21.12.2011
Bonana et bon appétit
Au moment d'aborder les agapes de fin d'année, je m'en voudrais de vous couper l'appétit mais, vraiment, dans ce domaine comme dans d'autres, on vit sur une drôle de planète.
Selon l'OMS, ce n'est plus tant la "sous-nutrition" que la "malnutrition" qui constitue un véritable problème de santé publique.
En effet, si une partie de la population mondiale reste sous-alimentée ( quand même 880 millions sur 7 milliards), deux fois plus d'humains sont déjà actuellement en surpoids ( 1,6 milliard dont 500 millions d'obèses) alors que 2 milliards souffrent de carences alimentaires. Restent 2 milliards à peu près nourris correctement.
Les projections démographiques tablent sur une croissance de la population qui devrait culminer vers 2050 à 9 milliards d'humains; mais cette progression, liée à l'amélioration du pouvoir d'achat de certaines régions du monde, devrait engendrer une demande quasi doublée de consommation de viandes et de produits laitiers. Or, on sait que la production de viande nécessite une utilisation massive de terres de cultures et d'eau. Est-ce jouable? En tout cas, ces perspectives ont l'air bancables car des fonds d'investissements se constituent pour soutenir les projets agro-industriels qui se mettent en place pour capter ces marchés prometteurs, même si l'on pressent que la planète bleue va souffrir et que les humains ne vont pas forcément se porter mieux si le bon sens paysan devient universel lorsqu'il proclame que :" Dans le cochon, tout est bon".
Doit-on pour autant se mettre tous à manger des criquets et des chenilles, gorgés de protéines, de fer et d'oméga?
Selon les spécialistes de l'entomophagie, il existerait 1462 sortes d'insectes comestibles à haute valeur nutritionnelle!
Pas une ligne de ce problème dans la déclaration gouvernementale et pas besoin de parier, on n'en parlera pas non plus durant les campagnes présidentielles française ou américaine de 2012. Seuls les écolos et les ONG abordent ce genre de problématique alors qu'il s'agit d'une question essentielle et que la parole ne doit pas être laissée aux seuls opérateurs économiques.
Car qu'entend-t-on?
En France, le magazine " Que Choisir" a étudié 700 spots publicitaires télévisés diffusés aux heures d'audience des enfants et adolescents. 89% des spots vantaient des aliments repris dans la pyramide nutritionnelle dans la catégorie "superflus- industriels- caloriques"- qui ont trait aux gâteaux, confiserie, boissons sucrées, céréales raffinées etc.
Les produits de base - l'eau, les fruits et les légumes- ne représentent que 6% des messages publicitaires!
Bon, vous n'êtes pas obligés de manger des sauterelles ou des libellules au réveillon du nouvel an, encore qu'il parait que les criquets ont un délicat goût noisette, mais l'an prochain peut-être...
Si l'envie vous prend, il existe déjà des blogs qui donnent des recettes pour cuisiner les scarabées ou les chenilles: www.girlmeetsbug.com
Bon appétit et Bonana
15:37
Écrit par JLH
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11.12.2011
La vie de bureau
Règlement de travail pour le personnel de bureau.
Crainte de Dieu, propreté et ponctualité sont indispensables.
Le personnel n’aura à l’avenir plus besoin de travailler que les jours ouvrables, du lundi au samedi inclus, de 6h00 du matin à 6h00 du soir. Le dimanche sera réservé au Seigneur.
L’utilisation de manteaux au bureau est interdite, puisque le personnel dispose d’un fourneau. En hiver, les membres du personnel devront tous apporter quotidiennement 4 livres de charbon.
Il est interdit de parler pendant les heures de bureau. Un employé qui fume des cigares, boit de l’alcool et fréquente les assemblées politiques ou les salles de billard, permet que son honneur, ses idées, sa correction et sa réputation soient mises en doute.
Il est loisible de manger entre 11H30 et 12H00 mais sans interrompre ses occupations.
Les membres du personnel doivent veiller à leur santé ; les salaires seront supprimés en cas d’absence. C’est pourquoi nous recommandons vivement d’épargner une partie appréciable des salaires en prévision de maladies ou des vieux jours pour ne pas tomber à charge de la charité publique.
Nous espérons que les membres du personnel ( et les lecteurs de ce post) apprécieront la générosité de ce nouveau règlement du personnel de bureau.
Ainsi fait en 1810 au Royaume de sa Très Gracieuse Majesté
23:22
Écrit par JLH
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02.12.2011
Est-ce grave Dr Euro ( suite)
Donc, les problèmes rencontrés par les banques, comme par les Etats, résultent de leurs sur- endettements. Les banques empruntent pour placer de plus en plus d’argent dans des opérations sensées être plus rémunératrices mais aussi plus risquées comme par exemple dans des monnaies étrangères, des fonds spéculant sur les matières premières ou dans les marchés émergents des pays en forte croissance comme les BRIC( Brésil-Russie-Inde ou Chine) dont la monnaie est cependant instable et les données économiques et financières approximatives.
