09.12.2008

Le salaire au bout du fusil

Qui se souvient du 22/02/2002 ?

Ce jour-là, Jonas Savimbi, chef de l'Unita,est criblé de balles dans le maquis angolais. Quelques heures auparavant l'usage de son téléphone satellitaire permet aux américains, ses ex-alliés, de le localiser et d'en informer à Dos Santos, président de l'Angola depuis l'indépendance en 1975, qui envoie ses troupes d'élite encercler puis abattre son grand rival.

Cette mort met fin à 27 ans de luttes intestines entre les mouvements angolais nés de la guerre pour l'indépendance; une bagarre sanglante pour le pouvoir sans autre idéologie que l'appropriation des ressources du pétrole pour Dos Santos et des diamants pour Savimbi.

Pour arrêter cette guerre civile aux actes de cruauté innombrables, on a tout essayé; des cubains sont venus soutenir Dos Santos, l'ONU entretint la plus nombreuse force d'intervention de l'époque à coup de centaines de millions de dollars; des élections furent organisées et tout aussitôt contestées, sans compter les missions de bons offices, les accords de paix et les amnisties. Rien n'y fit.

il fallut cette mort brutale pour stopper cette guerre de chefs. Car les moyens financiers pour poursuivre la lutte ne manquaient pas: Savimbi laissa une fortune estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars. 

Alors aujourd'hui, lorsque j'entends les spécialistes discourir à propos du Congo-Kinshasa et nous abreuver des " il est temps de", "mettre tout en oeuvre", prendre les mesures" " promouvoir le dialogue", " mobiliser les moyens" etc , je crois rêver. Comme si cette posture incantatoire avait la moindre chance d'influencer les belligérants.

On parle de renforcer la Monuc, la Mission de l'ONU en RDC ( ex Zaïre), d'ajouter 3.000 soldats aux 17.000 déjà présents mais dont bizaremment seuls 5.000 sont positionnés à l'est du pays. Où sont et que font les autres? C'est le mystère dont se raillent les congolais exaspérés par la cacophonie onusienne où les soldats pakistanais refusent de collaborer avec leurs collègues indiens et où le chef de mission espagnol a démissionné, après quelques semaines, s'avouant impuissant devant une telle pagaille. 

Et comme il semble qu'il faille 3 ou 4 mois pour obtenir ce renfort (autre mystère!) Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, implore les européens d'envoyer une force d'interposition en attendant l'arrivée des Casques bleus.

Ce n'est vraiment pas la solution.

Parce qu'au premier coup de feu mortel, à la moindre bavure les congolais vont pousser des cris d'orfraie ; parce qu'à la première victime belge, notre parlement va demander une commission d'enquête; parce que les français sont mal venus d'aller à l'est du Congo à quelques kilomètres du Rwanda qui a rompu ses relations diplomatiques avec Paris; parce qu'il y a déjà assez de soldats dans cette région et que ce n'est pas leur nombre qui fait défaut.

En 1998 le Congo Brazaville était à feu et à sang. Cette guerre civile prit fin lorsque les soldats angolais appelés par l'un des protagoniste, aujourd'hui président de la république,Sassou Nguesso débarquèrent à Brazaville et imposèrent leur ordre. Rugueux.

Evidemment, les règles d'engagement des soldats angolais, les meilleurs de la région, étaient plus simples que les résolutions de l'ONU. Il n'y en avait pas.

Bien sûr au Kivu, si on envoie une force européenne d'interposition, on peut espérer un moment d'accalmie; le retour sous bonne garde des civils dans leurs villages et l'arrivée de l'aide humanitaire. C'est déjà cela. Mais c'est aussi et surtout le boulot de la Monuc.

Et après?

Posons-nous une question:" pourquoi les hommes armés du Kivu déposeraient-ils leurs armes ?"

D'abord ils ont peur d'être les premiers à désarmer. Supposons qu'ils s'accordent à le faire concomitamment. Ils craignent d'être jugés, les chefs à La Haye, les hommes de troupe sur place. Enfin que feraient-ils d'autre? La majorité des combattants sont jeunes, peu ou pas scolarisés, sans qualification. Il faut 10 minutes pour apprendre à se servir d'une kalachnikof, 6 ans pour apprendre à lire et écrire.

Désarmés, où iraient-ils? Il est prévu qu'ils reçoivent des Nations Unies ( pas de leur pays!) un forfait de usd 500, parfois un peu plus. Pour qu'en faire? Le fusil garantit un salaire bien plus régulier.

Autre question:" pourquoi les hommes de pouvoir mettraient-ils fin aux troubles actuels?"

Que comptent 60 millions de citoyens lorsque quelques milliers trouvent leur compte dans le désordre actuel?

Pas forcément en terme de richesse d'ailleurs car contrairement à ce qu'on peut lire, l'est du Congo ne regorge pas de richesses naturelles dans les proportions annoncées. La récolte d'or, de diamants, de cobalt, de coltan se fait sur un mode artisanal, approximatif et dangereux qui suffit à entretenir les petits chefs locaux et à armer quelques milliers d'hommes mais pas à subvenir aux besoins d'une région, encore moins d'un pays. Mais les troubles permettent d'identifier un ennemi commun, un obstacle à la normalisation de la vie quotidienne, un prétexte à justifier l'incurie régnante.

Car il y a un bon motif de déposer les armes; l'intérêt supérieur de la nation et le sort des populations civiles; bref ce brin d'humanité qui fait tant défaut dans ce qui fut pourtant son berceau.

 

09:03 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

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