27.09.2010
Les Roms
L'Office européen des statistiques vient de publier une étude chiffrant le nombre d'étrangers vivant sur le territoire des 27 états membres de l'UE.
30,8 millions de personnes, soit 6,2% de la population européenne, sont étrangers c.-à-d. ne sont pas citoyens du pays dans lequel ils vivent. Parmi elles, 11,3 millions sont ressortissantes d'un autre pays européen et 19,5 millions proviennent d'un pays extra communautaire. Pour être complet il convient de rajouter 8 millions d'illégaux pour arriver à un total d'étrangers extra communautaires de 27,5 millions soit 5,5% des 498 millions d'européens.
C'est la Grand Duché du Luxembourg qui compte la plus grande proportion d'étrangers avec 43% de sa population (essentiellement des Portugais) alors que c'est la nationalité turque qui est la plus représentée en Europe avec 2,4 millions de ressortissants ( principalement en Allemagne).
En Belgique, 68% des étrangers sont européens dont les plus nombreux sont dans l'ordre les Italiens, les Français puis le Hollandais; bien après, apparaissent les non européens avec les Marocains, les Turcs et les Congolais. Ce ne doit pas être impossible de proposer une histoire commune et partagée avec 5,5% de la population si on bannit les ghettos et fixe les règles claires du "vivre ensemble".
Alors choisir les Roms pour faire de la musculation sarkozienne, n'était-ce pas un peu facile en subodorant qu'ils seraient peu défendus et ne créeraient pas d' incident diplomatique.
Sarkozy s'est dit qu'ils n'auraient que quelques sympathisants, style intellectuels fatigués ou écrivains sur le retour. Il n'avait pas lu la lettre que Gustave Faubert écrivit à George Sand en 1867:
" Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec le même plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois. Je me suis fait très mal voir en leur donnant quelques sous. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les hommes d'ordre. C'est la haine qu'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Elle m'exaspère et du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat."
Les états européens ne sont pas "tombés à plat" et ont soulevé une bronca que le pauvre Van Rompuy a eu bien du mal à canaliser.
Bien sûr Sarkozy a ses raisons: il expulse les roms de France car ils créent des désordres ; car il ne veut pas laisser l'extrême droite lepéniste butiner seule les voix de réacts ; car même au regard du droit européen il a le droit de procéder à ces expulsions. Soit.
Mais ce qui est dangereux lorsqu'on veut faire concurrence à l'extrême droite (que l'on voit refleurir un peu partout), c'est qu'on entre dans le jeu pervers de l'exclusion. On "delete" ceux qui nous contrarie, nous font peur, nous "sont étrangers à nous".
Et la pente est savonneuse! Aujourd'hui, on écarte les étrangers, les roms, demain ce sera au choix les jeunes, les vieux, les gros, les blacks tous ceux qui ont le tort de ne pas être "nous" c.-à-d. les bons, mes meilleurs, les méritants.
Regis Debray - qui n'est pas sans reproche par ailleurs- explique assez bien ce phénomène récurrent de l'exclusion par un clivage primaire entre les humains:
" Voltaire distinguait "civilisés/sauvages" - les sauvages étant ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui. Le 19° siècle a joué de l'opposition "bourgeois/prolétaires". Le 20° a théorisé le clivage "dominants/dominés". Au 21° siècle, nous voici entre "les humiliants et les humiliés". D'un coté, la partie "éclairée" du monde, de l'autre les gens" hors scène", les peuples hors radars, les oubliés qui pensent mal ou ne pensent pas".
Et pour plaire aux uns rien de tel que de fustiger les autres. Il est plus simple, moins cher et plus rapide d'expulser que de rencontrer les diverses et tout autant légitimes façons de vivre.
On ne construit pas un monde à force d'expulsions et d'humiliations, ne serait-ce que parce qu'on est toujours le "Rom" de quelqu'un. Demandez aux francophones de la périphérie bruxelloise!
23:19 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : terre des hommes |
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20.09.2010
Vol de nuit
La nuit dernière, je l'ai passée dans le ciel. "Le plus bel endroit de la terre" prétend à juste titre Air France.
