23.02.2010

Doigts de fée

 

Au-delà de la virtuosité de cette jeune ukrainienne aux doigts de fée, dessinant sur un tapis de sable l'invasion de son pays par l'armée allemande en 1940, le plus fascinant reste le coté fugace, éphémère et précaire de l'ouvrage. A son dernier coup d'ongles, il ne reste rien de ce qui nous a étreint l'instant d'avant. 

On ressent confusément que des instants comme ceux-ci sont indispensables, mais on ne sait pas à quoi.

Simonova rejoint ici Rimbaud qui disait:" J'écris des silences, des nuits, je note l'inexprimable. Je fixe des vertiges".

NB: Ce post doit beaucoup à internet.

18.02.2010

Double Dip

Le langage fleuri des économistes regorge d'expressions colorées.

Ainsi, une crise, comme nous venons d'en connaître en 2009, se prénomme un " dip"; si le malade reprend des couleurs, la figure économique devient un "V"; mais si la crise réapparaît, on assiste à un "double dip" ou une figure en "W" c.-à-d. une crise suivie d'un rebond qui précède une seconde crise. 

Autant une simple récession peut se gérer - elles furent nombreuses par le passé et on en connaît les remèdes classiques - autant un "double dip" effraye. Or, de ce point de vue, 2010 sera cruciale.

Trois scénarios sont envisageables: soit l'économie replonge et bonjour les dégâts- soit elle redémarre et on attend patiemment une nouvelle crise- soit une activité médiocre stagne en dessinant un "L" comme l'expérimente le Japon depuis près de 20 ans. Aucun de ces 3 scénarios n'est satisfaisant. Pourquoi?

Pour caricaturer, le Japon est un pays pauvre, peuplé de personnes riches. L'état croule sous les dettes, l'asphyxiant complètement et l'empêchant de développer des politiques volontaristes dans quelque domaine que ce soit. Sa priorité budgétaire est de rembourser ses dettes puis de payer les soins et les pensions d'une population de plus en plus âgée.  La marge de manoeuvre du gouvernement nippon est très réduite. Ressembler au Japon n'est un sort enviable pour l'Europe.

Si un "double dip" se forme et que l'économie replonge, les remèdes mis en oeuvre par les gouvernements en 2009 n'auront servi à rien et c'est dramatique car les états sont à bout de souffle, endettés jusqu'au cou pour avoir injecté - en vain - de l'argent public dans les rouages économiques. Beaucoup d'argent ! Lorsque l'Europe lança la monnaie unique, en 1999,  des règles avaient déjà été établies et codifiées par le célèbre Traité de Maastricht pour assurer une certaine orthodoxie : il prévoyait que les états membres ne pouvaient pas avoir un déficit budgétaire supérieur à 3% de leur PIB. En 2010, les déficits vont atteindre 6% en Belgique, 8,5% en France, 12% en Irlande, 13% en Grèce. Et ce n'est pas mieux aux Etats-Unis avec 10% ou à Dubaï avec 17%! Lorsque les états sont en déficit, ils font comme vous et moi, ils empruntent c.-à-d. qu'ils s'endettent sur les marchés nationaux ( la plupart des belges ont déjà acheté des "bons d'état" ) ou internationaux. Mais si la confiance des prêteurs est ébranlée, ils exigeront des intérêts de plus en plus élevés. Ainsi, la Grèce, pour pouvoir emprunter, doit actuellement accepter de payer le double des intérêts payés par l'Allemagne, ce qui rend le poids de son endettement encore plus pénible. 

La zone euro craquelle sous ces disparités symptomatiques de l'état de santé trop différencié entre les "bons" et les "moins bons" élèves de la classe européenne. Au point qu'on regroupe les  pays européens les plus endettés sous le doux vocable de " PIGS" ( cochons en anglais): il s'agit du Portugal, de l'Italie, de la Grèce et de Spain ( Espagne), tous des pays méditerranéens, désignés comme les fossoyeurs de la monnaie unique et qui, bien sûr ont attiré les fonds vautours, ces énormes machines de guerre financière qui disposent d'une puissance de feu impressionnante et qui se ruent sur tous les corps malades de l'économie en spéculant sur leur mort prochaine. S'ils ne créent pas le problème, ils l'amplifient dans le seul souci d'en tirer profit.

