07.09.2008

Pathétique

A la table voisine dans ce restaurant, un homme et une femme cherchent à faire connaissance.

La quarantaine bien entamée, ils se rencontrent manifestement pour la première fois. On ne les écoute pas mais on les entend tant les tables sont rapprochées et tant l'homme met de conviction et d'emphase dans ses propos. Il parle de son boulot, donne des précisions techniques, commente des situations qu'il dut affronter, décrit ses collègues et l'ascendant qu'il a pris sur eux. Elle écoute avec soin, évoque à son tour son métier puis aborde les livres, les films, les programmes télé, la gastronomie, cherchant leurs goûts communs, testant leurs connaissances mutuelles. Ils parlent sans interruption comme si tout ce qui se ressent ou se vit devait être verbalisé, comme s'il fallait à tout prix éviter que le silence ne s'installe. En filigrane leur vie antérieure apparaît malgré leur souci de l'occulter . Lorsque leur échappe un " mon ex" ou " ma fille" ou " avant", l'autre feint de ne pas l'avoir relevé.

C'est gentil, maladroit, égocentrique. Il y a quelque chose de pathétique à devoir passer par là à 45 ans; cette quête de soi à travers l'autre. On n'est plus dans le coup de foudre, la flamme, la passion, le rêve. On aborde les rives du compromis, de l'association, de l'équilibre des prestations. On soupèse les avantages et les inconvénients, les profits et les risques.On est loin de l'innocence de l'adolescence.

Si j'avais été à sa place, je crois que je ne me serais pas mis en face d'elle mais à coté; je n'aurais pas parlé ou si peu. Je l'aurais regardée de temps en temps puis j'aurais attendu, peut-être en vain, de ressentir le syndrome de la madeleine de Proust.

Nous avons quitté le restaurant avant eux. Le week-end est chargé; nous avons un mariage. Notre premier mariage où les futurs époux se sont rencontrés sur internet. 

 

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info ne rêvez pas !

Écrit par : Henri | 17.09.2008

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