15.07.2008
Italiaanse pannekoek
En essayant d'expliquer l'imbroglio institutionnel belge à un banquier malgache il y a quelques semaines, je me rendis compte qu'en fait je décrivais un pays dans lequel coexistaient deux minorités: l'une démographique, les francophones et l'autre culturelle, les flamands.
Je ne sais pas comment Yves leterme va s'en sortir demain 15 juillet, date fatidique pour son gouvernement, ni dans quel état, mais je suis persuadé que, pour avoir goûté aux relations internationales et fréquenté ses collègues européens, les promesses électorales inconsidérées que les partis flamands doivent aujourd'hui honorer lui semblent bien dérisoires. Pourtant il n'y a pas d'échappatoires; pour se faire élire les politiciens choisissent toujours la voie de la complaisance. Il est plus facile de gagner des voix en critiquant les uns, en fustigeant les autres qu'en fédérant les électeurs autour de projets de vie, d'ambitions internationales, de concepts culturels. Demandez aux écolos et aux socialistes flamands, laminés aux dernières élections faute d'avoir joué les surenchères communautaires.
Menacée de disparition il y a un siècle, ébranlée par les multiples dialectes qui minaient son développement, la langue flamande doit d'autant plus être protégée qu'elle côtoie une langue que l'histoire, notamment diplomatique, a fait rayonner et que son berceau, la France, fait encore résonner sur le plan international. ( De ce point de vue, et sans autres concessions à Sarkozy, son initiative pour l'Union pour la Méditerranée a le double mérite de replacer la France au centre d'un projet ambitieux d'envergure internationale et de lancer une dynamique qui trouve de vrais fondements dans l'histoire, la géographie et la culture. Nous y reviendrons.)
La réussite économique de la Flandre justifie ses prétentions linguistiques. D'autant plus essentielles qu'elles ne peuvent s'exprimer qu'en Belgique. Hors de nos frontières, pas de salut: tous les flamands qui voyagent savent que passés la frontière, sauf celle de la Hollande, ils doivent switcher de langue. C'est déjà suffisamment frustrant pour ne pas devoir le faire en plus dans leur propre pays qu'ils dominent économiquement et démographiquement. Or s'ils sont parfaitement conscients de n'avoir aucune chance de faire briller leur langue au plan international, au moins souhaitent-ils qu'elle soit reconnue, ce qui suppose d'abord qu'elle soit respectée dans leur propre pays.
Les pressions actuelles ne sont ni les premières ni les plus virulentes.
La suppression des messes en français à la côte belge en période festivale remonte à plus de 30 ans et le "Wallen Buiten" qui fondit Louvain-la-Neuve (1968) représentait un séisme bien plus violent, dans tous les sens du terme.
On croyait la communauté flamande repue économiquement et apaisée linguistiquement. Nenni.
Chacun entend participer à la défense de sa langue à son échelle. En balade vélo de Knokke à Bruxelles, portant sur le dos un tee-shirt exprimant en français l'objectif de cette balade sponsorisée, on se fit apostropher à Alost " In Vlaams a.u.b".
Les footballeurs de Tubize, qui jouaient la montée ( réussie) en D1 lors d'un déplacement à Anvers, ont été accueillis sur le terrain par le même " Wallen buiten" scandé par quelques milliers de supporters flamands.
Tony Mary, ex-patron de la VRT, flamand bon teint, s'est fait interpeller pour entretenir une conversation en français dans un restaurant gantois." Ik herken my land niet meer" écrit-il le lendemain dans " De Standaard" .
Ces pratiques démontrent que la communauté flamande malgré ses acquis, ses droits, ses réussites, garde une posture de minoritaire; craintive, rétive, un peu paranoïaque. Elles laissent craindre aussi une forme larvée d'épuration linguistique.
Les politiciens labourent une terre fertile mais dangereuse: identifier "l'autre", l'empêcheur de tourner en rond, le francophone qui empêche la Flandre de réduire les impôts, de lutter contre les accidents de la route, d'augmenter la pension des "petit's gens", d'accélérer son développement alors que le surplus budgétaire de la Flandre le permettrait.
Politique dangereuse car à l'heure de rendre des comptes on constate que malgré tout, les francophones ont (encore) quelque chose à dire; dangereuse car la politique est un métier dont on vit et il s'agit de préserver son vivier de voix en n'apparaissant jamais comme celui qui, mû par des intérêts supérieurs même les plus nobles, a failli à ses promesses; dangereuse quand Leterme construisit son succès électoral, non pas sur un programme original mais sur son alliance avec la NVA dont il ne sait plus se débarrasser; dangereuse car ceux qui alimentent la surenchère linguistique ne sont pas forcément à la tête des partis mais ils prennent leurs dirigeants en otage.
Sinon comment expliquer que, armés de leur puissance démographique et économique, les édiles flamands décrètent un "wooncode" qui mèle accès au logement et connaissances linguistiques ou instaurent un "guichet des délations" afin que demain les enseignes commerciales à Overijse soient linguistiquement correctes, lorsque la pizzeria s'appelera " italiaanse pannekoek; le restaurant chinois " Chineese meeneemrestaurant" et notre Quick national " Vlug".
10:42
Écrit par JLH
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Commentaires
inévitable Message court et bref.
Pourquoi ne pas laisser la Flandre devenir indépendante ?
C'est inévitable. C'est le résultat du fonctionnement de l'europe. L'europe a dissous les nations et par le fait même les solidarités.
L'europe est un échec sur le plan humain et social, c'est seulement une vaste zone d'échange économique basée sur la volonté de maintenir la dysharmonie fiscale qui crée des richesses pour quelques uns.
Merci JL pour tes textes, tes réflexions et la qualité de ton blog.
Écrit par : JPDR | 21.07.2008
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