25.04.2010
"L'aide fatale" des ONG?
Et si, à la Baule en 1991, Mitterand n'avait pas prévenu les chefs d'état africains que la France conditionnerait dorénavant son aide à l'instauration de la démocratie dans leur pays, mais si, plus radicalement, il avait annoncé que la France cesserait toute assistance financière à partir de 1996?
Et si l'ensemble de la communauté internationale lui avait emboîté le pas en fermant les robinets de l'aide à l'Afrique moyennant préavis de 5 ans?
La situation dans ces pays serait-elle aujourd'hui meilleure ou pire?
On serait tenté de dire que l'Afrique, déjà mal en point, serait à l'agonie. Ce n'est pourtant pas l'avis de plusieurs experts dont Dambisa Moyo, une jeune économiste zambienne, bardée de diplômes, dans un livre qui fait débat:" L'aide fatale".
Son analyse part d'un constat: depuis les indépendances, soit une cinquantaine d'années, l'Occident a déversé plus de 1.000.000.000.000 de dollars en Afrique à titre d'aides diverses au développement.
Résultat? A part quelques exceptions, un grand fiasco.
Pour Moyo, la cause de cet échec réside précisement dans l'aide au développement en ce qu'elle alimente les circuits de courtisanerie, dissocie l'argent reçu d'un travail presté, nourrit la corruption, cultive l'état de dépendance. Un des rares chefs d'état convaincu de la pertinence de cette réflexion est P. Kagamé au Rwanda. Les autres n'osent même pas imaginer que le budget de leur état soit réduit de 30, 40 ou 50%.
Les Cahiers Africains, n° 76 intitulé:" Réforme au Congo", font le même constat:"On a identifié les problèmes, nous en connaissons les causes et les solutions.. mais les choses vont de mal en pis".
Toute la méprise relève d'une perception différente des stratégies et des objectifs des uns et des autres: là où les contributeurs étrangers identifient un problème à résoudre, en matière de sécurité, d'éducation, de gouverance,de santé ou d'infrastructures, les autorités locales distinguent une source d'aides, de revenus et de profits qu'il convient de ne pas tarir.
Ainsi, maintenir un conflit de basse intensité à l'est du Congo arrange tant de personnes qu'il serait naïf de croire au règlement rapide du problème.
Il n'y a pas que les marchands d'armes qui ont pour devise;" No war, no job, no money".
Et les ONG? Elles jouent un rôle central dans les secteurs d'activité délaissés par l'autorité publique et singulièrement dans l'éducation et la santé.
Au Cambodge, la plus forte concentration d'ONG par tête d'habitants, on ne demande pas :" " Dans quelle entreprise travailles-tu," mais " Pour quelle ONG travailles-tu?"
Elles aussi sont sujettes à des remises en question existentielles puisque leur but ultime consiste à se rendre inutiles, ayant soit résolu le problème à l'origine de leur action, soit transféré leurs compétences à des structures locales.
Si vous souhaitez en savoir plus sur cette problématique, je vous invite à consulter le flyer repris ci-dessous et à assister à l'expo photos et à la présentation d'un film qui sera faite le samedi 5 juin à 18 heures au centre culturel Jacques Franck , ch de Waterloo 94 à 1060 St Gilles,
ou visitez le site http://lemondesolidaire.canalblog.com

01:23 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, africa |
Facebook |
13.04.2010
Le frère du Mwana Kitoko
La présence du roi Albert II aux manifestations du 50° anniversaire de l'indépendance du Congo en juin prochain, occupe toutes les conversations à Kinshasa. Alors que certains partis politiques belges regrettent ce voyage, qui s'apparenterait à un soutien au régime de Kabila, la communauté belge sur place s'en réjouit.
Mais qu'en pensent les congolais?
La plupart souhaite sa présence mais pour des motifs divers et variés: " Il doit venir pour constater notre souffrance... pour nous apporter l'argent... pour dire à Kabila comment il doit faire... pour comprendre que ce n'est pas 50 ans d' indépendance mais 50 ans de dépendance..".
Je crains que nos amis congolais ne soient déçus! Albert II est un vieux monsieur de 76 ans qui, au terme d'un long voyage, sera ménagé, véhiculé, climatisé, dorloté, préservé des mauvaises rencontres et des mauvais esprits. Il rencontrera quelques dignitaires du régime en place, quelques diplomates, quelques religieux et puis repartira comme il est venu, bonhomme, chaleureux, compatissant.
