20.09.2009

Anthropocentrisme

Récemment j’entendis Albert Jacquard, un docte savant, déclarer que « la présence des humains est nécessaire à la beauté du monde ». Sans notre regard pour admirer le coucher du soleil, celui-ci ne serait qu’une occultation passagère par l’atmosphère des photons envoyés par le soleil, qu’un phénomène astrologique non défini. Il faut un être raisonné pour le qualifier et lui conférer sa pleine dimension .

Ainsi conclut-il notre planète mérite d’être protégée et sauvegardée au seul motif qu’elle demeure le lieu unique où les humains peuvent poursuivre leur aventure vitale. Sans nous, elle n’a pas plus de valeur que n’importe quel caillou qui  pullule dans le cosmos.

 

Il est très flatteur de se persuader que la beauté de la terre n’a d’autre raison que d’honorer nos 5 sens. Cela nous console de bien des misères humaines mais c’est de l’anthropocentrisme primaire. Le soleil se lève et se couche dans un déluge de couleurs depuis des milliards d’années et ce n’est que depuis quelques dizaines de milliers d’années que les photons, qui arrivent sur la terre en 8 minutes, s’impriment sur une rétine humaine qui déclenche des influx nerveux qui, connectés à des neurones, produisent des sensations que notre cerveau identifie comme source de beauté et de plaisir.

Quelle prétention de croire que l’univers existe pour nous rendre grâce ! Notre bonne vieille planète existe bien avant nous et nous survivra bien longtemps.

Mais alors pourquoi tant de beautés? Pourquoi le monde minéral, végétal, animal se donne-t-il tant de mal à produire autant de formes, de couleurs, de variétés si ce n'est pour que des humains puissent s'en émouvoir et s'en réjouir?

D'abord, le monde n'est pas que beauté et harmonie. Une cacophonie sidérale, une aridité spectrale et une cruauté bestiale rythment également le cours des choses.

Ensuite, la pulsion initiale depuis les premières cellules est l'appel à la vie, sous toutes ses formes et par tous les moyens, fussent-ils la beauté et l'harmonie ou la cruauté et le chaos s'ils promeuvent la vie. Quantité d'espèces de vie plus ou moins développées se sont succédées sur la terre indifférentes au regard parfaitement inutile des humains. 

Si la terre existe depuis 4 milliards d'années et a traversé les convulsions du  temps, elle n'a pas pour objectif ultime d'héberger 6 milliards d'êtres humains qui n'arrêtent pas de se disputer, voire de s'entretuer. Nous sommes là pour une étincelle d'éternité et la vraie question n'est pas de se persuader, dans une suffisance béate, que le monde nous est dû mais plutôt :"que faisons nous de notre temps?"

Et le Dieu créateur dans tout cela ?

Julian Barnes a dit : » Je ne crois pas en Dieu, mais parfois il me manque ».

Ce soir peut-être ?

 

Commentaires

commentaire donc ! Pour des raisons que je ne me suis pas encore exprimées, je ne suis pas fan d'Albert Jacquard, ce qui veut donc dire aussi que je connais un peu. Et que je ne crois pas du tout qu'il dise ou veuille dire que "l'univers existe pour nous rendre grâce" pas plus que "le monde nous est dû". A l'inverse pourrais-je dire, ce qu'il essaye d'exprimer tourne plutôt autour de l'idée que notre existence pourrait, le cas échéant, se justifier en tant que "grâce rendue à l'univers". Aussi, que "nous sommes dûs au monde", partie de lui-même pouvant relationner avec lui; plus éventuellement utile par là qu'important en tant qu'espèce particulière. Nous sommes juste du monde quoi ! Pas plus, pas moins. En résumé, je ne crois pas que c'est l'anthropocentrisme qui le caractérise même s'il est parfois confus. Je crois simplement qu'il privilégie le lien plutôt que la partie. Bien à toi. Guy

Écrit par : Guy | 05.05.2010

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