15.11.2011

Est-ce grave Dr Tarik Ramadam,

 

Aux récentes élections tunisiennes, les premières libres et démocratiques depuis l’indépendance, le parti Ennahdha a réuni 43% des suffrages. Près de la moitié des tunisiens et tunisiennes habitants en Europe ont également voté pour ce parti religieux.

En Lybie, le Conseil National de Transition ( CNT) a déclaré que la charia servira de base à  la future constitution et que toute loi qui serait en contradiction avec la charia sera invalidée.

Aux prochaines élections du 25 novembre au Maroc et du 28 novembre en Egypte, les partis religieux – les Frères musulmans et le Parti de la Justice et du développement  - sont donnés favoris.

Pour autant, est-ce grave et grave pour qui ?

D’abord, on ne peut pas prôner la démocratie puis en refuser la sanction si les résultats ne nous satisfont pas. Rappelons- nous l’Algérie de 1992 quand l’armée interrompit le 2° tour des élections suite à la victoire prévue du FIS (Front islamique du salut) qui avait largement gagné au premier tour. Il s’en est suivi 10 ans de terrorisme (pour partie manipulé et instrumentalisé ; voir « Des dieux et des hommes ») qui causa plus de 100.000 victimes !

Ensuite, cette inclinaison des populations vers les partis religieux résulte d’un choix clair et compréhensible. Appelés à élire leurs représentants et cherchant avidement une alternative aux partis politiques inféodés à leurs présidents déchus, soucieux de construire une société sur un modèle en rupture avec l’affairisme, le clanisme et le clientélisme prégnants  dans toutes les couches des pouvoirs antérieurs, les populations aspirent à une éthique que les partis laïcs n’ont pas eu le temps de développer alors que les religieux, pourchassés par les régimes précédents, n’ont jamais abandonné la rue arabe avec ses services sociaux et religieux. Et lorsque ces religieux leur parle de corruption, d’éthique, de valeurs ils sont crédibles d’autant plus qu’ils s’appuient sur des textes sacrés et des repères  immémoriaux en terme de mode de conduite et de comportement dans la vie quotidienne qui fournit un socle, une référence accessible à tous mais qui font totalement défaut aux laïcs.    Et dans ces moments de grande incertitude, cette prise en mains – fut-elle religieuse et musclée- séduit près d’un citoyen sur deux.

Enfin et surtout, en déclarant que la charia sera le fondement de la législation, en promotionnant les partis religieux, les urnes coupent l’herbe sous le pied des extrémistes religieux qui ne peuvent plus crier au martyr. Ils voulaient la prééminence de la religion, ils l’auront mais pas selon le concept wahhabite d’intolérance et du jihad. Que vienne l’époque d’un islam modernisé, interprété et réfléchi tel que réclamé par une frange de plus en plus importante de la communauté musulmane.

Ainsi nombreux sont les partis religieux qui citent en exemple le parti turc de l’AKP dirigé par M. Erdogân qui, sous l’œil vigilant de la population (et de l’armée), est au pouvoir depuis 2002 en Turquie.

Qui serions-nous pour contester le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes; un droit que nous avons codifié, vanté et revendiqué. Il est l'heure de l'assumer.

Mais jusqu'où?

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