20.03.2007

Water

Il y a 34 millions de veuves en Inde.

Hier encore, elles interrogeaient; " Pourquoi les veuves sont-elles traitées comme cela" et recevaient pour seule réponse : " Demande aux dieux". Longtemps les veuves n'avaient d'autres choix que de brûler sur le bûcher de leur défunt mari, épouser le frère de leur mari ( le "sororat" qui fait toujours la loi dans plusieurs régions du monde) ou vivre, cloitrées dans des maisons pour veuves, la chasteté et la pauvreté jusqu'à leur mort.

Or les filles hindoues pouvaient être mariées très jeunes, même pré-pubères à des hommes beaucoup plus âgés et tomber veuves à l'entrée de l'adolescence.

Water est un superbe film de la réalisatrice Deepa Metha, l'ennemie jurée des intégristes hindous. Elle met en scène le parcours d'une fillette qui tombe veuve dans les années d'avant-guerre et abandonnée par sa famille, rejoint un refuge pour veuves.

Les raisons historiques de ce traitement relèvent de la volonté des hommes, pas des dieux. Volonté de maintenir les femmes, sublimées autant que redoutées pour leur rôle de génitrices, sous le contrôle des maris hantés par la crainte d'une filiation illégitime; volonté d'assujettir les femmes au clan par des liens de sang.

Mais il est difficile de reconnaître ses propres turpitudes, alors on invoque les dieux et les textes sacrés qui s'imposent aux hommes et plus encore aux femmes.On a fait dire à ces textes vieux de 2000 ans que " la femme est la moitié de son mari quand il vit et quand il meurt, elle est donc à moitié morte".

Il fallut, en cette matière aussi, attendre l'avènement de Ghandi pour que changent les mentalités. Petit à petit, car Deepa Metha pourchassée par les hindous extrémistes, a dû terminer son film en cachette au Sri-Lanka .blog water_2006-1

 

 

 

18.03.2007

Moustique toi-même

Télé-Moustique, fidèle baromètre de nos belgitudes, décerne chaque année ses " Moustiques d'Or" à diverses personnalités qui s'exposent, parfois bien malgré elles, aux votes des lecteurs dans diverses catégories allant du "M. d'or de la meilleure radio" au "M. d'or de la meilleure présentatrice" (cfr post du 10-12-2005 ) etc.

Que G.W. Bush ait décroché le " Moustique d'Or de la personnalité la plus toxique de l'année" soit, mais que Abdallah Aïd Oud soit nominé dans cette catégorie et recueille d'ailleurs 21% des voix, je coince.

Car, s'il est inculpé du meutre de deux fillettes un soir de fête à Liège, à ce jour il nie, n'est pas jugé et partant est toujours présumé innocent.

Et ce n'est pas rien la présomption d'innocence.

Donc, Télé Moustique toi-même, je te nomme Moustique du populisme.

Le journal s'en est excusé mollement car les preuves sont évidentes n'est-ce pas et le public a déjà fait son opinion.Cette confusion des genres sur le ton " bon, mais on en pense pas moins", me rappelle cette forme de syllogisme:

" Quand ils sont venus chercher le communiste, je n'ai rien dit, je ne suis pas communiste,

Quand ils sont venus chercher le juif, je n'ai rien fait, je ne suis pas juif,

Quand ils ont arrêté le journaliste, je n'ai rien dit, je ne suis pas journaliste,

Quand ils sont venus prendre le syndicaliste, je n'ai rien fait, je ne suis pas syndiqué,

Quand ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne pour s'en soucier".

06.03.2007

Terre des hommes

Le hasard d'un retard d'avion dans un aéroport vide m'a fait acheter, en prévision d'une longue attente, deux livres au kiosque famélique de la salle des transits:" Les Catilinaires" d'Amélie Nothomb ( pas ceux de Cicéron!) et " Terre des hommes" de Saint-Exupéry. Je les (re)lus en parallèle au cours des 36 heures suivantes.

Exercice salutaire que cette lecture comparative mais cruelle car la légèreté de l'un des auteurs se mua en vacuité face à la richesse de l'autre.

Saint-Ex aborde la confrontation humaine en des termes proches de ceux exposés par Bertrand Piccard ( cfr post du 6/02/2007 "Comme un ballon au vent") et auquels j'adhère facilement.

 

2070360210.08._AA240_SCLZZZZZZZ_" Pour comprendre l'homme et ses besoins, pour le connaître dans ce qu' il a d'essentiel, il ne faut pas opposer l'une à l'autre l' évidence de nos vérités. Oui, vous avez raison. Vous avez tous raison. La logique démontre tout.(...) On peut ranger les hommes en hommes de gauche et en hommes droite, en bossus et en non bossus, en fascistes et en démocrates et ces distinctions sont inattaquables.

Mais la vérité est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos. La vérité, c'est le langage qui dégage l'universel (...) ce n'est pas ce qui se démontre, c'est ce qui simplifie.

A quoi bon discuter toutes les idéologies? Si toutes se démontrent, toutes aussi s'opposent et de telles discussions font désespérer du salut de l'homme. Alors que l'homme partout, autour de nous, expose les mêmes besoins. Nous voulons être délivrés.

Celui qui donne un coup de pioche veut connaître le sens de son coup de pioche. Le bagne réside là où les coups de pioche sont donnés qui n'ont pas de sens car ils ne relient pas celui qui les donne à la communauté des hommes. Et nous voulons tous nous évader du bagne.

 Si vous aviez objecté à Mermoz, quand il plongeait avec son avion vers le versant chilien des Andes, qu'il se trompait, qu'un courrier postal ne valait pas le risque de sa vie, Mermoz eût ri de vous. La vérité, c'est l'homme qui naissait en lui quand il passait les Andes.

Seul l'Esprit, s'il souffle sur la glaise, peut créer l'Homme."

09.01.2007

 Heureux les fêlés

L'homme a longtemps remis son sort entre les mains des dieux, des idoles ou du fatalisme.

Depuis peu, il s'abandonne au verdict des ordinateurs. Je suis frappé, lors de mes rares passages dans un librairie de quartier, par le nombre de clients qui achètent des billets d'une loterie quelconque. Il y en a clairement pour tous les goûts!

Un jeu-concours dépasse cependant tous les autres. Il se joue à l'échelle planétaire, mobilise 5.000.000 de candidats et fait chaque année 55.000 heureux. Ceux-ci, tirés au sort par ordinateur, recoivent une green card de résident permanent aux Etats-Unis.

"The Diversity Visa Lottery " n'exige aucune autre condition que d'avoir 18 ans et le niveau scolaire du bac ou équivalent. On est loin des procédures exigées pour les 700.000 personnes qui obtiennent annuellement la green card par la voie officielle, basée sur des quotas et une sélection contraignante.

C'est précisement pour apporter de la diversité dans une immigration jugée trop accaparée par les latinos et les asiatiques que cette loterie a été élaborée. Les ressortissants de pays comme le Mexique, le Brésil ou le Canada sont exclus puisqu'ils confisquent les circuits traditionnels mais des coréens, des iraniens ou des syriens peuvent tenter leurs chance.

Les autorités nationales des pays pauvres ne voient pas toujours cet " appel d'air" d'un oeil favorable. Ainsi, en Sierra-Leone, 5.000 dossiers ont été retrouvés flottant sur une rivière à la sortie de la capitale. Les candidats au voyage y virent une manoeuvre de leur gouvernement pour les empêcher de partir ; émeutes en ville et pillage des bureaux de poste.

Depuis lors, on ne peut plus postuler que par internet!

Etrange époque que la nôtre, monde bizarre qui se réfugie derrière des murs ( cfr post précédent), mais laisse des brèches lézardées entre les moellons pour quelques heureux qui s'y faufilent par la grâce virtuelle d'un ordinateur!

