19.06.2011

"Le divorce belge"

Titre prémonitoire d'un livre écrit en 1968 par Lucien Outers, spécialiste du droit international et en ce temps là, député FDF. 

Et voici qu'en 2011 la Belgique est comme ce boxeur KO debout; elle n'est pas tombée mais complètement groggy, incapable d'encore lever les gants et à la merci de la moindre pichenette.

Pourquoi en sommes nous arrivés là?

Principalement à la suite d'un énorme malentendu entre les deux principales communautés linguistiques du pays.

Une Flandre qui estime qu'après avoir été humiliée par une Belgique unitaire francophone, elle est maintenant bridée dans son développement et son autonomie par une Belgique fédéraliste pataude et inaboutie.

En face, une communauté francophone qui ne comprend pas que la Flandre ne soit pas encore repue après toutes les concessions accumulées au fil du temps qui, de réformes en révisions, ont fait le lit d'une Flandre aujourd'hui région la plus peuplée et la plus riche du pays mais qui ne parvient pas à se départir du complexe d'un minoritaire.

En réalité, l'histoire de la Belgique ressemble à une course à étapes dans laquelle les francophones ont perpétuellement une étape de retard.

Quand ils arrivent, au prix d'un long cheminement intellectuel, à admettre que le français, seule langue officielle en 1830, doit céder la place au flamand devant les tribunaux de Flandre, nous sommes en 1873 et cette première loi linguistique apparaît comme une concession pour les francophones mais comme un juste droit pour les flamands qui, en 1840 déjà, rassemblaient 100.000 signatures sur une pétition à ce sujet. De sorte qu'ils ne remercièrent pas leurs compatriotes francophones pour cette législation nouvelle, tout occupés qu'ils étaient à revendiquer déjà la réforme suivante. Elle se concrétisa, après bien des réticences, en 1898 date à partir de laquelle les lois du pays seront publiées dans les deux langues!

Chaque fois que la Flandre, soutenue par le petit clergé qui transforma ses revendications en mystique populaire, obtint une nouvelle loi linguistique, comme en 1921 ou 1932 ou 1935, elle s'activait déjà à arracher la suivante alors que les francophones croyaient avoir obtenu une tranquillité linguistique nationale.

J'ai côtoyé un patron d'entreprise à qui je devais rappeler:" Si vous souhaitez donner quelque chose à quelqu'un, donnez lui vite car si vous tardez trop, ce ne sera plus un cadeau, ce sera un dû".

Ce décalage persiste encore de nos jours entre Di Rupo, Milquet et De Wever. Les francophones estiment avoir fait d'importants gestes de conciliation alors que 45% des flamands considèrent ces concessions comme acquises et sont déjà dans un autre démarche; la suivante. Les compromis négociés ne sont de la sorte jamais la représentation du commun dénominateur des satisfactions de chacun; ils sont le point d'aboutissement pour les uns, le point  de départ vers d'autres revendications pour les autres. 

Cette différence de timing est irrattrapable sauf à prendre des raccourcis avec l'Histoire ou prendre celle-ci à contre-pied par un renversement des logiques, car à vouloir courir après le mouvement flamand, on s'épuisera.

J'ai entendu Léo Tindemans, ex Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères, déclarer en petit comité au début des années 90 que dans l'histoire des Nations, jamais un fédéralisme à deux membres n'avait pu fonctionner.

Avait-il lu la veille "Le divorce belge"? 

 

 

23:22 Écrit par JLH Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique |  Facebook |