16.12.2008

La rue algérienne

La rue algérienne est bruyante. Dès 5 heures, les appels à la prière du muezzin puis la pétarade des moteurs réveillent la cité.

La rue algérienne est froide en ce mois de décembre sous un ciel couvert. Les algériens, leurs maisons ou leurs habits ne sont pas équipés pour affronter les rigueurs de l'hiver. L'absence d'isolation thermique ou sonore, de doubles vitrages ou les portes mal ajustées, le carrelage à tous les étages et le chauffage déficient accentuent le désagrément du séjour dans cette petite ville côtière loin d'Alger.

La rue algérienne est frappée de "hitisme", concept local qui désigne la propension des jeunes désoeuvrés à passer leurs journées adossés au premier mur (hit) venu. Le chômage cantonne les jeunes diplomés à se regrouper place Gédeon à Bougie ou boulevard Che Guevara à Alger pour scruter sur la mer la ligne d'horizon, eux qui n'en ont pas.

La rue algérienne est bordée de bâtiments inachevés faute de moyens financiers suffisants pour terminer des constructions laissées au stade du gros oeuvre brut de décoffrage. La pénurie de logements oblige les jeunes à rester chez leurs parents, à retarder leur mariage ou pire en s'installer en couple dans le foyer parental!

La rue algérienne renâcle devant la révision constitutionnelle du 12 novembre permettant au président Abdelaziz Bouteflika de briguer un 3° mandat; vieille coutume africaine que de changer la constitution pour prolonger les "carrières" des présidents.

Cette " présidence à vie" est une fausse bonne idée. Comme souvent, le président en exercice estime être le seul capable de guider son pays, monopolisant le pouvoir, s'attribuant à lui et aux siens tous les leviers de l'état, bref supprimant toute idée d'alternance, de changement, d'espoir.

"Toutes les contrées arabes, sans exception, demeurent dirigées par des régimes autocratiques"

Or où croyez-vous que les hommes qui n'ont pas forcément le même avis sur la conduite du pays iront déverser leur hargne, leur amertume ou leur courroux si tout mode d'expression politique leur est refusé?

En Tunisie, cet été, un manifestant a été tué par balles lors d'un mouvement de protestattion dénoncant le chômage, le coût de la vie et la corruption à Gafsa . Six meneurs viennent d'être condamnés à des peines de prison de 2 à 10 ans fermes. Et le policier ??

Je préfère de loin le scénario grec où la jeunesse, outrée par la mort d'un gamin de 15 ans abattu par un policier, n'accepte plus de se taire et exprime son désarroi dans les rues, non seulement contre cette bavure mais surtout pour qu'on lui fasse une place dans une société accaparée par des partis politiques sclérosés et parfois corrompus. Je remarque au passage que depuis des jours et des nuits, les policiers se font canardés sans plus perdre leur sang-froid. Vous me direz que c'est bien le moins mais cette évidence est loin d'être acquise sur les deux rives de la méditerranée. Il est vrai que la Grèce est le berceau de la démocratie.

 

 

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