Les Etats empruntent pour couvrir leurs dépenses supérieures à leurs recettes. Lorsqu’on a édifié l’Union Européenne, on a essayé de contrôler les Etats en fixant des normes à respecter ; le fameux « Traité de Maastricht » a notamment décidé qu’un pays ne pouvait pas présenter un budget qui comprendrait un déficit de ses recettes par rapport à ses dépenses de plus de 3% de son PIB (total de son « chiffre d’affaires annuel» c.-à-d. l’ensemble des créations de biens et services d’un pays en un an). Malheureusement ces décisions, visant à éviter les dérapages d’un pays dépensier, n’ont pas été assorties de vraies sanctions car les états s’y opposaient ; des déclarations de bonnes intentions, oui- des sanctions, non.
Dans l’ensemble, tous les pays doivent emprunter pour couvrir leurs budgets et, en soi, ce n’est pas malsain. Les familles aussi recourent à l’emprunt et heureusement car s’il fallait payer cash sa maison ou sa voiture, l’économie serait très ralentie.
L’Etat emprunte auprès de ses citoyens par l’émission de « Bons d’Etat » ainsi que le gouvernement belge vient de le faire en levant 4 milliards d’euros en piochant dans l’épargne des contribuables ; il peut aussi emprunter sur les marchés internationaux auprès de banques étrangères, de fonds de pension ou d’organismes internationaux en émettant des OLO.
En Belgique, l’Etat emprunte surtout auprès des institutionnels via les OLO ; seuls 1% des emprunts s’adresse à la population. Le succès inespéré de l’emprunt émis cette semaine (bons à 4% pour une durée de 5 ans) va peut-être persuader le prochain gouvernement Di Rupo de revenir vers le marché national. En tout cas, on a démontré aux prêteurs internationaux que l’épargne belge est abondante et que s’ils sont trop exigeants envers la Belgique en terme de taux d’intérêt (qui avait culminé à plus de 5% sur les marchés internationaux il y a 10 jours), l’état belge pouvait se passer d’eux en s’adressant directement au bas de laine des belges évalué à 800 milliards d’euros !
Que ce soit sur les marchés internationaux ou sur le plan national, pour qu’on prête à un état (ou à une banque ou à une famille) il faut avoir confiance dans l’emprunteur. Si la confiance est basse le prêteur exigera un taux d’intérêt élevé ; si la confiance règne le taux exigé restera raisonnable.
Ainsi l’Allemagne inspire confiance et le taux de ses emprunts avoisine 2% - en Belgique, on tourne autour de 4%- en Italie, 7%- en Grèce 15%.La différence de taux entre les pays s’appelle « le spread « qui mesure l’écart de « santé » d’une économie à l’autre. Ainsi le spread entre l’Allemagne et l’Italie est de 5% ce qui signifie que les italiens doivent payer beaucoup plus cher pour recevoir de l’argent en prêt. On s’oriente clairement vers un cas de surendettement, comme un ménage qui se couvre de dettes à des taux trop élevés. De plus lorsqu’un emprunt arrive à échéance, l’Etat pour le rembourser émet un nouvel emprunt qui sert à rembourser le premier. Par exemple, la Belgique devra lever 40 milliards l’année prochaine, rien que pour rembourser des emprunts qui arrivent à échéance ! C’est ainsi que les états ne remboursent jamais leurs dettes, qu’ils procèdent par une fuite en avant jusqu’à ce que les prêteurs les arrêtent dans leurs courses folles et coupent les crédits ; alors c’est la crise et l’appel à l’aide. Quelle aide ?
Le problème central provient du fait que depuis 10 ans tous ces pays utilisent la même monnaie ; l’Euro et qu’il est très difficile de faire fonctionner une économie à plusieurs vitesses mais avec une seule monnaie. C’est comme si on avait 11 joueurs de football de force très différentes qui devaient jouer ensemble sur le même terrain (l’Europe) avec le même ballon (l’euro). Les plus forts auraient envie de dire aux plus faibles « Allez jouer avec un autre ballon sur un autre terrain et les plus faibles demanderaient de jouer moins vite ou de changer les règles du jeu ». Auparavant, quand un pays était au bord de l’asphyxie, il recourait à l’arme fatale de la « dévaluation » de sa monnaie nationale qui devenait moins chère par rapport aux devises et relançait ses exportations. Même la Belgique y a eu recours en 1982 !
Mais maintenant ce n’est plus possible car les 17 pays de la zone euro utilisent la même monnaie et les plus faibles ne peuvent pas provoquer une dévaluation collective de l’euro qui affecterait tous les pays puisqu’une dévaluation entraine aussi, mécaniquement, un surenchérissement des importations. (Voir post du 18/02/2010 « Double Dip »).
Il faut admettre qu’il y a eu une double erreur politique, d’abord lorsque la monnaie euro a été accordée à des pays dont l’économie n’était pas au niveau des autres (par exemple la Grèce) et ensuite lorsqu’on a lancé cette monnaie sans harmoniser les politiques économiques et fiscales intra-communautaires. Les 17 joueurs ont reçu le même ballon mais n’ont pas été contraints d’appliquer les mêmes règles du jeu, d’où la cacophonie. Même le plus abruti des supporters hooligans du « Hell Side » du Standard peut comprendre cela, mais semble-t-il pas nos politiciens !