Des murs et des hommes

Il y a 17 ans, on fêtait à coup de pics, de marteaux, de violoncelle et de champagne la chute du mur de Berlin mettant ainsi un terme au 20° siècle, celui qui commenca à Sarajevo en 1914 et vit à deux reprises les hommes s'entredéchirer.

La chute de ce mur augurait d'un siècle neuf où les frontières s'estomperaient, les hommes circuleraient aussi librement que les marchandises et qui verrait l'intelligence universelle s'accroître puisqu'elle est la seule chose qui se multiplie quand on la partage.

Pourtant, en 2007, on construit à nouveau des murs un peu partout ; entre Israël et les territoires palestiniens, entre les Etats-Unis et le Mexique et moins connu ,sur 4.100 kms une clöture d'acier entre l'Inde et le Bangladesh. La plus grande démocratie du monde veut s'isoler d'un des pays les plus pauvres de la planète soumis à une démographie galopante; 142 millions d'habitants aujourd'hui, 100 millions supplémentaires en 2050, sur un territoire grand comme deux fois l'Irlande.

C'est ce qu'on appelle le "stress démographique".

Les motifs qui poussent les autorités indiennes à dépenser eur 785 millions pour élever cette clôture sont, comme toujours, un étrange mélange de lutte contre le terrorisme ( le Bangladesh connait un regain d'extrémisme islamique), de sécurité nationale ( des rebelles indiens trouveraient refuge dans le pays voisin) et de contrôle d'une immigration particulièrement débridée vu la pression démographique.

Mais New-Delhi sait les limites de son action qui n'arrêtera aucun des périls évoqués. Aussi encourage-t-elle la fixation des populations bengalaises chez elles et leur développement en soutenant des programmes ambitieux tel celui initié par le groupe indien Tata qui se propose d'investir 2,3 milliard d'euros au Bangladesh c.-à-d. plus que toutes les aides cumulées reçues par ce pays depuis 1971!

Le mur de Berlin a tenu 39 ans. On peut raisonnablement craindre que les marteaux et les violoncelles ne se feront pas entendre tout de suite le long des frontières mexicaine, palestinienne ou bengalaise.

26.12.2006

Fin d'une dictature?

Le président à vie Niazov est mort. ( cfr post du 30/10/2006)

Ce dictateur a relâché l'étreinte sur la gorge des millions de turkmènes.

Pour un avenir meilleur?Qui sait?

Des centaines de milliers de ses sujets ont manifesté une peine et un chagrin non feints. Etaient-ils aveugles et sourds aux outrances du régime? Ou bien en tiraient-ils quelque profit, à moins que ce ne soit la figure tutélaire du dictateur qui, étrangement les rassurait?

Allez savoir.Ou plutôt demander l'avis des wallons qui continuent à apporter leurs suffrages à leur classe politique qu' elle soit imbibée à droite et affairiste à gauche ( à priori, on aurait cru le contraire).

Depuis la mort du dictateur, les américains et les russes reviennent courtiser le gaz turkmène et prédire des jours meilleurs. Pas sûr!

Car comme tous les dictateurs, Niazov n'a évidemment pas préparé sa succession, lui qui s'est efforcé à détruire toute culture démocratique dans son pays.

Or on sait depuis Montaigne et ses Essais que " le bien ne succède pas nécessairement au mal; un autre mal peut lui succéder et pire".

Mais positivons car pire que Niazov, ce sera difficile. ( cfr post du 30/10)

 

PS: la tragédie du Turkménistan illustre bien les limites de l'information que l'on nous distille. La presse ne parle de ce pays que depuis la mort de son dictateur. Pendant les 15 années de plomb, qui se souciait des 5 millions de turkmènes, puisqu'il n'y avait pas de caméra ?

 

19.12.2006

De l'eau dans le gaz ( 2 )

La première guerre de l'eau remonte à 4.500 ans. Elle opposa deux cités mésopotamiennes dans le sud de l'Irak actuel.

Si le plateau du Golan empoisonne tant les relations entre Israël et la Syrie, c'est qu'il assure l'approvisionnement en eau de celui qui l'occupe.

La mer d'Aral, quasiment assèchée, illustre les discordes entre riverains lorsqu'ils ne coopérent pas pour la préserver et la gérer.

On a recensé des centaines de bassins frontaliers que se partagent plusieurs pays ou communautés qui dépendent d'une même source. Ainsi le bassin du Nil alimente 10 pays.

L'origine des ressources aquifères d'autres pays se trouve en dehors de leurs frontières nationales comme l'Egypte, le Botswana ou la Mauritanie qui ne contrôlent pas la source de leurs fleuves.

Jusqu'à présent les tensions se règlent à l'amiable entre les pays ou les communautés concernées. Par exemple, la Wallonie exporte chaque année 160 millions de m3 de son eau vers la Flandre!

Mais le " stress hydraulique" va augmenter dans les prochaines années de façon inquiétante.

Les Nations-Unies estiment que la consommation d'eau a été multipliée par 6 depuis 1950 et qu'elle va doubler tous les 20 ans. Plus de 2,6 milliards d'individus ne jouissent pas d'installations sanitaires élémentaires et plus de 1 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable. Ils seront 3 milliards dans 25 ans.

La quantité d'eau disponible sur notre terre reste à peu près constante alors que les besoins d'eau se multiplient suite à la croissance démographique, à la consommation individuelle et au nécessaire développement de l'agriculture qui représente 75% de la consommation globale de l'eau. La déforestation, la surexploitation des pâturages et la non-gestion des lacs et des rivières aggravent la situation qui se complique d'autant plus que la répartition géographique est très inégale: le Canada dispose d'autant d'eau que la Chine mais pour 100 fois moins d'habitants!

A écouter Riccardo Petrella ( ULB) il n'est pas illogique de prévoir la possible constitution d'un cartel des pays exportateurs d'eau dont le pouvoir rivaliserait avec celui de l'OPEP. Faut-il rappeler, après avoir constaté que tous les pays développés bénéficient d'un climat tempéré, que 1.800.000 d'enfants meurent chaque année de diarrhée.

Il faut intervenir et le temps presse.

Non seulement par compassion mais aussi par intérêt. Car la forme ultime de la pénurie d'eau, c'est la désertification qui affecte aujourd'hui un milliard d'hectares, menace 35% des terres de la planète et la survie de 2 milliards d'individus, rassemblant ainsi toutes les conditions d' un mouvement migratoire d'une ampleur insoupçonnée. 60 millions de personnes pourraient quitter les zones arides sub-sahariennes affectées par la désertification d'ici 2020 annoncent les Nations-Unies. Après les réfugiés politiques, les réfugiés économiques voici les réfugiés environnementaux.

Et comment ne pas les comprendre puisque l'absence d'eau crée un mode vie infra-humain. Même Jacques Chirac l'a compris qui a promis de doubler l'aide française pour ce secteur d'ici 2009.

Alors que faire?

La gestion planétaire de l'eau requiert des investissements considérables car, même si l'appropriation de la gestion de l'eau par les communautés locales est à la mode, on ne fera pas l'économie de grands travaux afin de stocker l'eau et de réguler les rivières. L'Ethiopie a 40 m3 d'eau per capita stockée artificiellement pour faire face aux périodes de pénurie. L' Australie 4.500 m3 avec des conditions climatiques assez similaires. La France dispose d'un potentiel de 26.000 megawatts d'énergie hydro-électrique, elle en a développé 25.500. Avec un potentiel de 35.000 mw, l'Ethiopie en a développé 700.

Mais pour financer ces infrastructures gigantesques, qui viendraient compléter le travail de maillage des collectivités locales, il faut des investissements. Les finances publiques locales sont exsangues et le secteur privé de nos pays renâcle. De tels investissemnts, estimés à 20 milliards de usd chaque année, se récupèrent sur la durée et la garantie d'être payé par les utilisateurs. Or les états et les parastataux sont souvent les premiers à ne pas honorer leurs factures de consommation et les branchements illégaux plombent la rentabilité des opérateurs privés. Le groupe franco-belge Suez a quitté l'Argentine après 13 ans de présence et avoir perdu usd 1 milliard.

