins sujettes aux fraudes lors du dépouillement et moins contestables par les non-élus.
Lorsque j'atterris à Bruxelles une semaine plus tard, j'appris que la palabre belgo-belge entamée au lendemain des élections de juin se poursuivait, que le nouveau gouvernement se faisait toujours attendre mais que les casernes restaient calmes!
11:29
Écrit par JLH
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