19.06.2011

"Le divorce belge"

Titre prémonitoire d'un livre écrit en 1968 par Lucien Outers, spécialiste du droit international et en ce temps là, député FDF. 

Et voici qu'en 2011 la Belgique est comme ce boxeur KO debout; elle n'est pas tombée mais complètement groggy, incapable d'encore lever les gants et à la merci de la moindre pichenette.

Pourquoi en sommes nous arrivés là?

Principalement à la suite d'un énorme malentendu entre les deux principales communautés linguistiques du pays.

Une Flandre qui estime qu'après avoir été humiliée par une Belgique unitaire francophone, elle est maintenant bridée dans son développement et son autonomie par une Belgique fédéraliste pataude et inaboutie.

En face, une communauté francophone qui ne comprend pas que la Flandre ne soit pas encore repue après toutes les concessions accumulées au fil du temps qui, de réformes en révisions, ont fait le lit d'une Flandre aujourd'hui région la plus peuplée et la plus riche du pays mais qui ne parvient pas à se départir du complexe d'un minoritaire.

En réalité, l'histoire de la Belgique ressemble à une course à étapes dans laquelle les francophones ont perpétuellement une étape de retard.

Quand ils arrivent, au prix d'un long cheminement intellectuel, à admettre que le français, seule langue officielle en 1830, doit céder la place au flamand devant les tribunaux de Flandre, nous sommes en 1873 et cette première loi linguistique apparaît comme une concession pour les francophones mais comme un juste droit pour les flamands qui, en 1840 déjà, rassemblaient 100.000 signatures sur une pétition à ce sujet. De sorte qu'ils ne remercièrent pas leurs compatriotes francophones pour cette législation nouvelle, tout occupés qu'ils étaient à revendiquer déjà la réforme suivante. Elle se concrétisa, après bien des réticences, en 1898 date à partir de laquelle les lois du pays seront publiées dans les deux langues!

Chaque fois que la Flandre, soutenue par le petit clergé qui transforma ses revendications en mystique populaire, obtint une nouvelle loi linguistique, comme en 1921 ou 1932 ou 1935, elle s'activait déjà à arracher la suivante alors que les francophones croyaient avoir obtenu une tranquillité linguistique nationale.

J'ai côtoyé un patron d'entreprise à qui je devais rappeler:" Si vous souhaitez donner quelque chose à quelqu'un, donnez lui vite car si vous tardez trop, ce ne sera plus un cadeau, ce sera un dû".

Ce décalage persiste encore de nos jours entre Di Rupo, Milquet et De Wever. Les francophones estiment avoir fait d'importants gestes de conciliation alors que 45% des flamands considèrent ces concessions comme acquises et sont déjà dans un autre démarche; la suivante. Les compromis négociés ne sont de la sorte jamais la représentation du commun dénominateur des satisfactions de chacun; ils sont le point d'aboutissement pour les uns, le point  de départ vers d'autres revendications pour les autres. 

Cette différence de timing est irrattrapable sauf à prendre des raccourcis avec l'Histoire ou prendre celle-ci à contre-pied par un renversement des logiques, car à vouloir courir après le mouvement flamand, on s'épuisera.

J'ai entendu Léo Tindemans, ex Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères, déclarer en petit comité au début des années 90 que dans l'histoire des Nations, jamais un fédéralisme à deux membres n'avait pu fonctionner.

Avait-il lu la veille "Le divorce belge"? 

 

 

23:22 Écrit par JLH Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique |  Facebook |

15.06.2010

A voté

 

En Belgique, le vote est obligatoire ; ce qui en soi est louable. Des sanctions sont d’ailleurs prévues pour les récalcitrants.

Les électeurs empêchés pour justes motifs (maladie, voyage, obligation professionnelle..) peuvent mandater un autre électeur pour voter en leur nom. Rien n’est cependant prévu pour les personnes (très) âgées.

Ainsi dimanche dernier, cette dame de 92 ans souhaitait donner procuration à son fils.

Le formulaire de procuration ad hoc devait être retiré, quelques jours plus tôt,  au « service de la population » de la commune .

