17.12.2007

L'enfer est pavé...

L'Arche de Zoé n'a que 3 ans d'existence mais elle a déjà provoqué pas mal de dégâts.

Vouloir ex-filtrer 103 enfants tchadiens, plus ou moins orphelins, vers la France afin de les "arracher à une mort certaine", en les maquillant au besoin en blessés à coup de mercurochrome, relève d'un aveuglement fautif tant à l'égard des enfants que des familles françaises d'accueil.

Cette fausse bonne idée repose sur une pseudo-analyse du bien de l'enfant, de la définition du bonheur, de l'(in)capacité des autorités en place à gérer ces questions et privilégie l'action directe voire brutale, érigée en dogme au même titre que le devoir d'ingérence.

Sauf qu'elle met la pagaille à tous les niveaux, comme souvent ces grands gestes de compassion qui se préoccupent plus de leurs auteurs que de leurs "cibles". ( voir à ce sujet post du 31/08/2005 "L'office des étrangers a raison" ).

Au final; des enfants déboussolés, des parents tchadiens plus ou moins complices qui doivent s'en expliquer, des familles d'accueil françaises désemparées et l'arrestation de quelques européens par les autorités de N'djamena qui provoque de malheureux réflexes .

Chez Sarkozy d'abord lorsqu'il affirme virilement:" J'irai les chercher un par un quoi qu'ils aient fait". Chez les diplomates français ensuite qui tentèrent de dessaisir les tribunaux tchadiens au profit de la justice française. Imaginez un instant que quelques tchadiens soient appréhendés en France (ça, ce n'est pas difficile) et que Idriss Deby annonce à la télévision tchadienne qu'il ira les chercher un par un dans les geôles de France!

Plus grave; lorsqu'une ONG " sort des clous", toutes les autres vivent des moments difficiles car les suspicions se répandent aussi vite que les rumeurs.

Doit-on pour autant s'inquiéter pour ces " aventuriers de la bonne volonté", retenus prisonniers dans ce pays instable? Idriss Deby hausse le ton et réclame pour son pays le droit au respect et à l'indépendance judiciaire. Soit. Il serait plus crédible si son bilan démocratique et son action en faveur de ses compatriotes n'étaient pas aussi lamentables.Car le Tchad recrute des enfants-soldats pour lutter contre les insurgés qui ne reconnaissent pas la légitimité de Deby (ah, toujours cette lutte pour le pouvoir!); le drame du Darfour bouleverse l'est du pays au point qu'une force européenne de 3.700 hommes devrait se déployer ( encore une fausse bonne idée) dans la région où opérait l'Arche de Zoé et il est vrai que la justice, dans une affaire comme celle-ci, est aux ordres.

Mais Idriss Deby sait aussi à qui il doit le pouvoir. Il y a quelques semaines, l'armée française, qui possède une base près de N'djamena, stoppa l'avancée des rebelles aux portes de N'djamena. A coups de Mirage 2000 et de quelques éléments de la légion. Et Idriss Deby n'est pas un ingrat.

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11.11.2007

Yambi

dyn001_original_580_396_jpeg_2505318_2d492280b2a9b17345d801b0153e75f8>La Belgique, et singulièrement la Wallonie et Bruxelles, ont vécu ces 2 derniers mois au rythme du festival "Yambi" qui a mis en lumière la culture congolaise sous toutes ses formes ( musique, sculpture, peinture, photographie, audio-visuel,danse..) avec un accent prononcé pour l'art moderne qu'incarnent de jeunes plasticiens peu connus.

Deux oeuvres, non convenues, ne peuvent laisser indifférents;

* les mannequins assemblés par Freddy Tsimba avec des douilles de balles réelles, soudées les unes aux autres pour former ces femmes enceintes sans tête, amputées, éventrées ou ce militaire gisant.

* et aussi " l'ombre de l'ombre" de Aimé Mpane ; un mannequin fait de bâtons d'allumettes, penché sur une tombe en bois de caisse et dont l'ombre est projetée sur un mur.

Saisissant, étrangement vivifiant et salutaire.

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23:06 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

22.08.2007

La pirogue

A Kinshasa, le loisir dominical préféré de beaucoup d'expatriés consiste à se promener en hors-bords sur le fleuve majestueux qui atteint, à certains endroits, 15 kms de large.

On part le matin pour une heure de navigation, fouettés par le vent et les embruns; on débarque sur un banc de sable qui affleure à la surface de l'eau;rapidement, on tend une toile, en forme de tente solaire, pour se protéger des rayons brûlants; on se baigne dans l'eau peu profonde et tiède; les hommes s'échinent à allumer un brasero pour y cuire quelques saucisses tandis que de jeunes femmes se font tirer en ski nautique.

Vers 17 h, les hors-bords rentrent vers la ville, sans trop se presser tant les lumières du couchant irisent le ciel. Mais sans s'arrêter non plus, car la nuit déboule en 30 minutes, et avec elle, les moustiques.

Il y a 2 semaines, un groupe d'amis, expats et congolais, avait affrété une baleinière pour une escapade commune sur le fleuve.

Ils étaient une vingtaine sous l'autorité débonnaire d'un capitaine congolais à rentrer en fin de journée, lorsque l'un d'eux aperçut à la surface de l'eau une étrange masse . Il alerta ses amis puis le capitaine qui réchigna à changer d'allure et de cap, le soir tombait. Lorsqu'il y consentit, ils découvrirent, accrochés à un fagot de bois, une jeune femme et son enfant.

Partis glaner du bois sur les bancs de sable les plus proches du rivage, leur pirogue avait coulé et la jeune mère s'était saisie du fagot pour surnager. Comme beaucoup de congolais, elle ne savait pas nager. Elle avait "beaucoup craint " car la nuit venait.

Elle rentra avec la baleinière et ses sauveteurs jusqu'au port de plaisance. Là, elle avisa un groupe de militaires en faction et s'empressa d' accuser la baleinière d'avoir heurté et coulé sa pirogue!Malgré les démentis véhéments des expats, les militaires la crurent un moment. Mais le capitaine exhiba sa casquette et son statut, vrai ou factice, d'officier assermenté pour rétablir la vérité.

Alors les militaires battirent la femme à coups de ceinturons, devant son enfant, longuement. Elle ne cria presque pas. Justice était rendue, rapide, brutale et franche.

Pourtant, l'attitude de la jeune femme ne pourrait n'être ingrate qu'à nos yeux. Je n'y vois, pour ma part, aucune perfidie.

Car ce n'est pas tout de lui sauver le vie.

Quelle vie? Les congolais, qui habitent le long du fleuve, sont souvent des pêcheurs, parmi les plus pauvres, se logeant dans des huttes rudimentaires et commerçant le produit de leur pêche. La femme, déposée au port, se retrouve à des kilomètres de son village, seule, démunie et, plus grave, sans pirogue. Comment retourner vers sa famille, expliquer la perte de la pirogue, en acquérir une nouvelle?

Elle a vite compris que ses sauveteurs sont riches, qu'elle a une chance "d'attraper" quelques dollars. Elle a essayé et perdu.  Son dos s'en souviendra longtemps.

La reconnaissance, la gratitude, comme la malice ou la méchanceté lui sont étrangères. Seule comptent sa survie et sa pirogue.

04.06.2007

La BAD en balade

La Banque Africaine de Développement, bras financier de 53 pays africains, chargée de promouvoir le développement économique et social du continent noir par l'octroi de crédits d'investissement, a son siège social à Abidjan ( Côte-d'Ivoire).

Suite à l'insécurité qui règne dans ce pays depuis 3 ans, la Banque a déménagé avec ses 1000 employés à Tunis. Jusque là, rien que de très banal.

Ce qui l'est moins c'est que la BAD ait tenu son Assemblée Générale annuelle, grand messe réunissant 500 personnes, qui tient de l'auto-célébration et de la mesure des rapports de force en présence, à Shanghai !

Quand je vous disais que la Chine et l'Afrique copinaient (cfr post du 24-09-2005). Mais quand même, 500 billets d'avion pour une réunion d'une banque de développement !

Allons bon, il faut se faire une raison; le pétrole du Soudan fera encore longtemps tourner les turbines des centrales chinoises.

23:20 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

28.03.2007

de kinshasa

Selon deux sociétés de sécurité, l'américaine iJet et la britannique Control Risks, la République démocratique du Congo figure à la 3° place des zones les plus dangereuses au monde, derrière la Somalie et l'Irak mais devant Haïti, le Libéria et le Soudan.

Ce classement ne sert pas seulement à éclairer les voyageurs sur les charmes vipérins des destinations lointaines, il permet également aux multinationales de calculer les primes d'expatriation versées à leurs agents envoyés en mission.

