27.02.2007
Je suis né quelque part
La question de l'immigration, clandestine ou pas, s'invite à tous les niveaux de notre quotidien.
Pas un jour sans débats, éditoriaux, études, déclarations, faux remèdes et vaines promesses.On en parle et on en profite aussi; le polonais dans le bâtiment et la maghrébine en cuisine, c'est banal.
Pourtant ce sujet complexe se nourrit de clichés. Trois exemples.
Un cargo en perdition, le " Marine 1", dériva pendant une semaine au large de la Mauritanie avec à son bord 372 clandestins qui avaient payé une moyenne de usd 1,200 pour passer de la Guinée-Bissau aux Canaries.
La Mauritanie ne voulait pas les prendre en charge et pressait l'Espagne, pays de destination, de s'en occuper mais celle-ci ne montrait aucun empressement, 20.000 immigrés avaient déjà débarqué sur les côtes de son archipel depuis le 1° janvier.
Finalement, l'accord convenu entre les deux pays prévoya que les clandestins autorisés à débarquer dans le port de Nouadhibou devaient, dans les 4 heures, monter à bord d' avions espagnols dépêchés sur place pour les rapatrier dans leur pays respectif. C'est alors que l'Espagne découvrit avec consternation que les africains de pays voisins ne représentaient que 33 personnes mais qu'il fallait aussi rapatrier 306 indiens du Cachemire, 22 Birmans et 10 Sri-lankais qui, au prix d'un voyage exténuant et cher, tentaient de rallier l'Europe par les Canaries au départ de la Guinée !
Il ne faut pas ignorer que les migrations les plus déstabilisantes interviennent entre pays du sud. On estime qu'environ 4 millions de Zimbabwéens ( sur 13 millions) ont fui le régime de Mugabe vers l'Afrique du Sud. ( voir à ce sujet le post du 19/06/2006 Fermiers blancs ).
Les migrants souvent jeunes, volontaires et scolarisés jouent un rôle fondamental de stabilisation dans leur pays d'origine. Alors que l'aide publique totale au développement atteint usd 106 milliards par an, le transfert annuel des travailleurs migrants totaliserait entre usd 160 et 195 milliards. De plus, l'argent envoyé au pays est largement distribué par petites sommes et évite les intermédiaires publics, restant hors de portée de la corruption. Mais cet apport financier fait débat car l'émigration des cadres africains prive ce continent de ses forces vives que les transferts monétaires ne compensent probablement pas. Encore faut-il pouvoir rester au pays!
Il s'appelle Patrick. Je le connais et le suit dans son parcours académique depuis 10 ans. En juillet dernier, il empocha son diplôme de médecin après 7 ans d'études cahoteuses à l'Université de Kinshasa; labo inexistant, suspension des cours, cliniques épisodiques etc.
Je le revis avec plaisir il y a un mois mais m'étonnai de le trouver inactif." Je ne peux pas travailler sans avoir mon numéro d'ordre délivré par l' Ordre des médecins. Ca prend entre 6 mois et 2 ans et il vaut mieux "motiver" les autorités de l' Ordre si on ne veut pas trop attendre. Mais moi je n'ai pas d'argent".
Comment est-ce possible dans un pays au réseau sanitaire aussi déficient, surtout à l'intérieur des terres? Personne n'en sait rien. C'est ainsi.
Probablement parce que, dans ce cas comme dans d'autres, toute forme de pouvoir se monnaye en RDC." Mais je n'ai pas besoin de numéro si je travaille dans un organisme international ou à l'étranger " me précise Patrick.
Que penser de ces mandarins qui, non seulement bloquent l'accès à la profession, mais participent à la déliquescence du pays?
Patrick:" Si j'arrive au Canada ou en Angleterre, je pourrais pratiquer après 2 ans de mise à niveau mais ici, je vais faire taxi en attendant". Les bras m'en tombent.
L'Afrique perd 20,000 universitaires par an depuis les années 80. Au Ghana, 60% des médecins diplômés ont quitté le pays.
Et j'en connais d'autres, nombreux prêts à dériver sur un cargo pourri vers les Canaries pour venir en Europe faire le taxi.
23:32 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa, l humaine condition |
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20.02.2007
Falling in love
7h50, station de métro.
Quai clairsemé, ce sont les vacances de carnaval.
Sur les murs, des publicités sagement placées sous cadre vitré en aluminium, loin de l'exubérance à la limite de l'agressivité des énormes pubs décorant les stations parisiennes.
Il faut de la curiosité pour s'intéresser à ces messages aseptisés. Et du moral aussi.
Sous le même panneau " Info Stib", 11 affichettes aux couleurs délavées:
" SOS solitude"
" Vivre avec son homosexualité"
" Sida?"" Assistance aux détenus"
" Vous perdez la vue"
" Aide aux victimes d'infractions"
" Envie de parler?"
" Télé accueil anonyme"
" Marre de boire?"
" Prévention suicide"
" Planning familial laïque"
A 7h52, difficile de faire mieux pour égayer l'aube d'une journée de labeur.
