26.08.2011

En passant par la Lorraine

 

Si vous passez sur l'autoroute A31 à hauteur de Metz, prenez quelques heures de liberté pour y découvrir le nouveau musée " Centre Pompidou" à l'architecture étonnante et profitez-en pour visiter la gare, l'une de plus belle de France ainsi que la splendide librairie attenante.

A défaut de vous arrêter, ayez une pensée compatissante pour le sort tragique de ces Lorrains qui, objets de convoitise non sollicitée, connurent les affres de l'annexion par les Prussiens de 1871 à 1918, puis le rattachement au III Reich en 1940. Conséquence immédiate; 130.000 alsaciens et mosellans furent incorporés de force dans l'armée allemande au titre d'un service militaire obligatoire. S'ils ne voulaient pas se soumettre, ils devaient fuir avec toute leur famille vers la France restée libre car les familles des "déserteurs" étaient  aussitôt déportées en Allemagne et les biens familiaux confisqués.

Craignant à juste titre de nombreuses défections si les appelés restaient en France, ces "incorporés" étaient souvent envoyés sur le front de l'Est à coté de soldats de la Wehrmacht qui les considéraient comme des " sales Français" et en face de soldats russes qui les prenaient pour des traîtres à la France.

20.000 sont morts, 20.000 autres portés disparus et 10.000 grièvement blessés. Les survivants furent souvent fait prisonniers et déportés en captivité dans les camps russes dont les derniers ne sortirent qu'en 1955!

Mais leur calvaire se poursuivit après la guerre. De retour en France, ils se heurtèrent aux sarcasmes et aux règlements de compte de la part des "patriotes" et s'ils osaient critiquer leurs conditions de détention en URSS, les communistes français, alors très puissants, leur volaient dans les plumes.

Donc, après la guerre et ses violences innommables, ce fut la honte puis le silence.

En Lorraine on les appelle les " Malgré Nous". 

02.08.2011

La pensée unique

Les Etats-Unis viennent de frôler une catastrophe budgétaire qui aurait eu des répercussions mondiales.

Si un accord politique n’avait pas été conclu la nuit dernière entre le gouvernement démocrate et le Congrès majoritairement républicain, le plus puissant pays au monde n’aurait pas pu rembourser ses dettes arrivées à échéance ou payer ses fonctionnaires. L’accord tant discuté vient d’autoriser le gouvernement a creusé encore un peu plus la dette totale des Etats-Unis, qui dépasse déjà USD 14.000 milliards, en empruntant pour 900 milliards de dollars supplémentaires.

 

Je suis persuadé que la grande majorité des citoyens américains ne comprennent pas les données du problème même s’ils perçoivent que la crise est sérieuse. Que représentent concrètement pour eux des notions aussi abstraites que le "déficit des paiements, la balance commerciale, le PIB" ? Il doit leur paraître incompréhensible qu’un pays doive, comme chaque famille, équilibrer ses comptes  puisque, n’est-ce pas, c’est l’état qui détient les clés du système, qui créé la monnaie et qui peut changer les règles d’un jeu qui ne lui conviendrait plus.

Plutôt que de consacrer ce "post" à expliquer les fondements économiques de cette crise, je m’interroge sur l’absence totale de débat de fond. Chacun semble admettre la situation, ses vices et ses dérives sans la contester dans sa nature même. Bien sûr, les Grecs aujourd’hui, les Américains demain, manifestent dans la rue pour réagir contre les mesures d’austérité qui leur sont imposées par la faillite de l’état ; mais ils protestent contre la perte de leur pouvoir d’achat ou pour préserver leurs droits à la retraite sans remettre en cause le système en tant que tel.  Je n’entend pas de propositions alternatives, de nouveaux modes de pensée.

On applique à tous les problèmes les mêmes recettes ; plans d’austérité + FMI + équilibre budgétaire sans imaginer un monde où d’autres formes d’équilibres, d’autres priorités auraient émergés.

On dirait que le capitalisme, qui a survécu à toutes les autres idéologies, n’est plus questionné.

 

HSBC, une des plus grandes banques mondiales, vient d’annoncer un bénéfice semestriel de USD 8,9 milliards  ainsi que la suppression de 30.000 emplois, soit 10% de ses effectifs mondiaux, pour améliorer la compétitivité de la banque. Les syndicats anglais dénoncent cette restructuration, vont négocier des pré pensions mais ne contestent pas le régime lui-même.

L’Europe vient de ramener de € 500 à 113 millions son aide alimentaire à ses propres ressortissants les plus défavorisés mais le salaire des fonctionnaires européens sera augmenté de plus de 1000€ par mois cette année.

Depuis longtemps, insidieusement et même parfois inconsciemment, les plus nantis au plan économique ou politique ont cadenassés les mécanismes légaux et les usages afin de préserver par priorité leurs droits et avantages. Et ceux qui sont en dehors du cercle des nantis, soit aspirent à les rejoindre et se taisent, soit  sont convaincus que le système est de droit naturel et se taisent aussi.

D’ici 2050 la planète comptera 8,9 à 10,6 milliards d’habitants. Aucun gouvernement empêtré dans de stériles discussions institutionnelles ou électorales, luttant en permanence pour sa survie et celle de ses membres, ne sera à même de faire face à ce bouleversement.

Les besoins en énergie et en nourriture seront calqués sur les modes de consommations occidentales ( - de riz + de viande =+ de céréales, d’eau et de fourrages) ; les acteurs les plus avertis et les plus réactifs devant cette évolution sont les analystes financiers qui recommandent à l’achat les fonds qui spéculent sur les céréales, les fertilisants et les carburants de substitution. Quel politicien inscrit cette problématique dans son programme électoral ?

N’est-il pas surprenant que depuis 20 ans plus aucun débat public ne questionne notre mode de fonctionnement ?

On assiste à un glissement sémantique des centres de préoccupation ; les questions de nationalités, d’identité, d’appartenance ont supplanté les débats sociaux et économiques.

Où sont les intellectuels, les penseurs, les chercheurs, les syndicats ?

On a dû connaître Fukushima pour remettre en cause le nucléaire.

Il semble donc vrai que «  les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne perçoivent la nécessité que dans la crise « .

La crise est là, pour donner raison à Jean Monnet reste à inventer le changement.