Cette position du Congo sur le podium de l'insécurité n'était pas usurpée la semaine dernière quand la garde du président élu Kabila affronta la milice de l'ex-vice-président Bemba, battu à l'élection présidentielle avec 42 % des voix, qui refusait de désarmer ses quelques centaines de combattants normalement appelés à rejoindre les rangs de l'armée nationale ou à être démobilisés, au prétexte que sa sécurité personnelle n'était pas assurée.

300 tués et quelques centaines de blessés plus tard, Bemba se refugia à l'ambassade d'Afrique du Sud après que les Etats-Unis puis la France lui refusèrent l'accès à leur propre ambassade.

Depuis la vie reprend son cours même si la ville bruisse encore de rumeurs à l'odeur de poudre.

Mais on a omis de dire;

- les victimes de "tirs amis" car la confusion fut telle dans les rues de la capitale- en réalité un seul quartier servit de champ de bataille- qu 'elle autorisa quelques règlements de compte personnels ou familiaux,

- l'appauvrissement de la population qui, faute d'économies, vit au jour le jour,ne put se ravitailler pendant 72 heures et découvrit, à la réouverture des échoppes, que les prix avaient flambé,

- la profondeur des tiroirs dans lesquels se retrouvent les quelques dossiers d'investissements timidement réactivés le lendemain des élections qui devaient augurer de jours meilleurs,

- le rôle des forces spéciales belges, cette unité d'élite composée d'une centaine d'hommes triés sur le volet et casernés à Flawinne, dont 6 membres veillèrent sur la sécurité des 250 enfants de l'école belge, dont les propres enfants de Jean-Pierre Bemba! 

Surpris par le déclenchement des combats de rue le jeudi 22 mars à 11h, les autorités belges décidèrent de garder les enfants dans l'enceinte de l'école consulaire sous la protection des 6 "musiciens", comme on les appelle en référence aux longs et lourds étuis qu'ils transportent lorsqu'ils viennent assurer la sécurité des ambassades belges dans les pays à risques. Faute d'être déployés en Somalie ou en Irak, ils se contentent du 3° choix sur l' échelle du danger catalogué.

Quant aux enfants, ils ont vécu leur confinement avec plus ou moins d'anxiété mais on ne dira pas assez le dévouement des enseignants et la persuasion qu'il fallut pour convaincre les parents de rester chez eux, séparés de leurs enfants.

 

Dans les rues les enfants congolais ne bénéficiait pas de la même sollicitude .

Une fois de plus un pays de 60 millions de personnes fut pris en otage par les " ego" surdimensionnés des uns, l'absence du sens de l'état et du bien commun des autres, l'aveuglement et le mépris des tourments de la population des derniers.

Combien de temps encore faudra-t-il supporter qu'au Zimbabwé, en Côte d'Ivoire, au Soudan le " droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" soit perverti par le " droit de quelques-uns à disposer de tous les autres"? 

20:27 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

27.02.2007

Je suis né quelque part

La question de l'immigration, clandestine ou pas, s'invite à tous les niveaux de notre quotidien.

 Pas un jour sans débats, éditoriaux, études, déclarations, faux remèdes et vaines promesses.On en parle et on en profite aussi; le polonais dans le bâtiment et la maghrébine en cuisine, c'est banal.

Pourtant ce sujet complexe se nourrit de clichés. Trois exemples.

Un cargo en perdition, le " Marine 1", dériva pendant une semaine au large de la Mauritanie avec à son bord 372 clandestins qui avaient payé une moyenne de usd 1,200 pour passer de la Guinée-Bissau aux Canaries.

La Mauritanie ne voulait pas les prendre en charge et pressait l'Espagne, pays de destination, de s'en occuper mais celle-ci ne montrait aucun empressement, 20.000 immigrés avaient déjà débarqué sur les côtes de son archipel depuis le 1° janvier.

Finalement, l'accord convenu entre les deux pays prévoya que les clandestins autorisés à débarquer dans le port de Nouadhibou devaient, dans les 4 heures, monter à bord d' avions espagnols dépêchés sur place pour les rapatrier dans leur pays respectif. C'est alors que l'Espagne découvrit avec consternation que les africains de pays voisins ne représentaient que 33 personnes mais qu'il fallait aussi rapatrier 306 indiens du Cachemire, 22 Birmans et 10 Sri-lankais qui, au prix d'un voyage exténuant et cher, tentaient de rallier l'Europe par les Canaries au départ de la Guinée !

Il ne faut pas ignorer que les migrations les plus déstabilisantes interviennent entre pays du sud. On estime qu'environ 4 millions de Zimbabwéens ( sur 13 millions) ont fui le régime de Mugabe vers l'Afrique du Sud. ( voir à ce sujet le post du 19/06/2006 Fermiers blancs ).

Les migrants souvent jeunes, volontaires et scolarisés jouent un rôle fondamental de stabilisation dans leur pays d'origine. Alors que l'aide publique totale au développement atteint usd 106 milliards par an, le transfert annuel des travailleurs migrants totaliserait entre usd 160 et 195 milliards. De plus, l'argent envoyé au pays est largement distribué par petites sommes et évite les intermédiaires publics, restant hors de portée de la corruption. Mais cet apport financier fait débat car l'émigration des cadres africains prive ce continent de ses forces vives que les transferts monétaires ne compensent probablement pas. Encore faut-il pouvoir rester au pays!

Il s'appelle Patrick. Je le connais et le suit dans son parcours académique depuis 10 ans. En juillet dernier, il empocha son diplôme de médecin après 7 ans d'études cahoteuses à l'Université de Kinshasa; labo inexistant, suspension des cours, cliniques épisodiques etc.

Je le revis avec plaisir il y a un mois mais m'étonnai de le trouver inactif." Je ne peux pas travailler sans avoir mon numéro d'ordre délivré par l' Ordre des médecins. Ca prend entre 6 mois et 2 ans et il vaut mieux "motiver" les autorités de l' Ordre si on ne veut pas trop attendre. Mais moi je n'ai pas d'argent".

Comment est-ce possible dans un pays au réseau sanitaire aussi déficient, surtout à l'intérieur des terres? Personne n'en sait rien. C'est ainsi.

Probablement parce que, dans ce cas comme dans d'autres, toute forme de pouvoir se monnaye en RDC." Mais je n'ai pas besoin de numéro si je travaille dans un organisme international ou à l'étranger " me précise Patrick.

Que penser de ces mandarins qui, non seulement bloquent l'accès à la profession, mais participent à la déliquescence du pays?

Patrick:" Si j'arrive au Canada ou en Angleterre, je pourrais pratiquer après 2 ans de mise à niveau mais ici, je vais faire taxi en attendant". Les bras m'en tombent.

L'Afrique perd 20,000 universitaires par an depuis les années 80. Au Ghana, 60% des médecins diplômés ont quitté le pays.

Et j'en connais d'autres, nombreux prêts à dériver sur un cargo pourri vers les Canaries pour venir en Europe faire le taxi.

13.02.2007

Je suis déjà mort

Il est des courages qui subliment les épreuves.

En Guinée, la grève lancée le 10 janvier avait un caractère politique. Il s'agissait de réduire les pouvoirs d'un président, affaibli par l'âge et la maladie, en obtenant la nomination d'un premier ministre " civil, compétent et intègre".

La population guinéenne de toutes les provinces rallia ce mouvement étrangement initié par les deux centrales syndicales, plus habituées à défendre des revendications à connotation sociale.

( cfr post du 29/01/2007 "La patience a des limites" )

Mais 18 jours de grève pèsent lourd dans l'escarcelle d'un peuple démuni. Le prix de la tapalaga ( baguette) a été multiplié par 10, celui du riz par 2 et le carburant ne se trouve plus qu'au marché noir.

Les politiciens en place attendaient que la faim cisaille les volontés pour proposer dans la nuit du 27 janvier un accord suspensif de la grève qui prévoit :

la baisse du prix du riz de 50%, du carburant de 14%, le relèvement des pensions de 60% et accessoirement la nomination d'un premier ministre.

Des menaces de mort adressées aux syndicalistes arrêtés sans ménagement

( " Je n'ai jamais perdu une guerre" leur déclara le président), on était passé à une sortie de crise devenue économique et sociale, terrain bien connu et inoffensif pour le pouvoir mais marché de dupes pour la population. Le prix des marchandises ne se fixe pas par décret sauf à mettre un policier derrière chaque commerçant.  

L'armée quant à elle ne s'est pas départie de son assujettissement au pouvoir et l'aurait-elle voulu que des militaires de la Guinée-Bissau voisine étaient déjà à Conakry pour protéger un président contesté. Entre voisins, il faut bien s'aider.  

