02.02.2010

Can 2010

Je ne sais pas si vous avez suivi la dernière CAN qui vient de se terminer en Angola par la victoire de l’équipe égyptienne des « Pharaons ». La CAN, Coupe Africaine des Nations, est suivie avec un enthousiasme débridé par les populations des pays en lice et avec encore plus de ferveur que la Coupe du Monde qui aura lieu en juin prochain, mais où les pays africains sont évidemment moins représentés.

Pour les non initiés, je parle aujourd’hui de football, mais de ce foot politico-business, qui sous toutes les latitudes, remplit ses tribunes de politiques, affairistes et démagos en quête de reconnaissance populaire.

La victoire de l’Egypte, dimanche passé en Angola, a le mérite de remettre un peu de calme sur la planète foot en Afrique car on a frôlé plus d’une catastrophe pendant cette quinzaine de jours de compétition.

D’abord, lors de la demi-finale qui opposa l’Algérie à l’Egypte.

Ces deux pays étaient au bord de la rupture des relations diplomatiques depuis l’élimination en novembre dernier de l’Egypte par l’Algérie lors des sélections pour l’autre compétition de foot , encore plus prestigieuse, la Coupe du monde.

Cette élimination intervint au terme de trois matchs entre ces deux pays dans un climat délétère ; au Caire, le bus des joueurs algériens fut caillassé et les supporters algériens battus. A Khartoum, lors du match de barrage, les supporters égyptiens conduits par Alaa Moubarak, furent molestés par «  des extrémistes islamiques repentis dépêchés à Khartoum par Bouteflika » selon le témoignage du fils aîné du président égyptien qui, lui-même, renchérit devant le Parlement égyptien : " Nul ne touchera impunément à la dignité des Egyptiens ". Son fils Gamal, successeur présumé, enfonça le clou ; " Ceux qui nous ont agressé devront subir la colère de l’état égyptien".

Les médias égyptiens se lâchèrent et entretinrent un climat de haine sans précédent à l’égard des algériens qui, nombreux au Caire, n’osaient plus sortir. Le drapeau algérien fut brûlé par des avocats du barreau cairote.

Puis la rue arabe s’enflamma, souvent en faveur des algériens. On vit des marocains défiler dans les rues de Casablanca avec des drapeaux algériens ; insolite quand on sait la tension entre les deux pays à propos du Sahara Occidental. A Gaza, mais aussi à Harlem ou à Marseille, les jeunes descendirent bruyamment dans les rues en fustigeant l'Egypte.

Les autorités algériennes, qui ont autant besoin de cette victoire que leurs collègues égyptiens pour distraire leur jeunesse de ses préoccupations quotidiennes, tentèrent de calmer le jeu. Les ministres assurèrent que le retrait annoncé de 5 milliards de USD d’investissements égyptiens en Algérie n’aura pas de conséquence sur l’économie nationale et qu’il sera facile de remplacer les 10.000 travailleurs égyptiens renvoyés au bord du Nil. On vit même le très honni ministre israélien des Affaires Etrangères M. Lieberman rappeler les deux pays à la raison.

C’est dire si la demi-finale de la CAN en Angola entre les deux frères ennemis pouvait être explosive. Ce jour-là les dieux du stade avaient choisi leur camp : en expulsant trois joueurs algériens, l’arbitre a facilité la revanche des « Pharaons » qui se sont donc qualifiés pour la finale.

Ainsi chacun est content et les honneurs sont saufs; la Can à l’Egypte et la qualification pour la Coupe du Monde à l’Algérie.

Mais on n'a pas seulement frôlé la catastrophe; il y eut aussi morts d’hommes dès avant le démarrage de la CAN. Les joueurs togolais furent accueillis à coup de fusils par des indépendantistes lorsqu’ils arrivèrent en bus à Cabinda, cette enclave angolaise bourrée de pétrole, où ils devaient jouer leur premier match. Mitraillés pendant 10 minutes, déplorant deux tués et des blessés, les Togolais firent leurs bagages et se retirèrent de la CAN.

La CAF (Fédération Africaine du Football, toute puissante instance organisatrice et disciplinaire) estima que cette décision de retrait, encouragée par les autorités togolaises, constituait une « ingérence politique » dans le déroulement de la compétition sportive et sanctionna l'équipe des "Eperviers" en la rayant des deux prochaines éditions de la CAN. Le Togo crie au scandale, se dit insulté et veut saisir la justice de cette ignominie. Mais quel est le tribunal compétent pour un différent d’ordre sportif entre un pays et une fédération, fondé sur un acte de rébellion commis dans une enclave sécessionniste?

Le temps de trouver le tribunal compétent, la Coupe du Monde sera fini. Elle se déroulera en Afrique du Sud en juin prochain. « Inch Allah » disent les Algériens.

Jamel Debouzze, l'humoriste franco-marocain, a déclaré sa volonté de changer de nationalité après toutes ces péripéties footballistiques et a choisi la nationalité algéro-irlandaise. Seuls les initiés comprendront.

 

 

 

19:03 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

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