18.01.2010
Madame la Terre
Ce n'est pas parce que je parlais de vous la semaine dernière, Madame, en appelant à vous craindre, qu'il fallait vous manifester aussi vite, avec autant de violence ni vous acharner sur un des peuples les plus pauvres sur votre sol.
La compréhension de vos mouvements d'humeur nous ont longtemps échappé et nous avons dû recourir aux esprits maléfiques ou aux dieux pour pleurer nos morts que vous laissiez sous vos gravats. Lorsque vous rasiez Lisbonne en 1755 ou que vous écrasiez 200.000 japonais à Kantô en 1923, nous ignorions tout de la "tectonique des plaques". Même Albert Einstein niait encore en 1955 que les continents bougeassent.
Aujourd'hui, on peut doctement expliquer aux Haïtiens que vous êtes composée d'une dizaine de grandes plaques et d'une vingtaine d'autres, plus petites. Elles se meuvent à des vitesses différentes, dans des directions diverses. Les prévisionnistes, qui appellent Tokyo la ville "qui attend de mourir", estiment qu'un jour la Californie se détachera de la côte ouest pour former une sorte de Madagascar dans le Pacifique, que l'Afrique absorbera la Méditerranée et remontant vers le Nord, créera une nouvelle boursouflure, de Paris à Calcutta, qui n'aura rien à envier à l'Himalaya. Evidemment, la dérive de vos continents s'opère à la vitesse où poussent nos ongles, imperceptible, mais de temps à autre il faut bien les couper comme vous devez bien vous ébrouer.
Ceci ne consolera pas les haïtiens ; dans les ruines de Port-au-Prince, combien de petite Omayra Sanchez, cette enfant colombienne qui agonisa deux jours, coincée dans un enchevêtrement d'éboulis lorsque vous fîtes rugir le volcan Nevada del Ruiz en 1985 ?
Le gouvernement haïtien, déjà déficient en temps normal, a jeté l'éponge laissant à la communauté internationale le soin de gérer au mieux la catastrophe que vous avez provoqué. Ils en ont déjà bavé les Haïtiens depuis leur indépendance; dans quel tréfonds de leur conscience collective vont-ils trouver la résilience nécessaire pour reconstruire leur pays ?
Avec quelle probité, lorsqu'on sait que les dons et aides financières vont pleuvoir sur le pays?
Devra-t-on mettre ce pays sous mandat de gestion de l'ONU ?
Enfin, va-t-on enfin s'astreindre à un travail de réflexion sur les priorités du peuple des humains: toute la vie est concentrée sur une tranche de 20 kms de haut au maximum, des profondeurs de la fosse océanique au sommet de l'Everest. Autant dire moins que rien au regard de l'immensité du cosmos. Et pourtant on s'en soucie comme de colin-tampon.
Evidemment, même si les 6 milliards d'humains entraient en lévitation spirituelle, vous ne cesseriez pas pour autant, Madame, de crachoter, de frissonner, d'éructer et de convulser, tout comme vous êtes restée insensible jadis aux sacrifices humains que nos ancêtres vous dédiaient.
" La terre est dangereuse -expliquait un géologue anglais -l'histoire de chaque partie de notre terre, comme la vie d'un soldat au front, consiste en de longues périodes d'ennui, traversées de brèves périodes de terreur".
Puisqu'on doit encore coexister quelque temps, Madame, si on trouvait autre chose ?
23:24
Écrit par JLH
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Commentaires
Toujours si bien écrit et même avec un talent divinatoire maintenant ! Merci.
Et Dieu dans tout cela ?
Écrit par : Bernard | 20.01.2010
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