08.07.2008
Enfin libre
J'éprouve un peu de mal à communier à la grand messe célébrée à l'occasion de la libération d'Ingrid Betancourt. Non pas qu'elle ne mérite pas notre admiration et notre sympathie, ni que je sois indifférent à sa nationalité française qui nous rapproche d'elle mais, que je sache, elle n'est pas la seule otage détenue dans le monde ni la seule victime de l'obscurantisme politico-extrémiste.
Je ne vois donc pas la nécessité de lui coller des caméras aux basques jusqu'aux retrouvailles avec sa mère et ses enfants ni de lui déléguer le ministre des Affaires Etrangères comme porte-serviette pendant près d'une semaine. Je comprends parfaitement que Sarkozy s'empresse de récolter les dividentes de son indiscutable engagement. De façon un peu ostentatoire bien sûr; mais on y est habitué.
Je voudrais simplement que, les spots une fois éteints, on se rappelle ce qu'est la Colombie d'aujourd'hui et pourquoi elle héberge la plus ancienne guérilla du monde.
Comme souvent dans ces pays, la lutte pour la terre domine le débat politique. Or, la Colombie appartient à de grands propriétaires terriens qui se partagent les sols les plus fertiles et employent une main d'oeuvre prolétarienne abondante et sous-éduquée. Ces possédants n'ont aucune envie de changement et estiment de bonne foi qu'ils sont les garants d'une exploitation correcte des terres. Pour eux, permettre aux paysans de cultiver leurs propres terres est à la fois une idée marxiste (ce qui est faux) et une catastrophe économique ( ce qui est parfois vrai, surtout lorsqu'on a sciemment laissé le paysannat sous-éduqué, cfr le Zimbabwé ).
Ces grands propriétaires - dont le père de l'actuel président de Colombie, Alvaro Uribe, qui fut assassiné en 1983 par les Farc - défendent leurs droits et leurs privilèges par tous les moyens: soutiens financiers à une droite musclée, accointances avec les narco-trafiquants ( le célèbre cartel de Medellin), milices armées etc. Les Farc sont nés en 1964 de cette lutte des classes. Après, il y eut la dérive vers la culture du coca, les rapts et les violences. Mais seulement après.
Ingrid Betancourt n'a pas fini son combat. Elle, qui a été se jeter dans les bras des Farc - signant même une décharge de responsabilités à un barrage militaire qui voulait l'empêcher de poursuivre sur une route contrôlée quelques kms plus loin par les Farc- poursuivra-t-elle sa carrière politique? Parviendra-t-elle à vider les prisons des prisonniers politiques, à démilitariser les milices, à partager équitablement la terre des colombiens ?
Laissons lui le temps de revenir à elle et aux siens. Loin des caméras.
19:15 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, presse |
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Commentaires
j'adore la mises au point...
Écrit par : marie | 15.07.2008
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