18.04.2011
Le printemps arabe
Ne nous y trompons pas et méfions nous du phénomène de "halo" qui nimbe d'une teinte monochrome des situations bien différentes.
Les mouvements qui secouent le monde arabe ont surpris tout le monde: les autorités, les opposants historiques souvent en exil qui courent maintenant pour les rattraper, les occidentaux et les populations elles-mêmes; s'ils procèdent tous d'un sincère sursaut de dignité qui transcende le ras-le-bol populaire en revendications citoyennes, il serait faux de les amalgamer dans un vaste et unique mouvement de protestation.
La Tunisie présente la démarche la plus structurée malgré quelques dérapages (prisons vidées, émigrés embarqués, règlements de compte) et les Tunisiens ne semblent pas prêts à accepter que qui que ce soit leur confisque leur révolution.
Les Egyptiens ont chassé Moubarak mais ils ont laissé le pouvoir au "Conseil Suprême des Forces Armées Egyptiennes" c.-à-d. à l'armée qui avait placé Moubarak comme chef de l'état et qui fait et défait les présidents égyptiens depuis 1952. Cette fois, les militaires promettent un référendum constitutionnel et des élections libres dans les 6 mois au grand dam de l'opposition totalement déstructurée après 25 ans d'état d'urgence et incapable, à bref délai, d'organiser et financer des campagnes électorales dans l'ensemble du pays. Si les électeurs égyptiens souhaitent manifester leur mécontentement, ils n'auront peut-être pas d'autre choix que de voter pour les "Frères musulmans", seul force politique organisée dans tout le pays.
Que dire de la Libye où règne une guerre civile dans laquelle l'OTAN joue un jeu dangereux face à un dictateur allumé. Devant ce qui ressemble plus à une dissidence armée d'une partie du pays qu'à une révolte citoyenne, les occidentaux avaient le choix entre deux mauvaises décisions; intervenir ou ne pas intervenir.
Plus loin encore au Yémen, en Syrie, dans le Golfe, les populations s'éveillent à de nouvelles formes d'expression qui ébranlent leurs dirigeants mais on y distingue des antagonismes de clans (sunnites vs chiites ou nord vs sud) qui rendent la lecture plus complexe.
Si donc tous ces mouvements ne recouvrent pas qu'une seule vérité, ils ont en commun de ne rien devoir à personne et pas un seul arabe ne croit aux accusations de leurs dirigeants qui, dans un réflexe pavlovien, rejettent la responsabilité des troubles sur " des complots venus de l'étranger".
Pas un seul drapeau américain ou israélien n'a été brûlé et pas un seul cri de haine contre ces deux pays n'a été scandé par les manifestants. Les arabes se sont révoltés chez eux, pour eux et sans nous.
Plus remarquable encore, l'idéologie religieuse est absente du débat. On a laissé Dieu et Allah où ils doivent être, au ciel. Bouazizi qui s'est immolé à Sidi Bouzid en Tunisie après que la police, qui le rançonnait, ait confisqué une fois de plus son étal et après avoir été giflé par une femme policière, n'a pas crié " Allah Akbar" en craquant l'allumette ni rêvé aux mille vierges qui attendent les martyrs au paradis lorsqu’il agonit pendant trois jours. Il est mort pour revendiquer une dignité bafouée et un droit au travail méprisé.
Pour saisir la révolution arabe dans son ampleur, il faut se rappeler l'emprise mentale totale du respect dû aux anciens, au raïs, au chef à qui on doit allégeance (Maroc) et le poids de la solidarité clanique (Libye).
Tout cela a été bouleversé par la mort de Bouazizi. On sait des bergers, des charpentiers et des adeptes du rouet qui ont changé le cours de choses; voici un vendeur de légumes qui mérite uns statue dans toutes les capitales arabes... dès demain, lorsque ce monde arabe qui s'ébroue sera sorti de la "Jahilyya", l'époque de l'ignorance.
Dans cette vaste reconfiguration du Maghreb et du Proche-Orient, qui perd et qui gagne?
Y perdent, du moins dans un premier temps, les extrémistes musulmans, hier encore les seuls à s'opposer aux dictatures affairistes des pays arabes jugés impies et qui prônaient l'avènement de régimes théocratiques par la violence au nom du djihad. Ils rejettent toute forme de démocratie, les hommes n'ont pas à élire leurs dirigeants ni à voter leurs lois puisque Dieu est leur seul chef et le Coran leur seule loi. Les mouvements citoyens et démocratiques leur coupent l'herbe sous le pied... pour autant qu'ils réussissent.
La ligue arabe et l'Union Africaine également ont démontré une nouvelle fois leur incapacité à réagir aux évènements qui les concernent en priorité. Impuissants et tétanisés, ils n'ont pas répondu aux injonctions de l'ONU et des capitales occidentales les priant de s'occuper de ce qui les regardait.
Israël aussi n'a rien à gagner de ces mouvements démocratiques. La paix "honteuse" scellée avec l'Egypte pourrait être remise en question par un nouveau gouvernement égyptien qui ne tolérerait plus de participer activement au blocage de leurs frères à Gaza.
Les régimes de Ahmadinejad en Iran, d'El Assad en Syrie et les monarchies (autoproclamées) dans le Golfe ont vacillé et connaîtront encore bien des convulsions. Ces dirigeants ont du souci à se faire malgré les mesures économiques populistes prises dans l'urgence (augmentation des salaires des fonctionnaires, subventions pour réduire le prix des denrées alimentaires etc..) qui trahissent l'incompréhension des dirigeants quant à la nature des revendications populaires. Pour survivre, ces régimes pratiquent la charité alors qu'ils se sont appropriés des pans entiers des économies nationales.
