03.06.2009

Benda Bilili

Dans les rues de Kinshasa, il n'y a pas seulement des trous, des caniveaux bouchés et des ordures; il y a aussi des handicapés et des shégués.

Ces derniers, les 40.000 enfants qui dorment dans les rues de la capitale congolaise, doivent leur surnom par référence à l'espace Shengen selon les uns, à Che Guevara selon les autres. Eux s'en indiffèrent, tout occupés qu’ils sont à survivre avec pour seules armes la mendicité et les rapines. Orphelins, chassés de chez eux pour cause de sorcellerie, abandonnés ou perdus ils rejoignent rapidement un groupe d’autres shégués car seule l'appartenace à un clan permettra peut-être de subsister.

Ils partagent la rue avec les handicapés, souvent victimes de la polio, qui eux aussi vivent en bande, squattant certains carrefours ou parcs publics et se déplaçant au moyen d’improbables « vélos à bras » customisés. Organisés au sein d’un syndicat virtuel «  La plateforme », ils jouissent  d’un mélange de compassion et de crainte qui  empêche les kinois de se mettre en travers de leur chemin. La vaccination contre la polio fait pourtant l’objet de campagne régulière mais il faut prendre 3 doses orales du vaccin à quelques semaines d’intervalle … sans oublier. Or la relation entre la maladie et les poliovirus n’est pas encore totalement intégrée dans la perception collective congolaise car que pèse un vaccin contre la volonté d’un oncle maternel qui a décidé de votre handicap !

Une étrange alchimie s’est opérée entre ces deux groupes d’exclus : les shégués aident les handicapés qui en retour leur assurent une certaine sécurité.

Parfois la rumba, matinée de « sex machine », s’en mêle et une musique nouvelle monte des caniveaux. Pendant des années, les handicapés grattèrent le soir venu leurs guitares dans les squares pour passer le temps, chanter leur condition et la vie kinoise. Puis les enfants shégués se joignirent à eux jusqu’à ce qu’un belge, musicien et cinéaste les repère. Un ordinateur Mac, quelques micros et amplis suffirent pour capter ces grooves de rumba, reggae et blues mélangés.

 Un premier album est né «  Très Très fort » qui porte bien son nom. L’originalité de cette musique n’est ni sa qualité technique ni même qu’elle soit jouée par 4 guitaristes paraplégiques mais bien sa stupéfiante authenticité. Les voix, les accords et les instruments sont bruts de décoffrage comme cette boite à musique à une seule corde bidouillée par un shégué de 16 ans à partir d’un pot de lait, d’un arc en bois et d’un fil métallique.

Les rues de Kinshasa ne sont pas seulement pleines de trous ; on y perçoit aussi l’écho d’une musique confondante d’un groupe de musiciens qui se sont appelés » Benda Bilili », ce qui veut dire « Regardez (nous) autrement ».

 

 

 

 

 

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