Mais Lansanna Conte s'est moqué: il a nommé un premier ministre parmi ses proches, immédiatement rejeté par la population qui a relancé la grève générale le 12 février avec pour objectif, non pas la nomination d'un autre premier ministre mais le départ du président.

La récupération du mouvement par quelques concessions financières a donc échoué et lorsqu'on sait le dénuement des gens, il y a de la noblesse dans cette détermination et ce courage.portal_219908_58335

Alors le président a décrété l'état de siège et confié à l'armée le rétablissement de l'ordre. Il joue son va-tout car combien de temps encore les soldats tireront-ils sur leurs frères? D'autant que le fils du président essaye de donner une dimension ethnique au mouvement en dressant les Sousous contre les Peuls et les Malinkés, mais il est accueilli fraîchement car les officiers dénoncent la milice privée qu'il a constitué pour traquer nuitamment les "meneurs" dans les quartiers périphériques.

Le régime est à l'agonie et le peuple rentre dans sa passion. Seul.

Si la communauté internationale n'intervient pas, il y aura non-assitance à peuple en danger. Ca tombe bien, le sommet franco-africain - le dernier de Chirac- se tient ces jours-ci dans les palaces de Cannes.

Entendront-ils ce manifestant qui déclara sur RFI: " Je n'ai même plus peur, je suis déjà mort"?    

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19:47 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

07.02.2007

Le Roi à Kinshasa

A Laeken. Il doit rester à Laeken et n'a rien à faire à Kinshasa en ces temps de grande fragilité pour la jeune démocratie congolaise.

Bien sûr celle-ci va encore connaitre des soubresauts et des convulsions mais la présence du roi des Belges n'apportera rien au processus de consolidation en cours et agitera le microcosme politique des deux pays bien inutilement.

Il ne s'agit pas de se faire plaisir mais de servir.

Si on veut vraiment donner des gages de sympathie au nouveau pouvoir, invitons le 1° ministre Gizenga à Bruxelles, capitale de la Belgique et de l'Europe et ne le laissons pas repartir les mains vides.

00:18 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa, belgique |  Facebook |

29.01.2007

La patience a des limites

( texte tape sur clavier " qwerty')

Le Congo m`inquiete.Voici des semaines que les elections legislatives, presidentielles,senatoriales et hier celles des gouverneurs de province ont eu lieu; que l`accord de coalition majoritaire est conclu; que le premier ministre est designe et toujours pas de gouvernement.

350 personnes reclament un portefeuille ministeriel pour une cinquantaine de postes a distribuer tels des prebendes et la palabre bat son plein.

Ces atermoiements me remettent en memoire le cinquieme principe du management congolais, deja cite; " Il vaut mieux debattre d`une question sans trouver de solution que de trouver une solution sans en avoir debattu".

En attendant, Gizenga, pressenti premier ministre a 83 ans. Le temps presse pour lui comme pour la population, a qui on a explique que la crise congolaise ne pouvait etre resolue qu` au travers d`elections generales et transparentes.

Les congolais ont fait leur part du boulot ; ils ont vote dans le calme et la dignite.Puissent les politiciens congolais ne pas abuser de leur patience.

De patience, les guineens n`en ont plus.Depuis le 10 janvier le pays est paralyse par une greve generale organisee par les 2 principaux syndicats qui revendiquent des changements politiques.49 personnes furent tuees par balles dans les rues de Conakry le 22 janvier dernier portant a 59 le nombre des victimes depuis le debut du mouvement. La population tient bon.

Lansanna Conte a pris le pouvoir en 1984 et ne l`a plus lache.Malade depuis des annees, il souffrirait de diabete ou de leucemie mais garde la mainmise sur tous les rouages du pouvoir.

Ainsi il vient de quitter son village pour se rendre en personne a la prison centrale ordonnant la liberation immediate du patron des patrons guineens, arrete par le pouvoir judiciaire,declarant au directeur de prison; " La justice, c`est moi; le pouvoir, c`est moi" En fait, il a raison; en droit...?

Devant cette situation degradee (le prix du riz a augmente de 100% en un an et la monnaie nationale a perdu 60% de sa valeur) la classe politique reste etrangement muette. Les opposants en exil a Paris ou a Geneve reclament, bien peinards,le depart du president mais on ne les voit ni dans les rues ni dans les cercueils.

Car aujourd`hui, les soldats tirent sur leurs freres.Je n`ai pas en memoire une revolution qui ait reussi en Afrique sans que l`armee ne l`autorise soit en y prenant part, soit en s`abstenant d`intervenir. Ils ne defendent pas seulement leur chef mais aussi leurs positions, leurs interets et leurs statuts qu`un nouveau president risquerait de remettre en question.

A la limite, si Lansanna Conte fatigue, decidait de se retirer, son propre entourage qui profite du systeme en place et des ors du palais, pourrait l`en dissuader.Ce n`est pas un hasard si apres l`assassinat de Kabila Pere au Congo,l`entourage s`est unanimement rallie a l`idee de nommer, fista, Kabila Junior pour assurer "leur" continuite.

Gizenga a 83 ans, Lansanna Conte est souffrant,la patience des populations sera recompensee.

11:20 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

04.12.2006

Bamako

Un ami, blogueur à ses heures, attire notre attention sur le film "Bamako" sorti en salle cette semaine et qui met en scène un procès organisé par les habitants d'un village africain contre la Banque mondiale et le FMI, pour les iniquités engendrées par les politiques financières imposées par ces organismes dans leurs vies et leur village.

C'est dans la cour intérieure d'une parcelle d' habitation que les représentants de la société civile expriment leurs douleurs et l'injustice de leurs vies broyées par les promesses fallacieuses de progrès sous couvert de "programmes d'ajustement structurel " imposés par le FMI, autorisés par les pays du nord et soutenus par quelques édiles locaux corrompus.

Le film se déroule au Mali mais il aurait pu être tourné dans quasiment tous les pays africains et dans nombre de pays sud-américains.

 Dans les années 90, presque toute l'Amérique latine relevait des décisions du " Consensus de Washington" qui organisait une sorte de tutelle financière de ces pays mais qui était beaucoup plus" Washington" que "consensus" .

" Le problème du FMI, c'est qu'il ne s'agit plus d'une institution représentant des pays, que les acteurs du système financier international en ont pris le contrôle pour mieux protéger leurs intérêts et ceux de leurs bailleurs de fonds " déclarait le ministre des Finances argentin en 2002 lorsqu'il osa refuser un prêt de usd 25 milliards du FMI et , ultime vexation, commenca à rembourser les dettes de l'Argentine à la Banque Mondiale au juste motif qu'avec les politiques financières de ces 2 organismes, l'Argentine mourra guérie!

Depuis lors, il a fait des émules puisque la Russie, la Turquie, le Brésil, l'Inde et l'Algérie ont fait de même.

S'agissant de la corruption qui polluent les flux financiers de toute nature qui entourent les prêts et les aides à destination de ces pays, chacun sait l'importance des sommes qui se retrouvent sur des comptes bancaires secrets ou alimentent les trains de vie dispendieux des dirigeants.

Et pas seulement en Afrique. La Russie et l'Irak sont des exemples d'actualité.La firme Siemens, gigantesque conglomérat, ne vient-elle pas de reconnaître qu'elle utilisait une caisse noire de eur 200,000,000 pour obtenir des marchés dans certains pays.

Jeter la pierre à qui: au corrompu ou au corrupteur?

Au sein même de la Banque Mondiale, le problème de la corruption fait débat car selon certains, la question est un sujet politique et non économique, donc hors de la compétence de la Banque.

D'autres craignent que la Banque n'y trouve prétexte pour suspendre l'aide aux pays qui mécontenteraient l'administration américaine. Qui n'est plus celle de Jimmy Carter, lui qui fit adopter le "Foreign Corrupt practises Act", interdisant aux sociétés américaines de recourir à la corruption.

Depuis lors, sous Reagan, Bush père et Junior ou Clinton, peu de progrès.

Or, il s'agit de porter le fer où cela fait mal; le secret bancaire et les paradis fiscaux, les deux mamelles de la corruption mondiale.

En août 2001, un mois avant les attaques du 11/09, le gouvernement US a opposé son veto à une proposition de l'OCDE visant à imposer une limite (même pas une suppression) aux comptes secrets; " la libre entreprise" vous comprenez!

Depuis lors, les USA ont changé d'avis mais uniquement pour les terroristes!Lorsque ceux qui pourfendent la corruption supprimeront les paradis fiscaux et les comptes numérotés, je commencerai à les prendre au sérieux.

Avant cela, je rigole.