Il ne s'agit pas de plaindre le secteur privé, qui n'en a vraiment pas besoin, mais de constater que le problème n'est pas la main-mise du privé mais plutôt son désintérêt.

Reste donc les organismes internationaux telle la Banque Mondiale ou la BAD.

Quant à nous, cette question nous dépasse-t-elle?

En tant que boursicoteur, on pourrait commencer par vendre nos actions Nestlé, Danone ou Coca-Cola pour investir les mêmes sommes dans des fonds actifs dans le secteur de l'eau; c'est toujours du business mais plus sympa.

En qualité de consommateur, on suivrait les multiples conseils d'économie domestique comme celui de ne plus consommer l'eau en bouteille mais privilégier l'eau courante ( quitte à la passer au filtre BRITA pour enlever le goût du calcaire si on habite la région bruxelloise.) Et chaque fois qu'on mettrait le verre sous le robinet sans ouvrir de bouteille en PET, on penserait à ces milliers de fillettes qui quittent l'école à 12 ans pour participer à la" corvée eau" assurée majoritairement par les femmes qui y consacrent 25% de leur temps.

Enfin, comme électeur on pourrait voter pour ceux et celles qui intègrent ce thème dans leur programme.

Pour l'instant l'absence d'eau tue plus que toutes les guerres.Craignons qu'elle ne devienne la cause de guerres futures.

 

11.12.2006

De l'eau dans le gaz

"L'homme a consommé en 100 ans la moitié des ressources pétrolières que la  terre a mis des millions d'années à fabriquer".

Comme on nous rabâche les oreilles avec ce genre de phrases, il ne faut pas s'étonner que Nicolas Hulot soit devenu le chéri des français.

Chacun y va de son couplet mais c'est toujours le même refrain:  réserves pétrolières taries dans 44 ans et un baril de pétrole à 100 usd dans quelques mois. On entre de plein pied dans une ère nouvelle caractérisée par " the pain at the pump" et le coté "fini" des ressources pétrolières.

La pénurie annoncée justifie et excuse les hausses continuelles des prix pétroliers: + 15% en 2003, + 33% en 2004, + 42% en 2005 et les Cassandre de dessiner un scénario catastrophe: pétrole plus cher =  augmentation du prix des carburants puis celui des biens de consommation courante donc contraction du pouvoir d'achat et diminution de la demande des consommateurs qui entraine une surcapacité des usines qui doivent licencier; le coût du chômage augmente qui pèse sur les finances publiques, l' état doit emprunter et majorer les taux d'intérêts donc le crédit se raréfie, les investissements cessent et la récession économique s'installe, ouvrant la voie à la déstabilisation de nos sociétés, voire à la guerre.  

C'est probablement un raisonnement identique qui  inspira les faucons de Washington, à la nuance près qu'ils empruntèrent un fameux raccourci. Puisque le pétrole risque de conduire à la guerre, provoquons la afin de garder l'initiative.C'est ce qu'ils ont appelé " la guerre préventive" .

Le motif de cette situation de rareté et de cherté est double.

D'abord la distorsion entre une offre quantitativement plafonnée par les capacités d'extraction et surtout de raffinage face à une demande boostée par la croissance mondiale en général et chinoise en particulier.Dans les années 70 et 80, la Chine exportait du pétrole. Aujourd'hui elle importe plus de 40% de ses besoins et ses gisements domestiques seront épuisées dans 13 ans.

Mais l'épicentre du problème reste les Etats-Unis qui, malgré leur production domestique, importent 13 millions de baril par jour contre 2,5 millions par la Chine! 

Ensuite les fonds financiers spéculatifs qui, sans aucune valeur ajoutée, parient sur cette matière première ( achetant du pétrole aujourd'hui en espérant le revendre plus cher demain) de telle sorte que les transactions financières quotidiennes représentent 50 fois la quantité réelle de pétrole négociée.

Je ne partage cependant pas le refrain à la mode sur la pénurie et le coût exorbitant du pétrole même si j'anticipe, sur le plan énergétique mais pour d'autres motifs, de dramatiques perturbations dans les relations internationales au cours de ce siècle.

S'agissant de la pénurie, j'ai la faiblesse de croire au génie humain et reste persuadé que les énergies nouvelles prendront le relais du colonel Drake qui en 1859 creusa le premier puits de pétrole.Car il en va de l'énergie comme des autres technologies; la science a souvent plusieurs longueurs d'avance sur les marchés mais distille ses progrès au rythme de l'intérêt bien compris des opérateurs économiques, pas des consommateurs. 

L'âge du pétrole prendra fin avant sa pénurie réelle de même que l'âge de la pierre prit fin sans avoir connu une pénurie de pierres.

Quant au coût du pétrole, il ne représente pas une menace réelle pour nos économies, au contraire il a quelques vertus.

Un pétrole cher rend compétitives des énergies alternatives qui n'avaient aucune chance d'être promues lorsque le baril était à 10 usd ( vous devez vous en souvenir, c'était en 1998!). Nos modes de consommations sont favorablement influencés par la hausse des prix; pour la première fois, la consommation d'essence a diminué dans nos pays l'an dernier et les ventes de 4*4 sont en chute libre aux USA, car chacun a compris que la première énergie alternative, c'est l'économie d'énergie.

Par contre, les vrais victimes du renchérissement sont les pays en voie de développement, non exportateurs de pétrole.Ils doivent importer leur pétrole, le payer en usd et consacrer de plus en plus de leurs faibles ressources à ce poste au détriment des autres budgets.

Que peuvent-ils faire? Réduire leur consommation? Elle est déjà atone. Changer leurs modes de consommation? Pas le temps ni les moyens. Ils sont KO debouts. Leur salut ? Emprunter de l'argent. A qui ? Aux pays producteurs de pétrole qui ont des excédents de cash.

Je ne dis pas que les pays exportateurs sont tous à envier. Au contraire, aucun pays pétrolier, hormis les Etats-Unis et la Norvège( gaz), n'a réussi son développement malgré leurs richesses. Le Japon, ce tas de cailloux, fait la démonstration du contraire et Hugo Chavez a compris qu'il ne lui reste que quelques années pour sortir le Vénézuela de la " malédiction pétrolière" qui frappe la majorité des pays exportateurs ( cfr post du 6-09-2005).

Si aujourd'hui, sécuriser leurs approvisionnements ( qui tournent autour de 55 jours de couverture) est devenu un enjeu stratégique, voire militaire, pour les Etats-Unis et la Chine qui utilisent la carotte ( la Chine courtise les pays africains exportateurs- cfr à ce propos post du 24-09-2005) ou le bâton ( les USA en Irak), le critère de performance et de richesse des nations sera demain leur capacité à gérer rationnellement l'énergie, à optimiser leurs ressources et à organiser leur indépendance énergétique pas seulement dans un souci écologique mais plus fondamentalement pour assurer leur survie.

Mais j'appréhende avec la plus grande crainte la délicate décennie au cours de laquelle les pays consommateurs réduiront petit à petit leurs importations de pétrole et de gaz, sanctionnant lourdement les économies des pays exportateurs, habitués à leurs rentes pétrolières.

On devrait pouvoir s'entendre au niveau mondial pour passer à " l'après-pétrole"en organisant de façon harmonieuse la dépletion inévitable. Mais c'est une vision angélique de l'intérêt commun car celui-ci n'est que la somme des intérêts nationaux, souvent antagonistes.

La transition se fera donc par la force quand on coupera les ponts et les pipelines devenus inutiles avec tous les pays qui n'ont que leur pétrole à nous offrir.Lorsqu'on a mal, on ne meurt pas la bouche bée, ni les hommes, ni les nations. 