Certains fonds vont jusqu'à spéculer sur la fin de la monnaie unique et sur le retour aux monnaies nationales. Ils estiment qu'une union monétaire sans union politique est intenable. La réponse appropriée tient cependant dans "plus d'Europe, plus vite" plutôt qu'un dé-tricotage des fondements de notre Union, gage de paix et de stabilité dans ce coin du monde. Les adversaires de l'euro soutiennent aussi que, sous le régime des monnaies nationales, les pays en difficulté pouvaient décider de dévaluer leur monnaie librement pour retrouver un équilibre économique. En effet, une dévaluation booste les exportations: si un USD=30 francs belges avant la dévaluation et 60 francs après celle-ci, une tablette de chocolat de 30 francs belges coûtait 1 USD au gourmet américain et seulement 0,5 USD après dévaluation. On peut donc espérer qu'il en achètera deux et que le carnet de commandes de Marcolini se remplisse. Mais il ne faut pas oublier qu'une dévaluation renchérit le coût des importations : si le baril de pétrole vaut 3 USD, il fallait 90 BEF pour l'importer avant la dévaluation et 180 BEF le lendemain de celle-ci. On peut croire que le belge va, en conséquence, réduire sa consommation de pétrole et de produits importés, ce qui est tout bénéfice pour la balance commerciale du pays ( différence entre le total des importations et des exportations). La dévaluation a donc des vertus et la Belgique l'a pratiquée à plusieurs reprises, comme en 1982 à hauteur de 8,5%. Ceux qui regrettent le temps passé des dévaluations nationales oublient que l'euro peut aussi dévaluer par rapport au USD ou au Yen. Les Américains ne se privent d'ailleurs pas de laisser filer le USD lorsqu'ils estiment nécessaire de relancer leurs industries. Dévaluer l'Euro reste une question politique dont il n'est pas (encore) question, même si la monnaie unique a déjà perdu près de 10% depuis le début de cette année.

Pour l'instant, les états européens se focalisent sur les moyens de réduire leurs endettements, en espérant revenir à l'orthodoxie prônée par Maastricht en 2013 ou 2015! Si une seconde crise se déclenche, elle ne pourra plus être contrée par des mesures gouvernementales. Quant aux banques centrales, appelées essentiellement à réguler l'inflation, elles ont déjà quasiment épuiser toutes leurs cartouches en réduisant leurs  taux de base à 1%.  

Restent les consommateurs qui, par leurs dépenses d'investissement ou de consommation, pourraient relancer la mécanique surtout dans des pays comme les USA où la consommation domestique représente près de 60% du total des richesses créées chaque année.

Mais comment croire à la relance de la consommation alors que le chômage frappe quasiment 10% de la population ( 21% à Bruxelles !), que les pertes d'emploi vont encore percuter en 2010 et que dans un tel contexte la population a plus tendance à épargner qu'à dépenser.

Puisque ni la stagnation économique à la japonaise ni le "double dip" ne sont souhaitables, on devrait raisonnablement appeler de nos voeux une reprise rapide et durable. Pourtant, certains s'en gardent bien car ils estiment qu'aucune leçon n'a été tirée du séisme vécu au cours des 18 derniers mois. Recommencer à produire encore plus de véhicules pour sauver des emplois dans l'industrie; importer encore plus de pétrole, extrait de plus en plus difficilement; spéculer à nouveau sur des montages financiers abscons, tout cela ne peut que nous mener plus ou moins vite vers une nouvelle crise.

Paradoxalement, les tenants d'une remise à plat du modèle économique sont de deux bords divergents; il y a d'abord les partisans purs et durs des lois du marché qui déplorent les aides apportées aux banques, les soutiens aux industriels (primes à la casse dans le secteur automobile) et autres interventions étatiques. Selon ceux-ci, on aurait dû laisser les lois du marché s'exercer librement, qui auraient séparer le bon grain de l'ivraie et qui, moyennant quelques convulsions, auraient livré un nouveau paysage économique débarrassé des banques mal gérées, des industries peu performantes et des spéculateurs ruinés. Toutes les mesures d'encadrement et de soutien ne font que retarder l'inévitable et salutaire nettoyage des opérateurs économiques défaillants. Une reprise basée sur les efforts de stabilisation et des incitants gouvernementaux ne rime à rien.   

