14.01.2009

Fortiche

La saga Fortis continue à livrer un spectacle pitoyable qui disqualifie son management et son conseil d’administration ( J-P Votron avait été désigné « l’homme de l’année » en 2007 par le magazine économique hollandais FEM !), ébranle la confiance du citoyen/épargnant/actionnaire et ternit l’image de la Belgique. Celle des Pays-Bas par contre a retrouvé des couleurs en repêchant Fortis Nederland et en récupérant ABN Amro dont soit-dit en passant, l’ex-patron débarqué a reçu une prime de départ contractuelle de 8.000.000 euros alors que la prochaine fusion envisagée entre ces deux banques à nouveau hollandaises devrait coûter 8.000 emplois !

Pour en revenir à Fortis, sur le plan politique, deux commissions parlementaires ont été décidées ; l’une pour analyser la crise financière, l’autre pour examiner la juste séparation des pouvoirs et l’éventuelle pression exercée par l’exécutif (Leterme et son chefcab) sur la Cour dans le jugement en appel. A ce propos, il est piquant de relever que c’est Herman Van Rompuy, alors Président de la Chambre, qui reçut la lettre du président de la Cour d’appel dénoncant de lourdes présomptions de pression sur le tribunal et qui s’empressa de la rendre publique, précipitant ainsi la démission de son « ami » Leterme. Depuis lors, qui est premier Ministre ?

Toujours est-il qu’aucune des deux commissions n’a commencé ses travaux car nos chers parlementaires se disputent la présidence de ces commissions afin d’en atténuer ou d’en accentuer la portée selon les intérêts de chaque groupe politique. Ils s’affrontent aussi sur le calendrier à leur appliquer : les deux commissions lancées de front ou l’une maintenue en suspens jusqu’aux conclusions de l’autre, tout en réclamant des résultats avant les élections de juin. Comme quoi les échéances politiques sont toujours dictées par des considérations électorales alors que la prochaine date cardinale est le 11 février prochain lors de l’Assemblée des actionnaires de Fortis qui décideront de la validité des décisions prises sans leur consentement lors de l’intervention de l’état  puis de la vente de Fortis banque à la BNP .

Sur le plan judiciaire, le tribunal de commerce d’abord, la Cour d’appel ensuite ont chacun désigné un collège d’experts pour analyser le dossier Fortis. Le premier groupe d’experts a annoncé un budget de 600.000 euros ; pour le second, la cour a demandé de provisionné 125.000 euros. Mais les experts de ce collège sont tellement experts qu’ils déclarent devoir faire appel à des banques d’affaires pour les épauler dans leurs analyses de sorte que le budget requis passerait de 125.000 à 800.000 euros que personne ne veut payer, ni les plaignants qui devraient normalement financer cette étude ni Fortis .Le président des experts a donc demandé l’intervention du président de la cour d’appel pour débloquer la situation !

Entre temps, aux Pays-Bas une autre analyse sera réalisée sur injonction d’un autre tribunal, hollandais celui-ci, pour un budget de 600.000 euros. Je suppose qu’on désignera un dernier panel d’experts pour décoder puis harmoniser les conclusions de ces experts car une fois de plus Coluche a raison quand il disait : » Un expert c’est un mec, quand il a fini de répondre tu ne sais même plus quelle était la question »

Toujours sur le plan judiciaire, l’avocat des 2.200 actionnaires/plaignants a mis fin à la domiciliation de ses clients  en son cabinet de sorte que tout acte judiciaire doit être adressé individuellement à chaque plaignant et dans sa langue de surcroît ; quand on sait qu’il y a parmi eux de nombreux étrangers de différents pays de l’est notamment, on apprécie l’élégance de l’avocat !

Sur le plan financier enfin, Fortis a annoncé le lendemain de Noël une perte imprévue de 295.000.000 euros sur une opération de change assez banale mais très mal planifiée par le management de Fortis dirigée par Karel De Boeck dont le salaire annuel s’élève quand même à 800.000 euros hors bonus.Il avait pourtant été nommé administrateur de Fortis pour son « expertise ».

Cette perte malencontreuse doit être la faute à pas de chance !

 

 Voici l’état d’inventaire à moins d’un mois de l’Assemblée générale qui permettra aux actionnaires de s’exprimer mais je doute que ceux-ci soient conciliants. Rendez-vous le 11 février au palais 1 et 3 du Heysel pour ce qui sera  la troisième assemblée en quelques semaines ; les deux précédentes avaient coûté 1.000.000 euros ! On sait recevoir chez Fortis !

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