Pour célébrer cet anniversaire, l'ambassade de Belgique avait imaginé de faire venir l'équipe nationale belge de football pour une rencontre historique contre les "Léopards"; on avait déjà fixé, dans les chancelleries, le score "diplomatiquement correct" de 2 à 2. Devant les réticences des joueurs, des clubs et de la fédération belge, on s'orienterait maintenant vers un match entre vétérans; les Pfaff, Vercauteren, Vanderelst, Wilmots, et autre Scifo contre les Bongo-Bongo, Lukaku (père) etc. Ici, on ne fixerait pas le score à l'avance car les grigris auront d'office raison de nos vétérans en 2° mi-temps lorsqu'au bord de la déshydratation, ils devront encore courir 45' sous 30° à l'ombre.
Match ou pas, je m'attends à un grand charivari car tout le monde se presse pour être sur la photo. De nombreux ministres belges ont déjà réservé des chambres d'hôtel et prévenu notre ambassadeur de leurs arrivées alors qu'ils ne sont même pas invités! Le seul ministre belge officiellement invité à ce jour est Pieter De Crem, notre Ministre de la Défense. Les autres jouent des coudes et des influences pour se faufiler dans la suite royale.
Déjà en 1985, lors de la dernière visite du roi Baudouin à Kinshasa, à l'occasion du 25° anniversaire de l'indépendance, le protocole fut submergé de demandes d'invitations. Un homme d'affaires belge, bien connu dans le cénacle kinois, fit des pieds et des mains pour obtenir une invitation au dîner de gala offert par Mobutu à Baudouin et Fabiola qui, à l'époque, s'entendaient très bien ( Mobutu et Baudouin, pas Baudouin et Fabiola, suivez un peu!).
Lorsque, de guerre lasse, le protocole lui délivra son sésame, ce brasseur d'affaires expédia une copie de son "plan de table" à sa maman, ultime preuve de sa réussite sociale!
Chacun place son ego où il peut!
De ce point de vue, les congolais veillent également à défendre le prestige de leur pays: le défilé militaire sur le boulevard du 30 Juin ( le principal boulevard de Kinshasa qui, en l'occurence, porte bien son nom), pour l'instant atrocement mutilé par un chantier d'élargissement à 8 voies orchestré par les chinois, alignera des milliers d'hommes de troupe et 49 chars à chenilles tout neufs, achetés récemment à l'Ukraine, pour 100 millions de dollars!
100 millions de dollars pour des chars qui n'auront aucune utilité militaire dans un pays grand comme 5 fois la France, sans voies de communications, sans maintenance fiable et sans autres adversaires que des milices armées sévissant en brousse ou s'y retranchant au moindre souci. Mais 100 millions de dollars à la gloire du pouvoir qui voudrait, le 30 juin, décréter la fin de la mission de la Monuc.
Si Albert II applaudit au passage de ces chars qui arracheront le bitume surchauffé du "boulevard de la dépendance", je deviens républicain!
22:43 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : africa |
Facebook |
04.04.2010
La communion du Namibien
L'Ordre de Malte est une vénérable organisation catholique à vocation humanitaire qui prodigue ses bons soins et ses belles manières dans plus de 120 pays. A Kinshasa, je rencontre un père belge d'un certain âge qui, pour l'Ordre de Malte, se dévoue au chevet des malades et leur apporte l'aide et le soulagement des sacrements.
"Hier, me dit-il, j'ai pu faire la leçon à nos fidèles congolais car un homme de Namibie, alité, a pu me présenter son carnet de mariage."
Je devais paraître étonné, car il continua:" Je leur ai dit; voici un homme venu de loin muni de son carnet, où est le vôtre?"
Comme je ne comprenais pas le sens de cette parabole, il m'expliqua:" Oui, bien sûr, en Europe vous l'avez oublié mais ici nous essayons de l'appliquer: dans la foi catholique, un homme qui n'est pas marié à l'église ne peut pas communier! S'il vit en ménage ou a épousé plusieurs femmes, je ne peux pas lui donner la communion. Pas plus qu'aux divorcés".
"Mais ils sont mourants vos fidèles" me hasardais-je.
" En effet mais pas toujours. Vous comprenez, c'est pour protéger la famille africaine car les 2° ou 3° épouses sont très mal considérées. Ainsi l'Eglise veut-elle rappeler les hommes à la monogamie chrétienne. J'aurais beaucoup plus facile s'ils avaient tous leur livret de mariage" soupira-t-il.
Il feignait de ne pas savoir que, même épouse unique, une veuve est souvent mal traitée par la famille du défunt qui, généralement, lui reprend l'ensemble de ses biens, voire l'oblige à quitter le domicile conjugal. Son argument éducationnel ne me convainquit pas plus qu'il ne persuade les congolais d'adopter la monogamie.
Je fis la moue: "Sur leur lit de mort, vous pourriez faire une exception".
" Ah non,dit-il, car sinon pourquoi le namibien aurait-il pris son carnet de mariage?"
23:49 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion |
Facebook |









