26.05.2009
Masse monétaire et l'hydre de l'inflation
En ces temps-là, bien avant Jésus-Christ, chaque famille cuisait son pain, cousait ses vêtements, réparait ses chaussures, coupait son bois et distillait son eau-de-vie. Mais très vite les villageois constatèrent que le pain de la famille A était le meilleur, les souliers de la famille B les plus robustes tandis que la fille de la famille C coupait les plus belles étoffes et que le grand-père D tirait la meilleure gnôle.
Aussi la famille A échangea-t-elle 10 pains contre une paire de chaussures, qui elle-même valait un litre de gnôle alors que le manteau de la fille C valait bien 3 paires de chaussures, 30 pains ou 3 litres d’eau-de-vie.
Ces échanges en nature s’étendirent rapidement au-delà du village à toute la région lorsqu’on se rendit compte que le bois de chauffe du village X avait un meilleur rendement que celui du village Y qui, par contre, récoltait une meilleure orge pour distiller la gnôle alors que le village Z n’avait pas de concurrence pour le travail de ferronnerie.
Cette économie du troc préfigurait à l’échelle d’une région la « mondialisation » qui, selon l’expression « le monde est un village », incite chaque famille/région/pays à produire ce qu’il fait de mieux en acceptant de perdre son autonomie puisqu’il devient dépendant de ses voisins pour ses autres besoins.
Mais cette économie du troc n’était pas « parfaite » car chaque produit n ‘était pas pareillement disponible à chaque instant suite aux caprices des saisons, de la météo, des villageois ou des dieux.
Alors, le chef décréta que pour « fluidifier » les échanges il fallait créer un étalon, un commun dénominateur à tous les produits ; des pièces d’argent à son effigie. Une pièce vaudrait 10 pains ou encore une paire de chaussures, un litre d’eau-de-vie etc..
Le chef battit monnaie et chacun s’en trouva bien.
Comme l’argent pesait lourd dans le gousset à la ceinture des hommes riches, le chef décida d’émettre des morceaux de papier, toujours à son effigie, qui remplaceraient les pièces d’argent ou d’or qu’il garderait dans un coffre car, dans sa grande sagesse, le chef ne voulait pas qu’il y eut plus de billets en circulation qu’il n’avait de pièces d’argent dans son coffre.
Cette monnaie en vulgaire papier, appelée « fiduciaire ( du latin fides= confiance) n’avait d’autre valeur que la confiance accordée au chef et à son coffre rempli de pièces d’argent ou d’or.
Une seule question difficile se posait au chef : « Combien de pièces d’argent ou d’or puis-je battre et mettre en circulation directement ou sous forme de billets ? »
S’il en émet trop peu, il n’y aura pas assez d’échanges faute de monnaie suffisante et les gens retourneront vers le troc avec pour conséquence un ralentissement de l’économie.
S’il en émet trop, il crée un risque d’inflation c.-à-d. une diminution du pouvoir d’achat et à nouveau un ralentissement de l’économie alors que les besoins primaires des hommes sont loin d’être satisfaits.
En vérité il y a deux types d’inflation :
- « l’inflation monétaire » provoquée par une création excessive de monnaie,
- « l’inflation économique » provenant d’un déséquilibre dans la quantité des produits ou de services disponibles suite soit une diminution de l’offre, soit à une augmentation de la demande.
Le boulanger qui réduit sa production de pains, pour quelque raison que ce soit ( manque de matières premières, de main d’œuvre ou même volontairement) crée une pénurie et pourra vendre ses pains plus cher ; il s'agit d'une inflation de type économique créée par (une réduction de) l’offre avec pour corollaire une diminution du pouvoir d’achat puisqu’avec la même somme d’argent vous ne pouvez plus acheter le même nombre de pains.
Si, suite aux rigueurs de l’hiver, tout le monde veut des souliers crantés, leur prix va augmenter ; c’est une inflation économique créée par (une augmentation de) la demande = également diminution du pouvoir d’achat.
Remplacez la production de pains ou de souliers par la production de pétrole et vous avez un exemple classique des mouvements inflationnistes de nature économique à la hausse lorsque l'OPEP décide de réduire sa production ou lorsque la Chine consomme et demande de plus en plus de pétrole.
L’inflation monétaire est d’une autre nature : si le chef fait tourner la planche à billets, émet de la monnaie dont la mise en circulation n’est pas compensée par une rotation plus rapide des biens et des services, la masse monétaire accrue se trouve en face d’une quantité de biens ou de services disponibles inchangée et mécaniquement les prix auront tendance à augmenter. Ni l’offre ni la demande de produits n’ont été modifiées mais la majoration des sommes d'argent disponibles va pousser les prix vers le haut et si par malheur vous ne bénéficiez pas personnellement de cet accroissement de la monnaie, le pouvoir d’achat de vos économies ou de vos revenus diminuera.
Le chef a tellement peur de mal faire - émettre trop ou trop peu d’argent - qu’il délègue cette responsabilité à un conseil de sages appelé à réguler les flux financiers.
Si vous voulez maintenant faire l’exercice de remplacer les villages par les pays, le pain par le commerce du blé, l’étoffe par la culture du coton, le bois de chauffe par le pétrole, la gnôle par les produits laitiers, vous obtiendrez l’illustration de la mondialisation dans ce qu’elle a d’irréductible.
Si vous imaginez ensuite Barak Obama en chef de village et la BCE ou la FED en conseil des sages, vous prendrez la mesure du 3° défi qui attend le président des Etats-Unis : vaincre la crise actuelle . Nous en parlerons dans quelques jours.
00:25
Écrit par JLH
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Commentaires
Merci!
Écrit par : Muriel | 07.07.2009
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