L’employée communale : «  Pourquoi souhaitez-vous un formulaire de procuration ? »

Je réponds « Pour une dame de 92 ans »

« Avez-vous un certificat médical ? »

«  Mais cette dame n’est pas malade »

« Vous ne pouvez voter par procuration qu’en cas de maladie ou d’invalidité ».

 

Elle avait raison, c’est inscrit en toutes lettres sur la convocation, mais j’insistai.

« Mais elle n’est ni malade ni invalide ; simplement elle a 92 ans »

«  Vous avez quand même besoin d’un certificat médical, c’est la loi »

«  Elle ne va pas dépenser 35 euros de visite à domicile pour que le médecin atteste qu’elle a 92 ans ; sa carte d’identité suffit »

«  C’est la loi, Monsieur »

«  Réfléchissez un peu, la sécurité sociale est déjà en déficit, si des dizaines de milliers de seniors appellent leur médecin …. »

«  Je n’ai pas à réfléchir, ce n’est pas moi qui fais les lois »

«  Ce n’est non plus à vous à décider qui peut voter ou pas, je m’arrangerai avec le président du bureau de vote ».

 

Je sortis de cette joute verbale avec la procuration et la volonté d’en découdre au bureau de vote de mon quartier le jour de l’élection.

Dimanche 13 juin à 13h au bureau de vote, les deux premiers assesseurs, qui contrôlent les identités, ne posent pas de question à propos de la procuration et me donnent deux cartes de vote. Sans demander mon reste, je me précipite dans l’isoloir et accomplis mon devoir électoral et filial.

Mais le président du bureau de vote m’interpelle dès que je sors de l’isoloir : » Avez-vous le certificat médical pour cette personne ? »

Je lui réponds guilleret d'avoir déjà voté et curieux de sa possible réaction devant le (for)fait accompli : «  Son certificat c’est son âge, elle a 92 ans » et alors que j’allais développer toute une argumentation invoquant les droits de l’électeur âgé, la Cour de Justice,  le budget de la sécurité sociale et la démocratie, il me répondit débonnaire : » Bon, ce n’est pas tout à fait normal mais je comprends ».

Et j’entends, dans mon dos en m’éloignant : «  A voté ».

 

 

04.05.2010

BHV

Ceux qui proclament, parfois avec dédain, ne rien comprendre au problème de BHV m'agacent.

D'abord, on en parle depuis des années; ensuite, internet récompenserait rapidement un peu de curiosité. Ici même, on l'a déjà évoqué, notamment les 15-07-2008 et 01-11-2007. 

Alors, si Yves Leterme a eu tout faux en prétendant, pendant une campagne électorale, qu'il "suffira de 5 minutes de courage politique pour régler BHV", j'ai plaisir à vous garantir qu'il vous suffira de 10' pour lire ce post et briller dans les réunions de famille préélectorales.

* La langue française fut la seule langue officielle en Belgique jusqu'en 1898.

* En 1932, les Flamands proposèrent d'en faire un pays bilingue mais les Wallons, menés par Jules Destrée, refusèrent en espérant réserver ainsi aux seuls Wallons les emplois qui, à l'époque, requéraient, à tout niveau, la connaissance du français.

* On parla donc le français au sud et le flamand au nord; il restait à organiser les droits des minorités qui se trouvaient à la frontière entre les deux communautés. A cet effet, on décida de procéder tous les 10 ans à un recensement linguistique des populations communales et de garantir des facilités à une communauté linguistique lorsqu'elle dépasse 30% des habitants d'une commune. En réalité, un seul recensement eut lieu, en 1947 et ses résultats pénalisèrent la Flandre: 3 communes flamandes devinrent bruxelloises et 4 autres communes flamandes bénéficièrent de facilités.

* Début des années 60, constatant la francisation rampante des communes flamandes autour de Bruxelles, les bourgmestres flamands refusèrent d'organiser le recensement et exigèrent que la frontière linguistique soit définitivement figée pour arrêter la propagation de la "tâche d'huile" francophone.

* La frontière fut donc tracée en 1964 par le Ministre Gilson et des facilités reconnues à une trentaine de communes; ici pour une minorité flamande, là pour une minorité francophone ou germanophone.

* Depuis très longtemps, une circonscription électorale bizarre regroupait les 19 communes bruxelloises et 35 communes flamandes autour de Hal et Vilvorde pour permettre aux 150.000 francophones installés au nord du Brabant de voter pour des listes francophones.