Mais pas elle !

 

014364 bamako

 

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28.11.2006

Immo-Congo ; fausse piste et vrai souci

La presse a tartiné des colonnes pleines sur l'imbroglio juridico-financier d'Immo-Congo. On reproche à la Région Wallone et à la Communauté française la manière utilisée pour l'achat, à Kinshasa, d'un immeuble destiné à loger la délégation Wallonie-Bruxelles, centre culturel phare de la présence belge en RDC. Ce centre je le connais.

Délogée des locaux qu'elle louait, cette délégation choisit un bâtiment mis en vente par une veuve italienne, résidente à Monaco qui en demandait plus de eur 2 millions. Cette dame, je la connais.

Seulement voilà, si la Communauté française avait l'argent pour acheter l'immeuble, la Région Wallone n'avait pas un sou vaillant pour payer sa part.Donc, on recourut à un montage via une société privée qui acheta l'immeuble pour le louer ensuite aux pouvoirs publics belges.

Et comme souvent dans ces cas-là, la société privée, heureuse élue pour " porter" le montage, fut composée des petits amis des uns, des camarades des autres, des relations du troisième etc. Bref, l'écheveau habituel où chacun doit y trouver son content.

Et les oubliés du système de se rappeler au bon souvenir des uns et des autres en dénoncant le dossier, la bouche en coeur, au moment le plus opportun. Une commission parlementaire, le parquet saisi et un homme dans le colimateur: Van Cau.

Je n'ai aucune sympathie particulière pour ce monsieur mais je soutiens qu'on se trompe de cible.Car je doute que l'on puisse prouver que le loyer payé ( eur 270,000/an) soit franchement exagéré. D'une part, l'immeuble et la parcelle en bon état sont situés dans le quartier le plus sécurisé de Kinshasa ( ambassades USA et Israël voisines, ça rigole pas) et d'autre part, le marché immobilier kinois est si ténu qu'il n' y a pas, faute de références comparables suffisantes, d'indicateurs fiables de ce qui serait trop cher, surtout en leasing immobilier ( contrat au terme duquel on devient propriétaire du bien loué).

Bien sûr, il y a quelques faiblesses dans le dossier qui seront mises en exergue mais il est un élément qui n'est évoqué nulle part: les impôts congolais!Comme s'ils n'existaient pas ou comme si on avait décidé de les ignorer.

Or, tout opérateur économique étranger qui développe une activité commerciale, industrielle ou financière au Congo doit s'immatriculer auprès du ministère des finances et remplir une déclaration fiscale. Le taux d'imposition est de 40 % sur les profits des sociétés et je doute fort que le fisc congolais rentre dans les subtilités d'un leasing immobilier ou accepte en charges fiscalement déductibles les intérêts d'un prêt bancaire payé en Belgique.

Je crains donc pour Immo Congo une jolie taxation annuelle qui va copieusement plomber le rendement espéré de cette opération.

A moins évidemment, mais je n'ose même pas l'évoquer, que les propriétaires de Immo-Congo n'aient songé à oublier leurs obligations fiscales congolaises, s'étonnant qu'il y ait une loi fiscale en RDC, ayant vocation à être respectée par tous.

De cela, pas un mot dans la presse belge.

Et si nos ingénieux promoteurs wallons caressaient l'espoir d'être discrets sur les modalités de leurs arrangements et les conditions locatives, c'est rapé.

De cela, des milliers de mots dans la presse belge.

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21.11.2006

Militaires et cie

J'ai du métier des armes une conception assez martiale. Quand on porte l'uniforme, on vit en caserne, on marche au pas et on mange dans des gamelles. Bon, ca fait un peu ringard, je l'admets comme je me réjouis de l'évolution de ce métier.

Pour avoir attendu l' arrivée improbable des Russes pendant 15 mois dans une casemate en bout de piste d'un aérodrome militaire liégeois dans les années 70, j'ai revisité "Le désert des tartares" grandeur nature. Les Russes ne sont jamais venus ( on serait au courant !) .

Que les forces armées deviennent le bras séculiers des opérations de maintien de la paix, notamment en Afrique, me convient bien.

En ce temps là, en 1991 au plus chaud des pillages, du toit de l'immeuble qui nous servait d'abri, j'ai aperçu leurs silhouettes émaciées glisser le long des facades, bardées d'armes et de munitions et pour nous faire repérer par eux j'ai marché à leur rencontre au milieu de la rue , dans leur ligne de mire. Eux, c'était la légion.

Aujourd'hui, j'ai un peu de mal à fréquenter les soldats de la Monuc, en battle-dress et combat-shoes, à la table du petit déjeuner, facturé usd 30, au bar et autour de la piscine de l'hotel le plus sélect de Kinshasa qui facture la chambre usd 170/nuit!

Je sais que ces soldats et sous-officiers sont en transit à Kinshasa pour quelques jours entre deux affectations, mais cela, les soldats congolais qui, au mieux reçoivent une solde de usd 50 par mois ,ne le savent pas. Et il doit bien exister dans la capitale un endroit moins tape-à-l'oeil que cet hôtel pour dérouler les tapis de sol!

Bon si, comme cela semble se  profiler, la transition démocratique congolaise se réalise dans la paix, il leur sera beaucoup pardonné.  

30.10.2006

Banque Lambert

Je ne retire rien au mérite de Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006 ( cfr post du 23/10/2006) en disant que, depuis longtemps déjà, les plus pauvres, privés de tout crédit, avaient imaginé un système d'auto-crédit original.

Puisque les banques les récusaient, ils se sont regroupés en coopérative informelle de quelques personnes qui, la fin du mois venue, cédaient une partie substantielle de leur paie de ce mois pour constituer ensemble un petit pactole qu'ils remettaient à l'un d'entre eux. L'heureux élu se retrouvait ainsi avec sa paye normale + le petit capital prêté par ses comparses. Ainsi, il pouvait faire face à une dépense imprévue (souvent un décès) ou acquérir le bien d'équipement  qui dépassait son revenu mensuel habituel.

Ensuite, il se serrait la ceinture pendant 4 à 6 mois pour rembourser ses coopérateurs . Venait alors le tour d'un autre membre du groupe de pouvoir bénéficier du système qui fonctionnait sans papier et sans autre garantie que la bonne foi des uns et des autres, animée il est vrai par la crainte, à défaut de remboursement, de ne plus jamais avoir accès à quelque crédit que ce soit.

Par dérision ils appelèrent ce système de crédit informel la " Banque Lambert" du nom sans doute de la banque qui leur refusa l'accès.

Ces précurseurs ignorent sans doute que la banque Lambert est devenue la BBL qui elle même s'appelle ING de nos jours.

Mais surtout ils s'étonneraient d'apprendre que dans nos pays aussi des banques alternatives (telle CREDAL www.credal.be ) ont vu le jour qui assurent des micro-crédits aux habitants démunis de nos villes et nos villages.

Je ne retire rien au mérite de Muhammad Yunus qui a donné une forme professionnelle aux micro-crédits à travers le monde, je rends hommage à ceux qui , seuls face à leurs problèmes, avaient eu le courage de se soutenir et d'innover en n'omettant pas de railler ironiquement ceux-là même qui les rejetaient.  

23.10.2006

Prix Nobel

Elle s'appelle Joly, 42 ans, enjouée, ronde, congolaise.Un mari enseignant c.-à-d. peu et rarement payé; 5 enfants c.-à-d. la misère. La vraie, peu d'hygiène, un toit de tôles loué sans eau, des coupures de courant incessantes, des scolarités intermittentes pour les enfants, des repas " alternatifs".

Des Joly, j'en ai connu des centaines qui quémandent de l'aide. Evidemment, naturellement. Comment faire autrement que de tendre la main?

Alors on prête quelque argent qu'on ne revoit bien entendu jamais. Comment pourraient-ils d'ailleurs rembourser puisque ce prêt ne change rien à leur situation.

 " Donnez leur un poisson, ils mangeront un jour"

Constamment sollicité, c'est en 2003 que j'ai changé d'approche. Puisque je sais à peu près ce que faire du business, même à petite échelle, veut dire j'ai fait savoir que je ne prêterai plus qu' à ceux et celles qui savent m'expliquer l'usage qu'ils feront de la somme prêtée, la solution pérenne qu'ils en attendent et la " rentabilité" qu'ils en dégageront. Je passe donc en moyenne 30' à discuter avec le demandeur avant de consentir un prêt.Pas de dossier, de business-plan mais juste apprécier la cohérence du projet.

Joly avait une machine à coudre. En panne. Elle avait besoin de usd 40 pour la réparer. Elle est ainsi devenue la 25° bénéficiaire de mon système; elle remboursera usd 51 en 10 mois avec le profit de la fabrication de blouses qu'elle confectionnera à nouveau à la machine.

