04.10.2010
Ad nauseam
On va aborder, au cours des semaines à venir, quelques sujets arides - les vacances sont finies- mais en guise de hors-d'oeuvre je voudrais vous présenter Monsieur E. Ford.
On savait des financiers, qualifiés d'avisés, qui achètent à tour de bras des céréales ou du sucre à chaque inondation ou incendie en espérant les revendre plus chers lorsque la faiblesse des récoltes, et donc des revenus des cultivateurs, auront boosté le prix des matières agricoles. Et nous, bonasses, on achète aux guichets de nos banques des fonds de placement "jouant" les prix agricoles, autant de "black boxes" concoctées par des financiers qui ne distingueraient pas l'orge du froment au bord du champ.
On savait certains pauvres à ce point désespérés qu'ils vendent leur sang ou leur rein. M. E. Ford a trouvé mieux. Les Etats-Unis sont le seul pays où un titulaire d'assurance-vie peut vendre sa police à un tiers qui payera les primes pendant le reste de la vie de l'assuré et touchera à l'échéance, c.-à-d. à la mort du titulaire, les capitaux prévus au contrat.
L'intérêt pour l'assuré est de toucher tout de suite, lui-même ou ses ayants-droit, une partie de la somme assurée et de ne plus devoir payer les primes annuelles. Solution confortable lorsqu'on est malade et endetté.
Le spéculateur espère qu'à la mort de l'assuré, il touchera plus que le montant du rachat de l'assurance majoré des primes annuelles versées. Donc, plus vite le titulaire meurt, plus le spéculateur s'enrichit.
Pour augmenter la probabilité de ses gains, M.E. Ford ciblait les assurés vieux, malades et endettés qu'il démarchait pour leur racheter à vil prix leur assurance-vie. Pour lancer son business il créa un fonds et promis aux souscripteurs un rendement de 8% pendant 7 ans. 23.000 anglais trouvèrent du charme à ce projet et lui confièrent 450.000 livres sterling.
Mais voilà, M.E. Ford s'est trompé en manipulant les tables de mortalité et ses assurés ne moururent pas selon le business-plan prévu. M.E. Ford fut déclaré en faillite et 23.000 souscripteurs perdirent leur mise.
Aucune réglementation ne parviendra à juguler ce type de comportement qui, s'il n'a rien d'illégal, dévoile une conception totalement dévoyée du capitalisme. Car, ne nous y trompons pas, je trouve des vertus à un capitalisme entrepreneurial qui lève des fonds pour lancer ou développer des projets de chercheurs, d'entrepreneurs ou d'industriels. Et tant mieux si ceux qui ont soutenu ces projets et se sont exposés au risque de l'entreprise s'en trouvent récompensés.
Mais l'argent a une odeur et tant que des hommes qui imaginent ou participent à un type de business qui spécule sur les malheurs des autres se regarderont dans la glace sans ciller, c'est foutu.
En attendant, tant pis pour leur g....
18:05 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |
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