30.07.2011

Paris sous les étoiles

Un ami congolais, en visite dans sa famille installée dans les faubourgs de Paris, s'égare un soir d'hiver en regagnant la maison de ses hôtes. Il sort de la gare du RER, emprunte le chemin du retour mais au milieu des pavillons de banlieue, tous pareils à ses yeux, se perd dans les rues, la nuit et le froid.

Après deux heures d'errance, il appelle le 112 puisque sa tante lui a vanté les vertus de ce numéro européen en cas de détresse.

" Je suis perdu" dit-il à l'opérateur. Celui-ci reconnaît un accent africain. " Où êtes-vous?" lui demande-t-il?  " Je ne sais pas" lui répond à propos mon ami. " Que voyez-vous autour de vous?" insiste l'opérateur. " Des immeubles très hauts et des maisons".

L'opérateur s'impatiente et l'envoie balader: " Regardez le ciel" lui demande-t-il " Que voyez-vous?"

" Des étoiles" répond l'égaré. " Quelles constellations? Voyez-vous un lion ou un poisson?"

"Je ne connais pas vos étoiles" dit mon ami qui, d'ailleurs, habite sous l'étoile du Sud.

"Regardez mieux" lui fait l'opérateur "Et rappelez-moi ensuite". La conversation s'interrompit.

Mon ami reforma le 112 mais plus personne ne répondit.

Il reprit son errance, crut mourir de froid, fit signe aux rares automobilistes qui passaient encore mais personne ne s'arrêta. Finalement glacé, il retrouva la maison familiale vers 2 heures du matin. C'était le seul pavillon resté allumé dans le quartier.

Sa tante l'attendait fiévreusement et l'embrassa comme s'il revenait de l'enfer.

" Tu es vivant! Dieu merci. Comment aurais-je expliqué à ma sœur que je t'ai laissé mourir à Paris" se lamenta-t-elle.

Aujourd'hui, mon ami raconte sa mésaventure sans l'ombre d'un reproche aux automobilistes indifférents ni à l'opérateur qui l'envoya se balader ... dans les étoiles, victime d'un racisme bien ordinaire. 


 

 

20.07.2011

Débranche

Le chaînon manquant entre l'animal et l'homme, c'est nous".

A voir la façon dont nous traitons notre "humanité", G. Lorenz a peut-être raison. Car à quoi passons-nous les 27.000 jours que nous avons, en moyenne, à vivre sur cette planète? A tenter, peu ou prou, de dominer ce cerveau reptilien qui libère en nous la testostérone qui nous rend agressif, développe notre instinct de possession et d'accaparement. Quand ce n'est pas cette hormone mâle, ce sont d'autres "humeurs" qui toujours nous assujettissent, hommes et femmes à nos errements pulsionnels.

On se rassure en pensant que ces hormones sont indispensables à la survie de notre espèce et que, privés de ces pulsions, notre race risquerait de disparaître de la terre.

C'était le cas hier, le sera-ce encore demain?

Car déjà nous parvenons à reproduire la race humaine in vitro, en éprouvette en choisissant au microscope quelle cellule mâle d'un donneur fécondera telle cellule femelle prélevée après l'activation du système ovarien d'une donneuse.

Plus besoin que les "parents" se rencontrent ou se connaissent.

D'un autre coté, en néonatologie, nous parvenons à "amener à la vie" des prématurissimes de 500 grammes après seulement 22 semaines d'aménorrhée, en les couvant dans une solution aqueuse plongée dans l'obscurité.

Reste donc à trouver une solution pour la période séparant la fécondation in vitro et la 22° semaine. Aujourd'hui, on doit encore avoir recours à une matrice humaine, pas forcément celle de la donneuse d'ovules d'ailleurs. Mais demain, aucun doute que la science construira le réceptacle qui permettra de concevoir, un être humain sans d'autres matériaux que des éprouvettes, des couveuses et un peu d'énergie électrique.

Et lorsque l'embryon aura atteint le 9° mois, on débranchera tous les appareils dans un rituel d'accouchement virtuel. Mais prendra-t-on encore cet enfant dans les bras?

D'étranges dialogues résonneront en maternité.

" Voilà, votre enfant est prêt, on peut le débrancher".

"Quand, maintenant ? Vous ne pourriez pas le garder encore 48h00 (i) car j'ai ma belle-mère qui vient demain et je ne veux pas qu'elle voit l'enfant (ii)  car la chambre du petit n'est pas prête (iii) car j'ai un w-e de formation...

De toute façon, on ne sera plus à un jour, une semaine ou un mois près puisqu'il n'y aura plus les contraintes physiologiques de l'accouchement.   

Bien sûr, on aura toujours besoin d'une cellule mâle et d'une cellule femelle mais on sera à jamais débarrassé des affres de la fécondation, des incertitudes de la grossesse et des douleurs de l'accouchement.

Sera-ce la fin du monde?

Il n'est pas d'exemple historique où l'homme a renoncé à une avancée scientifique pour des motifs moraux ou éthiques.

Donc on y arrivera. Dans quelques dizaines d'années, nos descendants nous considéreront sans doute avec commisération ou comme des barbares pour nous être reproduits depuis la nuit des temps selon un mode primitif.

Ils seront affranchis de la sanction biblique: " A la femme, il dit: Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils" ( Genèse:Le récit du paradis 16)

. Avec quelles conséquences?

* La survie de l'espèce sera entièrement décorrellée de l'activité sexuelle qui elle-même risque de subir de profondes mutations car s'il est vrai que la fonction crée l'organe, on peut craindre pour la pérennité de ce dernier. 

* La crainte primale des hommes de voir leur femme porter d'autres enfants que les leurs, à l'origine de tous les sévices portés à la moitié de l'humanité, sera devenue sans objet et toutes les contraintes ancestrales imposées aux femmes au nom de cette hantise n'auront plus ni justifications ni sens.

* Cette évolution ne sera pas égalitaire ni universelle; elle connaîtra des tensions et des contorsions car alors que certaines femmes ne connaîtront plus de l'accouchement que le prélèvement de quelques ovules, la majorité continuera, encore quelque temps, à enfanter sans aucun contrôle ni de leur fécondité ni de leur douleur. 

* Le lien vital sera distendu qui favorisera l'eugénisme débarrassé de sa charge émotionnelle

* Un énorme commerce immiscera à tous les étages de cette architecture nouvelle

On sait qu'on y va mais on ne sait pas très bien où!

 Ainsi, on sera deux fois débranché dans notre vie; une première fois à la "naissance" et une seconde fois en fin de vie puisque la médecine aura réussi à nous tenir en "vie" tellement longtemps à coup de sondes, de perfusions, de cathéters et de monitorings qu'il faudra bien que les héritiers se décident de débrancher leurs parents le moment venu.

D'étranges dialogues résonneront en gériatrie....