02.11.2008

C'est quand qu'on va où?

" La crise financière aux Etats-Unis est véritablement morale" titrait " The Economist" en ...1907.

Un siècle plus tard, qu'en est-il de la crise actuelle? D'abord, je ne suis pas sûr que chacun a pris conscience de l'ampleur et de la gravité de la débâcle ? Car aujourd'hui on saisit les maisons des américains qui cessent de rembourser leurs crédits hypothécaires; demain ils n'honoreront plus les échéances de leur(s) crédit(s) voiture(s) et dans 3 mois ce seront les cartes de crédit qui ne seront plus couvertes. Alors on prend des mesures.

Mais elles tentent de répondre aux conséquences de cette déroute, pas à ses causes.

Ses conséquences? La récession, la stagflation, le crédit crunch, des entreprises ou des municipalités qui ne trouvent soudainement plus de lignes de crédit pour financer leurs dépenses usuelles (on estime à usd 2.660 milliards les obligations émises par les municipalités américaines qui ne trouvent plus preneurs) et surtout une perte de confiance dans le système financier dont le socle est étymologique puisque la monnaie fiduciaire ( les chèques, les actions,les obligations etc..) a pour racine latine "fiducia" qui signifie "confiance". 

Les mesures? La recapitalisation des banques, les garanties de l'état, l'injection de fonds, la baisse des taux et à la clé un déséquilibre financier qui va créer de l'inflation par l'augmentation de la masse monétaire, seul moyen rapide pour réduire le poids de l'endettement des personnes et des sociétés (lorsqu'il y a de l'inflation, la part relative des remboursements d'emprunts, normalement fixes, diminue mécaniquement).

Mais les états ne pourront pas secourir toutes les banques, toutes les cies d'assurances, toutes les sociétés de crédits parce que les états sont eux-mêmes en quasi faillite. Comment peuvent-ils alors sortir brusquement des milliards de leurs poches? Ils ne mobilisent pas des excédents budgétaires, par ailleurs inexistants; ils empruntent. En faisant le pari qu'ils n'auront qu'à supporter les intérêts des emprunts et qu'ils rembourseront le principal de leurs dettes lorsque l'amélioration attendue de l'économie leur permettra de récupérer leurs prêts ou de revendre leurs participations. Pari gagnant?

A qui empruntent-ils? Sur le marché national d'abord, à vous et moi mais surtout sur le marché international auprès de ceux qui disposent de liquidités abondantes, les pays pétroliers et asiatiques. Mais il y a des limites. En Chine par exemple, devenue "l'atelier du monde" si rapidement qu'elle s'est retrouvée avec des montagnes de dollars provenant de ses exportations, sans avoir eu la capacité de développer l'intérieur du pays et que par défaut elle plaçait en bons du Trésor américain. Ce temps sera bientôt révolu puisqu'il va de la stabilité sinon de la survie de la Chine de consacrer une part importante de ses ressources financières à développer prioritairement ses campagnes qui recèlent des centaines de millions de consommateurs inassouvis.

L'argent dédié au juste et urgent développement des marchés intérieurs de pays comme la Chine ou l'Algérie réduira d'autant les montants disponibles sur le marché financier international où les états endettés comme les nôtres avaient l'habitude de faire leurs emplettes.  

Deux menaces ultimes subsistent : d'abord que la monnaie unique européenne ne résiste pas aux divergences qui tiraillent les pays de la zone euro car il est paradoxal que les mesures européennes ont été largement inspirées par Gordon Brown, 1° ministre d'un pays européen qui, jusqu'ici, a refusé l'euro: ensuite que les tensions exacerbées ne conduisent à une multiplication des conflits armés aux points les plus déstabilisés du globe. Et de ce point de vue, la zone partant du Caucasse jusqu'en Inde semble la plus exposée.

Dans ce contexte général, deux attitudes émergent. Pour la première, il convient de travailler à une refondation du système financier international; il faut légiférer, réglementer, encadrer.

Pour la seconde, il s'agit de remonter la mire d'un cran et poser la question de la faillite morale d'une société qui a érigé en valeur absolue l'accumulation des droits (collectifs et particuliers), des biens et des produits.

Je vous suggère de mesurer la bonne foi des uns et des autres au sort qu'ils réserveront à deux excroissances nuisibles du monde actuel; les paradis fiscaux et les techniques financières spéculatives comme le "carry-trade". 

Vous savez l'estime dans laquelle je tiens les paradis fiscaux - voir posts du 4/4/2008 "Les voleurs en gants blancs" et du 16/04/2006 "Justine de Monaco" - et plus encore l'apathie avec laquelle les états regardent ces chancres indurés qu'ils cultivent quasiment à leurs frontières. Quant au "carry-trade" j'en parlerai dans huit jours quand on saura qui de Mc Cain ou de Obama aura à se débrouiller avec le monde que lui laisse JW Bush.

Le mot de la fin à Coluche qui s'est penché avec dévotion sur les excès en tout genre de notre mode de vie où tout s'achète; des gadgets électroniques inutiles, des produits financiers sophistiqués dont on a pas besoin , des consciences débridées dont on se passerait bien " Y a qu'à pas acheter pour que ça ne se vende pas".

Imparable!

23:18 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

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