Sans cette construction hybride, ils auraient été rattachés à Leuven et n'auraient pas eu accès à des listes francophones ni les moyens de se faire rendre justice dans leur langue. Cette circonscription appelée Bruxelles+ Hal+ Vilvorde= BHV, la seule bilingue en Belgique, était en quelque sorte la contrepartie d'une ville de Bruxelles limitée à ses 19 communes. Si les francophones acceptaient le carcan qui pesait sur Bruxelles, au moins les francophones de la périphérie bruxelloise pouvaient-ils voter pour les mêmes listes électorales que les bruxellois c.-à-d. des listes francophones ou flamandes. Les Flamands s'accommodèrent de cette situation qui permettait de verrouiller le territoire de Bruxelles.

* Le problème de BHV débuta début des années 90 lorsque les flamands demandèrent de scinder la province du Brabant en deux; Brabant flamand et Brabant wallon. Cette scission intervint sous la houlette de Jean-Luc Dehaene et donna l'occasion aux nationalistes flamands de demander la scission de BHV puisque cet circonscription hybride entamait le territoire du seul Brabant flamand.

La Cour d'arbitrage estima en 1998 que BHV n'avait rien d'illégal et le problème fut botté en touche. Mais en 2002 Guy Verhofstadt, machiavélique ou honnête homme, procéda à une réforme qui fit coïncider les circonscriptions électorales avec les provinces. Or, à l'évidence, BHV ne coïncide avec aucune province belge. Dès lors, à nouveau saisie du problème, la Cour d'arbitrage décréta en 2003 que BHV ne correspondait plus aux normes légales et qu'il convenait de régler cette question.

* Depuis longtemps, les flamands soutiennent que les facilités accordées aux francophones à Hal, Vilvorde ou dans les 6 communes autour de Bruxelles n'ont qu'un temps - celui accordé aux francophones pour "s'intégrer"- et qu'elles doivent être progressivement supprimées. D'où leur demande incessante pour scinder BHV et rattacher Hal et Vilvorde avec Leuven au sein de leur province; le Brabant flamand. 

En fait  et en droit, ils n'ont pas tout à fait tort; les partis politiques francophones ne disent d'ailleurs pas "non", ils disent:" Si vous avez quelque chose à demander, nous aussi nous avons des revendications car l'existence de BHV et des facilités ne s'expliquent que par les concessions que nous vous avons faites; suppression du recensement, carcan autour de Bruxelles etc; si on supprime ces facilités, on remet en cause nos concessions, notamment à Bruxelles". Mais ce langage n'est pas entendu par les Flamands; la scission de BHV doit être accordée par les francophones sans aucune discussion ni contrepartie. Lassés d'attendre, les parlementaires flamands- dont Herman Van Rompuy ! - ont signé une proposition de loi pour faire voter au Parlement la scission de BHV par le groupe linguistique flamand majoritaire (88 députés) contre la minorité francophone ( 62 députés).

Depuis des mois, les francophones utilisent toutes les procédures possibles pour reporter le vote au Parlement de cette proposition de loi qui romprait le dialogue entre les deux communautés et cristalliserait les attitudes nationalistes flamandes. Si les partis francophones bloquent la procédure de vote de la scission de BHV, avec une certaine mauvaise foi, ce n'est pas tant pour défendre le seul sort électoral de 150.000 francophones résidant en Brabant flamand

En réalité, le conflit BHV s'inscrit comme la suite logique de la délimitation de la frontière linguistique en 1964, de la suppression des messes en français à la côte, du "Walen buiten" de Leuven en 1968, des marches flamandes sur Bruxelles ou dans les Fourons en 1987.

Le fond du problème repose sur deux conceptions différentes de la façon de régir les relations entre les communautés: pour les flamands, le "droit du sol" prime, pour les francophones le "droit des gens" s'impose.

L'obsession flamande se reflète dans leur slogan:" Vlaanderen waar Vlaams thuis zijn". Il s'agit de sanctuariser le territoire flamand par une homogénéisation linguistique sans faille. Que 10.000 étudiants francophones guindaillent dans les rues de Leuven, que les francophones de Halle ou de Vilvoorde puissent voter pour des listes francophones ou se faire rendre justice dans leur langue n'est plus tolérable.