Ce qui précède à propos du pétrole vaut, mutatis mutandis, pour le gaz: épuisé dans 77 ans, prix correlé à celui du pétrole, dépendance européenne face à la Russie et à l'Algérie, encore accrue lorsque les gisements britanniques et hollandais seront épuisés dans 15 ans. ( Il restera la Norvège, très courtisée mais rétive à l'idée européenne.)

 

Pourtant il est une autre menace, à mes yeux plus grande et plus directe, qui pèse sur notre jolie planète: l'eau!

Sa pénurie programmée risque de déclencher bien des passions pour les générations à venir.

On en parlera la semaine prochaine.

 

06.11.2006

Mixité

Chaque fois que je croise une femme voilée, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle le porte un peu à cause de moi.

Pourtant je n'ai rien fait moi; pas un geste, pas une parole ou un regard offensant. Et ce qui me vexe, c'est qu'elle doit avoir une bien piètre opinion des hommes si elle craint que, sans la protection de son hijab, je me laisserais aller à des comportements répréhensibles.

Suis-je donc à ce point dévoyé que la vue d'une chevelure, d'une nuque ou d'une silhouette déclencherait une éruption hormonale incontrôlable? Je lui en veux un peu de ne pas me faire confiance et de se méfier de moi.

Et si elle agit selon  les recommandations de ses frères ou pères, quelle image des hommes reçoit-elle et quelle définition d'eux-mêmes offrent-ils à leurs soeurs ou filles?

Ce ne serait donc pas tant la religion qui impose le voile que le regard des hommes supposé avilissant , concupiscent.

Et je croyais que les taxis conduits par des femmes ( voilées) réservés uniquement aux femmes  ne circulaient qu'à Téhéran.

Or voici que Londres et Rio de Janeiro instaurent également des taxis unisexes ( à Rio !) Qu'au Japon les chemins de fer proposent des wagons interdits aux hommes et qu'on envisage chez nous des jours réservés aux femmes dans nos piscines municipales!

Ségolène Royal a raison; ce qui est en cause de nos jours c'est l'éducation, l'apprentissage du respect à défaut de galanterie et de civilités à défaut de politesse. 

30.10.2006

Dictature

Dans quel pays les ménagères laissent-elles la cuisinière allumée toute la journée pour économiser les allumettes?

Cette anecdote nous vient de Achkhabad, capitale du Turkménistan. Vous savez, cette ancienne république soviétique au nord de l'Iran et de l'Afghanistan, grande comme 15 fois la Belgique, où l'absurde le dispute à la cruauté d'une des pires dictatures au monde qui pèse sur  5 millions d'habitants.

Ce pays créé par les russes en 1924 réunit 5 zones tribales et proclama son indépendance en 1991 sous la houlette d'un ancien apparatchik qui renia vite Moscou pour fonder un régime à son seul profit et à sa seule image.

Tous les lieux culturels sont fermés, sauf l'opéra, le nombre d'étudiants est plafonné par décret présidentiel à 3.000, les études universitaires sont limitées à 2 ans quelle que soit la faculté, et la vieillesse, toujours par décret, est fixée à 85 ans.

Les chinois avaient le petit livre rouge, les lybiens le petit livre vert et les turkmènes sont priés d'apprendre le rouhnamé, 2 volumes de 400 pages rédigé de la main du guide spirituel, à mi-chemin de la bible et du coran, mâtiné de philosophie à la petite semaine et d'une poésie de mirliton.

Le président Niazov revendique une filiation divine; il a renommé les mois de l'année à son image; ainsi Janvier porte son nom Niazov, avril le nom de sa mère, mai celui de son père et octobre le nom de son livre Rouhmané.

Ne reconnaissant que l'astre solaire comme égal, il a fait construire sur la grand-place une colonne haute de 75 mètres au dessus de laquelle se dresse une statue de 14 mètres à son effigie qui tourne  lentement sur elle-même pour faire face au soleil à tout moment de la journée.

Combien de temps perdurera cette mascarade?

Aussi longtemps que la communauté internationale et singulièrement l'Europe aura besoin du gaz turkmène et tant que persistera la crainte de voir ce pays musulman basculer dans l'intégrisme.

Or c'est précisément ce qui va se passer si les habitants n'ont plus pour seul recours que de se réfugier dans la religion et si les seuls à se tenir à leurs cotés sont les religieux.

Car des dictateurs comme Niazov n'engendrent jamais rien de bien; jamais et nulle part. On le sait qu'ils ne laissent à leurs suites que pires régimes ou  chaos puisqu'ils ont systématiquement éliminé les opposants, les intellectuels, les artistes, les journalistes, toutes formes de contre-pouvoirs.

On le sait... mais c'est comment encore le nom de cette capitale?

Banque Lambert

Je ne retire rien au mérite de Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006 ( cfr post du 23/10/2006) en disant que, depuis longtemps déjà, les plus pauvres, privés de tout crédit, avaient imaginé un système d'auto-crédit original.

Puisque les banques les récusaient, ils se sont regroupés en coopérative informelle de quelques personnes qui, la fin du mois venue, cédaient une partie substantielle de leur paie de ce mois pour constituer ensemble un petit pactole qu'ils remettaient à l'un d'entre eux. L'heureux élu se retrouvait ainsi avec sa paye normale + le petit capital prêté par ses comparses. Ainsi, il pouvait faire face à une dépense imprévue (souvent un décès) ou acquérir le bien d'équipement  qui dépassait son revenu mensuel habituel.

Ensuite, il se serrait la ceinture pendant 4 à 6 mois pour rembourser ses coopérateurs . Venait alors le tour d'un autre membre du groupe de pouvoir bénéficier du système qui fonctionnait sans papier et sans autre garantie que la bonne foi des uns et des autres, animée il est vrai par la crainte, à défaut de remboursement, de ne plus jamais avoir accès à quelque crédit que ce soit.

Par dérision ils appelèrent ce système de crédit informel la " Banque Lambert" du nom sans doute de la banque qui leur refusa l'accès.

Ces précurseurs ignorent sans doute que la banque Lambert est devenue la BBL qui elle même s'appelle ING de nos jours.

Mais surtout ils s'étonneraient d'apprendre que dans nos pays aussi des banques alternatives (telle CREDAL www.credal.be ) ont vu le jour qui assurent des micro-crédits aux habitants démunis de nos villes et nos villages.

Je ne retire rien au mérite de Muhammad Yunus qui a donné une forme professionnelle aux micro-crédits à travers le monde, je rends hommage à ceux qui , seuls face à leurs problèmes, avaient eu le courage de se soutenir et d'innover en n'omettant pas de railler ironiquement ceux-là même qui les rejetaient.  

23.10.2006

Prix Nobel

Elle s'appelle Joly, 42 ans, enjouée, ronde, congolaise.Un mari enseignant c.-à-d. peu et rarement payé; 5 enfants c.-à-d. la misère. La vraie, peu d'hygiène, un toit de tôles loué sans eau, des coupures de courant incessantes, des scolarités intermittentes pour les enfants, des repas " alternatifs".

Des Joly, j'en ai connu des centaines qui quémandent de l'aide. Evidemment, naturellement. Comment faire autrement que de tendre la main?

Alors on prête quelque argent qu'on ne revoit bien entendu jamais. Comment pourraient-ils d'ailleurs rembourser puisque ce prêt ne change rien à leur situation.

 " Donnez leur un poisson, ils mangeront un jour"

Constamment sollicité, c'est en 2003 que j'ai changé d'approche. Puisque je sais à peu près ce que faire du business, même à petite échelle, veut dire j'ai fait savoir que je ne prêterai plus qu' à ceux et celles qui savent m'expliquer l'usage qu'ils feront de la somme prêtée, la solution pérenne qu'ils en attendent et la " rentabilité" qu'ils en dégageront. Je passe donc en moyenne 30' à discuter avec le demandeur avant de consentir un prêt.Pas de dossier, de business-plan mais juste apprécier la cohérence du projet.

