06.12.2009
Persona

J'apprends presque fortuitement qu'un ancien collègue que j'ai beaucoup côtoyé, pas vraiment un ami, doit subir une transplantation cardiaque aussi vite que possible.
Que devrais-je ressentir ?
De la compassion, de l'indifférence, de la peur? Il me semble que ce qui prévaut ressemble à un sentiment de vulnérabilité. Nous avons le même âge, le même parcours professionnel et certains traits de caractère identiques où se mêlent de l'impatience et de l'intransigeance. Je cherche et trouve de justes motifs pour me convaincre que ce qu’il endure ne peut m’arriver. Mais il m’en coûte de ne pouvoir considérer son problème sans le ramener à moi. Quelles qualités faudrait-il pour pouvoir appréhender ce qui nous entoure sans se l’approprier ?
Cette propension égocentriste est parfaitement illustrée dans l'exposition "Persona" actuellement au musée de Tervuren. 180 masques rituels africains déclinent le thème de l’identité, du respect de soi ou de la représentation de l'Autre. Ils sont regroupés par thème dans une douzaine d’espaces vitrés le long d’un déambulatoire bien documenté. Ce qui compte dans les traditions africaines, ce n’est sûrement pas le porteur du masque. Celui-ci doit complètement s’effacer au seul profit du message qu’il incarne ; il ne peut, en aucun cas, essayer de s’approprier un rôle dans la cérémonie. Bien sûr, il véhicule avec talent et conviction le rite, mais il n’est pas autorisé à montrer son propre visage au public et, le masque déposé, il doit s’abstenir de toute forme de personnalisation.
Ingénument à deux reprises, le concepteur de l'exposition a placé, au milieu des masques, un miroir à hauteur d'homme. Déambulant lentement devant ces vitrines, attentif aux objets exposés, on aperçoit soudain son propre visage. L'effet est interpellant. Et c’est ici que, pour moi, l’expo prend tout son sens.
La « persona », en latin, est le masque que tout individu porte pour répondre aux exigences de la vie en société. Pour les uns, notre figure au milieu des masques rituels dans ce musée a, de ce point de vue, tout son sens puisqu’elle n’est qu’un masque parmi d’autres. D’autres pourraient aussi comprendre, en se dévisageant dans la vitrine, que si on avance masqué dans la vie, malgré tous les artifices dont on se pare, on finit toujours par se retrouver face à soi-même.
Les plus prosaïques enfin y verront la simple l’illustration du mot : « Si on n’est pas responsable de sa figure, on est responsable de la tronche qu’on tire ». Car à l’évidence, les masques sont bien plus beaux que bien des visages.
Sauf peut-être les masques mortuaires.
05:47
Écrit par JLH
dans Général |
Lien permanent
| Commentaires (1)
| Envoyer cette note
| Tags : l humaine condition |
Facebook
|










Commentaires
persona C'est toujours un plaisir de lire le blog JLH.
L'exposition persona est un événement rare, de nombreux masques, bruts, fins, raffinés, des sculpteurs eux-mêmes anonymes, en quelque sorte au service d'une comunauté.
Et puis aussi des travaux contemporains, des toiles, des photos, des dessins, des sculptures.
Félicitations aux organisateurs.
JPDR
Écrit par : JPDR | 09.12.2009
Écrire un commentaire