" Apprenez leur à pêcher, ils mangeront tous les jours" ( proverbe chinois)

 

C'est dire si le prix Nobel de la Paix accordé la semaine dernière au Bangladais Muhammad Yunus, le banquier des pauvres, fondateur de la Grameen Bank, spécialisée dans les micro-crédits me fait plaisir puisque j'adhère, à une échelle très modeste, parfaitement à sa conception.  

Récemment dans un avion, mon voisin en mission pour l'Union Européenne me questionnait sur les mesures urgentes à prendre pour relancer l'économie en Afrique. On cite souvent, à raison, les infrastructures car les routes, les ponts, les ports et le rail sont indispensables à la circulation des hommes et des biens.Je lui ai cependant répondu de ne pas négliger le crédit; toute l'économie occidentale repose sur l'emprunt. Peu d'occidentaux payent cash leurs maisons ou leurs voitures. Il y en a même qui empruntent pour leurs vacanses, le mariage de leurs enfants ou payer leurs ... impôts. En Afrique pas de crédit bancaire sauf auprès de la très renommée " Banque Lambert" dont je parlerai la semaine prochaine.

15.10.2006

 Drones d'avions ceux-là

Le 29 octobre auront lieu au Congo-Kinshasa le 2° tour des élections présidentielles sous le contrôle de l'ONU et de ses 17.000 militaires depêchés dans toutes les régions du pays. L'Union européenne a pour sa part détaché une force spéciale l' EUFOR à laquelle participe la Belgique.

Hantés par le cauchemar du Rwanda où 10 paras belges furent tués le lendemain du début des massacres en 1994, nos responsables n'ont pas voulu exposer la vie de nos soldats et envoyèrent 4 avions sans pilote-des drones- capables de survoler et surveiller les zones troublées.

Seulement voilà, à 2 semaines de la date délicate des élections les 4 drones sont cloués au sol;

- le 1° fut descendu d'un coup de fusil qualifié d' hostile

- le 2° connut une panne moteur et s'écrasa le 3 octobre dans la banlieue de Kinshasa tuant une femme et un enfant

- les 2 derniers sont depuis lors consignés au sol par décision politique selon le principe de prudence. 

Belge et fier de l'être. Hum, pas toujours malheureusement. 

Seulement voilà, pour beaucoup de kinois la chute d'un avion n'est pas seulement le résultat d'une panne technique ; il y a des raisons que les européens ne peuvent pas comprendre même s'ils en sont responsables.

Seulement voilà, racontées par un belge les élections congolaises ne présentent guère d'intérêt, aussi je vous recommande le site d'un jeune congolais dont l'avis vaut assurément le mien.     http://cedric.uing.net/

23:54 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : belgique, africa |  Facebook |

10.09.2006

Sida

La 16° conférence mondiale sur le sida s'est tenue à Toronto au mois d'août. Deux "bronca" pendant cette grand messe où les ONG jouent un rôle capital, dénoncant les disfonctionnements et rappelant les gouvernements, industries pharmaceutiques et autorités morales à leurs devoirs élémentaires. Avec quelques succès d'ailleurs. Faut dire que certains se plaisent à leur donner du grain à moudre.

Ainsi les Etats-Unis lorsqu'ils défendirent leur plan A-B-C soit A pour Abstinence, B pour Being ( être fidèle) et C pour condom si et seulement si A et B ne peuvent absolument pas suffire. Les activistes, le nez dans les statistiques mondiales, ont taxé ce plan d' "angélique".

 

Ainsi égalementl' Afrique du Sud qui décroche le record morbide du plus haut taux de décès causés par le sida: 320.000 morts en 2005. Pourtant le président sud-africain Mbeki, par ailleurs très présent sur la scène internationale, doute toujours du lien entre le virus et la maladie. Et ne contredit pas sa Ministre de la Santé, Mme Tshabalata, qui préconise publiquement un traitement du sida à base d'ingrédients comme la pomme de terre africaine ou la bettrave. Pour la ministre, la nutrition représente la clé de la guérison et tout malade devrait au moins avoir le choix entre ce traitement et les anti-rétroviraux.

L'incompréhension internationale à l'égard de l'Afrique du Sud à ce propos s'est muée en hostilité déclarée à Toronto car les observateurs craignent une diffusion insidieuse de ce " virus du déni" dans d'autres pays de l' Afrique Australe, partie du monde la plus touchée par le virus avec des taux de prévalence entre 20 et 32% de la population, tant l'Afrique du Sud fait figure de leader d'opinion dans cette région du monde.

Les ONG s'activent aussi dans les prisons sud-africaines où les prisonniers n'ont pas accès aux anti-rétroviraux de sorte que les morts se comptent par centaines et que la principale ONG a déposé plainte pour meurtre contre la Ministre de la Santé!

Comme quoi, malgré Bill et Melinda Gates, le virus a encore de belles années devant lui.

23:37 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa, sante |  Facebook |

Zaïre Oyé

Je situe l'épisode à la fin des années 1980. Un soir, nous étions sur la terrasse ( la "barza" ) d'une villa au bord du lac Tanganyika à Uvira dans l'est du Zaïre. Seul européen, je conversais avec quelques cadres supérieurs congolais au terme d'une journée passée le nez dans les dossiers.

Le président Mobutu était toujours bien installé au pouvoir et l'ouverture démocratique pas encore à l'ordre du jour mais déjà chacun s'interrogeait sur l'après Mobutu.

Question délicate qui d' habitude ne suscitait que quelques banales généralités.Pourtant ce soir-là, l'avis de Mbabo trancha:" Vous savez, me dit-il, ici je suis aussi étranger que vous. Moi, du Bas-Zaïre, je n'ai rien de commun avec mes amis d'ici; je ne parle pas leur langue, je ne mange pas la même chose qu'eux, mon système familial n'est pas le même ( matriarcat) et je ne ris pas des mêmes blagues" argumenta-t-il en riant.

"Alors, aujourd'hui, nous sommes tous zaïrois mais c'est peut-être par hasard historique et si Mobutu s'en va, on peut croire ou craindre que ce pays se séparera en 2 zones distinctes: l'ouest et l'est."

La soirée se prolongea sur ce thème séparatiste que les uns raillèrent et d' autres  soutinrent.  On s'endormit sans avoir trouver de solution pour les 2 Kasaï, riches provinces diamantifères au centre du pays, qui auraient à choisir dans ce schisme géo-politique entre l'ouest et l'est, à moins qu' elles ne préfèrent la sécession.

Ce discours prémonitoire date de près de 20 ans. Pourtant il risque d'être d'actualité dans les mois à venir au Congo où les 1° élections démocratiques organisées depuis 40 ans ont clairement mis en lumière un clivage est-ouest. Le 2° tour des élections est prévu le 29 octobre, nous en reparlerons.

Notez au passage que le problème de la fracture est-ouest du Congo  ressemble à s' y méprendre à la question nord-sud qui divise la Belgique. Relisez ce post en pensant à M. Leterme et vous en conviendrez. On n'est pas considéré par les Congolais comme leurs "noki", leurs oncles, pour rien.

Ici et là-bas, aborder la question d' une possible scission du pays c'est ouvrir la boite de Pandore. Et comme dans le mythe, une fois ouverte la boite laissera échapper tous les Biens et les Maux de la terre. Il ne restera au fond que l'Espérance.

 

 

22:57 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa, belgique |  Facebook |

30.07.2006

Soir d'élections

A tous ceux, nombreux, qui discutent le bien-fondé, le coût et le sens des élections qui ont eu lieu ce dimanche en République Démocratique du Congo, je rappelle cette phrase, dont j'ai oublié l'auteur mais pas la pertinence:

" Si vous trouvez que la démocratie et la recherche de la paix coûtent trop cher, essayez la guerre!"

17.07.2006

Prière pour une élection

Le Congo doit être le seul pays au monde où les candidats à une élection réclament des " concertations avant élections" pour permettre de tenir celles-ci, le 31 juillet, dans la sérénité.

Si la majorité des  9.707 candidats aux 500 sièges de député n'ont pas de véritable programme politique, ils pratiquent dès maintenant un jeu dangereux fait de ralliements, d' alliances et de marchandages au sein de diverses "plateformes" , les regroupant selon une géométrie improbable.

Totalement perfusé par la communauté internationale sur les plans organisationnel, financier et sécuritaire, le pays s'apprête à vivre, dans 15 jours, les premières élections libres depuis 40 ans.