Joly avait une machine à coudre. En panne. Elle avait besoin de usd 40 pour la réparer. Elle est ainsi devenue la 25° bénéficiaire de mon système; elle remboursera usd 51 en 10 mois avec le profit de la fabrication de blouses qu'elle confectionnera à nouveau à la machine.

" Apprenez leur à pêcher, ils mangeront tous les jours" ( proverbe chinois)

 

C'est dire si le prix Nobel de la Paix accordé la semaine dernière au Bangladais Muhammad Yunus, le banquier des pauvres, fondateur de la Grameen Bank, spécialisée dans les micro-crédits me fait plaisir puisque j'adhère, à une échelle très modeste, parfaitement à sa conception.  

Récemment dans un avion, mon voisin en mission pour l'Union Européenne me questionnait sur les mesures urgentes à prendre pour relancer l'économie en Afrique. On cite souvent, à raison, les infrastructures car les routes, les ponts, les ports et le rail sont indispensables à la circulation des hommes et des biens.Je lui ai cependant répondu de ne pas négliger le crédit; toute l'économie occidentale repose sur l'emprunt. Peu d'occidentaux payent cash leurs maisons ou leurs voitures. Il y en a même qui empruntent pour leurs vacanses, le mariage de leurs enfants ou payer leurs ... impôts. En Afrique pas de crédit bancaire sauf auprès de la très renommée " Banque Lambert" dont je parlerai la semaine prochaine.

15.10.2006

Le poids des mots, le choc des images

Sans émettre de jugement sur leur contenu, je dois constater la force de frappe des 2 fichiers attachés à ce post qui illustrent la façon dont évolue le monde de la connaissance, de l'information, de la communication, de l'image, de l'instantanné.

http://www.youtube.com/watch?v=vchjz63RSa4

pubMTVcensur_USA.pps ( via goggle)

Cet univers évolue au rythme de sa technologie, bien plus vite que les mentalités, les cultures et les hommes.

Hier matin j'étais encore au Katanga à Lubumbashi, en visite d'usine; hier après-midi à Kinshasa en réunion budgétaire, hier soir dans l'avion SN Brussels( en compagnie de M. di Rupo d'ailleurs); ce matin je fouinais dans une brocante à Waterloo.

Est-ce raisonnable d'aller ainsi?

Pourtant je n'ai ni le sentiment de papillonner ni la crainte de la superficialité. Simplement je mesure le risque de ne retenir de la politique belge que le phrasé laborieux ( et merveilleux) de M. Michel Daerden et de l'Amérique que ces pubs patchwork qui jouent sur des  comparaisons incomparables mais tapent droit à défaut de taper juste.

Alors on se calme, on s'assied et comme ce soir on tape... sur ce clavier. 

 

PS ( c'est le cas de le dire) : ce post doit beaucoup à Michel Daerden!

25.09.2006

Leonard de Vinci

Léonard de Vinci qui enrichit l'humanité de ses études de physique, de mécanique et d'architecture, qui s'intéressa aux machines hydrauliques et aux mouvements des fluides, à qui on attribue l'invention du parachute, de l'hélicoptère, de la bicyclette, du scaphandrier ; lui qui nous laissa "la Joconde" et prit la mesure de toutes choses, estima à la fin de sa vie ( 1519) " J'ai gaspillé mes heures".

Il avait parfaitement intégré qu'il ne s'agit pas tant de vivre mais de savoir ce qu'on fait de nos jours.

Mais si lui craint d' avoir " gaspillé" ses heures, que pourrions-nous dire des nôtres alors!

28.08.2006

L'empire céleste

Si vous regardez une mappemonde en Chine, vous remarquerez qu'en son centre trône la Chine et que l'Europe apparaît comme une vague péninsule à l'extrême ouest de la carte. La Chine est "l'empire du milieu", riche de 5.000 ans d'histoire et de civilisation qui lui fit connaître la cruauté la plus vive et le raffinement le plus exquis, comme sa calligraphie qui depuis des siècles nous fascine et nous interpelle.

Alors, ce jour là, par une après-midi torride de début août, il dessinait des caractères chinois sur les dalles surchauffées de l'allée principale d'un parc à Shanghai .Voûté, un gros pinceau au bout effilé à la main droite, un seau d'eau à la main gauche, la cigarette aux lèvres il inscrivait à l'eau un caractère par dalle, indifférent aux passants qui s'arrêtaient pour lire ce texte qui petit à petit, sur une surface totale de 4 m2, devenait intelligible.Il fallut du temps et de la patience pour qu'il arrive au bout de son ouvrage et qu'enfin il se redresse pour se relire.

Mais à peine avait-il peint le dernier caractère que le premier déjà s'estompait, son eau évaporée sous un soleil incandescent. Petit à petit toutes les lettres, les unes après les autres, ainsi disparurent de sorte que le texte complet ne fut que fugacement compréhensible par ceux qui n'arrivèrent ni trop tôt ni trop tard.

Son pinceau à la main, il recommenca quelques mètres plus loin un autre poème éphémère habillé de traits évanescents, exact contre-point de cette Chine éternelle, qui était en cet après-midi aussi une Chine céleste.

Le passeport chinois

S'il est aujourd'hui facile d'obtenir un visa et de voyager en Chine, pour autant il reste malaisé de communiquer avec ses habitants.

Leur langue et leur indifférence à notre égard, du moins dans les grandes villes, sont autant d'obstacles à des échanges concrets. Les personnes affectées au contact avec les étrangers dans les hotels ou les commerces manifestent bien des signes d'attention, voire de déférence, mais s'en tiennent à des rapports strictement utilitaires.

Toutes ces barrières basculent devant l'enfant.

Si vous accompagnez un enfant, les visages s'éclairent, les sourires s'affichent et il est courant que des attroupements se forment devant le maxi-cosy ou la poussette pour l'admirer, le toucher ou le photographier.

On reste un peu interloqué par cet empressement mais comment résister à cette gentillesse collective non feinte qui permet d'échanger quelques mots et, à cette seule occasion, de se sentir vraiment les bienvenus.

Cette attirance s'explique par deux phénomènes typiquement chinois. D'abord les enfants en bas-âge sortent rarement de chez eux par crainte de la pollution, des accidents, par habitude. Les chinois utilisent peu les landaus et poussettes; ils portent généralement leur enfant dans les bras.

Dès lors, cette petite tête blonde, gracieusement installée dans sa pousette, fait sensation dans les lieux publics et constitue le meilleur des passeports.

L'autre motif résulte de la politique nataliste imposée par le gouvernement depuis 20 ans: un enfant par couple. Traumatisé par les famines des années 60 et soucieux de lutter contre la croissance exponentielle de la population ( Jacques Dutronc chantait " 700 millions de chinois et moi.." , ils sont 1.265.000.000 aujourd'hui) , le gouvernement chinois découvrit rapidement les effets pervers de cette décision. D'abord le nombre d'avortements et d'infanticides explosa puisque la nature humaine, fut-elle chinoise, est ainsi faite que la propension à se reproduire reste une des pulsions les plus réfractaires aux lois des hommes. Ainsi, le ratio hommes/femmes en Chine s'établit à 106,74 nettement plus élevé que la moyenne mondiale ( 101,44) car, à choisir, les couples chinois préfèrent un fils unique. Et le ratio appelle une révision d'urgence de la loi lorsqu'on constate que chez les enfants de 0 à 4 ans, il atteint 119!

D'autre part, la proportion de personnes agées va, mécaniquement, augmenter si la natalité baisse. On estime le nombre actuel de personnes de + de 65 ans à 88 millions soit 7% de la population. Mais ce poucentage va grimper à 21% en 2040!

