31.03.2009
Le pape a raison !
La semaine dernière à Kinshasa, j'ai essayé d'aborder avec mes collègues congolais la polémique née des propos du pape Benoît XVI au sujet de l'usage du préservatif comme moyen de lutte contre le sida. Il avait déclaré, dans l'avion qui l'emmenait en Angola, première étape de son premier voyage en Afrique après 4 ans de pontificat, que le port du préservatif n'était pas "la" solution au problème de cette maladie - ce qui est vrai - et que son usage pourrait aggraver la pandémie - ce qui est inexact. ( voir post du 10-09-2006 ).
La conversation a tourné court car ce sujet n'est normalement pas débattu entre collègues, surtout à une attablée comme la nôtre composée de 4 hommes et 2 femmes. Je ne sais pas si la présence parmi nous d’un ingénieur dans la cinquantaine atteint par la maladie, qui marque son corps et son visage d’une maigreur blafarde, contribua au silence qui suivait mes questions mais je dus changer de sujet sans avoir recueilli leurs opinions.
J’ai forgé la mienne en relisant Abdelmajid Charfi, islamologue tunisien, qui s’exprimait à propos des fatwas qui prolifèrent en terre musulmane et dont la plus célèbre chez nous est la condamnation à mort de Salman Rushdie par l’ayatollah Khomeiny.
En réalité, le pape a raison. Ce n’est pas la réponse papale qui est inappropriée ; c’est la question du journaliste.
La religion relève de la relation à Dieu qui, dans toutes les croyances, est directe, personnelle, silencieuse. Les vecteurs en sont la prière, la méditation, la » communion ». Ceux qui s’insèrent entre l’homme et Dieu, les muftis ou les prêtres, n’ont d’autre rôle que de guider le croyant dans sa démarche vers Dieu. Mais ils ne s’en tiennent pas à cela. Ils ont une fichue tendance à vouloir peser sur le mode de vie des hommes pour leur dicter un comportement qui ne trouve pas ses fondements dans l’essence même de la religion.
Avez-vous remarqué que le catholicisme par exemple a organisé ses sacrements pour cadenasser chaque étape fondatrice de la vie d’un homme ; le baptême à la naissance- la confirmation à l’aube de l’adolescence- le mariage à l’entrée dans la vie adulte- l’extrême-onction au moment de la mort après avoir occupé la journée de repos du dimanche par l’eucharistie et consenti à la pénitence lors de chaque écart de conduite.
Que je sache ni l’ancien, ni le nouveau Testament, pas plus que le Coran n’ont abordé les questions de société actuelles ; ils n’en avaient ni le pouvoir ni le savoir.
Interroger aujourd’hui le pape ou un mufti sur les contingences de nos existences n’a pas de sens. Malheureusement, désorientés par une société civile bancale, nombreux sont ceux qui sollicitent les religions et leurs servants pour les guider dans une vie qui va parfois trop vite pour eux, les laissant désemparés face à leur humaine condition . Alors la lecture des textes sacrés sert de base à l’expression d’avis, d’opinions, de fatwas, de bulles qui visent surtout à figer les valeurs sociétales traditionnelles. La plupart des questions polémiquées relèvent de la vie, de la survie des hommes; pas de leur relation à Dieu.
En vérité, la réponse à nos questionnements ne peut procéder que d’une intériorisation des valeurs de notre espèce vivante - l'espèce humaine - dans sa texture temporelle et relationnelle aux autres espèces et à la planète. C'est un long cheminement auquel doit s'atteler chaque homme et chaque femme, dans une démarche personnelle enrichie par son éducation, sustentée par sa culture et sublimée par ses dieux.
Car les opinions religieuses tranchées, les fatwas et autres excommunications, font partie d’un système où elles jouent un rôle de justification et de légitimation des normes admises dans les sociétés qu’elles entendent contrôler.Les régimes politiques, aujourd'hui encore dans les pays musulmans, instrumentalisent la religion pour asseoir leur pouvoir non démocratique.
Dans la sphère familiale par exemple, les positions religieuses participent à maintenir la primauté de l’homme sur la femme. Cette infériorité de la condition féminine est nécessaire à la suprématie de l’homme au sein des religions. Comment prôner une égalité totale des hommes et des femmes dans les écoles, les foyers ou les bureaux si on la refuse dans les églises ou les mosquées ? Le port du voile n’est qu’un aspect de cet asservissement qui défend aussi la répudiation, le tutorat ou la sororité.
Ainsi, l’opinion religieuse est le signe pour ceux qui la sollicitent d’un comportement de « sujets », de pêcheurs, pas de citoyens libres, autonomes et sûrs de leur foi. Et ceux qui les émettent sont les défenseurs de l’ordre établi qu’il ne s’agit ni de modifier ni de questionner.
Laissons donc la fatwa papale pour ce qu’elle est ; une mauvaise réponse à une mauvaise question.
00:26 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion |
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