25.10.2009

Kigali

Le « Mémorial du Souvenir » à Kigali est une bâtisse blanche à flanc de colline surplombant un alignement de fosses communes où plus de 200.000 personnes ont été ensevelies.

Il n’y a ni chaise ni banc dans les différentes salles ; alors on s’adosse aux murs pour ne pas vaciller devant l’indicible. Empreint de dignité et de retenue, le musée témoigne du dernier  génocide (1994) perpétré par les hommes. A le visiter, on se doute que les relations diplomatiques avec la France ne seront pas rétablies demain !

Est-ce pour ne pas accabler plus que nécessaire les génocidaires et/ou les survivants que le parcours se termine par un rappel des autres génocides (du grec genos= race et du latin caedere= tuer) qui secouèrent l’histoire récente ?

En reprenant souffle dans les jardins du cimetière collectif, je me demande comment les hommes au pouvoir entre 1990 et 1994 ont pu rester aussi longtemps aveugles, sourds et muets devant les prémices évidentes du génocide : Mitterrand, Balladur ( 1° Ministre, d’origine arménienne d’ailleurs !), Juppé, ( Affaires étrangères), Léotard (Défense) en France - Boutros-Boutros Ghali ou Koffi Annan à l’ONU et chez nous Willy Claes (Affaires étrangères) ou Dehaene (1° Ministre). Comment ont-ils pu poursuivre une « carrière » politique après un tel aveuglement. Et même s’il est plus aisé de faire le bilan accablant de nos politiques stupides maintenant que dans l’action, comment peuvent-ils ne pas se sentir un peu responsables, un peu solidaires et en tirer les conséquences ? Pas coupables peut-être mais au moins responsables. Et comment ne pas comprendre ces soldats, nos paras ou les autres, rappelés au pays dès le 21 avril par les politiques apeurés qui, de rage, déchiraient leurs bérets bleus  conscients du drame qui se jouera jusque fin juillet : trois mois de honte pour nous tous.

Les victimes rwandaises rejoignent ainsi au panthéon des horreurs humaines les 65.000 Hereros tués en Namibie en 1904, les 200.000 bosniaques tués en 1991, les 1.500.000 arméniens tués en 1915, les 2.000.000 cambodgiens tués en 1975, et les 6.000.000 de juifs tués en 40-45.

Est-ce un soulagement de constater que les bourreaux sont chaque fois différents et que chaque race se retrouve à son tour au banc des accusés ? Ou faut-il désespérer de la race des hommes ?

Si on doit retenir quelque chose de ce drame, il faudrait se souvenir que les allemands n’ont pas tué 6 millions de juifs d’un coup de canon et que les interahamwés n’ont pas tué un  million de tutsi d’un coup de machette. Ils en ont tué un ; puis un autre ; puis encore un- après s’être reposés, avoir mangé et qui sait, prier, ils en ont encore fusillé un puis tronçonné un autre. Les génocides ne sont pas des actes collectifs anonymes, ils sont la somme d’actes individuels.

Mais est-ce plus rassurant ?

17:16 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

Commentaires

Il faut désespérer de la race humaine. Depuis des milliers d'années, l'homme est fondamentalement poussé par la jalousie et la concupiscence. Pourquoi changerait-il subitement ?

Écrit par : pierrot | 29.10.2009

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