Le gouvernement a dès lors assoupli sa position; à la campagne vous pouvez avoir 2 enfants si l'ainée est une fille ou encore si vous ou votre conjoint est issu d'une des minorités ethniques reconnues. Mais plus fondamentalement, 2 enfants sont admis si le père et la mère sont tous deux enfants uniques. Cette dernière mesure va concerner tous les jeunes adultes issus de la politique nataliste entrée en vigueur il y a 20 ans et qui arrivent en âge de procréer.

Cependant, si les aspects quantitatifs semblent sous contrôle, une autre retombée de cette politique, plus insidieuse, risque de bouleverser la société chinoise.

C'est le regard que les parents portent sur leur enfant. Alors que la société chinoise a toujours prôné la primauté de la " communauté" sur l'individu, voici que l'enfant-sujet devient le centre de tous les intérêts de la famile, avec les excès et dérives éducationnelles que ce statut d'enfant-roi peut provoquer.

Mais lorsque les 1.454.000.000 chinois prévus en 2020 seront tous des enfants-rois devenus adultes, il n'est pas acquis que les leviers de fonctionnement et de manipulation des " masses" obéiront aux mêmes mécanismes qu'aujourd'hui.

A la nuance près que dans 15-20 ans ce seront ces enfants, produits de cette politique controversée, qui tiendront à leur tour les commandes du pouvoir. 

 

En attendant, une jolie chinoise aux longs cheveux de jais, s'accroupit près de l'enfant blond, colle son visage contre le sien, ouvre les doigts en forme de V et  pose pour la photo que ses amis chinois s'empressent de prendre avec leurs gsm. Puis la chinoise ravie se relève et désignant l'enfant, déjà habituée à ces séances photo, nous dit:" She is a movie star" . 

19.06.2006

Vu à la TV

Pleine page, une pub parmi tant d' autres, des mots accrocheurs, un design kitsch, des couleurs étudiées, une photo" plus bateau que cela tu coules" mais incrusté en médaillon blanc sur fond rouge, l'argument qui tue : " Vu à la TV".

T' imagine, cet article, on l'a vu à la télé!! Si c'est pas sérieux ça!

Psychologue de salon-lavoir, le publiciste, ce fils de pub, a compris cette fulgurance; quand on a plus rien à dire, reste la TV.

C'est le degré zéro de l'honnêteté intellectuelle.

Avant on disait pour se dédouaner :" C'est du cinéma".

Maintenant pour se crédibiliser on dit " Vu à la TV"

Que de chemin parcouru. Mais pas dans le bon sens. 

07.05.2006

Calendrier ( 2 )

Si le nom des jours de la semaine correspond aux astres du système solaire (cfr le post du 1 mai ), l' appelation des mois ne peut se comprendre si on oublie que l'année n'a pas toujours commencé avec le mois de janvier.

Longtemps l'année démarra en "mars" de sorte que le 7° mois qui suivait s' appella " septembre", le 8° "octobre", le 9° "novembre" et le 10° "décembre". D'autres mois furent dédiés

-aux divinités célestes; " janvier" à Janus dieu au double visage, "mars" au dieu de la guerre du même nom, "mai" à Maïa et "juin" à Junon épouse de Jupiter 

-ou à des "divinités" terrestes; "juillet" à Jules ( César) et "août" à l'empereur Auguste.

 

A propos de calendrier, il y eut une polémique intense en France pour fixer la date de la commémoration annuelle de la fin de l'esclavage. La France, comme la Belgique d'ailleurs, a bien du mal à se débarasser de son passé et cherche quelques rites expiatoires pour lui permettre sans trop s'autoflageller d' assumer la part d' ombre de son histoire.  

Bref, la date du 10 mai, mercredi prochain, a été retenue.On en reparlera donc dans 8 jours

01.05.2006

Calendrier

L'astronomie a toujours subjugué les hommes; il faut reconnaître que l'infiniment grand interpelle et fixe les limites de la compréhension humaine.On y reviendra bientôt.

Juste en clin d'oeil;

- les jours de la semaine ont été nommés selon les astres du système solaire: lundi pour la "lune"- mardi pour "mars"- mercredi pour "mercure"- jeudi pour "jupiter"- vendredi pour "vénus"- samedi pour " saturne" et sunday pour le "soleil".

- jeudi prochain, le 4 mai, à 2 minutes et 3 secondes après une heure du matin le temps présentera la configuration unique suivante:

                            01;02;03 du 04-05-06 

 

(avec l'aimable collaboration de J-L Xhonneux et M. Robertz)

19.02.2006

Les graisses de l'âme.

 

Je connais plusieurs " pontés" des coronaires; des simples, des doubles et même un quintuple qui se portent bien. Ils avaient accumulé trop de graisse dans les vaisseaux, trop de cholestérol, trop de sédentarité.

 

De même, nous accumulons souvent trop de tout autour de nos canaux de pensée, nos vaisseaux d'idéal, nos battements de réflexion, nos pulsions d'éthique.

Il faudrait pouvoir ponter nos calcairisations de l'esprit, placer un stent sur nos préjugés.

Il faut brûler les graisses de l'âme.

22.01.2006

Physique; science humaine ?

 

Il ne faut pas avoir vécu beaucoup pour savoir que deux lois de la physique s'appliquent parfaitement aux relations humaines:

 

- la plus grande force naturelle est l'inertie: on ne pèse jamais aussi lourd que quand on est mort. Et beaucoup font le mort.

 

- la perte d'énergie par frottement :

 

Vous avez une semaine pour y être attentif si vous ne me croyez pas.

 

16.01.2006

Démo

 

Démocratie, démagogie, démographie.

Le plus grand défi qui attend le monde de nos enfants n'est pas l'instauration de la démocratie mais la démographie. Avant de voter, de gouverner, il faut être.

La population mondiale a connu un développement exponentiel : 5 millions d' habitants il y a 10.000 ans - un premier milliard en 1800 - le deuxième en 1930 - un troisième en 1960 - le quatrième en 1975 et nous serions 6,5 milliards aujourd' hui. Cette croissance se stabilisera à 9,5 milliards en 2050.

Pourquoi s'inquiéter?

Car la population est comme un vélo ( ou une moto) , si elle n'avance pas elle tombe et la dextérité particulière pour réussir à faire du surplace sans chuter ne peut s' improviser. Or, d' énormes déséquilibres régionaux apparaissent crûment.

 

Si l' Europe représentait 20% de la population mondiale en 1900, elle n' en représentera plus que 7% en 2020 tandis que l'Afrique, qui compte actuellement 906 millions d'habitants, culminera à 1,937 milliard dans 50 ans jouant dans la cour des grands , l'Inde, l'Indonésie, la Chine  largement à plus d'un milliard. Autant dire qu'il faudra sérieusement tordre le bras au principe démocratique de base: " un homme, une voix" pour se faire entendre dans une Europe revenue à 650 millions d' habitants, avec à ses portes 100 millions de personnes en Turquie, 100 au Maghreb et 100 millions encore en Egypte qui seront, si on n'y prend pas garde , lassées de vivre dans des pays " privatisés " par leurs nomenclatura locales.

 

L'exemple de l'Europe n'est pas isolé et à tout prendre le Japon devrait autrement plus s'inquiéter. Voici un pays qui dès maintenant, voit sa population décroître avec une natalité de 1,288 enfant par femme contre 2,2 enfants nécessaires au seul renouvellement des générations.Et le caractère insulaire du Japon accentue l' acuité de cette question. Avec 2% d'allochtones, l'archipel  ne peut compter sur un solde migratoire positif pour compenser une natalité domestique défaillante. De 127 millions, les japonais passeront sous les 100 millions en 2020 et sous la barre de 50 millions en un siècle. C'est peut-être pour cette raison que  l 'épouse du prince héritier est si déprimée.

