30.06.2009
O O Obama: 3° défi
Je m’en voudrais de partir en vacances sans vous dire la compassion que j’éprouve pour Barak Obama. Car il a bien des soucis, le jeune président.
Notamment son 3° défi, (cfr post du 19/01/2009 ) ; celui de relancer l’économie mondiale puisque son pays est la source et la cause de la crise actuelle. Il multiplie les initiatives d’un ton de moins en moins assuré, conscient des limites de son pouvoir.
Des crises, on en a déjà connues. Au point que certains économistes ont identifié des cycles récurrents. Les célèbres « cycles de Kondratieff » portent le nom de cet économiste russe qui établit en 1926 l’existence de 14 cycles de 70 ans dans l’histoire économique depuis 1784. Ils sont tous composés d’une phase ascendante, d’un palier de maturité suivi d’un déclin. Selon cette vision très anthropomorphique (calquée sur une vie humaine), nous serions dans une phase descendante et on a beau s’agiter, seul le temps nous sortira d’affaire!
La première crise financière répertoriée dans l’histoire économique remonte à 1623. Elle survint chez nos voisins hollandais qui brusquement se prirent de passion pour le bulbe de leurs plus belles tulipes. Un seul bulbe pouvait valoir « un carrosse neuf, 2 chevaux gris avec harnais ». La légendaire tulipe « Semper Augustus » atteignit le prix d’une demeure bourgeoise. Alors les gens perdirent la raison. Ils s’endettèrent ou vendirent leurs biens pour acheter un bulbe dans l’espoir de le revendre plus cher le lendemain. Ils achetèrent même des bulbes qui n’étaient pas encore plantés, préfiguration originale de nos « contrats sur futurs » actuels. En 1637, tout s’effondra mais seules les villes de Amsterdam et de Utrecht collapsèrent. Aujourd’hui c’est la planète toute entière qui vacille car la mondialisation est passée par là. Quand Général Motors est en difficulté aux USA ce sont des usines en Allemagne ou en Belgique qui sont en danger. Quand
Une bonne nouvelle cependant : à force de fermer des usines, de réduire les transports et de ralentir l’économie, les objectifs de Kyoto en terme de réduction des gaz à effet de serre seront atteints voire dépassés dès l’année prochaine.
Mais à quel prix ?
37 banques américaines ont fait faillite, la précarité se généralise, le taux de chômage remonte dans tous les pays (5 millions d’emplois disparus aux USA depuis janvier 2008, vers 16% de sans-emploi en Espagne et toujours 20% de chômeurs à Bruxelles et dans le Hainaut !). Les gouvernements irlandais, tchèque, hongrois et islandais se sont effondrés.
Alors que peut faire Barak Obama ?
Les économistes, encore eux, ont édifié diverses théories dont les deux plus connues opposent d’ailleurs des visions différentes.
John Maynard Keynes, anglais très respecté, avait ouvertement critiqué le traité de Versailles (1919) qui établissait les conditions de la paix et les réparations dues par l’Allemagne pour les dégâts causés par la première guerre mondiale. Il estimait exorbitantes les indemnités exigées de l’Allemagne et pronostiquait une crise majeure. Mort en 1946, il eut le temps de vérifier la véracité de ses propos ! S’agissant des temps de crise, il expliquait sa théorie économique du « deficit spending » par l’allégorie de la baignoire. L’économie est comme une baignoire sans bouchon ; le débit du robinet (les recettes) ne doit pas forcément être égal à la capacité d’écoulement (les dépenses). En bonne saison, le débit étant supérieur à l’écoulement, la baignoire se remplit de surplus budgétaire pour constituer une réserve de moyens financiers. En basse saison, lorsque le débit des recettes diminue, on utilise les réserves accumulées en s’autorisant un déficit budgétaire pour maintenir un flux des dépenses supérieur aux recettes et soutenir ainsi l'activité économique suffisante, quitte à se reconstituer des réserves lorsque le climat des affaires s’améliore.
Selon Keynes, c’est l’état qui doit créer ces dépenses en période de crise en acceptant un déséquilibre budgétaire. Sa théorie a été mise en œuvre au milieu des années 30 avec retard mais un certain succès, les gouvernements lançant des grands travaux publics qui mobilisèrent main d’œuvre et sous-traitants.
Cette politique keynésienne ne plaît pas à tout le monde mais les états n’ont pas le choix ; il faut réagir. Les grands chantiers de génie civil d’hier (ponts, autoroutes etc.) feront place à des travaux axés sur les économies d’énergie dans les bâtiments publics, mais c’est la même politique keynésienne qui est activée. Les déficits publics acceptés par les états prennent des proportions vertigineuses ; aux USA, il atteindra 1.750.000.000.000 usd alors qu’il y a peu on prévoyait un surplus de 710 milliards soit un glissement de 2.500 milliards usd.
Comment remplira t-on la baignoire après un tel déficit ? Barak Obama a étonnement déclaré : » Nous ne devons pas nous inquiéter du déficit de cette année, ni de celui de l’année prochaine »! Cela, Keynes ne l’a jamais dit !
En Europe, les déficits dérapent dans tous les pays : Irlande 11% du PIB- France 5,5 %- Espagne 6,2 % alors que les acords de Maastricht prévoyaient une limite à 3% du PIB.
Cette politique keynésienne sera-t-elle suffisante pour sortir le monde de la crise ?
Pas sûr lorsqu’on sait que le Japon, qui se débat depuis 20 ans avec une économie comateuse, a dépensé l’équivalent de usd 6.000 milliards en travaux de toutes sortes sans sortir de l’ornière. Il semble que la réponse keynésienne soit applicable à une crise économique conjoncturelle- à un trou d’air- mais pas à une crise structurelle. De plus il y a urgence. Or la mise en œuvre de grands travaux requiert temps et expertise : les 2/3 des 6 milliards usd votés pour reconstruire
Reste à tester la seconde solution prônée par l’école de Chicago dont le maître à penser reconnaissait lui-même en 1976 : « La monnaie est un sujet d’étude passionnant, il est plein de mystères et de paradoxes ».
Ce sera notre devoir de vacances, la semaine prochaine.
18:20
Écrit par JLH
dans Général |
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