27.03.2010
Les mots pour le dire
Souvent, j’accueille de nouveaux employés, signe avec eux des contrats d’emploi et les présente à leurs nouveaux collègues. Les mots de circonstances arrivent aisément, parsemés de sourires et d’encouragements. Parfois, je revois ces personnes, quelques mois ou quelques années plus tard, pour un tout autre entretien ; celui de leur licenciement. Les enjeux, les charges émotionnelles ne sont plus les mêmes ; les mots non plus. A l'embarras que j’éprouve à trouver les mots justes, je présents la difficulté qu’ils ont à les entendre. J’appréhende toujours, non pas leurs réactions immédiates assez prévisibles, mais les comportements ultérieurs. A juste titre bouleversés, ils traversent une zone de turbulences et sont exposés à l’accident ou à la dépression. Aussi, je m’astreins d’abord à leur accorder du temps, lors de l’entretien et les jours suivants. Ensuite, alors qu’ils réclament systématiquement une explication rationnelle ou d’un motif précis, que je suis souvent bien en peine de leur donner et que toute façon ils n'entendent pas, je m’efforce de les amener vers la résilience qui consiste à transformer cette épreuve, non pas en une chance, mais en une opportunité de rebondir vers un possible différent. Exercice délicat puisqu’ils passent généralement par les étapes classiques de l’incompréhension, du refus, du sentiment d’injustice que les avertissements préalables, explicites ou sous-entendus, n’ont guère prévenus . Dans cette recherche du juste mot, je rejoins le médecin qui doit annoncer une maladie, le professeur un échec, le juge une condamnation, l’époux une séparation, l’ami un autre chemin ; bref nous tous qui, à un moment ou un autre, devons faire part d’une information qui touche au cœur. Nous n’avons pas tous la même faculté de nous exprimer. Ni d’entendre. Il ne s’agit pas tant d’une question de vocabulaire que de ton. Lorsque l'annonce est faite, dans toute sa brutalité pour eux, quels que soient les mots utilisés, je continue de parler, de paraphraser, de meubler le temps pour leur laisser celui de déglutir, de reprendre souffle en réfléchissant, à leur tour, aux premiers mots qu'ils vont prononcer dans leur nouveau statut de licenciés. Je vois bien qu'ils ne m'écoutent plus vraiment, qu'ils sont en quête d'eux-mêmes et très, très seuls. Lorsque la confrontation risque d'être conflictuelle, je demande à une autre personne d'être présente à l'entretien; mais c'est rare car ce tiers rompt le colloque singulier qui doit s'installer pour que le contrat d'emploi seul soit rompu; pas un avenir.
22:53 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : l humaine condition |
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19.03.2010
B.D.S.
B.D.S.= Boycott-Désinvestissements-Sanctions
La situation au Proche-Orient se dégrade à nouveau suite à la décision israélienne de construire 1.600 logements pour colons dans Jérusalem –Est. Quand je dis « israélienne » je devrais écrire « prise par le Ministère de l’Intérieur contrôlé par les ultras orthodoxes du parti Shas ».
Les palestiniens se sentent à nouveau agressés ; leur territoire grignoté, fragmenté, emmuré ; leurs intérêts bafoués.
Alors, ils ramassent des pierres et caillassent les véhicules grillagés de Tsahal ; alors jour et nuit, certaines chaînes arabes diffusent les images de ces heurts, de visages ensanglantés, d’enfants en pleurs ; alors s’inscrit dans l’imaginaire arabe un Israël démoniaque pour qui la guerre seule suffit puisqu’ils sont les plus forts.
Mais un autre sentiment enfle aussi dans les rues arabes ; que leurs dirigeants sont misérables car passifs face à la souffrance palestinienne.
Gaza est une prison à ciel ouvert où s’entassent 1,5 million de personnes privées de liberté et de ravitaillement, dont tous les accès sont contrôlés par l’armée israélienne qui filtre ou bloque les passages à son gré. Ce blocus sur terre, sur mer et dans les airs d’un million et demi d’êtres humains s’apparente à un acte de guerre. La seule frontière non israélienne de Gaza donne sur l’Egypte. Mais elle est aussi hermétiquement fermée que les frontières vers Israël ; à la nuance près que ce sont les égyptiens qui la cadenassent.