 

Mais 50 ans c'est loin! En cette matière, faux. Une génération c'est 30 ans et toute politique en ce domaine épouse la trajectoire d'un navire qui, moteur coupé, vire sur son aire, lent et majestueux. Si on vote tous les 4 ans, on impulse une politique démographique pour 30 ans. D'où le peu d'empressement de placer cette question au centre des débats politiques. De plus, et ici la démocratie montre à nouveau ses limites, comment convaincre un électorat vieillissant qu'il faut rendre la société, les rues et les immeubles " enfants admis", ouvrir nos frontières aux "autres" et promouvoir les échanges lorsque, par l'âge et l' abêtissement d'une vie vécue par procuration, ces électeurs privilégient la sécurité, la résistance au changement, le corporatisme et le conservatisme. D'accord pas tous. Ni vous, ni moi, ni vos proches mais quelques uns quand même. Suffisamment pour qu' une démocratie exercée dans une cité peuplée à 40% d'inactifs âgés de plus de 60 ans n'ait aucun sens.Pas plus qu'un ordre mondial qui laisserait sur la touche des pays et des continents devenus, et de loin, majoritaires.

 

Alors l'Europe deviendra-t-elle ce qu'elle n'a jamais cessé d'être, " un petit cap du continent asiatique"  pour reprendre l'expression de Paul Valery?

 

Je vous promets d'en faire un sujet en 2050.

 

15.01.2006

La part de l'art

Cité par JPDR

" Un crayon n'est pas de la mine et du bois, c'est de la pensée au bout des doigts"   Henri de Toulouse Lautrec.

 

Le rôle ultime de l'art a considérablement évolué avec le temps. On s'accorde à penser que sa fonction initiale fut de représenter et d'exorciser un monde qui faisait peur et qu'il fallait craindre.Le religieux fut longtemps le réceptacle privilégié des oeuvres artistiques comme l'animisme mobilise encore bien des talents.

A ce stade, l'artiste est au service de, fut-il Michel Ange ou Mozart.

 

Ensuite, les artistes mirent l'accent sur la recherche et l'expression de leur propre vision des choses. Ils étaient en quête de, peut-être surtout d'eux-mêmes.

La récente prolifération des contacts entre les hommes et les cultures

met en exergue un troisième rôle, celui de l'intégration par la présentation à l'autre de sa perception artistique. 

Si ces trois aspects fonctionnels sont consubtantiels à l'art, on perçoit que l'inflexion prise accentue la responsabilité sociétale de l'art ; amener l' homme, après l'artiste, à comprendre et accepter son humaine condition.

Il ne s'agit pas tant de donner à voir une scuplture ou à écouter une musique que de donner un contenu à notre vie.

 

Si tant est que l'art doit avoir un sens! 

 

20.12.2005

L'avenir prend le train

 
6 h 50 ce matin, gare du midi. Je remonte à contre-courant le flot incessant des navetteurs matinaux qui déboulent sur une ville grise et humide. C'est leur lot quotidien et certains en portent les stygmates sur leur visage. Des jeunes femmes se pressent. Je ne peux m'empêcher de penser à leurs enfants, déjà parqués quelque part.
Le Thalys est plein et ponctuel. Je me remémore les tracas des trajets en voiture vers Paris dans le brouillard parfois, le crachin souvent, l'urgence toujours.C'était avant le TGV qui a significativement désengorgé l'autoroute de Paris.
Mais pas les villes.
Il y avait 700.000 autos en Belgique en 1955 - 2.500.000 en 1975 et 4.600.000 aujourd'hui. Le matin, pour parcourir les 6 kms qui me séparent du bureau, je déplace 1.200 kgs de métal à une vitesse de 12 km/h. Et je ne suis pas à plaindre. Certains collègues passent entre 1h et 1h20' chaque matin dans les embouteillages.
Sommes-nous tous fous? Ici plus qu'ailleurs, Sartre a raison :" l' enfer c'est les autres".
Mais j'ai acheté un vélo: 21 vitesses, selle en gel, cornes au guidon. Je suis prêt pour l'été, le soleil, les pistes cyclabes, les vestiaires-douches au bureau.
Bref, pour tout ce qui n'existe pas.
   

14.12.2005

Terminator

 
Ce matin, dans la Californie de Terminator,  Stanley " Tookie" Williams a été exécuté.
Ne refaisons pas son procès ou celui de la peine de mort. Constatons qu'il attendit 24 ans dans le couloir de la mort, traversé de périodes alternées d'espoir et de désespoir.
Faire patienter les condamnés aussi longtemps, est-ce du sadisme?
D'abord, c'est le temps souvent nécessaire pour " épuiser toutes voies de droit" en matière de recours.
Ensuite et surtout, le temps fait une oeuvre parfois salvatrice ; celle de constater quelques erreurs. Je ne dis pas " réparer" car comment le pourrait-on lorsqu'une personne arrêtée avoue être l'auteur d'un crime imputé à un autre? Comment rendre à celui-ci son honneur, ses années de prison, sa confiance dans le genre humain qu'il a dû renier? Que dire à ceux que  les tests ADN pratiqués depuis une dizaine d'années ont innocentés ; 165 personnes aux USA dont 12 se trouvaient déjà dans le couloir de la mort ? Douze.
Imaginez le coefficient d'erreurs en Chine qui exécuta 5.000 personnes en 2004 pour
"seulement" 59 aux USA.
Ce matin, 37 invités assistèrent à l'exécution par injection. C'est un progrès.
Avant, les exécutions étaient publiques, pour que les malandrins craignent la justice. Mais en France, on dut stopper les décapitations publiques en 1939.
Le bon peuple huait les bourreaux, croyez-vous.
Détrompez-vous. Des femmes hystériques, de plus en plus nombreuses, venaient tremper leurs mouchoirs dans le sang des guillotinés. 

02.12.2005

Mercenaires


Si les femmes ( et quelques hommes) exercent le plus vieux métier du monde, les hommes ( et quelques femmes ) pratiquent l'autre plus vieux métier : mercenaire.
Athènes et Rome avaient les leurs, Louis XV ses régiments suisses et il fallut attendre la bataille de Valmy en 1792 pour qu'apparaisse une armée, selon le modèle français, composée de citoyens-soldats. 
Depuis, on a supprimé le service militaire, transformé les casernes en vastes bureaux et développé la bonne idée de guerre propre " zéro mort" ( à la télé, car sur le terrain 2.100 GI's ont eu la mauvaise idée de contester la doctrine officielle).

Alors, en Sierra Leone, au Libéria, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan et bien sûr en Irak, les anciens de la légion, du SAS britannique, du 32° bataillon sudaf, les Gurkhas et autres GI's démobilisés se font recruter par l'une des 3 sociétés qui dominent un marché de 6 milliards de dollars de chiffre d'affaires par an et s'en vont, pour 400 dollars par jour, protéger des diplomates, des puits de forage, des convois humanitaires ou encadrer des unités locales.

Pourquoi cette privatisation de la guerre? D'abord, c'est dans l'air du temps, on privatise à tout va même les armées. 56% du budget du Pentagone vont à des contrats avec des privés. Ensuite, on a fait les comptes. En Sierra Leone, 300 " privés " ont sécurisé la capitale Freetown pour un budget de 36 millions de dollars alors qu'il avait fallu stopper sur un échec la mission de l'ONU qui avait mobilisé 8.000 casques bleus régionaux et consommé 500 millions de dollars .Enfin, les cercueils des privés sont ce qu'ils doivent être, muets.

Tous des têtes brûlées, ces soldats sans armées?
Pas tous. Les 3 sociétés principales sont filiales de groupes américains honorablement connus et même  cotés à la bourse de New-York. Ces nouveaux " corsaires du roi " reçoivent des "lettres de marque" des états intéressés qui font exception aux lois interdisant les milices privées.
L'une d'elles par exemple a recruté 10.000 anciens sous-officiers ou officiers dont 340 généraux à la pré-retraite(!) qui s'offrent une seconde carrière, un peu d'adrénaline et un vent d'exotisme.
 