Cette fixation procède d'une peur obsolète mais d'un complexe et d'une rancoeur compréhensibles. Il est exact que la langue flamande eut du mal à supplanter une multitude de patois qui la mirent en péril mais c'est de l'histoire ancienne; il est vrai par contre que les Flamands doivent abandonner leur langue aux frontières de leur région et que, systématiquement ils doivent adopter une langue étrangère.

Alors, au moins sur leur territoire ils entendent imposer leur langue.

Mais les francophones savent que BHV n'est qu'une étape et que, ce problème réglé, les facilités dans les 6 communes en périphérie de Bruxelles seront contestées, le wooncode et ses diverses déclinaisons seront appliqués puis Bruxelles sera étranglée financièrement et mise sous gestion tutélaire flamande. 

Alors pour ne pas se retrouver tout nus, relégués en citoyens de seconde zone, les francophones ont décidé de caler; s'il faut négocier c'est ici et maintenant et pas seulement de BHV mais aussi de Bruxelles et de l'envie de vivre ensemble.

Mais qui a envie d'avoir envie? 


09.06.2009

Elections: quelles réponses pour quelles questions?

 

Le 7 juin, la démocratie a progressé, la Belgique a régressé. 

Il faut se réjouir de la disparition des partis d‘extrême droite du paysage politique en Wallonie et à Bruxelles, non parce qu’ils furent politiquement dangereux ou nuisibles, ce ne  fut pas le cas, mais parce que preuve est faite que les électeurs ont mûri et qu’ils purent trouver des réponses à leur questionnement au sein des partis démocratiques.

Ceux-ci ont repris la place sur l’échiquier politique qu’ils n’auraient jamais dû quitter ; les socialistes sont revenus à gauche, les libéraux à droite, les humanistes au centre et les écolos les pieds sur terre. L’électeur a ainsi de vraies alternatives et les alliances, finement négociées par les écolos, déboucheront vraisemblablement sur un choix de société et pas sur un vague consensus mou qui ne contente personne et au sein duquel le citoyen ne se reconnaît pas.

Surtout que chacun reste à sa place, joue sa partition et assume son rôle au pouvoir ou dans l’opposition.

Par contre, faut-il se réjouir que les wallons et les flamands n’aient pas répondu aux mêmes questions ? La Flandre aussi a sanctionné l’extrême droite mais elle a plébiscité le CDV et la N VA avec le mandat clair d’obtenir la réforme institutionnelle réclamée depuis 2 ans. Cette réforme signifie moins d‘état fédéral et plus de pouvoirs aux régions. Et si les négociations ne mènent à rien, les flamands démontreront par l’absurde l’impossible statu quo en étranglant financièrement le niveau fédéral. Ils ne passeront pas en force mais en fric.

En Wallonie, on s’est préoccupé de gouvernance, d’environnement et de crise financière comme si la réforme de l’état était encore de la compétence fédérale. Or, demain ce seront les régions qui devront négocier entre elles et les wallons trouveront en face d’eux des interlocuteurs  clairement mandatés pour obtenir ce que leurs électeurs leur ont demandé. Vox populi, vox dei.

 

PS : La population âgée, de plus en plus nombreuse, ne peut être dispensée de voter ou pire ne peut donner une procuration qu’à l’appui d’un certificat médical. Or le médecin ne constate pas qu’une personne de 91 ans est malade, il constate qu’elle a 91 ans ce qui ne requiert ni de prendre sa tension ni de facturer 35 euros dont une partie sera remboursée par la sécurité sociale déjà bien mal en point. Les personnes âgées devraient pouvoir donner procuration sans certificat. Vox mamy, vox gratis. 

17.05.2009

La dynamique des structures ( wallonnes)

Vous vous y retrouvez, vous ?