Espérons que ce ne soit pas les dernières car il est clair que dans 4 ans le pays sera, quel que soit le cas de figure, incapable d'organiser les élections générales  suivantes. Or, en lançant le processus d'élections générales  la communauté internationale s'expose à devoir assumer tous les 4 ans la répétition du chantier actuel. Sinon à quoi bon avoir dépensé annuellement un milliard pour financer la Monuc, 450 millions pour organiser ces premières élections, dépêché 2.000 observateurs sur place et tancé la classe politique congolaise en lui répétant à l'envi que c'était sa dernière chance de s' approprier le champ politique national?

Selon les experts, la complexité du recueil des voix et de leur décompte justifie que les résultats ne soient pas connus avant fin août, début septembre. Il serait surprenant cependant que les candidats eux-mêmes ne s'auto-proclament pas vainqueurs le soir du 31 juillet à 20 heures. Puissent la population congolaise, qui ne mérite pas une classe politique pareille, et les instances officielles nier tout autre verdict que celui des urnes.

Les évêques participent comme ils peuvent à l'opération. Ils font réciter par les fidèles aux offices dominicaux une "prière pour les élections" :

" Seigneur Notre Dieu,

Nous te rendons grâce pour le grand et beau pays

que tu nous as donné.

Tu l'as doté de richesses innombrables et variées

que nous n'avons pas méritées.( ...)

Donne-nous d'être honnêtes,

de ne pas nous laisser corrompre,

de ne pas céder au tribalisme et à la violence.

Donne-nous le courage de résister aux intimidations et aux pressions.

Que s'éloigne de nous le démon de la vengeance."

 

Pourvu qu' ils soient entendus; sinon ils devront s'inspirer de Victor Hugo qui, parlant de son pays, a dit:" Il y a des hommes qui sont nés pour servir leur pays et d'autres pour servir à table".

Je vous laisse imaginer la prière nouvelle s'il échet.

19.06.2006

Le repassage des jeunes poitrines

Les jeunes filles du Cameroun, de Guinée ou du Togo subissent parfois un bien étrange dommage collatéral du sida. " A 12 ans, ma mère m'a appelée et a commencé à me chauffer la poitrine avec une pierre brûlante. Je criais tellement que les voisins sont venus voir ce qui se passait. Pendant 3 mois, matin et soir, j'ai subi ce massage pour empêcher ma poitrine de s'enfler" 

On estime à 24% les adolescentes qui ont la poitrine "repassée" par les mères et grands-mères qui cherchent à supprimer l'éclosion des jeunes poitrines afin de retarder  au maximun le début de l'activité sexuelle de leurs filles, bien plus exposées au virus du sida que les garçons.

Les pierres chauffées peuvent être remplacées par les peaux de bananes ou du pétrole, pour des résultats physiques décevants mais des dommages psychologiques évidents.

Des ONG ont entamé des campagnes de sensibilisation auprès des mères et des grands-mères sur le thème " Repasser ne sert à rien".

 

00:22 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

Les fermiers blancs

Au Zimbabwe, pays longtemps colonisé par les anglais devenu indépendant-sécessionniste en 1965, les fermiers blancs possédaient les meilleures terres. Le président Mugabe, au pouvoir depuis 1980, usé,  malade et pressé par les anciens combattants, improvisa le transfert des terres des fermiers blancs au profit de la population noire ( et de ceux, nombreux, envers lesquels il était obligé).

Une forme d' expropriation prévue de longue date d'ailleurs et que l'Angleterre s'était engagée à financer puisqu'il fallait bien indemniser les fermiers dépossédés de leurs biens. Ne dites jamais à ceux-ci qu'ils sont anglais ou européens; ils sont nés sur place et leurs parents également, n'ont, pour la plupart, jamais été en Europe et  se qualifient d' africains blancs. Toujours est-il que l'Angleterre n' a pas honoré ses promesses et qu' acculé Mugabe a procédé aux expropriations sans vraiment dédommager les évincés. C'était en 2000. Il y eut des heurts, quelques victimes et des milliers de fermiers quittèrent le pays. D'autres pays africains tels le Nigéria ou le Mozambique voisin leur offrirent de vastes territoires à défricher et les plus déterminés recommencèrent une nouvelle vie.

Au Zimbabwé la production agricole s' écroula, le déficit alimentaire atteignit des proportions de plus en plus grave chaque année et la balance commerciale bascula suite aux nombreuses importations de céréales devenues indispensables. Dans ce qui fut "le grenier de l'Afrique australe", 4.000.000 de personnes dépendent de l'aide alimentaire du PAM ( Programme alimentaire mondial)!

L'inflation atteint 1.042 % par an et la banque centrale vient d'émettre un billet de 100.000 dollars zimbabwéens qui vaut 1 ( un ) dollar US.

Mugabe, mis au banc de la communauté internationale notamment pour cette gabegie, vient de faire volte-face. Il propose aux fermiers blancs de revenir et de reprendre, grâce à des baux de 99 ans, les terres aujourd'hui quasi-abandonnées par leurs nouveaux propriétaires par manque de compétence ou de financements.

Cette histoire ressemble étrangement à la zaïrianisation déclenchée en 1973 par Mobutu au Zaïre qui, du jour au lendemain, confisqua toutes les entreprises étrangères pour les attribuer à des nationnaux . En 1976, l'opération "rétrocession" était lancée invitant les étrangers à revenir reprendre en mains leurs affaires " dans l'état où elles se trouvent". 

Les étrangers n' hésitèrent pas longtemps.

Mais au Zimbabwe, les fermiers hésitent car Mugabe n'est plus crédible.

Par contre, l'Afrique du Sud et la Namibie ne tremblent pas. Elles ont à leur tour entamé un programme de redistribution des terres, détenues majoritairement par les fermiers blancs.

Inch Allah!

00:06 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

21.05.2006

La peste ou le choléra?

L' Angola connait pour le moment la pire épidémie de choléra de son histoire; 1.300 victimes et des millions de personnes menaçées.

Il y a un an, c'est la peste, cet antique fléau endémique, qui  attaqua un camp de chercheurs de diamants à Damaseki au Congo, où s'entassaient 7.000 creuseurs dans des conditions de promiscuité effrayantes, propices à la forme la plus redoutable de cette maladie; la peste pulmonaire. L'épidémie a été jugulée par des antibiotiques et l'isolement naturel du camp de sorte que les malades " consignés" qui échappaient à la surveillance mourraient avant d'atteindre la ville.

A la fin des années 70, un convoi fluvial chargé de passagers ( facile à imaginer pour ceux qui ont vu " Congo-River" ) arriva à la hauteur de Kinshasa avec à son bord plusieurs cas de choléra. Le convoi fut bloqué en quarantaine au large,  surveillé à distance par des militaires. Dans la capitale les piscines furent vidées, les savons antiseptiques distribués et la consommation de bière en forte progression. 

Alors, la peste ou le choléra?

A l'Afrique centrale rien ne sera épargné; elle a toujours eu droit aux deux.

 

 

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14.05.2006

Le commerce triangulaire

Les bateaux négriers n'effectuaient pas de simples navettes côtes africaines-Amériques du sud ou du nord puis retour. Les portuguais qui inaugurèrent ce trafic en 1441 comprirent rapidement les lois élémentaires de la productivité. Pour rentabiliser les voyages, ils partaient des " comptoirs" africains tels Gorée ou Elmina chargés d'esclaves, traversaient l'Atlantique en 12 semaines avant de décharger les survivants. Puis, ils nettoyaient les navires et les désinfectaient au vinaigre pour les charger de sucre et de mélasse qu'ils partaient vendre en Europe où, 3° étape, ils embarquaient les articles prisés par les chefs africains; étoffes, verroterie, couteaux, rhum et fusils. Pendant ce temps, les trafiquants avaient rempli  à nouveau les 40 " comptoirs" disséminés le long de la côte ouest de l'Afrique de jeunes hommes enlevés dans les villages au cours de razzias meurtrières.Le triangle était commercialement parfait.

On estime aujourd'hui à 11 millions le nombre de jeunes africains, mâles de préférence, qui furent ainsi envoyés, marqués au fer rouge, dans les plantations de sucre ou de coton aux Amériques.

La France abolit l'esclavage en 1794 dans le sillage de la révolution; mais voilà que Napoléon, celui que les français vénèrent, le rétablit dès 1802. Il fallut attendre 1848 pour qu'il soit définitivement aboli chez nos voisins.

Et voici donc que le 10 mai est décrété "Journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage". Bon nombre de français s'en étonne estimant que le poids de chaînes différentes peut-être mais pesantes cisaillent encore les épaules de leur société. Hum.. 