Un vol de nuit, retour d'Afrique. Rien d'original en soi mais j'ai beau avoir voyagé tant et plus, j'essaye encore d'obtenir un siège coté fenêtre tribord pour m'offrir, en remontant d'Afrique à 10.0000 mètres d'altitude, l'éclat de l'aurore naissante aux dernières heures du vol.
Nous survolions le sud de l'Europe lorsque l'obscurité frémit. Le noir opaque du ciel, tacheté de quelques essaims de points lumineux là où dorment les hommes, se fissura tandis qu'à la courbure de la terre une clarté orangée prit possession de l'horizon. Sous l'aile de l'avion, un mince trait noir perdit de son intensité, puis devint lueur rougeâtre qui se répandit symétriquement vers les deux extrémités de la ligne d'horizon pour l'embraser de flamboiements qui virèrent à l'orange, juste avant de créer une ligne de fracture nette dans l'obscurité pour découvrir une bande bleu ciel qui n'a jamais si bien porté son nom.
Les strates colorées de rouge, orange, bleu et noir ne coexistèrent pas longtemps et je me demandais si la femme de ma vie qui volait, au même moment vers Bruxelles de retour des Etats-Unis, pouvait de son hublot admirer le même chatoiement de couleurs quelque part à bâbord au dessus du Groenland.
L'aube pourrait être banale comme une tenture qu'on ouvre ou un volet qu'on lève, mais voilà que nous est offerte chaque jour une magnificence gratuite. Est-ce précisement parce qu'elle est quotidienne et gratuite que personne ne s'en émeut ?
Plus au nord, passé Genève, les nuages vinrent à notre rencontre, d'abord sentinelles éparses et filandreuses puis de plus en plus denses pour finalement couvrir le sol avec la texture successive d'un chou blanc, d'une canopée tropicale puis d'une banquise grise.
Bientôt elle me dira s'il y avait autant de nuages au-dessus de l'Ecosse et de la Mer du Nord.
Que nous convergions de conserve l'un vers l'autre au bord de deux avions au long cours conférait à cette nuit une note "fleur bleue" qui rendait à l'aube cette couleur du ciel que les nuages venaient d'occulter.
J'atterris le premier.
00:21 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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12.09.2010
Culture Urbaine
Sur les murs de nos villes, quelques messages pour les automobilistes encalminés:
" Si tu veux combattre la pauvreté, tue un mendiant"
" Si les pourparlers de paix te saoulent, essaye la guerre"
" Une Jupiler dès le matin, le volant bien en mains"
" Vaut mieux être fou, sinon on devient dingue".
pas toujours bénêts les taggeurs !
Et puis celle que je préfère:
" Vise toujours la lune, car même si tu te loupes t'atterris dans les étoiles".
16:32 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations |
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03.09.2010
Vole Filair, vole
Il s'appelait Dany. Il avait mon âge. Grande gueule, gros coeur, il dirigeait sa propre compagnie aérienne au Congo, avec passion et fierté, la cie "Filair". Il faisait partie de ceux que je nomme les "ensablés", ceux qui ont choisi de vivre et de mourir là-bas. Et il est mort là-bas, il y a quelques jours, aux commandes de son avion à 1 km de la piste de Bandundu et avec lui 19 personnes.
Je suis sûr que si on lui avait dit qu'il prenait des risques insensés et finirait un jour ainsi, il aurait répondu que c'est comme cela qu'il voulait vivre, quitte à en mourir. On parle d'une panne sèche de carburant, ce qui serait étonnant mais qu'importe, même si là-bas les morts sont toujours entourées de forces obscures, il a eu ce qu'il acceptait sereinement: sa carlingue comme cercueil.
Donc paix sur lui.
Mais je pense aussi à sa femme et ses enfants, dont il s'était éloigné lorsqu'il décida de rester seul là- bas et d'y refaire sa vie. Ils ont dû apprendre le décès de leur mari ou père par la radio ou les journaux puisque ce crash a été très rapidement annoncé par les médias belges. Il a été inhumé à Kinshasa. Pas simple de faire son deuil dans ces conditions. Dany n'a jamais voulu que sa vie soit banale. Sa mort ne l'est pas non plus.
Vole Filair, vole.

21:46 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : il etait une fois |
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