Mais si les catins suivent, depuis des siècles, les mercenaires dans leurs errances, ce n'est que dans la chanson de Piaf "qu' il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire"


16.11.2005

Dans une avalanche

 
Dans le dossier du grand prix de F1 à Francorchamps, dans l'affaire de la Carolo, les sites pollués, le réchauffement de la planète, la pénurie du don d'organes, le prix du pétrole, les victimes de la canicule, la prolifération du sida, l'affaire du Heysel, des banlieux, la tronche de son voisin, le regard de ses enfants, le sourire las de ceux qu'on aime, la création du monde bref en tout lieux, personne n'est jamais comptable de ses actes.
 
C'est comme dans une avalanche; aucun flocon ne se sent responsable.

13.11.2005

L' enfant


Née à Namur, morte à Namur à 2 ans. La petite Théa a succombé à sa maltraitance.
L' enfance assassinée est une zone de silence, qui précède les allées du cimetière

Selon l'Inserm ( Institut national français de la santé et de la recherche médicale) les âges critiques pour une mort violente sont de 15 à 24 ans et de... 0 à 18 mois.
Contrairement aux idées reçues, les facteurs affectifs, l'incapacité à répondre aux exigences d'un bébé qui pleure, priment les facteurs socio-économiques.Et plus surprenant, la mortalité des moins de 18 mois touche surtout les petits garçons. Trois-quart des morts violentes concerne les bébés masculins.
Même si les statistiques font état d'une régression des morts suspectes, comment rendre justice aux petits des hommes que ceux-ci ont supplicié ? L'autopsie n'est pas systématique et la prévention reste lacunaire.
 
Pendant la projection du film des frères Dardenne ( affiche dans la colonne de gauche)
- palme d'or 2005 à Cannes- je regardais Bruno ( formidable Jérémie Renier)  en me disant:
" Il n'est même pas méchant ! "
Je l'aurais voulu laid, brutal et mauvais pour pouvoir m'en différencier. Mais les Dardenne ont le génie trouble de le présenter autrement ; immature certes mais surtout non-structuré.
 
Les enfants maltraités, les enfants vendus, les enfants niés; un vrai défi de société. Soutenir la parentalité, intervenir dès la grossesse et accompagner les parents qui n'ont pas investi leur fonction nouvelle c'est admettre la vérité;  le métier de père ou de mère est le seul qu'on ne nous apprend pas.
 
Dans la réalité namuroise ou la fiction cinématographique, tous les enfants ne naissent pas égaux .
 





08.10.2005

Le souffle du Nobel


Formidable pied de nez du comité Nobel à G.W. Bush.
En attribuant le prix Nobel de la paix 2005 à l'AIEA et à son directeur général El Baradei, le comité ne récompense pas seulement, comme il feint de le préciser," leurs contributions à la non prolifération des armes atomiques", il soufflète surtout G.W. Bush qui s'est opposé à l'AIEA dans le dossier irakien et qui, pas plus tard que le mois dernier, tenta de remplacer El Baradei à la tête de l'AIEA.
Car d'un strict point de vue factuel, l'efficacité de l'AIEA pourrait être discutée: l'Iran ou le scandale du réseau Kahn en sont deux exemples.Par contre, en Irak l'AIEA avait vu juste.
Rappelons-nous; les Etats-Unis ( et quelques pays européens) brandissaient la menace de la détention par l'Irak d'armes de destruction massive. S. Hussein, de fait, narguait l' AIEA chargée de mener des missions d'investigation en Irak ( jusque dans le palais présidentiel ! ).
Il se jouait d'elle en multipliant les mesures dilatoires, les démentis ambigus, les provocations. Mais l'AIEA conclut cependant à l'absence d'armes de destruction massive. Le président US répéta sa conviction du contraire et envahit l'Irak.Puis, il persista dans l'erreur en soutenant que ses troupes trouveraient ces armes  " c'est juste une question de temps". Le monde entier constata la duperie. Et comme "on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps" G. W. Bush rebondit alors, sans rire, sur une nouvelle raison de poursuivre la guerre: implanter la démocratie.( nous y reviendrons)
Un subtil revirement , subtilement orchestré par de subtils experts en communication. 

Patatras! Le prix le plus prestigieux- celui là même qui fut attribué à Dunant(1901), à la Croix- Rouge( plusieurs fois), à A. Schweitzer (1952), au HCR, à R. Cassin, à Amnesty (1977), à mère Teresa (1979), au Dalaï Lama ( 1989) et 3 fois à des pts belges dont le père Pire ( 1958)- échoit à ceux que Bush avait dédaignés. Le message sublimal de ce prix est clair; l'AIEA avait raison, Bush tort et cette guerre est inutile. CQFD
 
PS: Message à Elio Di Rupo: un seul militaire reçut le prix Nobel de la paix, le général G. Marshall en 1953 pour son plan de reconstruction de la Wallonie ( pardon de l'Europe)

20.09.2005

Schröder, Raus?


Le 5 septembre, je disais que Schröder perdrait les élections ( cfr " L'Iran aura sa bombe).
Rien d'original, tout le monde le prédisait car on ne sort pas indemne de tant d'années de pouvoir, marquées par la sécession d'un "ami " et l'émergence d'un million de chomeurs supplémentaires. Laissons Schröder à son bras de fer avec Merkel qui s'apparente à un double suicide politique. Et laissons le règler ses comptes avec Oskar Lafontaine qui, en radicalisant la gauche, lui piqua 8% des votes. La gauche de la gauche avait déjà précipité l'échec de L. Jospin en France; voici qu'elle récidive en Allemagne! Bref, l'Allemagne est mûre pour une coalition originale. La Belgique, championne de l'engineering politique, pourrait ,à cet égard, leur expliquer les vertus des majorités asymétriques, notre dernière trouvaille. 
Ce qui interpelle beaucoup plus, fut l'absence, dans le débat électoral, du plus important problème allemand de l'heure ; la dénatalité avec 1,3 enfant par femme.A ce rytme, le pays le plus peuplé d'Europe va connaitre des lendemains douloureux. Non pas tellement parce que le nombre d'allemands va diminuer mais parce que l'Allemagne va mal vieillir. Dans son économie, ses finances, son attitude, ses projets , dans sa tête au risque de devenir une société "enfants non admis".Quand je dis des lendemains, vous aurez rectifié ; des surlendemains car les problèmes vont se poser à l'horizon d'une ou de deux générations et c'est ici que la politique montre ses limites. 
On va voter en Allemagne au mieux dans 4 ans, au pire dans 6 mois.Comment capitaliser sur un problème pour lequel aucune politique- aussi volontariste soit elle- ne dégagera de résultats à ( brève) échéance électorale.  De plus, ni "das Mädchen" Merkel ni Angela Schröder n'ont d'enfant.
Mais le silence des politiques ne devrait pas empêcher les citoyens de réagir d'autant que, prioritairement, la question de la natalité relève de la sphère privée.Deux chimères biaisent actuellement la perception des hommes et des femmes en âge de procréer. 
Le mythe d'abord de l'épanouissement par le travail, la primauté d'une carrière professionnelle, accomplissement naturel du cursus scolaire.Attendre du travail un épanouissement et une reconnaissance est, pour beaucoup, un leurre, soigneusement entretenu par ceux qui s'en servent.Et en aucune facon il ne devrait interférer dans les choix de vie. Mais on connait- pour le vivre- l'hésitation de l'oiseau en cage devant sa grille ouverte.
La deuxième chimère concerne ces 35% d' hommes célibataires de 25 à 35 ans qui revendiquent leur liberté et déclarent ne pas vouloir d' enfant. Quelle liberté? Ils méconnaissent une vérité qu'ils ne pourront découvrir qu'en l'expérimentant et qui est le socle de la vie:  la présence de l'enfant est indispensable à la définition de soi.