L'esclavage n'a pas commencé avec l'appel d'air créé par la découverte des Amériques. Il en est un plus ancien, moins cruel et plus féminin aussi dans le choix de ses victimes, la traite orientale qui décima les populations des côtes est de l'Afrique pour approvisionner la péninsule arabique, la Turquie et le Maghreb de , selon des estimations, 14 millions d' esclaves.

C'est curieux ; après avoir longtemps importés de force des hommes et des femmes de ce continent martyr voici qu'aujourd'hui c'est de force  que nous les expulsons  

23:27 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

07.05.2006

L'épidémie oubliée

Le linguiste dit: " du latin palus, marais".

L'économiste dit: " il ralentit la croissance économique de l'Afrique de 1,3% par an et lui coûte usd 12 milliards par an ".

Le statisticien dit: " 2 millions de morts chaque année et 9 cas sur 10 concernent l'Afrique sub-saharienne".

L ' OMS dit: " vouloir réduire la mortalité de 50 % d' ici 2010".

La femelle du moustique anophèle dit: " cause toujours".

Et le responsable financier de notre filiale congolaise ne dit rien, cloué au fond de son lit par la fièvre.

 

Le processus itératif de la maladie est singulier.

Tout commence dans l'estomac du moustique où se développe le parasite Plasmodium. Lorsque l'anophèle femelle pique l'homme, elle lui injecte dans le sang sa salive chargée de parasites.Ceux-ci s'installent dans le foie de l'homme, s'y multiplient puis se répandent dans le sang et tuent les globules rouges. L'histoire pourrait s'arrêter là puisque le moustique meurt peu après avoir piqué sa victime et celle-ci, au pire, décède à son tour. Mais la boucle continue si un moustique sain pique à son tour l'homme contaminé. Le moustique suce le sang humain infecté , s' en emplit l' estomac et le cycle recommence.

Donc, l' homme est à la fois victime et chainon indispensable .

Les conférences et programmes se multiplient; Bill & Melinda Gates font un don de usd 258 millions pour soutenir ce "combat sans fin" mais la maladie garde 3 longueurs d'avance :

- car les moustiques résistent de mieux en mieux au DDT et autres insecticides

- car les parasites résistent de plus en plus aux médicaments

- car les pays riches résistent toujours aux pays pauvres.

 

Pour la malaria comme pour le reste;

" Si t' es blanc c'est tout bon; chinois couçi-couça ; t'es marron c'est pas bon; noir désespoir"

22:44 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : africa, sante |  Facebook |

23.04.2006

Justice internationale

Milosevic est mort depuis plus d' un mois et le TPI ( tribunal international basé à La Haye) est frustré. Tout cela pour ça.

300.000 morts, 2.000.000 de personnes déplacées par l'épuration ethnique, 57 condamnés mais pas le principal inculpé qui, après avoir utilisé tous les moyens dilatoires pour retarder le verdict, a postposé son jugement pour l'éternité.

Ce procès devait être exemplaire; pour les autres dictateurs qui ne perdent rien à attendre, pour le devoir de mémoire dû aux victimes, pour les populations des Balkans mais aussi pour les initiateurs de ce concept de justice internationale qui, en 1996, avaient convaincu l'ONU que la mondialisation devait aussi engendrer cette forme de droit pénal qui transcendrait les cultures et les continents pour s' imposer à tous et partout.

Il fut sérieux ce procès, minutieux et lent. Milosevic comparut pour la première fois devant ses juges en ...2002 et au jour de sa mort il avait encore demandé et obtenu 50 heures supplémentaires pour présenter sa défense devant des juges tétanisés par la crainte de ne pas respecter tous les droits de la défense.

C'est un goût d' inachevé qui flotte sur La Haye même si quelques autres responsables de la tragédie des Balkans devraient encore y être jugés, si on les rattrape!

A Arusha en Tanzanie, c'est un sentiment de lassitude qui flotte sur le TPIR ( tribunal international pour le Rwanda). 12 ans après le plus grave génocide de ces 60 dernières années, le bilan est maigre; 72 arrestations, 27 procès terminés, 28 en cours, 15 encore à l' instruction et 2 décès.

Et sur les 27 sentences; 5 acquittements et 8 condamnés qui forment appel à leur jugement.

Je vous fais grâce des budgets de fonctionnement de ces TPI: astronomiques aux yeux d' un juge rwandais ou d'un enseignant bosniaque.

Mais bon, ils ont le bénéfice d' exister.

Car le TPI pour le Cambodge n'est pas encore constitué 24 ans après le génocide perpétré par les kmers rouges et malgré les démarches de l'ONU. Aux dernières nouvelles, le tribunal pourrait  voir le jour prochainement même si Pol Pot ne figurera jamais dans le box des accusés; il est mort depuis 8 ans. Seule une demi-douzaine d'inculpés survivent et avancent doucement vers leur destin.

 

Comme la justice, cette vieille dame digne qui se hâte lentement.

Pourvu qu'elle reste digne!

23:21 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : justice, africa |  Facebook |

02.04.2006

de Kinshasa

Nouvelle semaine passée à Kinshasa et confirmation de l'estompement du pessimisme déjà ressenti en février ( cfr blog du 19-02-2006 ). Tout ce que j'écrivais à l'époque reste d'actualité.

 

Au quotidien la vie des kinois est d'une cruelle dureté. La chaleur torride de mars n'arrange rien, les moustiques pullulent, les transports publics inexistants rendent les déplacements pénibles et souvent la journée ne comprend qu' un seul repas. C'est dire l'attente de la population envers les politiciens qui sortiront des urnes lors des élections de juin ( ou juillet ). Ces élections auront lieu probablement, dans la douleur assurément.

 

Lorsque Mobutu en 1990, contraint par le discours de Mitterand à la Baule et par le contexte général, supprima le système du parti unique ( son parti-état dont tous les zaïrois étaient membres de droit dès la naissance) au cours d'un discours resté fameux -  " excusez mon émotion" déclara-t-il un sanglot dans la voix -  il autorisa la création de 3 partis politiques: un de droite, un de gauche et un du centre.  Le sien, le MPR, se revendiquait à part et comme le proclamaient ses banderolles: " ni à droite, ni à gauche, ni au centre"!

 

Devant le tollé national et international dénoncant " l' ultime diktat de la dictature", Mobutu annula cette limitation.

Aujourd'hui 238 partis , officiellement autorisés, sollicitent le suffrage des votants qui auront également à choisir un président parmi 50 candidats. Il ne faut pas avoir fait sciences-po pour deviner que le pays va connaître quelques convulsions.

D'autant qu'il reste des millions d'armes légères cachées dans tous les coins du pays. 

 

L' ONG Control Arms estime à 100.000.000 le nombre d' armes légères, surtout des AK 47 - les célèbres Kalachnikov- en circulation en Afrique pour une population de 900 millions de personnes soit 1 arme pour 9 africains. A cette aune, le Congo devrait compter 5.000.000 d' armes mais je suis sûr que sur ce plan, il bat les statistiques. Or, dans le cadre de son programme de désarmement l' ONU n'a récolté en Ituri, une des régions les plus troublées, .. que 1.100 armes. Que dire de plus?

 

La tentation de reprendre les armes va donc titiller les perdants des élections mais l'arrestation du chef de guerre Lubanga et sa parution devant le tribunal de La Haye, diffusée à la télévision congolaise, ainsi que l'incarcération récente de Charles Taylor, ex-dictateur du Libéria ( cfr blogs des 26-10 et 15-11-2005 ) vont favoriser la "gestion du résultat" des élections par la palabre plutôt que par les armes.

 

Un dicton congolais dit " Il vaut mieux débattre d'un problème sans trouver de solution que de trouver une solution sans en avoir débattu". Espérons que la sagesse des anciens soit toujours respectée dans quelques mois et que le dicton soit encore de mise.

 

Car j'ai un peu l'impression que les français se le sont approprié récemment. 

05.03.2006

Congo River

 

  Tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à l' Afrique centrale devraient  voir le dernier opus de Thierry Michel " Congo River" ( cinéma Vendôme à Bruxelles).

 Ce film est vrai, le trait n'est pas forcé, au contraire le réalisateur a édulcoré certaines réalités, et s'il ne nous parle pas de l'Afrique, il nous livre un catalogue d'instantanés crus mais criants de vérité sur ce Congo qui pousse comme une herbe folle, hors de tous tuteurs; l'état, l'école ou la famille ayant renoncé, la nature a repris ses droits, y compris la nature humaine. C'est dire.

