13.05.2010
Esther
Elle s'appelle Esther; elle est hongroise et a 20 ans.
Lorsqu'elle est arrivée en Belgique, il y a 8 mois, elle ne parlait pas un mot de français. Aujourd'hui, elle explique avec un accent gouleyant, qu'elle voulait, après son bac, consacrer un an de sa jeunesse à découvrir l'Europe occidentale, apprendre le français et servir une cause.
C'est ainsi qu'elle débarqua comme bénévole dans l'ASBL bruxelloise " Notre Abri" qui, comme son nom l'indique, accueille une soixantaine de bambins de 0 à 6 ans malmenés par la vie toujours, par leurs proches souvent. Elle jongle tous les ans pour boucler son budget, supérieur aux subsides obtenus, et recourt à quelques bénévoles pour renforcer son équipe professionnelle.
Esther s'occupe des enfants, partage leurs jours et leurs nuits puisqu'elle loge à l'ASBL et découvre la face cachée d'une Belgique qu'elle croyait opulente. En soi, c'est déjà remarquable.
Pour emmener ses enfants une semaine à la mer du Nord pendant les vacances, l'ASBL organise chaque année une rando-vélo sponsorisée.
Une trentaine de paire de mollets prend le train à 6 heures, descend à Knokke puis parcourt lentement les 140 kms vers Bruxelles pour venir, symboliquement, chercher les enfants qui passeront, l'été venu, 140 heures à la mer. ( voir post du 19-05-2008)
Esther ne pratique pas le vélo et n'a aucune condition physique, hormis celle de sa jeunesse. Elle reçut un vélo d'emprunt, on régla vaille que vaille la selle, elle chaussa des ballerines et commença à pédaler.
Elle moulinait un si petit rapport à la sortie de Knokke que je fus persuadé qu'elle ne rallierait pas Bruxelles. Elle oubliait de changer de vitesses, de boire avant d'avoir soif, de manger avant d'avoir faim, de s'abriter du vent au coeur du peloton. A partir de Gand, elle commença faire du yo-yo, rattrapant le groupe pour aussitôt le lâcher. Mais chaque kilomètre parcouru rapportait quelques euros à l'ASBL et à elle quelque fierté.
On quitte la Dendre et le plat pays à Liedekerke pour aborder les montées du Brabant flamand. Au kilomètre 100, elle cria " bingo", épuisée mais étonnée de ne pas avoir défailli. Les dernières montées furent pénibles. Derrière ses lunettes cerclées, son regard tanguait. Les plus costauds la poussaient quelques mètres; ses mains tétanisées par le froid et la fatigue s'accrochaient au guidon; ses ballerines, trop souples,ne protègaient plus ses pieds des morsures des pédales.
Le premier bâtiment bruxellois qu'elle reconnut fut l'hôpital d' Erasme où elle avait accompagné des enfants. Là, elle comprit qu'elle arriverait au bout de ses 141 kms. Mais lorsqu'elle arriva au pied de la rue Van Zuylen, la dernière ligne droite, longue et raide comme un col alpin, elle dit:" Oh non". Alors on lui cria:" Lâche pas Esther, lâche pas".
Au sommet de la rue, les amis, les parents nous attendaient. Esther ne connaissait personne sauf les enfants, dans les bras des puéricultrices, qui s'étonnaient de voir tous ces casques bariolés sur des vélos trois fois plus grands qu'eux. Les bambins ne comprirent pas pourquoi leur "Esti" descendit de vélo, s'assit par terre et pleura.
S'il vous reste 2 francs 3 sous, envoyez un gosse à la mer. Ne le faites pas pour Esther, faites le pour ces gosses qui n'ont rien demandé ni à la vie, ni à vous. Mais raison de plus.
www.notreabri.be
ING 310-1412668-46 avec mention " 140 Kms pour Esther".
Pour tout don de 30 euros ou plus, vous recevez une attestation fiscale, qui donne droit à une déduction fiscale, à déclarer en code 1394; mais 3 francs deux sous c'est très bien aussi.
18:44 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : il etait une fois |
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Commentaires
Merci pour tous ces kilomètres parcourus, ton soutien et ton enthousiasme... merci, merci. Je ne le dirai jamais assez. A samedi. Chloé
Écrit par : Chloé | 02.06.2010
Merci Jean-Louis pour ce bel article qui retrace bien l'ambiance de ces 140 kms & merci pour les enfants acceuillis à Notre Abri et ...à l'année prochaine !
By the way, bien aimé aussi l'article Insolite mais...
Écrit par : André Thome | 06.06.2010
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