22.10.2011
La résilience des peuples
En Libye, Mouammar Kadhafi est mort hier, probablement lynché tandis que la Tunisie se rend aux urnes demain.
Deux peuples maintenus sous l'emprise de clans familiaux ou tribaux pendant des décennies. Deux pays voisins qui doivent se reconstruire, débarrassés de leurs présidents honnis, ennemis populaires fédérateurs occultant jusqu'ici leurs dissensions qui, à présent, vont pouvoir s'exprimer librement. Violemment? Voici venue l'heure de tous les dangers.
On leur propose bien sûr notre modèle de démocratie parlementaire coiffée d'une fonction présidentielle comme si c'était la seule voie possible de gouvernance. S'ils adoptent cette formule, ils auront à évacuer leurs peurs, à dépasser leurs divisions classiques, confessionnelles, sociales. Bien des dangers, des dérives et des convulsions les attendent. Auront-ils les ressources de transcender ces écueils. Il est toujours plus facile de diviser que de rassembler, d'exciter les rancoeurs que de prôner la concorde.
Certains hommes ont pu faire preuve d'exemplaire résilience. Les peuples en sont-ils capables?
Ray Charles aborda la vie de façon dramatique; un père totalement absent, une mère dévouée mais très pauvre, un jeune frère qui meurt noyé à 3 ans sous ses yeux dans une lessiveuse, un glaucome qui le rend définitivement aveugle à 7 ans, une institution pour enfants aveugles où il souffrit de la séparation d'avec sa mère qui meurt quand il a 15 ans. Institution qui - soit dit en passant- pratiquait la ségrégation séparant les enfants blancs et noirs alors qu'ils étaient tous aveugles; mais c'est quand même là qu'il apprit la musique!
Steve Jobs est l'enfant d'une trop jeune mère qui, enceinte, décide de l'abandonner dès sa naissance. Refusé par une première famille d'adoption qui s'attendait à recevoir une petite fille, il arrivera dans la famille Jobs. Il apprendra plus tard que son père d'origine syrienne et sa mère biologiques se sont mariés un an après sa naissance sans chercher à le retrouver et eurent une petite fille, sa soeur qu'il ne rencontra qu’à l'âge adulte.
Ni Ray ni Steve ne sont sortis indemnes de leur enfance mais quelle revanche!
Puissent les peuples libyens et tunisiens se garder de leurs démons et trouver les moyens de se réconcilier avec eux-mêmes.
00:57
Écrit par JLH
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03.10.2011
Yvonne et La Boétie
Dans un post précédent du 2 août, je déplorais l'absence de réactions et le silence des intellectuels face aux turbulences qui fracassent le régime capitaliste depuis 2008. Car ne nous y trompons pas; plusieurs banques, articulations vitales du capitalisme, ne survivraient pas à leurs propres disfonctionnements sans l'intervention en secours des états ou de leurs émanations internationales. Ces états dont le rôle, soit dit en passant,est par ailleurs conspués par les tenants purs et durs de la doxa capitaliste.
Bien sûr, la rue a rugi à Tottenham en août dernier et gronde à Athènes depuis quelques semaines, mais il ne s'agit pas de révolutions. Dans les faubourgs de Londres, on a vu des pillards, même pas des émeutiers et dans la capitale grecque défilent des citoyens qui, dignement, luttent pour sauver leurs statuts, leurs pensions, leur pouvoir d'achat, pas pour changer de régime ou le remettre en cause.
Finalement, l'image la plus révolutionnaire nous vient de Bavière où Yvonne, seule de sa race, a refusé pendant des semaines de se plier aux normes de sa condition, défiant les autorités, les gendarmes, les éleveurs, les chasseurs, dénigrant sa soeur Walraut, son fils Friesi et rejettant le séduisant Ernst, le taureau en rut, autant d'appâts qu'on envoya en mission au devant de la fugitive pour la ramener sur le chemin de l'étable. Voici une rebelle, une vraie, mais c'est une vache bavaroise!
Sans faire insulte, elle devrait inspirer quelques penseurs de notre temps qui pourraient, comme elle, sortir des sentiers battus pour réfléchir "hors du système", ce qui fait étrangement défaut ces jours-ci. On a bien ici et là des "indignés" qui font écho à un livre à succès écrit par un octogénaire français bien propre et bien gentil. C'est peu pour affronter un monde mis en mode "financiarisation" totale depuis 20 ans. On admet encore sans le disputer que le capitalisme est le point de finitude du système de pensée économique comme on pense que l'homme est le point de finitude de la vie terreste. On a deux fois tort.
Alors pourquoi tant d'impérities dans les cénacles et de fatalisme dans les cités?
Il y a 5 siècles déjà, un jeune homme s'ébahissait de voir " des millions d'hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug, non pas contraints par une plus grande force mais par le seul nom d'un maître, duquel ils ne doivent ni craindre la puissance puisqu'il est seul ni aimer les qualités puisqu'il est, à leur endoit, inhumain et sauvage....c'est le peuple qui s'asservit qui, ayant le choix ou d'être serf ou d'être libre, quitte la franchise et prend le joug".
Ce jeune homme s'appelle La Boétie et il avait 18 ans lorsqu'il écrivit "Discours de la servitude volontaire".
Tout est dit dans ce titre. Et rien n'a changé.
22:25
Écrit par JLH
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Le temps de la rentrée
Septembre qui s'achève fut le temps de la rentrée et des premiers embouteillages. Se rendre à son travail à vélo ou à pied reste un privilège dont je me réjouis chaque jour. Sauf que ces quatre trajets quotidiens de 2,2 Kms m’obligent à côtoyer des automobilistes qui m’exaspèrent.
Les uns parce qu’ils ouvrent leur portière sans regarder et s’excusent d’un « Je ne vous avais pas vu » qui fait honte à mon casque rouge et ma veste jaune fluo. Cet ersatz d'excuse me siffle les oreilles au moins une fois par semaine.
Les autres m'importunent parce qu’ils laissent tourner leur moteur à l’arrêt. Je croise systématiquement au moins un véhicule dans cet état sur chaque trajet de 2,2 Kms. Divisez le nombre total de voiries dans Bruxelles par 2,2 et vous obtiendrez le nombre ahurissant de moteurs tournant constamment au ralenti dans la capitale parce que ces conducteurs, mangent, lisent le journal, attendent un passager ou téléphonent. Et si vous tentez de leur signaler poliment qu'ils pourraient couper leur moteur, attendez vous à des attitudes d'une agressivité disproportionnée. Au volant le plus accommodant des citoyens retrouve la susceptibilité d'un jeune adolescent ... pour qui septembre est le temps de la rentrée.
00:01
Écrit par JLH
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