09.10.2008

Never cash a falling cactus ( suite)

Sur les hauteurs de Liège, une petite entreprise biotech de 38 personnes crée de la valeur ajoutée c.-à-d. vend des produits élaborés à partir de matières premières brutes profondément transformées par son expertise et son personnel . A titre d'exemple et a contrario,la grande distribution crée peu de valeur ajoutée, hormis son réseau de distribution, puisqu'elle revend en l'état les articles qu'elle a achetés.

Le 28 août la CBC, filiale de KBC avise cette entreprise biotech active dans l'économie réelle, que la ligne de crédit renouvelable tous les trois mois, dont elle dispose depuis 2 ans, est stoppée. Dans la foulée, Fortis et ING qui accordaient une ligne similaire selon un accord des trois banques d'agir en pool, dénoncent à leur tour leurs crédits.

Affolé le management, qui voit ses paiements à ses fournisseurs et même à son propre personnel refusés, n'a plus que deux solutions; soit réduire drastiquement la taille de la société à sa capacité stricte d'auto-financement soit obtenir une aide de ses actionnaires. Le plus simple et surtout le plus rapide commanda aux actionnaires de soutenir leur société en lui donnant les moyens de fonctionner, à périmètre inchangé, jusque fin d'année tout en chargeant le management de proposer un nouveau business-model en décembre à la lumière de l'évolution de la situation générale.

Vous pouvez transposer ce cas réel à l'ensemble de l'économie mondiale en affectant votre comparaison d'un coefficient d'amplitude à donner le vertige. Les banques fonctionnent avec l'argent des déposants mais aussi et surtout avec l'argent emprunté sur les marchés financiers auprès des fonds de pension, des assurances et des autres banques. Les banques d'affaires, telles feu Lehman Brothers ou Merrill Lynch, n'ont même pas d'agences bancaires pour récolter l'épargne des déposants et fonctionnent exclusivement sur base d'emprunts.

Or, comme la sagesse populaire l'apprend " on ne prête qu'aux riches". Dans un premier temps, les crédits accordés à certaines banques, qui s'étaient aventurées dans des opérations à risque, ont été coupés. Brutalement. Et comme tout le monde se méfie de tout le monde, le système circulatoire des finances internationales  collapsa; il y eut des caillots, des thromboses, des infars et des AVC dans tous les tuyaux qui irrigaient le mouvement des capitaux.  Les banquiers visés n'avaient d'autre choix que de couper à leur tour les crédits à leur clients, comme à Liège, et d'appeler leurs actionnaires au secours. Si les actionnaires sont dispersés comme chez Fortis, il faut passer par l'état ou être racheté par un concurrent. Si les actionnaires sont identifiés et solides, comme chez Dexia, il faut les convaincre d' y aller de leurs poches.

Mais il y a plus.

Dans la vie sauvage ou financière, si tant est qu'il y ait une différence, les plus forts mangent les plus faibles et on ne respecte que ceux qu'on craint. Lorsque les banques arrêtèrent de se prêter de l'argent entre elles, ce fut d'abord par mesure de prudence; aujourd'hui c'est par spéculation. Pourquoi se porter au secours des plus faibles alors qu'on pourra les reprendre pour 3 francs, 2 sous peu après. En attendant, on laisse les états jouer aux pompiers, s'essoufler et on attend patiemment le temps du glanage. On assiste ainsi à des situations paradoxales où les états, sollicités de toutes parts, se portent garants auprès des banques prêteuses de la solvabilité des banques emprunteuses; où la FED accepte de prêter directement aux ( grosses) entreprises sans plus passer par le circuit bancaires etc. Sans grand résultat, le marché interbancaire reste pétrifié.   .

Il ne s'agit plus de convaincre les citoyens-déposants-lambda comme vous et moi  de ne pas retirer leurs économies des banques; peu l'ont fait. Il s'agit d'assister horrifiés à une lutte de prédateurs financiers qui, non seulement ont causé le chaos actuel, mais essayent d'en tirer profit en éliminant les maillons faibles.

De quel droit agissent-ils ainsi? " Du droit des vainqueurs!" Certains penseront que la preuve est ainsi faite que le libéralisme sauvage a ses limites et est incapable de s'autoréguler . C'est l'inverse qu'il faut comprendre; le capitalisme financier va au bout de sa logique, à visage découvert.

Vae victis.  

23:43 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

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