06.10.2009
Un petit village de pêcheurs de perles
Je rentre de Dubaï perturbé.
Ce qui fut un petit village de pêcheurs de perles au 19° siècle se veut aujourd'hui une vitrine éclatante de la richesse des émirats arabes.
Rien n'est trop beau, trop grand ni trop cher.
Lorsqu'on est en approche de Dubaï à la nuit tombante sur le golfe persique, on aperçoit une langue de terre hérissée de buildings illuminés, aux parois de verre poli où se mirent les bâtiments avoisinants.
La photo du hall de l'aéroport reprise ci-dessous préfigure la ville qui nous attend. A l'avant plan, un décor végétal en carton pâte devant lequel les passagers se font photographier (!), plus loin une Lamborghini, concentration de technologie, en phase avec l'architecture volontairement high-tech.
Des taxis clinquants sur des autoroutes à huit bandes nous font traverser cette ville, autant image d'Epinal que symbole décadent de la civilisation.
Quelle civilisation?
Celle du pays hôte? L'émirat de Dubaï où la charia est la règle mais non appliquée; où l'alcool coule à flot et où des femmes couvertes de toile noire de la tête aux pieds ( le niqab) croisent des expatriées en tenue d'été, où l'abondance du pétrole et du gaz autorise toutes les arrogances ?
Ou celle de nos pays et notre technologie qui permet de bâtir là-bas ce que nous ne sommes pas en mesure de financer ici; le seul hotel au monde classé 7 étoiles qui ne propose que des suites ( la plus petite de 196 m2 coûte 2000 usd /nuit), les Palm Islands, ces îles artificielles définitivement kitsch;ou le Burj Dubaï, le plus haut gratte-ciel au monde qui culmine à 818 mètres ( voir photo)?
Je n'arbitre pas entre ces deux types de civilisation car leur dénominateur commun est le même culte de l'argent omnipotent, omniprésent.
Les émirs, préssentant la fin de la rente pétrolière, veulent faire de Dubaï un centre d'affaires " zone franche" et la capitale du tourisme de luxe.
Qu'importe si tout repose sur la communauté expatriée qui représente 80% d'une population de 1,2 million d'habitants; des pakistanais et des hindous pour les travaux peu qualifiés ( peu payés et peu supportables- sur les chantiers on arrête le travail si la température dépasse 50° mais les thermomètres ne sont guère fiables); des asiatiques pour les fonctions de service et le commerce et puis des anglo-saxons dans les banques, les cies d'assurances et autres agences de com.
Qu'importe si la ville incarne un scandale écologique; l'eau désalée coûte une fortune - il n'y a d'air que conditionné dans les bâtiments, les voitures, les centres commerciaux et puisqu'il fait trop chaud pour bronzer, on a construit une piste de ski indoor de 400 m de long !
Alors, partagé entre l'admiration pour le bel ouvrage que voilà et le sentiment d'une ville en totale inadéquation avec son milieu, de Dubaï je rentre perturbé.
Il faudrait que j'y retourne!


23:41
Écrit par JLH
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Commentaires
Perturbé !! Bonjour Jean-Louis,
c'est depuis Dunkerque que j'écris. J'étais souvent en Afrique mais les projets se réduisent et me voilà à Dunkerque.
N'étais-tu pas plus virulent il y a quelques temps ? Je pense que oui.
Dubaï t'amène à hésiter, à presque utiliser un langue de bois. Penses-tu que ce type de dévellopement est un progrés ?
A la veille de Copenhague, soyons sans ambage, ressaisis-toi. C'est lorsque tu es virulent que tu fais avancer les choses, chez l'un, chez l'autre et ainsi, par petites touches, cela bouge. C'est toujours un grand plaisir de te lire, en espérant te revoir , avec amitié, JPDR
Bientôt à Bruxelles, au KVS, une exposition ayant pour théme les shegues.
Écrit par : JPDR | 17.10.2009
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