Par contre, il ne serait pas étonnant que le grand gagnant soit la Turquie qui devient une puissance régionale incontournable et qui pourrait, gouvernée par l'AKP un parti islamiste modéré, devenir un exemple de transition réussie pour les pays arabes.
Le vrai problème est de savoir si ces révolutions vont pouvoir s'affranchir de l'emprise du religieux pour évoluer vers une démocratie ouverte. Dans ces pays où l'analphabétisme reste un réel défi, où le poids des traditions arrange bien des intérêts, pourront-ils remettre en question leur mode de penser et de vivre, faire la place qu'il convient aux minorités, aux femmes et aux technocrates qui vont bouleverser le conservatisme des valeurs et des moeurs ? Ce sera d'autant plus difficile que la religion est la seule structure développée, commune à tous et présente dans chaque foyer.
Quel rôle alors nous revient-il, nous leurs voisins du Nord, directement concernés par la réussite de ces révolutions.
D'abord, il faut accepter la faillite des complaisances antérieures et l'inadaptation des souhaits occidentaux de voir les pays arabes évoluer à l'unisson sous le regard éclairé de l'Occident comme le rêvait encore Sarkozy lançant en 2008 l'UPM (l’Union pour la Méditerranée). Nous devrons sans doute admettre des évolutions asymétriques, tous les pays de cette région du monde évoluant à des rythmes différents qui vont créer des espaces d'incertitude et des lignes de fracture fragiles.
Mais surtout il faut épauler les nouvelles autorités démocratiques confrontées à des défis titanesques, sans pour autant s'immiscer dans les choix et les orientations retenues mais en confortant les gouvernements qui réinscrivent leurs pays dans un monde ouvert et tolérant.
Pour faire image, autant il est dangereux de lancer nos F16 sur Tripoli, autant il est justifié d'isoler financièrement, diplomatiquement Kadhafi et les siens, indispensable d'envoyer autant de bateaux et des avions que nécessaire pour évacuer les réfugiés qui fuient les zones de guerre et grand temps de décider d'un plan Marshall pour soutenir ces pays qui nous le rendront bien en instaurant un régime où chaque citoyen arabe aura sa place. Ni précéder, ni susciter, ni provoquer mais accompagner de façon discriminée, rapide et puissante tout effort de normalisation de ces sociétés.
Notre seconde responsabilité sera de mettre une pression de fer sur Israël pour qu'il accepte de discuter avec ses voisins afin de sortir de cette confrontation qui pollue les relations internationales depuis des lustres. Or, la tentation sera grande pour ce pays de profiter des soucis domestiques de ses voisins pour renforcer ses positions au-delà de l'acceptable.
Enfin, à titre individuel, on peut aussi aller en vacances chez nos voisins arabes et humer le parfum printanier du jasmin.
23:05
Écrit par JLH
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07.04.2011
Fils de
Qu’ont en commun Romain Hissel et Madoff Junior ?
La mort du père.
Maître Hissel, avocat emblématique des parents de Julie et Mélissa, lui-même tourmenté par des penchants pédophiles, a été poignardé par son fils Romain 20 ans, qui ne pouvait plus supporter ce dédoublement du comportement paternel; contempteur de pratiques condamnables auxquelles il s’adonnait lui-même.
Bernard Madoff, l’auteur de la plus grande escroquerie de l’histoire - une chaîne de Ponzi qui a berné des milliers de déposants pour la somme record de USD 65 milliards - purge une peine de 150 ans de prison aux USA, alors que son fils Mark, à défaut de pouvoir tuer son père, s’est suicidé.
Et ces milliers d’autres enfants qui prennent sur eux les dévoiements et les erreurs de leurs parents dans une sorte de devoir familial de rédemption.
Or les enfants n’ont pas à assumer cette charge ; s’ils peuvent ressentir envers leurs parents quelque reconnaissance ou gratitude, soit ; s’ils éprouvent quelque tendresse tant mieux mais ils ne doivent jamais endosser ni la responsabilité ou la sanction des erreurs parentales. De ce point de vue, ils n’ont strictement rien à devoir à leurs parents.
Tant mieux si les relations sont bonnes ; il en est souvent ainsi et on peut s’en féliciter. La plus grande satisfaction d’un parent reste le développement harmonieux de sa famille comme la plus grande aspiration d’un enfant est de grandir dans une famille aimante.
Mais si les enfants proviennent « de » leurs parents, ils ne sont pas « à » eux et en aucune façon ils ne doivent s’estimer impliqués par les erreurs de leurs géniteurs.
Romain et Mark ont malheureusement cru devoir porter la croix de leurs parents ; à tort.
Par contre, les parents, en toutes circonstances et sans réserves, doivent soutenir leurs enfants, même dans la pire adversité.
Car si les parents lâchent un enfant honni et condamné par la justice des hommes ou de leurs dieux, quels que soient ses crimes, que lui restera-il ? Plus rien ni personne.
Or précisément, si en bout de course il revient à quelqu’un de voir, envers et contre tous, que le damné fut et reste de la race des hommes, ce sont ses parents. Il ne s’agit ni d’innocenter, ni d’excuser, ni même de compatir mais d’assurer par sa simple présence l’appartenance au genre humain.
Et puisque nous sommes tous enfant de quelqu’un et souvent parent, le monde est ainsi fait que les devoirs que nous avons envers nos enfants sont ceux que nos parents nous doivent.
18:04
Écrit par JLH
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