Circuler en métro répond à un étrange mode opératoire qui a secrété ses propres comportements pour passagers écartelés entre le désir de se hâter et leur impuissance à accélérer le mouvement, entre leur souhait d'avoir une place assise dans un wagon vide et l'obligation de côtoyer voire de frôler d'autres usagers.
Ce métro de la frustration engendre des attitudes dissemblables: les yeux révolvers des dames qui rentrent dans le wagon en quête d'une place assise et s'y précipitent sans retenue; le regard désabusé de misanthropes qui restent debout dans un wagon vide pour éviter de devoir jamais poser leur séant contre celui d'inconnus.
Mais chacun respecte la règle générale non écrite; on ne s'adresse pas la parole et surtout on ne se regarde pas. Si par inadvertance, vos yeux croisent ceux d'un humain, il sied de détourner le regard immédiatement, faute de passer pour un dragueur, une allumeuse ou un imprudent ( k'es ke ta? Tu me fixes, tu me cherches le vieux?)
Seuls les enfants en bas-âge vous regardent longuement de leurs grands yeux ronds avant que leur mère ne leur apprenne les convenances.
Je garde pourtant le souvenir ému de Meryl Streep qui rencontre Robert De Niro dans le métro new-yorkais et tombe amoureuse ( Falling in love 1984)
.
Combien d'idylles dans le métro-mélo bruxellois?
Il faudrait d'abord pouvoir se regarder. Curieux d'observer que la rencontre amoureuse peut naître d'un regard; distrait, cajoleur, répété, appuyé, soutenu, langoureux, affectueux, libertin, il peut aussi, me disent de jeunes femmes, être concupiscent, pervers ou déstabilisant.
L'est-il vraiment ou le perçoit-on tel ?Lorsque je m'exerce devant ma glace, je ne parviens pas à colorer mon regard de toutes ces nuances.
Evidemment je ne regarde que moi. Si Meryl Streep apparaissait dans le miroir, alors..Mais le regard de Meryl Streep est pour..De Niro.
22:15 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : il etait une fois |
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13.02.2007
Coluche Président
Candidat président éphémère, motard à ses heures( et à sa dernière), président d'honneur et à jamais des Restos, fin observateur de nos moeurs, Coluche a dit:
" La moitié des hommes politiques sont des bons à rien, l'autre moitié est prête à tout".
Je sais, c'est un peu facile mais en ces temps de campagne bicéphale Sarko-Ségolène, ces mots trouvent un singulier écho.
Ciao Pantin,
21:48 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, citation |
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Je suis déjà mort
Il est des courages qui subliment les épreuves.
En Guinée, la grève lancée le 10 janvier avait un caractère politique. Il s'agissait de réduire les pouvoirs d'un président, affaibli par l'âge et la maladie, en obtenant la nomination d'un premier ministre " civil, compétent et intègre".
La population guinéenne de toutes les provinces rallia ce mouvement étrangement initié par les deux centrales syndicales, plus habituées à défendre des revendications à connotation sociale.
( cfr post du 29/01/2007 "La patience a des limites" )
Mais 18 jours de grève pèsent lourd dans l'escarcelle d'un peuple démuni. Le prix de la tapalaga ( baguette) a été multiplié par 10, celui du riz par 2 et le carburant ne se trouve plus qu'au marché noir.
Les politiciens en place attendaient que la faim cisaille les volontés pour proposer dans la nuit du 27 janvier un accord suspensif de la grève qui prévoit :
la baisse du prix du riz de 50%, du carburant de 14%, le relèvement des pensions de 60% et accessoirement la nomination d'un premier ministre.
Des menaces de mort adressées aux syndicalistes arrêtés sans ménagement
( " Je n'ai jamais perdu une guerre" leur déclara le président), on était passé à une sortie de crise devenue économique et sociale, terrain bien connu et inoffensif pour le pouvoir mais marché de dupes pour la population. Le prix des marchandises ne se fixe pas par décret sauf à mettre un policier derrière chaque commerçant.
L'armée quant à elle ne s'est pas départie de son assujettissement au pouvoir et l'aurait-elle voulu que des militaires de la Guinée-Bissau voisine étaient déjà à Conakry pour protéger un président contesté. Entre voisins, il faut bien s'aider.
Mais Lansanna Conte s'est moqué: il a nommé un premier ministre parmi ses proches, immédiatement rejeté par la population qui a relancé la grève générale le 12 février avec pour objectif, non pas la nomination d'un autre premier ministre mais le départ du président.
La récupération du mouvement par quelques concessions financières a donc échoué et lorsqu'on sait le dénuement des gens, il y a de la noblesse dans cette détermination et ce courage.
Alors le président a décrété l'état de siège et confié à l'armée le rétablissement de l'ordre. Il joue son va-tout car combien de temps encore les soldats tireront-ils sur leurs frères? D'autant que le fils du président essaye de donner une dimension ethnique au mouvement en dressant les Sousous contre les Peuls et les Malinkés, mais il est accueilli fraîchement car les officiers dénoncent la milice privée qu'il a constitué pour traquer nuitamment les "meneurs" dans les quartiers périphériques.