La Wallonie compte 3,5 millions d’habitants ; grosso modo un quart de la ville de Paris. Mais pour faire « fonctionner » cette Région, on a empilé un gouvernement, un parlement, 5 provinces et 262 communes, 109 intercommunales, une myriade d’OIP et autres outils publics, des invests, des unions de villes, des superstructures trans-communales ou trans-provinciales. Sans compter une noria d’ASBL, groupes d’intérêts ou autres nébuleuses. Chaque fois qu’il faut distribuer de l’électricité, du gaz, de l’eau, la télédistribution, curer des égouts, trier des ordures, distribuer des fonds, gérer un abattoir, une piscine ou couper l’herbe le long des routes, on crée un « bidule ».

Evidemment, à chaque stade il faut un président, un vice-président, des administrateurs, un réviseur, des suppléants, des comitards, des consultants bref tout un système qui non seulement permet de répartir les postes mais aussi mobilise des budgets, des fonds, des subsides.

Si vous ne vous y retrouvez pas parmi les  Imobogaz, Imobelec, Intercommunale pure de financement du Hainaut, Intercommunale d’électricité du Hainaut, Ideg, Interlux, Intermosane, Simogel, Sédelec, Ores et autre Crac , ne culpabilisez pas, vous n’êtes pas les seuls.

Les mauvaises langues insinuent que ces « structures » ont précisément pour but de créer la « fluidité » nécessaire entre tous les pouvoirs wallons afin que chacun n’y retrouve pas ses jeunes. 

Tancé par la presse (merci La Libre) de mettre fin aux multiples scandales qui fleurissent sur le terreau fertile de tous ces « bidules » mais qui discréditent la vie politique au point d’apparaître comme une des dernières marques de fabrique purement wallonne, le Parlement wallon a longuement débattu et amendé une proposition visant à instaurer une commission ( même pas d'enquête) parlementaire chargée d’examiner les conventions passées entre les intercommunales et les consultants (sensés être extérieurs) afin de vérifier la compatibilité et la pertinence des missions onéreuses qui leur sont dévolues.

On les prendra au sérieux lorsque nos élus, qui dirigent ce qui représente 1/8° de la ville de New-York, décideront de supprimer un sur deux de leurs « bidules ».

Mais suis-je inconscient ? N’est-ce pas carrément mettre en péril la dynamique même des structures wallonnes ?

 

 

17.03.2009

Fortisgate

Comme vous le savez- si vous n’avez pas rejoint Alain Hubert dans la station Princess Elisabeth en Antarctique - nos parlementaires ont constitué deux commissions pour examiner les implications du Fortisgate. Elles sont aussi drôles l’une que l’autre.

La première vise à examiner les éventuelles pressions exercées par l’exécutif – entendez les cabinets des 1° Ministre et Ministre des Finances-  sur les juges appelés à se prononcer, en décembre dernier, sur la validité de la vente de 75% de Fortis à la BNPParibas sans avoir consulté les actionnaires.

Il eut été inadmissible n’est-ce pas qu’un « dircab » passe un coup de fil à un juge avant le prononcé du jugement puisque depuis Montesquieu, on tient la séparation des pouvoirs comme le socle de nos démocraties.

A la nuance près que l’auteur de «  De l’esprit des lois » ( livre mis à l’index par l’Eglise catholique !) ne prévoyait pas que la nomination des juges fassent l’objet d’âpres marchandages entre partis politiques, de sorte que tous les magistrats impliqués dans le dossier Fortis sont étiquetés politiquement.

Voici donc d’éminents juristes qui mangent dans la main des politiques pour obtenir leurs nominations et qui pourraient les snober le lendemain en invoquant la séparation des pouvoirs !

A y bien regarder, les inimitiés sont d’ailleurs sélectives ; Londers (CVP) ne s’entend plus avec Leclercq (PS) ; Delvoie (VLD) ne peut plus voir de le Court (CDH) et Blondeel (SPA) brocarde Schurmans (CD&V).

Je vous garantis que les recommandations de la commission parlementaire seront évanescentes et que leurs conclusions ne pointeront aucune responsabilité personnelle.

Mais à quelques semaines des élections, quel meilleur moyen de braquer les caméras de télévision sur soi que de constituer une commission chargée de faire toute la lumière sur les dévoiements de notre démocratie. Bref, on s’est fait plaisir, on a réglé quelques comptes et obtenu des temps d’antenne.

