23.02.2009
Dans un bouge
Derrière le "paquebot" de la place Flagey, dans un ancien garage transformé en bar à vins, sous une lumière glauque, mélange de tubes néon et d'ampoules colorées, ils attendent.
Assis dans un coin, sans estrade ni spots, leurs instruments sur les genoux, ils dévisent tranquillement conscients que la soirée sera longue, leur cachet rudement gagné et leur prestation quasi inaudible.
Face à la trentaine de clients bruyants, amateurs de vins, au milieu des bruits de couverts et de mastications, ils accordent leur guitare et violon puis battent la mesure. Leurs notes bleues se mêlent alors à la fumée des cigarettes flottante autour des lampadaires jaunis; leurs yeux se ferment pour lire leur partition sous leurs paupières; ils ne sont plus que deux et la musique.
Sans tendre l'oreille, on perçoit les bribes de conversations des convives qui élèvent le ton pour couvrir la musique à peine perceptible. Très nombrilistes les gens parlent d'eux. A deux, à quatre ou en groupe, ils parlent d'eux. Ils ne savent probablement pas que le jeune violoniste qui arrache un " I got the rhythm" digne de Stéphane Grappelli est l'un des meilleurs musiciens de jazz du pays.
Alors, je ferme à mon tour les yeux pour emmener ma femme et les deux musiciens qui jouent " China boy" avec moi, loin de là, à Paris juste avant la guerre dans les caves du Hot Club. Là, les gens ne parlent pas, ils chantent; ils ne mangent pas, ils dansent. Mais le morceau ne dure que 3'19".
On n'est pas resté jusqu'à la fin de leur répertoire. Trop dur d'être artiste à Bruxelles.
23:43 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : jazz |
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Commentaires
Et trop dur de les voir jouer dans l'indifférence...totale...
Écrit par : Rose | 25.02.2009
le blues En quelques mots, tu campes une scéne, une ambiance et tu nous emportes, je suis à Brazza, sous la pluie, dans les érosions sans trop le moral et là, en deux mots, me voilà dans ce bistrot à Ixelles à entendre du jazz même si les convives de la salle ne l'entendent plus trop. Merci JLH
Écrit par : JPDR | 28.02.2009
Si le steak qui te réside ... chantait Maxime... Dur, dur d'être artiste dans ces conditions! J'ai connu l'ambiance d'un cabaret littéraire pendant quelques 12 ans. Chaque mois, c'était d'une qualité d'écoute soulignée par les artistes qui s'y produisaient. Ils s'appelaient Semal, Higgelin, Rapsat, Paul De Ré, Thierry Cromen, Jacques Duval, Robert Delieu, J-Y Duchesne, Serge Ljado et bien d'autres ... soirées bonheur!
Écrit par : fcplume | 01.03.2009
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