D'autres par contre regrettent que les mesures prises ne soient qu'emplâtres de fortune et qu'en dehors d'un show médiatique à propos des bonus des dirigeants, l'ordre économique n'ait pas fondamentalement changé. Une reprise dans ces conditions ne résoudra rien; on recommencera demain les errements d'hier. 

Les faits semblent accréditer cette thèse car on ne voit pas très bien ce qui a été modifié en profondeur dans l'ordre économique. Obama essaye bien de réagir en tentant de recréer une séparation entre les banques de dépôt et les banques d'affaires ( distinction supprimée par Bill Clinton !) mais il se heurte à des lobbies hyper puissants qui ont leurs entrées au Congrès américain.

Pourtant, ce n'est pas le travail qui manque; les besoins sont énormes, les défis colossaux. On est loin d'avoir satisfait les besoins, même primaires, des hommes en termes de santé, d'éducation, d'infrastructures. 2 milliards d'humains vivent sans eau, ni électricité, avec 2 USD par jour!. Si donc l'économie patine, ce n'est pas faute de besoins à satisfaire; c'est par une mauvaise allocation des ressources, un choix des priorités déficient et suite à des interférences vénales qui privilégient tout sauf l'intérêt collectif.

La seul reprise économique acceptable résulterait d'une prise de conscience globale de nos destins communs, de l'exceptionnelle chance de pouvoir goûter un bref moment à la vie sur cette terre et de l'inanité de toutes nos prétentions matérielles.

Car on n'a pas de poche dans notre dernière chemise.

01:00 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

08.02.2010

Le Ruban Blanc

Du superbe film de Michael Haneke " Le ruban blanc" qui dépeint en noir et blanc la vie d'un village allemand, campagnard et protestant, avant la première guerre mondiale, régi par le propriétaire terrien, son régisseur, le pasteur et le médecin, tous engoncés dans leurs certitudes de servir Dieu, le Bon et le Bien, je retiens cette phrase:

" Rien de tel qu'une bonne haine de soi".

Celle qui naît lorsqu'on haït sa vie, son village, sa famille mais qu'on s'identifie néanmoins  à eux et que l'on perpétue à défaut de pouvoir s'en délivrer. 

 

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21:58 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema |  Facebook |

Nos enfants nous accuseront

Marie Curie, après avoir reçu deux Prix Nobel ( Physique en 1903 avec son mari Pierre Curie et Chimie en 1911) mourut de leucémie pour avoir été trop exposée aux éléments radioactifs.

Sa fille, Irène Curie, après avoir reçu le Prix Nobel de chimie en 1935 ( quelle famille!), mourut à son tour de leucémie pour les mêmes raisons.

Durant ces années d'exploration de la radioactivité, on en ignorait encore la nocivité et lorsqu'on commença à s'en protéger, il était souvent trop tard.

Aujourd'hui, nous savons ce qui nous nuit mais nous ne voulons pas le voir; nous l'entendons mais ne voulons pas l'écouter; nous le pressentons mais ne voulons pas l'admettre. 

Alors, que peut un clip de 6' pour ceux qui se veulent sourds et aveugles?

Au moins ne pas rester muet!

 

Mais, me direz-vous, Pierre Curie, le mari de Marie, est mort en traversant la rue, renversé par une voiture à cheval en 1909. Une mort stupide pour un homme brillant. 

Bon, d'accord le "fatum" a toujours raison mais ce n'est pas pour cela que j'ai tort.

02.02.2010

Can 2010

Je ne sais pas si vous avez suivi la dernière CAN qui vient de se terminer en Angola par la victoire de l’équipe égyptienne des « Pharaons ». La CAN, Coupe Africaine des Nations, est suivie avec un enthousiasme débridé par les populations des pays en lice et avec encore plus de ferveur que la Coupe du Monde qui aura lieu en juin prochain, mais où les pays africains sont évidemment moins représentés.

Pour les non initiés, je parle aujourd’hui de football, mais de ce foot politico-business, qui sous toutes les latitudes, remplit ses tribunes de politiques, affairistes et démagos en quête de reconnaissance populaire.

La victoire de l’Egypte, dimanche passé en Angola, a le mérite de remettre un peu de calme sur la planète foot en Afrique car on a frôlé plus d’une catastrophe pendant cette quinzaine de jours de compétition.

