15.12.2009

A la dérive

Madagascar est une île…. à la dérive.

Il y a un an, Ravolamanana ,le président élu en 2006, dut quitter le pays, destitué par des mouvements populaires attisés par TGV, le maire de la capitale Antananarivo ( cfr post des 2 et 9 février - 2 mars 2009). Depuis lors, la confusion  fait figure de régime  politique. Le soulèvement populaire n’a pas fait l’unanimité parmi la population et fut fermement condamné par la communauté internationale, particulièrement par les chefs d’états de la région. Sous l’égide du Mozambique et sous la pression financière de l’Union Européenne et des USA, le président déchu réfugié au Botswana et le président autoproclamé ont été priés de trouver un terrain d’entente. Pour tout simplifier, on a rappelé deux anciens présidents, octogénaires, résidents en France, MM. Ratsiraka et Zafy « afin que toutes les sensibilités politiques du pays soient impliquées dans un accord « inclusif ».

Les réunions se succédèrent à Maputo, Addis Abebas sans compter les réunions secrètes à Paris et à Genève.

En fait « d’accord » , les malgaches ont vu s’échafauder petit à petit un système, hybride et temporaire, à quatre têtes avec un Président- deux Vice-Présidents et un Premier Ministre, chacun issu d’une famille politique différente.

Autant dire que ce montage n’avait aucune chance de fonctionner ; personne ne peut décider sans l’accord des trois autres mais chacun peut tout bloquer.

Et puis, comme me l’explique une malgache, fille d’un ancien Premier Ministre, pourquoi quatre mouvances, pourquoi pas cinq ou six ou 19 millions puisqu’il y a 19 millions de malgaches ; quel est encore la légitimité des deux anciens présidents qui ont été battus lors d’élections précédentes. En réalité, me confie-t-elle, il n’y a que 4 personnalités qui se chamaillent pour s’attribuer au mieux, se partager sinon, le pouvoir pour eux ou pour les leurs. Il y a quand même 560 postes politiques à pourvoir dans le pays !

                       Je reste impressionné par la capacité d’indifférence des hommes politiques au sort des populations. A Madagascar ou ailleurs.

La seule chose qui vaille depuis un an sur l’île sont les palabres politiques ayant pour unique objet la répartition des postes !

Pendant ce temps, 70% des malgaches vivent avec 2 USD par jour; les recettes financières s’écroulent; le tourisme a reculé de 50%; 150.000 emplois ont disparus au cours des 12 derniers mois ; des projets d’investissements sont annulés ou suspendus ; l’aide internationale qui représente 50% des recettes de l’état est gelée – l’Union Européenne a bloqué 630 millions d’euros et les Etats-Unis vont exclure Madagascar des accords tarifaires préférentiels (AGOA) qui permettent à certains pays d’exporter vers les USA sans droits d’entrée.

Tout cela glisse sur l’indifférence des politiques comme une goutte d’eau sur la feuille du palétuvier. 

A 130 kms de la capitale, une usine est terminée, opérationnelle, les 115 ouvriers engagés sous contrat, les matières premières en stock prêtes à l’emploi, les camions dans la cour pour commencer la distribution .... mais le dernier paraphe de la dernière autorisation légale à obtenir  n’est toujours pas apposé …. depuis 6 mois.  Cette société a déjà payé EUR 2,9 millions de taxes sur les importations d’équipements industriels, ; en activité, elle devrait payer chaque mois des droits de TVA sur les ventes, des accises sur l’énergie, des précomptes sur les rémunérations etc.... rien n’y fait. Aucune explication logique à cette situation ubuesque ; " demain... revenez demain... ou après.... enfin un autre jour ».

 

Mais alors comment  se finance l’état pour supporter ses frais de fonctionnement si l’économie est à genoux et les aides internationales coupées ?

Voici l’heure des exportations pirates de "bois de rose" par dizaines de containers vers la Chine au détriment de la "Grande Terre" déjà si cruellement déboisée; voici le temps des prêts d’argent par des usuriers internationaux qui misent sur l’un ou l’autre des candidats au pouvoir suprême, lui faisant crédit en gageant les exportations de crevettes ou de vanille des 2 ou 3 années à venir ; voici la survenance de pays frondeurs ( Libye par ex) qui prêtent ou donnent  en monnayant un vote ou un appui en leur faveur dans une instance internationale ; voici le règne des "n’importe quoi" au pays des "n’importe comment".

 

On dit que Madagascar s’est détachée du continent africain il y a 240 millions d’années. Je ne la savais pas toujours à la dérive.

 


 

22:51 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

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