15.10.2009
Et maintenant M. Dadis Camara?
Et maintenant, que vas-tu faire capitaine Président Dadis Camara, toi qui as pris subrepticement le pouvoir en Guinée Conakry, il y a 10 mois au lendemain de la mort (naturelle) du vieux Président Lansana Conté, miné par la maladie?
En réalité, tu n'as pas pris le pouvoir; tu l'as ramassé tant les hommes politiques au gouvernement ou dans l'opposition ont tergiversé, tout occupés à se neutraliser les uns les autres. Pourtant le décès de Lansana Conté était annoncé depuis longtemps mais tel est le destin d'une nation qui patauge dans les dictatures successives depuis son indépendance; pas de culture politique, encore moins démocratique - une opposition laminée par la corruption et les querelles intestines - les meilleurs de ses enfants partis vers d'autres contrées.
Tout le monde a protesté contre ton coup de force mais nombreux furent ceux qui reconnaissaient en privé que ton arrivée inopinée a, au moins, évité une guerre civile ou le chaos. C'est toute l'ambiguïté des coups d'état: usant de la force, ils créent une apparence d'ordre qui rassure dans un premier temps les pays voisins, les bailleurs de fonds et même la population. Pour emporter l'adhésion des plus réticents, tu as promis de remettre le pouvoir aux civils: mais tu as nommé 10 militaires dans ton gouvernement.
Tu as promis également des élections et, sacrifice suprême, tu t'es engagé à ne pas t'y présenter. Mais voilà, l'ivresse du pouvoir est une maladie très contagieuse parmi les auteurs de coups d'état et quelques mois dans le fauteuil présidentiel, où chacun te donne une image de toi dont tu ne peux plus te passer, t'ont inoculé le virus.
Et lorsque tes concitoyens descendent dans la rue pour te rappeler tes engagements, tu tires. Ton armée a tué 150 personnes le 28 septembre.Sans sommation.
Alors que vas-tu faire de ton pouvoir?
Toute la différence d'entendement qui sépare, pour ne pas dire "déchire", les conceptions occidentales et africaines de la notion de "démocratie appliquée" est illustrée dans la vidéo postée ci-dessous. Tu reçois, Président Camara, l'ambassadeur d'Allemagne, pays que tu connais bien pour avoir suivi une formation militaire en Allemagne de l'est, et celui-ci t'interpelle, funeste erreur devant tes concitoyens, sur ton possible revirement d'attitude à l'égard de ta candidature à l'élection présidentielle. Son ton est paternel; le tien martial.
Il parle de "démocratie", toi de "respect". Toute l'équivoque de nos relations se trouve synthétisée dans cette confrontation.
On a fermé les yeux sur ton coup d'état pour éviter une guerre civile ou le chaos politique; on aura peut-être les deux.
00:18 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : africa |
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Commentaires
Très bien Comme toujours une appréciation à sa juste mesure.
Merci pour la video youtube.
Écrit par : bernard | 25.10.2009
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