04.07.2009

Keynes ou Friedman?

Attention : lire ce post après avoir lu celui du 30/06/2009

 

Obama doit-il vraiment abandonner Keynes pour Friedman ?

Doit-il écouter le fondateur de l’école de Chicago, par ailleurs Prix Nobel, qui au milieu des années 70  développa une approche plus monétariste de l’économie? Plutôt que de jouer aux entrepreneurs de génie civil, Friedman estime que l’état devrait travailler l’outil monétaire en intervenant sur la fiscalité, les taux d’intérêts et la masse monétaire afin d’agir sur le pouvoir d’achat.

Tous les pays s’inspirent aujourd’hui, peu ou prou, de cette conception : les taux à court terme de la FED, de la BCE, de la banque d’Angleterre ou du Japon ont été ramené de 4% à moins de 1% c.-à-d. que les institutions financières de ces pays  peuvent emprunter auprès de ces banques centrales pour moins de 1% par an. Cette mesure était destinée à inciter les banques privées à prêter à leur tour aux entreprises et aux particuliers à des taux très bas favorisant ainsi le financement de la consommation ou de nouveaux projets stimulant l’économie. Mais allez chercher dans votre agence bancaire à un crédit à 1 ou 2% ! Les banques tétanisées par la crise ne jouent pas vraiment le jeu.

Certains états utilisent alors le biais fiscal et diminuent les impôts indirects (dits « de consommation » plus faciles à utiliser que les impôts directs ) en baissant le taux général de la TVA par exemple en Angleterre, celui du secteur Horeca en Europe ou de la construction en Belgique.

Sera-ce suffisant ?

Le Japon a gardé ses taux d’emprunt proches de 1% pendant 20 ans sans relancer son économie ! Même Ben Bernanke, actuel président de la FED, en doute. Sa propre maison natale, qu’il avait vendue en 1996, vient d’être saisie par une banque, l’acheteur ne parvenant plus à rembourser son crédit de 1.088 usd/ mois !

Il sait aussi que l’augmentation du pouvoir d’achat par le jeu d’une diminution d’impôts ne se traduit pas forcément par une embellie économique. Car le contribuable peut garder l’argent au frais en faisant des économies ou dépenser hors frontières. Mitterrand l’a douloureusement expérimenté en 1982 lorsqu’il augmenta le Smic et les revenus des bas salaires ; l’économie française n’en a rien vu mais les importations d’électroniques grand public japonaises explosèrent !

Donc Obama n’a pas choisi entre Keynes et Friedman ; il fait tout à la fois, lance un plan de relance de usd 750 millions, soutient et au besoin nationalise des banques ou des constructeurs automobiles et augmente (eh oui) les dépenses militaires ! Il agit avec beaucoup de piété car il sait les incantations à tous les saints peut-être aussi efficaces que les experts. Ceux de la «  Harvard management Cie » chargés de gérer les fonds de la plus prestigieuse université américaine ont par exemple perdu 8 milliards en 2008.

Avec beaucoup d’humilité aussi car il vient de nationaliser quasiment General Motors dont les dirigeants, hautains, disaient, il y a quelques années en voyant arriver les voitures japonaises : » We make cars to sit in, not to piss over ».

Est-il rasséréné pour autant ?

Ses plus grandes craintes viennent de l’absence générale de visibilité. A-t-on vraiment touché le fond ?

Que des banques ou Chrysler chavirent, soit. Mais voici que «  Six Flags » l’ancien propriétaire de Walibi dépose le bilan. Mais voici que les organismes de crédit enregistrent des défauts de paiement sur cartes de crédit qui passent de 3 à 6 voire 8 %. Or un américain adulte dispose en moyenne de 7 cartes de crédit pour une dette totale cumulée de 900 milliards. Devant l’augmentation des risques de défauts de paiement, les organismes financiers relèvent leurs charges d’intérêts sur découvert, brutalement. De 9 à 21% dans certains cas ou encore abaissent les plafonds de découvert autorisés ; deux mesures qui étranglent la consommation, car le citoyen américain n’a aucune réserve en cas de coups durs, le taux d’épargne étant nul depuis 10 ans. Enfin, les inévitables conséquences de l’aggravation du chômage ne se font pas encore sentir car les indemnités de départ et les couvertures sociales amortissent le choc. Pour combien de temps ?

Plus fondamentalement l’usage d’instruments monétaires pour contrer une crise d’essence monétaire semble paradoxal. Car la cause première de la crise ne sont ni les crédits bon marché octroyés aux ménages peu solvables, ni la chute des prix immobiliers, ni les produits financiers sophistiqués tels les CDS, les ABS ou autres CDO ; ils sont les conséquences de la crise, pas la cause. Celle-ci résulte de la création excessive de masse monétaire, de cash disponible qui devait trouver à s’employer et qui supprimait toute envie d’épargne. C’est un cas d’école, une méconnaissance basique d’un principe économique primaire. En fait, le chef du village a failli à sa tâche, il n’a pas estimé correctement la masse monétaire qu’il convenait d’injecter dans le circuit économique de son village monde. ( cfr post du 26/05)

Evidemment, il faudra bien un jour rembourser tous ces déficits pour remplir à nouveau la fameuse baignoire de Keynes. Il n’y aura que deux façons d’y arriver : soit on augmente les recettes fiscales soit on laisse filer l’inflation. L’une et l’autre seront des fardeaux pour les générations suivantes déjà confrontées au vieillissement de la population.

Si vous êtes de près ou de loin victime de la crise, ne vous en faites pas trop, vous êtes en belle compagnie. Isaac Newton lui-même perdit des plumes dans le scandale qui resta dans l’histoire sous le nom exotique de «  la bulle des mers du sud ». Cette banqueroute plus sophistiquée que la  « crise de la tulipe hollandaise » (cfr post du 30/06 ) utilisa pour la première fois des effets de levier très similaires aux actuels « futures » qui multiplient l’exposition aux risques. L’auteur de la loi de l’attraction universelle en conclut : « Je peux calculer le mouvements des corps célestes mais pas la folie des hommes ».

 

Bonnes vacances

10:05 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

Commentaires

vu d ici La question qu on se pose ici de plus en plus c est de savoir si faire trop peu et pire que de ne rien faire ... Sachant bien que son 1er plan de relance a ete trop "mou" (il aurait fallu 3 x plus selon Paul Krugman), le President Obama aura bcp de mal a faire passer un 2eme plan ...
L'autre GROS probleme, les soins de sante. En Europe on ne peut pas s'imaginer a quel point ce systeme est aussi "toxique" que certains produits derives de Banque pr l economie en general et pour les gens en pariculier. En resume, stay healthy, stay rich ou get sick, you are in trouble (pr ne pas employer le f word).
En fin, au bout de 2 ans aux US, j'en suis tjs a ma premiere carte de credit et pas moyen d'avoir une 2eme ... encore une preuve que je ne suis PAS Americain ... ;-)

Écrit par : Mario | 14.07.2009

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