02.02.2009

Madagascar

Sur la Grande Ile de l'océan indien passe un TGV.

Non pas un train à grande vitesse mais un jeune homme de 34 ans, très pressé, qui depuis deux ans défie le président élu Marc Ravalomanana. Inconnu en politique jusqu'à son élection surprise comme maire de la capitale Antananariva en 2007, Andry Rajoelina - que le peuple malgache appelle TGV-  fédère tous les mécontents du pays et ils sont nombreux.

Les hommes politiques en campagne électorale promettent des lendemains radieux et plus la population est pauvre, plus elle a envie d'y croire. Mais les politiques incantatoires sont rapidement rattrapées par les faits surtout lorsque le pays est géré comme une entreprise privée et personnelle. En dehors des proches du président, les malgaches n'ont pas vraiment bénéficié de l'accession à la présidence de Ravalomanana en 2002 au terme d'un bras de fer de six mois avec le président sortant Ratsiraka qui estimait lui aussi avoir gagné les élections . Il s'en est suivi de longs mois d'affrontements, une centaine de morts, un blocus de la capitale favorable à Ravalomanana par les fidèles de Ratsiraka qui contrôlaient les côtes et donc les ports avec au final, la paupérisation accrue d'une population exténuée.

A l'époque, le conflit opposait deux générations, deux ethnies et deux conceptions de la politique différentes; Ratsiraka personnifiait la vieille garde issue de la côte-est alors que Ravolamanana incarnait une certaine jeunesse entreprenante des Hauts Plateaux puisqu'il avait fait fortune dans les produits laitiers et démontré ses talents de gestionnaire au sein de sa société TIKO.

Aujourd'hui, la différence d'âge est toute relative, ils sont tous deux issus de la même région et Andy Rajoelina a également fait fortune  (dans les communications). Mais celui-ci devient impatient et fait monter les enchères non seulement parce que le président en place a ordonné la fermeture de sa télévision puis sa radio privées au motif d'avoir diffusé une interview de Rastiraka, réfugié en France, critiquant Ravolamanana mais surtout car il perçoit un tel mécontentement dans la population qu'il estime les échéances électorales beaucoup trop lointaines.

Ses appels à manifester rassemblent des dizaines de milliers de personnes qui spontanément ou pas se retrouvent devant les grands magasins Magro appartenant au président; les volets sont légers, les cadenas fragiles et les stocks de riz, de sucre, de farine nombreux.

Self-service général sauf que les gens se bousculent, se piétinent et que les magasins incendiés s'écroulent sur les pilleurs les plus hardis. 64 morts dont seulement 4 ou 5 par balles, la police étant restée étrangement discrète.

Ce dimanche 1° février, le calme est revenu. On s'active en coulisse pour prôner un dialogue et le partage du pouvoir entre les deux leaders; l'un revêtu de la légitimité des urnes, l'autre revendiquant celle de la rue.

Les églises luthérienne, réformée ou anglicane très présentes sur l'île- des associations comme celle de "l'Apocalypse malgache" ou "Le collectif des meneurs anciens et des meneurs actuels"- s'emploient à formuler des solutions et proposer leurs bons offices.

Quant aux chancelleries occidentales, elles restent prudentes car les susceptibilités sont à fleur de peau.Le président Ravolamanana avait déjà pressenti ses malheurs lorsqu'il réclama et obtint le rappel de l'ambassadeur de France, fraîchement nommé, Gildas Le Lidec au prétexte que celui-ci allait lui porter malheur puisqu'il avait été en poste à Kinshasa lors de l'assassinat de Kabila et à Abidjan lors des heurts entre les Fanci et l'armée française. Sarkozy a discrètement cédé pour se remettre en selle dans ce pays francophone, grand comme 20 fois la Belgique. Depuis des mois la France n'a plus d'ambassadeur sur place mais le retrait peu glorieux du précédent n'aura pas suffi à épargner des soucis à Ravolamanana.

Demain lundi 2 février, TGV appelle une nouvelle fois à manifester !

( à suivre)

 

Commentaires

Merci pour les infos. On en parle si peu dans les médias européens.

Écrit par : Nautilus | 02.02.2009

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