19.03.2010

B.D.S.

 

B.D.S.= Boycott-Désinvestissements-Sanctions

La situation au Proche-Orient se dégrade à nouveau suite à la décision israélienne de construire 1.600 logements pour colons dans Jérusalem –Est. Quand je dis « israélienne » je devrais écrire «  prise par le Ministère de l’Intérieur contrôlé par les ultras orthodoxes du parti Shas ».

Les palestiniens se sentent à nouveau agressés ; leur territoire grignoté, fragmenté, emmuré ; leurs intérêts bafoués.

Alors, ils ramassent des pierres et caillassent les véhicules grillagés de Tsahal ; alors jour et nuit, certaines chaînes arabes diffusent les images de ces heurts, de visages ensanglantés, d’enfants en pleurs ; alors s’inscrit dans l’imaginaire arabe un Israël démoniaque pour qui la guerre seule suffit puisqu’ils sont les plus forts.

Mais un autre sentiment enfle aussi dans les rues arabes ; que leurs dirigeants sont misérables car passifs face à la souffrance palestinienne.

Gaza est une prison à ciel ouvert où s’entassent 1,5 million de personnes privées de liberté et de ravitaillement, dont tous les accès sont contrôlés par l’armée israélienne qui filtre ou bloque les passages à son gré. Ce blocus sur terre, sur mer et dans les airs d’un million et demi d’êtres humains s’apparente à un acte de guerre. La seule frontière non israélienne de Gaza donne sur l’Egypte. Mais elle est aussi hermétiquement fermée que les frontières  vers Israël ; à la nuance près que ce sont les égyptiens qui la cadenassent.

Selon l’Exode, Dieu punit le pharaon qui s'opposait à la sortie des juifs et envoya les « 10 plaies sur l’Egypte ». La rue arabe promet des sauterelles, des ulcères, des grenouilles et la grêle à Moubarak ( et par extension aux autres chefs d’états arabes) pour ne pas laisser sortir les habitants de Gaza de leur prison.

L’aveuglement dont font preuve les protagonistes au Proche-Orient ne peut mener qu’à une impasse. Que les Israéliens soient les plus forts, soit !

Mais l’Ecclésiaste nous l’a pourtant appris : » Il y a un temps pour tout ; pour tuer et pour guérir, pour abattre et pour bâtir, pour aimer et pour haïr, il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix ».

Or, à force d’écraser l’autre, de disqualifier les leaders arabes nationalistes laïcs en les rendant complices d’Israël, celui-ci pousse le peuple arabe à se réfugier dans la seule idéologie alternative, le fondamentalisme islamique. Si Israël manque la chance historique de faire la paix avec les nationalistes arabes laïcs, il sera confronté demain à un monde arabe uniformément fondamentaliste.

 

«  Mais il s’agit seulement de nous défendre contre les roquettes et les attentats » plaide le porte-parole israélien. « Mais il s’agit uniquement de venger nos frères humiliés et bombardés » rétorque le Hamas.

Ici comme ailleurs, lorsqu’une conflictualité est à son comble, étrangement, agresseur et agressé utilisent le même langage négateur, les mêmes disqualifications. Les uns et les autres se nient dans une symétrie de comportements et de rhétoriques ; chacun ayant ses victimes à venger et ses martyrs à glorifier. Aux colons accrochés à leur droit immémorial sur la terre de toutes les discordes répondent les manifestants qui aspirent à repousser les israéliens à la mer.

Alors comment faire comprendre que l’humiliation fait le lit du fanatisme, que les écrasés d’aujourd’hui sont les martyrs de demain ?

Si la diplomatie US ou européenne n’a donné aucun résultat, ne serait-il pas temps d’appliquer aux belligérants, sérieusement, systématiquement, le cocktail qui - entre autres - fit plier l’Afrique du Sud : Boycott, Désinvestissements, Sanctions.

Mais l’application d’une telle politique se heurte à la lâcheté européenne qui- pour des raisons honorables- se sent redevable d’une dette impossible à apurer envers le peuple juif qu’elle ne pût préserver de l’holocauste. Culpabilité qui ne paralyse pas les Etats-Unis, malheureusement minés par de puissants lobbies pro israéliens surreprésentés dans les couloirs de Washington quand seulement 2% de la population américaine est juive.

Il faudra donc tout un cheminement pour s’imprégner de l’idée que ce conflit, qui mine bien plus que le Proche-Orient, doit être résolu, non pas au nom de la fraternité juive ou de l’identité arabe mais au nom de l’équité et de la justice.

Je crois deviner que les Américains vont sérieusement entamer le programme B.D.S. : la semaine dernière, le vice-président Joe Biden, furieux contre Israël, l’a fait vertement comprendre : il est arrivé avec une heure et demi de retard à un dîner donné en son honneur par Netanyahu !

Après une charge aussi virile, la paix n’est plus qu’une question d’heures !!

Écrire un commentaire