Selon l’Exode, Dieu punit le pharaon qui s'opposait à la sortie des juifs et envoya les « 10 plaies sur l’Egypte ». La rue arabe promet des sauterelles, des ulcères, des grenouilles et la grêle à Moubarak ( et par extension aux autres chefs d’états arabes) pour ne pas laisser sortir les habitants de Gaza de leur prison.
L’aveuglement dont font preuve les protagonistes au Proche-Orient ne peut mener qu’à une impasse. Que les Israéliens soient les plus forts, soit !
Mais l’Ecclésiaste nous l’a pourtant appris : » Il y a un temps pour tout ; pour tuer et pour guérir, pour abattre et pour bâtir, pour aimer et pour haïr, il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix ».
Or, à force d’écraser l’autre, de disqualifier les leaders arabes nationalistes laïcs en les rendant complices d’Israël, celui-ci pousse le peuple arabe à se réfugier dans la seule idéologie alternative, le fondamentalisme islamique. Si Israël manque la chance historique de faire la paix avec les nationalistes arabes laïcs, il sera confronté demain à un monde arabe uniformément fondamentaliste.
« Mais il s’agit seulement de nous défendre contre les roquettes et les attentats » plaide le porte-parole israélien. « Mais il s’agit uniquement de venger nos frères humiliés et bombardés » rétorque le Hamas.
Ici comme ailleurs, lorsqu’une conflictualité est à son comble, étrangement, agresseur et agressé utilisent le même langage négateur, les mêmes disqualifications. Les uns et les autres se nient dans une symétrie de comportements et de rhétoriques ; chacun ayant ses victimes à venger et ses martyrs à glorifier. Aux colons accrochés à leur droit immémorial sur la terre de toutes les discordes répondent les manifestants qui aspirent à repousser les israéliens à la mer.
Alors comment faire comprendre que l’humiliation fait le lit du fanatisme, que les écrasés d’aujourd’hui sont les martyrs de demain ?
Si la diplomatie US ou européenne n’a donné aucun résultat, ne serait-il pas temps d’appliquer aux belligérants, sérieusement, systématiquement, le cocktail qui - entre autres - fit plier l’Afrique du Sud : Boycott, Désinvestissements, Sanctions.
Mais l’application d’une telle politique se heurte à la lâcheté européenne qui- pour des raisons honorables- se sent redevable d’une dette impossible à apurer envers le peuple juif qu’elle ne pût préserver de l’holocauste. Culpabilité qui ne paralyse pas les Etats-Unis, malheureusement minés par de puissants lobbies pro israéliens surreprésentés dans les couloirs de Washington quand seulement 2% de la population américaine est juive.
Il faudra donc tout un cheminement pour s’imprégner de l’idée que ce conflit, qui mine bien plus que le Proche-Orient, doit être résolu, non pas au nom de la fraternité juive ou de l’identité arabe mais au nom de l’équité et de la justice.
Je crois deviner que les Américains vont sérieusement entamer le programme B.D.S. : la semaine dernière, le vice-président Joe Biden, furieux contre Israël, l’a fait vertement comprendre : il est arrivé avec une heure et demi de retard à un dîner donné en son honneur par Netanyahu !
Après une charge aussi virile, la paix n’est plus qu’une question d’heures !!
22:27 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : proche orient |
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10.03.2010
Le dilemme du prisonnier
A l’origine de la crise , en 2008, nous découvrions une dérive de l’endettement des ménages américains: trop de crédits accordés trop facilement, difficultés de les rembourser, saisie des habitations, banques déstabilisées par les défauts de remboursements de ses clients etc…
Après l’intervention massive des états qui ont soutenu l’économie et les banques en particulier, nous avons maintenant une crise de l’endettement public : les états n’ont plus assez de ressources financières propres (impôts nationaux) et doivent recourir à l’emprunt sur les marchés étrangers… qu’il faudra bien un jour rembourser. Déjà certains pays faseyent au point d’annoncer des mesures d’austérité sans précédents.
Pour en sortir, je l’ai déjà mentionné, il n’y a pas d’autres solutions que de créer de l’inflation et/ ou d’augmenter les recettes fiscales. (Il y a aussi la guerre, mais si on peut l’éviter…).