 

PS:  2 photos du film à gauche

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19.02.2006

Congo

 

Je reviens de Kinshasa et pour la première fois depuis 1998 je rentre un peu moins pessimiste. Non pas que la vie soit devenue douce, mais disons que c'est moins pire. Chaque matin des millions de kinois se lèvent avec la seule ambition d'être toujours en vie le soir et d'avoir pu se débrouiller pour attraper quelque chose à manger. Ils n'y arrivent pas tous les jours; l'espérance de vie a diminué de 10 ans depuis 1997 dans ce pays où " the struggle for live" signifie des kilomètres à pied, une chaleur suffocante en cette saison de nuits trop chaudes pour dormir, des nuées de moustiques et un surréalisme quotidien.

Je me suis ainsi fait contrôler par la "police incendie" pour vérification de l'extincteur de la voiture.Dans ce pays où tout reste à faire, je doute de l'urgence de cette mesure sauf si elle est prétexte à une taxe supplémentaire, bien nécessaire pour rémunérer des policiers rarement et très peu payés. Ce contrôle m' amena à devoir pénétrer dans la garnison des pompiers. Un état de délabrement, une ambiance de village avec des familles vivant sur place, des enfants et de la volaille piaillant en pagaille dans la cour, mais point de camions, d'auto-pompes ou de pompiers. J'en suis sorti sans amende puisque le véhicule était en ordre, sans matabish mais après une demi-heure de palabres.

 

Alors pourquoi ce début de commencement de quelque chose de positif ?

Parce que le chemin des élections me semble inexorablement balisé. Tant par la communauté internationale, qui ne laissera plus aucun répit aux hommes politiques aussi longtemps qu'un gouvernement issu des élections ne sera pas mis en place, que par la population qui mérite une classe politique nouvelle et le revendique.

 

Bien sûr, les élections seront contestées, le soir même, par ceux qui estimeront avoir perdu. Bien sûr, des pneus et des véhicules seront incendiés, des mots d'ordre de grève et de désobéissance civile seront lancés, des heurts se produiront.

Peut-être même que certains se replieront dans leurs régions ( l'Equateur, l'est..) en refusant l'autorité de Kinshasa; peut-être seront-ils tentés d'ériger leurs zones d'influence en territoires autonomes c.-à-d. réservés à leur seul usage et profit, pratique à coté de laquelle Léopold II fait figure d'ONG ; peut-être alors qu'ils armeront leurs troupes pour faire sécession.

 

Quelques uns sans doute rêveront d'en découdre dans les rues de Kinshasa pour prendre le pouvoir par les armes comme Mobutu en 1965. Ils auraient, dans ce cas, oublié l'histoire car Mobutu était depuis 5 ans général en chef des armées lorsqu'il déposa Kasa-Vubu. Il avait eu le temps de quadriller le pays et de noyauter toutes les garnisons du pays.

 

Alors? Que choisir entre les bien sûr, les peut-être et les sans doute?

Je crois à un énorme marchandage avant, pendant et après les élections pour que personne ne perde et que chacun s'y retrouve. Car la sanction binaire des urnes- un gagne, les autres perdent- ne correspond pas à la pratique congolaise.On ne vote pas pour un programme, il n'y a pas de débat idéologique gauche- droite- centre etc, on vote pour les gens qu'on connait ou qui sont recommandés par ceux qui ont notre confiance ( et ici les multiples églises jouent un rôle de lame de fond) ou que l'on croit intègres, même si le lendemain on leur réclamera des faveurs.

 

A ce marchandage correspondra un partage du pouvoir, la moins mauvaise solution que la communauté internationale doit encourager. Celle-ci a investi énormément d'énergie, de temps et d'argent pour arrêter un conflit qui fit 3 millions de morts en 8 ans. La Monuc déploye 17.000 hommes au Congo soit la plus importante mission de maintien de la paix dans le monde qui coûte un milliard de usd par an ( 32.000.000.000 bef). Espérons qu' ils ne s'envoleront pas au premier coup de feu.

Impensable ?

Rwanda 1994: les politiques ont délibérement ordonné le rapatriement des troupes de l'ONU ( dont des paras belges) dès le début des massacres et la Belgique a joué dans ce repli un rôle pervers. Elle avait eu, il est vrai, 10 paras tués dans des conditions où la chaîne de commandement avait eu tout faux.

Donc il fallait partir. L'opinion publique n'aurait pas accepté de nouvelles victimes. Belges.

Car il y eut 1.000.000 tués, pas belges. Je ne dis pas que l' ONU présent il n'y aurait pas eu de massacres.

Je dis ; assurément moins, moins longtemps, moins massifs.

Alors que l'histoire, pour une fois, ne se répète pas.

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15.01.2006

Ateliers d'artistes

 

Actuellement se tient à Kinshasa, au Centre Culturel Français, une exposition dont j'emprunte le titre qui "regarde" le travail des peintres kinois sous un prisme particulier. Elle ne montre pas leurs oeuvres mais bien leurs ateliers par le biais de photos, de croquis et de textes. L'environnement du peintre, son lieu de travail, l'atmosphère qui l' entoure alors que plusieurs d'entre eux ont acquis une renommée internationale, d'autres une reconnaissance locale et que certains oeuvrent encore dans l'anonymat et la solitude.   

Cette approche particulière de la peinture et de ses auteurs est due à JPDR qui côtoie ces artistes depuis longtemps, se fondant dans leur cadre de vie souvent d'une pauvreté éprouvante.

Cette exposition a déjà été présentée en France. Si elle arrive en Belgique, je vous préviendrai.

 

A droite 2 photos d'ateliers que vous pouvez retrouver sur le site www.ccf-kinshasa.org    

18:09 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |

02.01.2006

Besoin d'Afrique


Lorsque j'eus un mois de présence en terre africaine, j'étais convaincu de la nécessité d'écrire un livre sur tout ce que je vivais, voyais, sentais, palpais d'extraordinaire. 
Après 6 mois, j'ambitionnais encore de rédiger un article pour " Le Monde Diplomatique". Un an plus tard, je visais le courrier des lecteurs du "Soir" et depuis longtemps, j'ai renoncé à expliquer quoi que ce soit à propos de ce continent fabuleux, faute d'avoir réussi à le comprendre. 
J'aurais cependant bien vu un livre portant mon nom coincé dans une bibliothèque entre " Un voyage au Congo" d' André Gide et " Au coeur des ténèbres" de Joseph Conrad. Longtemps d'ailleurs, j'ai cherché à savoir pourquoi tant d'européens, de retour d'une mission de quelques mois, entreprenaient la rédaction de leurs impressions, plus ou moins étayées par un vécu, somme toute temporaire.
 
En 1992, un collectif d'auteurs, dont Erik Orsenna, commit un ouvrage intitulé " Besoin d'Afrique", aveu explicite qui allait enfin m'expliquer cette propension scripturale à décrire et à justifier, qui taraude tellement ceux qui effleurèrent ce continent. Peine perdue.

Je partage avec les auteurs certaines observations qui ne dessinent pas, pour autant, une fresque complète de ce continent qui nous laisse interloqués.
 L'Afrique est terre de religions où la valeur suprême est la force vitale. Le bonheur des hommes réside dans la mise en concordance des êtres et des forces naturelles que les religions ont pour objectif au pire de maîtriser, au mieux de renforcer. Cette force vitale n'est pas limitée à l'homme. Elle circule comme un courant électrique entre l'homme et l'ensemble de la nature. Et chacun se plie aux injonctions de ce lien qui règle toutes choses, réduisant considérablement le libre arbitre de l'homme.
Par extension, l'équilibre social, une fois atteint, ne peut être mis en péril par quelque initiative que ce soit. Il en va de la primauté et de la survie du groupe. Ainsi, l'enrichissement personnel n'est autorisé que pour le chef, à qui revient un devoir de répartition. L' empoisonnement guette souvent le bétail de celui qui, par la qualité de son travail, constitue un cheptel qui dépasse les normes admises par le chef. En cela, les sociétés traditionnelles africaines ont probablement, sans le savoir, vécu la forme la plus achevée du communisme où la propriété privée des moyens de production est interdite, où la production est décidée collectivement et où l'enrichissement personnel n'a pas court.
Cette solidarité du corps social impose des devoirs aussi. Les sociétés africaines sont des sociétés jeunes où le vieillard garde sa place. Feu le roi Hassan II a dit: " Le jour où l'on ouvrira la première maison de retraite au Maroc, notre société sera en voie de disparition".
 
Toutes ces caractéristiques et bien d'autres sont fondées. Mais la raison pour laquelle les voyageurs éphémères éprouvent ce besoin de témoigner d'un passage sous les tropiques tient, je crois en définitive, en cette particularité africaine qui est de nous interpeller, car l'Afrique nous parle, plus que tout autre continent, de notre appartenance à l'humanité.


00:28 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa |  Facebook |