Ou plutôt, ils savaient pertinemment bien qu’ils allumaient une bombe à retardement mais les enjeux politiques d’autres natures prévalurent et les plus machiavéliques parièrent sur la correction et l’harmonisation des règles du jeu à la faveur des inévitables crises qui se préparaient, conscients que les Etats, comme les personnes, n’acceptent le changement que dans un schéma de crise. Peut-être n’avaient-ils pas mesuré l’ampleur de celle-ci !
Car on n’a pas vraiment été surpris par le cours des évènements ; depuis 2004, on sait que la Grèce avait maquillé ses comptes pour pouvoir entrer dans la zone Euro en 2001, avec l’aide perfide et putride de la banque américaine Goldman Sachs (tiens, personne en prison ?) ; que le déficit de son budget atteignait 12% contre les 3% admis par le traité de Maastricht ; que les jeux Olympiques de 2004 à Athènes furent un désastre financier ; que les grecs ont une aversion envers l’impôt ( 40% ne déclarent pas leurs impôts), que 28% de l’économie est souterraine et que les prépensions et pensions grecques sont insupportables pour les générations à venir.
Alors ? Les solutions existent. Elles résident dans la volonté des politiques et la solidarité des citoyens.
Soit on envoie les plus faibles jouer sur un terrain annexe avec un autre ballon ; dans ce scénario, la Grèce quitte l’euro, reprend son ancienne la monnaie la « drachme » à une valeur basse par rapport à l’euro pour favoriser ses exportations et le tourisme. C’est ce qui s’est passé en Argentine en 1998 avec un certain succès. Mais la crainte est double ; pourquoi la Grèce et pas l’Irlande ou le Portugal ou l’Italie dans la foulée puisque ces pays connaissent aussi les pires difficultés? Et surtout dans ce scénario, tous ceux qui ont prêté des euros à la Grèce (les banques, les fonds de pension, les institutionnels) seront au mieux remboursés en drachmes, au pire pas remboursés du tout puisque virtuellement la Grèce aura fait faillite. Supposons que la BNPParibas prenne une perte importante sur ses prêts à la Grèce, elle aura d’autant moins de moyens pour accorder des prêts aux opérateurs économiques français ou aux particuliers belges et on se dirigera vers un « crédit crunch » c.-à-d. vers un asséchement des crédits aux familles, aux PME, aux associations etc. avec toutes les conséquences imaginables !
Comme il est inconcevable que ce raz de marée financier dévaste les prêteurs qui, en 2005 ou avant, ont prêté de bonne foi à l’état grec, il faudra que les autres pays de la zone euro interviennent pour les aider en tout ou en partie ; beaucoup hésitent à mettre le doigt dans cet engrenage car si, à la limite, on pourrait encaisser la faillite grecque, ce serait un tsunami si l’Italie défaillait tant sa dette est colossale!
L’autre solution est de demander à chaque état de mettre de l’ordre dans sa maison en ramenant le budget national à l’équilibre, d’où fleurissent ces plans d’austérité avec plus d’impôts et moins de dépenses qui affectent les pensions et prépensions, les salaires, les budgets de la Défense, les infrastructures etc..
Mais l’austérité a une double limite. D’ordre social d’abord car les moins nantis seront proportionnellement plus impactés que les personnes aisées ; à ceux-ci on enlève du confort, aux premiers des moyens de subsistance. D’ordre économique ensuite puisqu’à tout comprimer, dans tous les sens, on risque de freiner toute activité économique, les gens vont consommer moins, même les plus aisés vont faire attention, en économisant prudemment et on plongera tous ensemble vers la récession c.-à-d. vers le ralentissement de toutes activités, de nouvelles pertes d’emploi, la dégradation des services publics etc...
Reste donc aux politiques et aux citoyens d’agir.
Aux politiques d’admettre que l’espace européen demande une harmonisation des législations, un certain abandon de souveraineté nationale au profit de l’Union et une certaine solidarité communautaire doublée d’une véritable responsabilité de chacun de ses membres qui doit être comptable de ses agissements devant la communauté .
Aux citoyens, qui pour la plupart se réjouissent de vivre dans l’espace européen, d’adopter un comportement solidaire en évitant au niveau individuel les attitudes pénalisant la sécurité sociale et la vie communautaire. Certains voient dans le succès triomphal de l’emprunt de l’état qui a recueilli près de 4 milliards d’euros cette semaine, un geste citoyen de la population. Acceptons-en l’augure.
Mais si on commençait par supprimer les paradis fiscaux ! Question de montrer qu’on veut vraiment changer le cours des choses.
Si la crise permet cette prise conscience des autorités et des citoyens, elle aura eu ce mérite et restera dans les mémoires collectives comme une crise de croissance ; dans les autres cas, elle sera la cristallisation d’une crise existentielle de l’Europe!
18:21
Écrit par JLH
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