Aujourd’hui on n’en parle pas encore à haute voix car les états, tétanisés par l’augmentation du chômage, réfrènent leurs envies de soulager leurs endettements. Mais dès que l’occasion se présentera, on y passera.
Cercle tragique : pour éviter une crise globale mortifère, il fallait déverser de l’argent dans les rouages économiques et accepter des coupes sombres dans l’emploi. Pour retrouver un certain équilibre, il va falloir vivre bientôt avec une inflation et une pression fiscale accrues. Autant dire que le pouvoir d’achat va trinquer.
Au final, la faute originelle se situe dans l’essence même des marchés et dans l’acte de foi selon lequel le marché s’autorégule, que ses excès sont sanctionnés par les mécanismes naturels de l’économie libérale, qu’une main invisible met de l’ordre pour rétablir toujours l’équilibre puisque la somme des intérêts individuels débouchent naturellement sur l’intérêt collectif.
Les faits ont démontré le contraire.
La théorie aussi. « Le dilemme du prisonnier » a été théorisé notamment par Albert W. Tucker pour démontrer que la somme des comportements individuels ne débouche pas naturellement sur l’optimisation des résultats.
Prenons un exemple qui fait sens :
Deux braqueurs attaquent un bijoutier, s’enfuient et tuent une mère de famille qui passait par là et qui eut le mauvais réflexe de s’accrocher au volant de sa voiture convoitée par les malfrats. La police les attrape mais ignore lequel des deux a tiré. La torture n’ayant plus cours dans notre pays, ils proposent à chacun des prisonniers, isolés en cellule, le pacte suivant :
· si tu dénonces ton complice, tu seras libéré et il prendra 15 ans. (total prison 15 ans)
· mais si lui, à son tour, te dénonce, on tourne en rond et vous prenez chacun 10 ans. (total 20 ans)
· enfin, si vous vous taisez tous les deux, dans le doute, vous aurez 5 ans chacun.(total 10 ans)
La logique économique voudrait que l’un et l’autre se taisent. Mais celui qui est innocent aura envie de dénoncer son complice et d’être libre. Evidemment, le coupable n’aura aucune envie de prendre 15 ans et devinant que son compère va le dénoncer, trouvera avantage à le dénoncer à son tour pour n’écoper que de 10 ans. Chacun poursuivant son intérêt personnel, le résultat n’est pas optimal : ils encaissent 20 ans de prison alors qu’il y avait moyen de ne prendre que 10 ans.
Bien sûr, on devrait pouvoir introduire un biais éthique dans le raisonnement ; le coupable, contrit, se tait afin de ne pas accabler son complice. Mais le code d’honneur du truand, qui braque les bijouteries et met une balle pleine tête à une passante, me laisse sceptique.
Cela étant, il est évident une dose d’éthique dans le monde du business serait extrêmement salutaire.
En attendant cette rédemption, on va voir fleurir la charge fiscale. Normalement, la pression fiscale devrait obéir à deux impératifs : efficacité et équité.
Mais est-ce conciliable ?
On en reparlera sous peu.
17:36 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |
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01.03.2010
La même semaine
A Montréal, un copain d'enfance donne son dernier coup de pédale sur un vélo d'exercice dans une salle de sport. Rien ne le prédisposait à rejoindre Goscinny, le père d'Astérix, qui clabota à 51 ans en pédalant dans le cabinet de son cardiologue.
La même semaine à Amsterdam, un nouveau-né pousse son premier cri et la famille s'agrandit.
C'est la vie qui se déroule et s'écoule comme le sang dans nos veines.
Mais parfois, c'est l'hémorragie. Alors la parturiente rejoint les "mamans courage" qui exposent leur vie pour la donner. Elles abordent des contrées qui nous seront à jamais refusées, à nous les hommes tout penauds de rester sur le rivage de la souffrance.
Est-ce pour cela qu'on se bat, qu'on travaille ou qu'on pédale? Car nous ne devons pas être économes de notre sang?
On t'embrasse Y. Salut à toi G.
" On naît parmi les hommes, on meurt inconsolé parmi les dieux" R. Char
22:31 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : l humaine condition, il etait une fois |
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