23.11.2010
Homo economicus
Lire d’abord le post précédent du 8 novembre 2010.
Donc voici les banques sauvées mais une économie en panne car les états appelés à jouer les pompiers pour éviter aux banques la faillite (qui aurait accepté que tous les clients de Fortis perdent leurs dépôts ?) se retrouvent hyper déficitaires.
Bien sûr les états ont déclaré vouloir mater les marchés financiers ; le G 20, l’UE, l’OCDE ont dressé une liste des pays infréquentables, ont réactivé la taxe Tobin, ont essayé de cadenasser les bonus. Mais en finale, après avoir dépensé des centaines de millions de USD en actions de lobbying, les opérateurs financiers ont réussi à édulcorer toute mesure coercitive.D’autant plus que les états ne sont plus en position de force : leurs endettements sont tels qu’ils restent impuissants devant les nouvelles formes de spéculation. Les états les plus faibles sont attaqués comme la Grèce, l’Irlande ou l’Espagne qui doivent payer de plus en plus cher pour pouvoir emprunter sur les marchés internationaux. Donc, afin d’éviter de recourir aux emprunts, ils adoptent des mesures d’austérité inédites depuis des décennies : réduction des emplois publics, diminution des couvertures sociales, augmentation de la TVA. J’ai vu défiler à Bruxelles des travailleurs européens qui, à raison, arboraient des calicots posant la bonne question : « Pourquoi devons-nous à nouveau payer pour les fautes des autres ? ». Mais les gouvernements agissent comme ces prêtres d’un culte antique exigeant des sacrifices humains pour apaiser la colère de dieux invisibles. Au prix de la cohésion sociale.
Les spéculateurs, qui ne s’attaquent pas aux états, concentrent leur puissance de feu sur les matières premières, surtout agricoles. Le blé, le maïs, le sucre atteignent des sommets. Le cacao atteint un prix inégalé depuis 33 ans lorsqu’un trader anglais a accumulé 15% des stocks mondiaux, créant une pénurie qui lui rapporta 60 millions de USD en deux mois.
Alors ?
Les dérives du système actuel ne peuvent pas s’expliquer par le seul comportement fautif d’individus ou de groupes. Un peu plus de déontologie ou de vertu n’aurait certes pas été inutile. Mais en tout état de cause insuffisant. Parce que les comportements et attitudes s’inscrivent dans la logique fonctionnelle d’un système qui est la cause et la source de son propre emballement. Je ne dédouane pas les spéculateurs et les requins de toutes espèces, mais ils ne font que respecter les règles du jeu ; d’un jeu qui intègre l’homme non comme une personne dans son intégralité mais comme une force motrice ; on ne retient de l’homme que sa dimension de variable économique qu’on utilise en tant que producteur ou consommateur selon les besoins du système.
Le « turbo-capitalisme » comme l’appelait Helmut Schmitt est fondé sur un petit nombre de facteurs : liberté d’entreprendre des individus et des groupes d’individus- liberté de mouvement des marchandises et des capitaux- garantie de la propriété privée sur les biens mais aussi sur les savoirs, la technologie et les compétences scientifiques- avec comme objectif ultime et unique l’intérêt lucratif potentiellement illimité. L’égoïsme individuel s’accommode très bien de cette dilatation de soi, de l’enrichissement sans limite.
Le point de départ et d’achèvement n’est pas la satisfaction des besoins des hommes sur leur planète bleue et leur bien-être : ceux-ci ne font que suivre le système comme une conséquence heureuse pour certains mais pas ontologiquement liés au processus lui-même.
L’état et le droit ne sont tolérés que comme facteurs de développement et de fonctionnement du système. Les problèmes sociaux et humains ne sont pas intégrés dans la logique du système ; ils sont par contre confiés à l’Etat, garant de la pérennité du système. Quand une usine ferme, l’état n’a aucun pouvoir de s’y opposer, juste celui de panser les plaies en activant des plans de pension et en récupérant des chômeurs.
Evidemment il serait sot de nier les avantages que le système a pu procurer à nos pays en Occident. Mais le processus est, par nature, appelé à se répandre dans tous les pays et par vocation enclin à coloniser tous les secteurs d’activité, y compris la santé ou la culture.
Et cette extension, qui crée des biens à commercialiser qui n’ont plus de rapport avec l’économie au service de l’homme, correspond à la logique même du système.
En définitive, quelle est l’erreur du capitalisme ?
C’est son point de départ. Il n’y a pas plus de capitalisme « à visage humain » que de guerre propre. Il est impossible de compter sur ceux qui respectent les règles de ce jeu pour l’amender. On ne peut le guérir qu’en changeant son point de départ.
Il convient de contester le principe structurant d’un profit potentiellement illimité des individus, considéré comme un droit naturel soumis à aucune orientation ni limite. Il s’agit de proposer une organisation et une stratégie basée sur le caractère précaire de nos vies et de notre milieu où nos biens communs n’appartiennent pas aux plus forts et aux premiers qui s’en emparent mais sont l’héritage commun de tous les vivants.
Les crises et les convulsions du capitalisme doivent permettrent l’émergence d’une réflexion nouvelle. Bien sûr d’autres systèmes ont failli et personne ne rêve de communisme ou de collectivisme mais si déjà nous étions conscients que le capitalisme n’est pas le point d’achèvement de notre mode de pensée et de fonctionnement, on aura fait un pas de côté, dans une meilleure direction. Je vois d’heureuses prémices dans certaines déclarations impensables il y a 3 ans.
« Depuis quelques années, je m’interroge sur les racines culturelles et anthropologiques du capitalisme de marché qui est intrinsèquement injuste » avoua Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce.
Mais qui va se lever pour proposer des alternatives valables ? Il ne faut pas trop attendre de ceux qui, même lucides, ont le nez dans le guidon, lobotomisés par les remugles du système. Je préfère espérer en de lueurs lointaines autant qu’inattendues. Où est l’Eglise, celle de Thomas d’Aquin qui osait soutenir que le vol n’est pas un péché s’il est commis au détriment de celui qui s’empare du bien collectif et en fait mauvais usage ? Où est le fils de Marx, celui qui a le plus tôt compris les limites du capitalisme ? En attendant, M. Yunus, prix Nobel, teste une conception nouvelle de l’entreprise sociale qui n’entend pas faire table rase du passé mais bien offrir d’autres options que de travailler avec pour seul objectif d’enrichir des actionnaires. Ses initiatives vont-elles révolutionner la conception qu’on se fait du monde des affaires autant que ses banques réservées aux micro crédits ont chamboulé le concept de financement des communautés pauvres? Si tel est le cas, le deuxième Nobel n’est pas loin.
09:37 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : business |
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Commentaires
LANCER UNE SEMONCE
En menacant les banques ce mardi 7 décembre, nous pouvons lancer un coup de semonce, je le souhaite, et si ce coup ne donne pas d'effet, d'autres coups pourront être lancés.
J'ai informé ma banque (la SG, le PDG est rémunéré un milion deux cent cinquante mille euros par an !!.... a-t'il dix bras, 5 jambes ?)
je l'ai donc informé que j'ai l'intention de cloturer mes comptes chez eux, je vais aller vers une banque coopérative, je les ai contacté ce samedi.
Cordialement, JPDR
PS : voir sur internet "l'argent-dette"
Écrit par : JPDR | 05.12.2010
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