01.07.2008
Zimbabwé
Une nouvelle fois la démocratie à l'occidentale a montré ses limites lorsqu'elle est appliquée " copiée-collée" à l'Afrique. Une nouvelle fois un héros de l'indépendance devenu chef d'état puis despote avant de se convertir en dictateur ne parvient pas à quitter le pouvoir. Ou ne le peut pas. Car que pèsent les voix ou les votes des citoyens face à l' emprise de son clan. Si le vieux chef perd son trône, son clan perd tout; son prestige, ses titres et ses honneurs mais surtout ses rentes de situation, ses postes clés et la manne financière qui alimente le pouvoir. Il faut donc garder le vieux Mugabe au pouvoir, même momifié! Ce n'est ni neuf, ni étonnant. Voir post du 31/01/2008 " Elections-Trahisons"
Mais que dire alors de ses pairs africains qui constatent depuis 8 ans une fuite en avant suicidaire du régime présidentiel zimbabwéen qui affecte toute la sous-région de ce continent? Comment le président sud-africain Mbeki peut-il envers et contre tout soutenir Mugabe alors que son propre pays est déstabilisé par les 3.000.000 d'immigrés zimbabwéens qui ont fui leur pays, traversé la frontière et cherché refuge dans les townships de Prétoria ou de Johannesburg? Déstabilisé au point que de vrais pogroms, de solides ratonnades et de violentes chasses à l'immigré secouent les cités les plus pauvres d'Afrique du Sud. Comme partout les étrangers ici mozambicains, congolais et zimbabwéens sont "responsables de la criminalité, volent les femmes et les emplois, introduisent des maladies". Mais ici les immigrés n'ont quasiment aucun droit: les 40 morts ( la "peine du pneu" passé autour du corps puis enflammé a la double vertu de tuer la victime mais aussi d'effrayer la communauté stigmatisée) et les milliers de blessés peuvent en témoigner.
17 ans après la fin de l'apartheid, 50% des hommes noirs de moins de 30 ans sont au chômage en Afrique du Sud. Une poudrière à 2 ans de la Coupe du monde de football!
Alors pourquoi le président Mbeki, l'Union Africaine et la SDAC continuent-ils à soutenir Mugabe? Sans doute parce qu'en Afrique un vieux chef est d'abord respecté. On ne discrédite pas un chef fut-il vieux, sénile et otage de ses obligés. Il bénéficie d'une sorte d'infaillibilité présidentielle.
Ensuite, critiquer Mugabe au nom de quoi? De son âge, 83 ans ? Il en est d'autres très âgés comme Moubarak ou Bongo. De sa longévité au pouvoir, 28 ans? Kadhafi ou Bongo le dépassent de ce point de vue. De la pauvreté de sa population? C'est vrai qu'en ce domaine Mugabe a fait fort; de grenier de l'Afrique, le Zimbabwé est devenu dépendant des aides alimentaires internationales!( voir à ce sujet le post du 19/06/06 "Fermiers blancs"). De sa légitimité? Mugabe a été "élu" ainsi que le réclament les pays occidentaux.
Ces motifs ne suffisent pas à prendre le risque de réclamer au Zimbabwé une orthodoxie qu'on aurait bien du mal à pratiquer dans son propre pays.
Alors on soutient le vieux jusqu'à l'écoeurement. Seul le premier ministre kenyan, lui-même victime d'élections truquées au Kenya début 2008 qui firent 1.500 morts et 300.000 déplacés, réclame l'intervention militaire de l'Union Africaine au Zimbabwé sous l'égide de l'ONU. Autant dire qu'il n'a pas l'ombre d'une chance d'être entendu.
Par contre hier soir à Cham-El - Cheikh à la réunion de l'Union Africaine, Mugabe a été ovationné par ses pairs!
18:27 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |
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