Le régime est à l'agonie et le peuple rentre dans sa passion. Seul.
Si la communauté internationale n'intervient pas, il y aura non-assitance à peuple en danger. Ca tombe bien, le sommet franco-africain - le dernier de Chirac- se tient ces jours-ci dans les palaces de Cannes.
Entendront-ils ce manifestant qui déclara sur RFI: " Je n'ai même plus peur, je suis déjà mort"?

19:47 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |
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07.02.2007
Le Roi à Kinshasa
A Laeken. Il doit rester à Laeken et n'a rien à faire à Kinshasa en ces temps de grande fragilité pour la jeune démocratie congolaise.
Bien sûr celle-ci va encore connaitre des soubresauts et des convulsions mais la présence du roi des Belges n'apportera rien au processus de consolidation en cours et agitera le microcosme politique des deux pays bien inutilement.
Il ne s'agit pas de se faire plaisir mais de servir.
Si on veut vraiment donner des gages de sympathie au nouveau pouvoir, invitons le 1° ministre Gizenga à Bruxelles, capitale de la Belgique et de l'Europe et ne le laissons pas repartir les mains vides.
00:18 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa, belgique |
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06.02.2007
Comme un ballon au vent
La semaine dernière, j'ai pu assister à une conférence de Bertrand Piccard, orateur auquel j'accorde quelque crédit car son parcours atypique impressionne.
Médecin psychiatre, pionnier du vol libre et en ULM, champion d'Europe de voltige en deltaplane, il a inscrit, en 1999, son nom dans l'histoire de l'aéronautique pour avoir réussi, avec le britannique Brian Jones, le premier vol circumterreste à bord d'un ballon, le" Breitling Orbiter 3".

Au-delà de l'exploit, resté unique à ce jour, et qui doit beaucoup au météorologue belge Luc Trulleman qui les guida dans leur voyage, ce qui fait sens ce sont les réflexions que Bertrand Piccard tira de son périple.
" Je suis allé chercher d'autres idées dans le souffle du vent pour essayer de mieux marcher sur cette terre".
En ballon, métaphore de la vie, les pilotes sont livrés aux éléments; le froid, les orages et le vent qui les pousse où bon lui semble et pas forcément dans la direction voulue.
Finalement, le seul paramètre que les pilotes peuvent contrôler, c'est leur altitude. Jeter du lest, brûler du gaz pour descendre ou monter en espérant trouver des vents plus favorables fixe les limites de leur pouvoir mais se révèle souvent pertinent.
Dans la vie, 80% des éléments nous échappent. Les accidents, l'amour, la chance, le hasard, les rencontres ou les circonstances s'imposent à nous, indifférents à nos désirs ou notre volonté.
Seuls 20% répondent à notre contrôle. Donc nous épuisons 100% de notre énergie, de notre volonté et de nos efforts pour, en finale, n'influer que sur 20% de notre destin.
Nouvelle et singulière application de la loi de Pareto.
Cette quête de vouloir tout maîtriser procède de notre souci d'échapper aux souffrances de la vie mais elle est aussi vaine que chimérique.Car nos souffrances proviennent essentiellement de ce que nous restons captifs de nos doutes, de nos peurs ou pire de nos certitudes tel un ballon prisonnier des courants qui l'entourent.
Bertrand Piccard estime que l'action humaine la plus efficace n'est pas de se cabrer dans un combat perdu contre les faits mais à notre échelle, de jeter du lest pour changer d'altitude.
" La peur viscérale du doute et de l'inconnu est à l'origine de la plupart de nos problèmes"
Reste à savoir comment jeter du lest ? Le docteur Picccard, spécialiste de l'hypnose, nous renvoie à ce propos devant notre propre miroir ( ou à son canapé).
De sa longue cohabitation forcée de 20 jours, avec son co-pilote dans le milieu confiné et exigü de la nacelle placée sous le ballon, il tire deux lecons.
D'abord; " Nous sommes partis comme deux pilotes, nous avons vécu comme deux amis et nous avons atterri comme deux frères".
Mais aussi; il ne sert à rien d'échanger des points de vue, de discuter et d'argumenter car, hormis l'espoir enfantin de convaincre l'autre, pour autant qu'il ait écouté, de quatre choses l'une:
soit on est d'accord et 1+1=1,
soit on n'est pas d'accord et 1+1=0,
soit on n'est pas d'accord mais on feint de l'être pour calmer le jeu et on se dupe mutuellement,
soit on est d'accord mais on feint de ne pas l'être pour alimenter le débat et on perd son temps.
Comme il n'y a pas de valeur ajoutée dans ces confrontations, Piccard suggère plutôt de chercher les points de convergence (qui ne sont pas des points d'accord) qui permettent sur base des expériences, des idées, des personnalités et du vécu de chacun, qui ne sont pas identiques mais relèvent d'un genre commun, de construire ensemble quelque chose de neuf afin que 1+1 fasse 3.
A y réfléchir ses deux conclusions ne sont pas antinomiques.
Au contraire.
22:56 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : l humaine condition |
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