D’abord, lors de la demi-finale qui opposa l’Algérie à l’Egypte.

Ces deux pays étaient au bord de la rupture des relations diplomatiques depuis l’élimination en novembre dernier de l’Egypte par l’Algérie lors des sélections pour l’autre compétition de foot , encore plus prestigieuse, la Coupe du monde.

Cette élimination intervint au terme de trois matchs entre ces deux pays dans un climat délétère ; au Caire, le bus des joueurs algériens fut caillassé et les supporters algériens battus. A Khartoum, lors du match de barrage, les supporters égyptiens conduits par Alaa Moubarak, furent molestés par «  des extrémistes islamiques repentis dépêchés à Khartoum par Bouteflika » selon le témoignage du fils aîné du président égyptien qui, lui-même, renchérit devant le Parlement égyptien : " Nul ne touchera impunément à la dignité des Egyptiens ". Son fils Gamal, successeur présumé, enfonça le clou ; " Ceux qui nous ont agressé devront subir la colère de l’état égyptien".

Les médias égyptiens se lâchèrent et entretinrent un climat de haine sans précédent à l’égard des algériens qui, nombreux au Caire, n’osaient plus sortir. Le drapeau algérien fut brûlé par des avocats du barreau cairote.

Puis la rue arabe s’enflamma, souvent en faveur des algériens. On vit des marocains défiler dans les rues de Casablanca avec des drapeaux algériens ; insolite quand on sait la tension entre les deux pays à propos du Sahara Occidental. A Gaza, mais aussi à Harlem ou à Marseille, les jeunes descendirent bruyamment dans les rues en fustigeant l'Egypte.

Les autorités algériennes, qui ont autant besoin de cette victoire que leurs collègues égyptiens pour distraire leur jeunesse de ses préoccupations quotidiennes, tentèrent de calmer le jeu. Les ministres assurèrent que le retrait annoncé de 5 milliards de USD d’investissements égyptiens en Algérie n’aura pas de conséquence sur l’économie nationale et qu’il sera facile de remplacer les 10.000 travailleurs égyptiens renvoyés au bord du Nil. On vit même le très honni ministre israélien des Affaires Etrangères M. Lieberman rappeler les deux pays à la raison.

C’est dire si la demi-finale de la CAN en Angola entre les deux frères ennemis pouvait être explosive. Ce jour-là les dieux du stade avaient choisi leur camp : en expulsant trois joueurs algériens, l’arbitre a facilité la revanche des « Pharaons » qui se sont donc qualifiés pour la finale.

Ainsi chacun est content et les honneurs sont saufs; la Can à l’Egypte et la qualification pour la Coupe du Monde à l’Algérie.

Mais on n'a pas seulement frôlé la catastrophe; il y eut aussi morts d’hommes dès avant le démarrage de la CAN. Les joueurs togolais furent accueillis à coup de fusils par des indépendantistes lorsqu’ils arrivèrent en bus à Cabinda, cette enclave angolaise bourrée de pétrole, où ils devaient jouer leur premier match. Mitraillés pendant 10 minutes, déplorant deux tués et des blessés, les Togolais firent leurs bagages et se retirèrent de la CAN.

La CAF (Fédération Africaine du Football, toute puissante instance organisatrice et disciplinaire) estima que cette décision de retrait, encouragée par les autorités togolaises, constituait une « ingérence politique » dans le déroulement de la compétition sportive et sanctionna l'équipe des "Eperviers" en la rayant des deux prochaines éditions de la CAN. Le Togo crie au scandale, se dit insulté et veut saisir la justice de cette ignominie. Mais quel est le tribunal compétent pour un différent d’ordre sportif entre un pays et une fédération, fondé sur un acte de rébellion commis dans une enclave sécessionniste?

Le temps de trouver le tribunal compétent, la Coupe du Monde sera fini. Elle se déroulera en Afrique du Sud en juin prochain. « Inch Allah » disent les Algériens.

Jamel Debouzze, l'humoriste franco-marocain, a déclaré sa volonté de changer de nationalité après toutes ces péripéties footballistiques et a choisi la nationalité algéro-irlandaise. Seuls les initiés comprendront.

 

 

 

19:03 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

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