 

Pendant ce temps, ces mêmes parlementaires n’ont pas interpellé le gouvernement sur la promesse non tenue d’une circulaire administrative établissant les critères de régularisation des milliers de sans-papiers qui vivent une précarité à laquelle tous les partis avaient promis, il y a un an,  de mettre un terme, Leterme. Je ne dis pas qu’il faille régulariser ou expulser tout le monde mais tenir ses promesses est aussi un des socles de notre démocratie.

 

Je vous parlerai de l’autre commission sous peu.

 

 

 

 

 

 

 

23:12 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique |  Facebook |

14.01.2009

Fortiche

La saga Fortis continue à livrer un spectacle pitoyable qui disqualifie son management et son conseil d’administration ( J-P Votron avait été désigné « l’homme de l’année » en 2007 par le magazine économique hollandais FEM !), ébranle la confiance du citoyen/épargnant/actionnaire et ternit l’image de la Belgique. Celle des Pays-Bas par contre a retrouvé des couleurs en repêchant Fortis Nederland et en récupérant ABN Amro dont soit-dit en passant, l’ex-patron débarqué a reçu une prime de départ contractuelle de 8.000.000 euros alors que la prochaine fusion envisagée entre ces deux banques à nouveau hollandaises devrait coûter 8.000 emplois !

Pour en revenir à Fortis, sur le plan politique, deux commissions parlementaires ont été décidées ; l’une pour analyser la crise financière, l’autre pour examiner la juste séparation des pouvoirs et l’éventuelle pression exercée par l’exécutif (Leterme et son chefcab) sur la Cour dans le jugement en appel. A ce propos, il est piquant de relever que c’est Herman Van Rompuy, alors Président de la Chambre, qui reçut la lettre du président de la Cour d’appel dénoncant de lourdes présomptions de pression sur le tribunal et qui s’empressa de la rendre publique, précipitant ainsi la démission de son « ami » Leterme. Depuis lors, qui est premier Ministre ?

Toujours est-il qu’aucune des deux commissions n’a commencé ses travaux car nos chers parlementaires se disputent la présidence de ces commissions afin d’en atténuer ou d’en accentuer la portée selon les intérêts de chaque groupe politique. Ils s’affrontent aussi sur le calendrier à leur appliquer : les deux commissions lancées de front ou l’une maintenue en suspens jusqu’aux conclusions de l’autre, tout en réclamant des résultats avant les élections de juin. Comme quoi les échéances politiques sont toujours dictées par des considérations électorales alors que la prochaine date cardinale est le 11 février prochain lors de l’Assemblée des actionnaires de Fortis qui décideront de la validité des décisions prises sans leur consentement lors de l’intervention de l’état  puis de la vente de Fortis banque à la BNP .

Sur le plan judiciaire, le tribunal de commerce d’abord, la Cour d’appel ensuite ont chacun désigné un collège d’experts pour analyser le dossier Fortis. Le premier groupe d’experts a annoncé un budget de 600.000 euros ; pour le second, la cour a demandé de provisionné 125.000 euros. Mais les experts de ce collège sont tellement experts qu’ils déclarent devoir faire appel à des banques d’affaires pour les épauler dans leurs analyses de sorte que le budget requis passerait de 125.000 à 800.000 euros que personne ne veut payer, ni les plaignants qui devraient normalement financer cette étude ni Fortis .Le président des experts a donc demandé l’intervention du président de la cour d’appel pour débloquer la situation !

Entre temps, aux Pays-Bas une autre analyse sera réalisée sur injonction d’un autre tribunal, hollandais celui-ci, pour un budget de 600.000 euros. Je suppose qu’on désignera un dernier panel d’experts pour décoder puis harmoniser les conclusions de ces experts car une fois de plus Coluche a raison quand il disait : » Un expert c’est un mec, quand il a fini de répondre tu ne sais même plus quelle était la question »

Toujours sur le plan judiciaire, l’avocat des 2.200 actionnaires/plaignants a mis fin à la domiciliation de ses clients  en son cabinet de sorte que tout acte judiciaire doit être adressé individuellement à chaque plaignant et dans sa langue de surcroît ; quand on sait qu’il y a parmi eux de nombreux étrangers de différents pays de l’est notamment, on apprécie l’élégance de l’avocat !

