09.02.2009

Madagascar II

Samedi 7 février 2009, avenue de la Libération à Antananarivo. Au fond, la gare.photo_1234010904074-1-0

Lire d'abord post du 2-02-2009.

Lundi 2 février, lors de la manifestation annoncée, TGV se déclare "en charge des affaires de l'Etat" et seul "habilité à donner des ordres à l'armée et à la police". Bref, il s'auto proclame chef de l'Etat.

Le lendemain, le président en exercice Marc Ravalomanana répète qu'il reste le président légitime et qu'il ne démissionnera pas.

La " Grande île" a donc deux présidents.

Dans la foulée, Ravalomanana destitue TGV de son poste de maire de Antananarivo, la capitale du pays et nomme un nouveau maire. TGV refuse cette destitution mais, puisqu'il s'est proclamé président de la république, nomme à son tour une proche au poste de maire de la ville.  

La capitale a donc deux (ou trois) maires.

Ce serait folklorique si 19 millions de malgaches ne souffraient pas de cette lutte fratricide; si hier samedi 7 février l'armée n'avait pas ouvert le feu sur les partisans de TGV en marche vers le palais d'Etat pour y installer le nouveau 1° Ministre désigné par TGV; si 28 personnes n'étaient pas tombées sous les balles, si 200 autres n'étaient pas blessées; si on apercevait une issue au conflit.

Ces violences m'étonnent. Je n'avais pas des malgaches l'image d'un peuple conflictuel; ils n'ont d'ailleurs pas le physique de l'emploi; souvent frêles, minces, accueillants ils sont réputés pour leur gentillesse non feinte. 

Il faut croire que grand est leur ressentiment envers celui qu'ils ont porté à la magistrature suprême en 2001 et confirmé en 2006. Il faut constater que la tolérance à la pauvreté endémique a ses limites, surtout face à une politique affairiste institutionnalisée. Il faut déplorer que le pouvoir aveugle ici comme ailleurs.

Car que reproche-t-on à Ravalomanana? Ce businessman de 59 ans, qui débuta en vendant des yogourts de porte en porte à bicyclette, a transformé l'île en société privée, la sienne. Après les produits laitiers, il investit avec succès dans les stations de radios et télévisions puis dans les grandes surfaces commerciales. Pour assurer son empire,il fit voter des lois pour taxer les produits concurrents tandis qu'il faisait détaxer ses propres intrants. Récemment, il prit deux initiatives qui choquèrent la population: d'abord il fit commander par l'état un avion présidentiel de 60.000.000 usd alors que 60% du budget national dépendent des bailleurs de fonds étrangers et des pays amis; ensuite il passa un accord avec la société coréenne Daewoo Logistics pour lui céder 30.000 kms carrés de terres malgaches (l'équivalent de la Belgique) afin d'y planter des céréales destinées à l'exportation en échange de travaux d'infrastructures dont le pays a cruellement besoin. C'était sans mesurer l'attachement de la population aux terres de leurs ancêtres ( à ce propos, voir post du 13-10-2005).

 L'île, pauvre en ressources naturelles, tirait d'importants revenus de la vanille mais les cours de celle-ci se sont récemment effondrés. L'île, riche d'une diversité écologique remarquable avec 70% d'espèces sauvages endémiques, misait beaucoup sur le tourisme.

TGV, le prétendant au poste présidentiel, promet de rétablir la justice et l'orthodoxie financière. Il y a urgence car les bailleurs de fonds étrangers, écoeurés par la gabegie étatique, ont bloqué depuis décembre dernier une tranche de 35.000.000 usd d'aide urgente. Mais faut-il croire ce tribun qui a commencé sa carrière comme disc-jokey?

Les chancelleries occidentales hésitent à prendre position. Elles ont peu de considération pour Ravalomanana mais se méfient de TGV.La France reste particulièrement prudente. Toujours privée d'ambassadeur ( voir post précédent), elle sait que Ravolamanana en veut à Jacques Chirac de ne pas l'avoir soutenu lors de son bras de fer avec Rastiraka en 2002. De plus, les relations tumultueuses avec la France remontent à 1947 quand les premiers mouvements indépendantistes gagnèrent Madagascar comme le reste de l'Afrique. Paris envoya des troupes mater un soulèvement populaire contre des colons français. Pendant plus d'un mois, dans le plus grand silence la répression fit des milliers de victimes. Incendies de villages et exécutions sommaires telles les " lâchers de prisonniers" du haut des avions sur les villages pour effrayer les populations, restent ancrés dans les esprits malgaches alors que la France a pudiquement rayé cet épisode de sa mémoire collective.

Mais TGV est trop jeune pour s'y attarder, il fonce vers son destin.

Quant à l'Union Africaine ( U.A.) que peut-on en attendre quand on sait qu'elle soutient encore Mugabe, le vieux dictateur du Zimbabwé !

Je sais que Madagascar n'est pas une priorité dans l'agenda des grands de ce monde ni dans l'objectif des caméras mais je porte témoignage car je connais quelques malgaches qui commencent à perdre pied après deux semaines d'insomnies et de plus je pense ce conflit, pour local qu'il soit, assez révélateur de l'état du monde.

 

Commentaires

Bonjour JLH. Je me permets de te mettre en lien sur mon blog. Etant en train de mettre en ligne les photos de mon voyage à Madagascar, en septembre dernier, il me paraît important aussi d'informer celui qui viendrait sur mon blog de la situation si préoccupante dans ce pays. Ton analyse de la situation me paraît particulièrement éclairante.
Amicalement.

Écrit par : Nautilus | 12.02.2009

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