19.04.2009
Fortisgate: on est content
La commission parlementaire spéciale appelée à examiner les raisons du séisme bancaire en Belgique a peut-être terminé ses travaux- ou peut-être pas : tout le monde s’en fiche.
Elle a en tout cas auditionné les principaux dirigeants du monde financier de notre pays et nos élus, qui composent la commission, ont été « favorablement impressionnés » par la qualité des exposés qui furent » très instructifs », les experts sachant se montrer « très convaincants ». Il faut les croire sur parole puisque ces auditions eurent lieu à « huis clos » ! Vous comprenez, bonnes gens, si les Lippens, Votron, Miller ou Burton n’avaient pas été assurés d’une totale discrétion, ils ne seraient pas venus faire un cours de rattrapage aux parlementaires un peu largués par ces questions financières. Le bon peuple n’a pas à connaître des réponses « très techniques » apportées par tous ces experts même si c’est l’état - donc nous - qui est appelé à la rescousse.
La commission a peut-être déposé ses recommandations - ou peut-être pas encore: tout le monde s'en fiche aussi!
Ce que l’on sait des propos qui ont filtré malgré le huis clos, c’est qu’ aucun de ces apprentis banquiers n’a émis le début d’un soupçon de commencement de regret ou de repentir. Tous ont agi au mieux des intérêts de leurs actionnaires, de leurs employés, de leur pays, de la couronne , de leur « ego » et de leurs « bonus » et si c’était à refaire, ils bisseraient allégrement. Car les coupables désignés par les banquiers déchus furent en vrac, les agences de notation , les normes comptables IAS/IFRS, les autorités de régulation, voire la presse ou les petits porteurs. Mais jamais les mots ; ambition, aveuglement, incompétence, cupidité, avidité ne furent prononcés.
Alors je souffle une dernière question à la commission : « si, lorsque tout va mal, les banquiers n’y sont pour rien, ne peut-on en déduire qu’ils n’y sont pour rien également lorsque tout va bien ? » Mais dans ce cas pourquoi les paye-t-on comme s‘ils réinventaient l’eau chaude tous les matins ?
Remarquez à cet égard que les reproches qu’on leur adresse, lorsque leurs parachutes dorés se déploient dans le paysage bidouillé de nos économies, manquent leur cible. Ceux qui dénoncent l’indécence de ces privilèges le font au nom des travailleurs qui gagnent 20 ou 30 fois moins que leur patron lorsqu’ils bossent et abyssalement moins lorsqu’ils sont virés. C’est oublier que la suppression des parachutes dorés ne profiteraient pas automatiquement aux travailleurs mais bien aux actionnaires dès lors qu’une diminution des coûts augmenteraient les bénéfices de la société et les dividendes versés aux actionnaires.
Il faudrait toute une panoplie de mesures législatives ou réglementaires pour modifier cette situation.
En attendant, on est content. Tellement content qu'on prend les mêmes et qu'on recommence comme si rien ne s'était passé: Guy Quaden, gouverneur de la Banque Nationale, vient d’être reconduit dans ses fonctions pour deux ans; Wymeersch est réélu à la tête du Comité européen des Régulateurs des marchés ( CESR), il préside aussi le Conseil de surveillance de la CBFA ( la commission bancaire et financière) ; J. de La rosière, ancien gouverneur de la Banque de France et ex DG du FMI, a été chargé par l’UE d’un plan de réforme de la supervision financière.
Je vous parie que de tout cela va sortir une foule de propositions visant « à apporter une réponse proportionnelle et graduelle à la crise par la création de comités ad hoc chargés de remettre des propositions en vue de créer des commissions spéciales qui émettront toutes recommandations utiles ».
C’est normal ; on ne change pas des équipes qui gagnent.
22:53
Écrit par JLH
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Commentaires
Tragiquement bien pensé et écrit
Écrit par : Bernard | 20.04.2009
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