Sur le plan financier enfin, Fortis a annoncé le lendemain de Noël une perte imprévue de 295.000.000 euros sur une opération de change assez banale mais très mal planifiée par le management de Fortis dirigée par Karel De Boeck dont le salaire annuel s’élève quand même à 800.000 euros hors bonus.Il avait pourtant été nommé administrateur de Fortis pour son « expertise ».

Cette perte malencontreuse doit être la faute à pas de chance !

 

 Voici l’état d’inventaire à moins d’un mois de l’Assemblée générale qui permettra aux actionnaires de s’exprimer mais je doute que ceux-ci soient conciliants. Rendez-vous le 11 février au palais 1 et 3 du Heysel pour ce qui sera  la troisième assemblée en quelques semaines ; les deux précédentes avaient coûté 1.000.000 euros ! On sait recevoir chez Fortis !

07.01.2009

Nul n'est censé ignorer la loi

Sur la photo du nouveau gouvernement peu de visages neufs mais peu de profils flamboyants non plus: quelques ténors habitués des plateaux de télévision et de nombreux politiciens obscurs en charge d'abscons ministères. Ce sont des hommes modestes et qui ont toute raison de l'être.

Parmi eux Monsieur Van Quickenborne, Ministre de l'Entreprise et de la Simplification ( administrative). L'intention est louable; rapprocher le citoyen, décoder la logorrhée administrative et supprimer ce qui n'est pas utile ( ce qui est beaucoup plus hardi que de supprimer ce qui est inutile) .

Quiconque aura reçu récemment son avertissement-extrait de rôle, sa facture Electrabel ou les conditions générales de sa banque aura pu apprécier les notables efforts du Ministre et le chemin parcouru. Mais c'est facile de brocarder; on devrait compatir car il se bat seul contre tous; en 2008 le Moniteur belge a publié 69.358 pages de lois, arrêtés, règlements ou autres directives.

Pour enrayer cette colique, Monsieur le Ministre devrait obliger ses collègues et les parlementaires à supprimer une règle chaque fois qu'ils en émettent une nouvelle. Une année législative à sommes nulles; autant de pages déchirées que publiées.

 Au demeurant, il pourrait utilement leur rappeler que les encyclopédistes du 18° siècle ambitionnaient de maîtriser l'ensemble des connaissances humaines et tel un Wikipédia d'avant la lettre, rédigèrent un dictionnaire raisonné qui tenait en....18.000 pages.

PS: Non, non n'insistez pas, je ne posterai pas de photo de Monsieur Van Quickenborne. Qui a dit:" Il pourrait commencer par simplifier son nom"? Pas moi.

 

22:23 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : belgique |  Facebook |

20.12.2008

Breaking News: " Ô Belgique chérie"

Le gouvernement est tombé hier soir abattu par la presse, les partis de l'opposition, les partis de la coalition, les actionnaires de Fortis, les avocats, les juges, les flamingants, les parents d'élèves et les blogueurs.

" Par les juifs et la franc-maçonnerie aussi, ma petite dame ? " Ben ouais. 

" Par l'indifférence et l'incompétence, mon bon monsieur ? " Non peut-être!

Mais en tout cas, pas du fait de la jeunesse, absente des rues et des débats.

Et maintenant, " toujours fière et belle " ?

En quittant le pouvoir en 1946 De Gaulle a dit:

" Tout est retombé dans une bassesse inguérissable. Ils sont passés les jours d'honneur, de fierté, d'espérance. Place aux profiteurs d'abandon, aux débrouillards de la décadence".

A moins que la jeunesse...

19.11.2008

Petits distraits

Chaque année, les contribuables belges doivent terminer leur déclaration fiscale en précisant s'ils sont titulaires d'un ou de comptes bancaires à l'étranger.

En 2006, 105.000 contribuables ont spontanément déclaré détenir un tel compte.

Mais la règlementation européenne prévoit aussi que les banques doivent signaler aux autorités fiscales étrangères l'encaissement de produits financiers par les ressortissants des pays de l'Union.

En 2006, le fisc belge a reçu des informations selon lesquelles 150.000 belges ont perçu des intérêts de placement sur des comptes établis à l'étranger.

Trop distraits ces 45.000 citoyens!

 

Toutes les notes