11.12.2011

La vie de bureau

 

Règlement de travail pour le personnel de bureau.

 

Crainte de Dieu, propreté et ponctualité sont indispensables.

Le personnel n’aura à l’avenir plus besoin de travailler que les jours ouvrables, du lundi au samedi inclus, de 6h00 du matin à 6h00 du soir. Le dimanche sera réservé au Seigneur.

L’utilisation de manteaux au bureau est interdite, puisque le personnel dispose d’un fourneau. En hiver, les membres du personnel devront tous apporter quotidiennement 4 livres de charbon.

Il est interdit de parler pendant les heures de bureau. Un employé qui fume des cigares, boit de l’alcool et fréquente les assemblées politiques ou les salles de billard, permet que son honneur, ses idées, sa correction et sa réputation soient mises en doute.

Il est loisible de manger entre 11H30 et 12H00 mais sans interrompre ses occupations.

Les membres du personnel doivent veiller à leur santé ; les salaires seront supprimés en cas d’absence. C’est pourquoi nous recommandons vivement d’épargner une partie appréciable des salaires en prévision de maladies ou des vieux jours pour ne pas tomber à charge de la charité publique.

Nous espérons que les membres du personnel ( et les lecteurs de ce post) apprécieront la générosité de ce nouveau règlement du personnel de bureau.

Ainsi fait en 1810 au Royaume de sa Très Gracieuse Majesté

 

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02.12.2011

Est-ce grave Dr Euro ( suite)

 

  Donc, les problèmes rencontrés par les banques, comme par les Etats, résultent de leurs sur- endettements. Les banques empruntent pour placer de plus en plus d’argent dans des opérations sensées être plus rémunératrices mais aussi plus risquées comme par exemple  dans des monnaies étrangères, des fonds spéculant sur les matières premières ou dans les marchés émergents des pays en forte croissance comme les BRIC( Brésil-Russie-Inde ou Chine) dont la monnaie est cependant instable et les données économiques et financières approximatives.

Les Etats empruntent pour couvrir leurs dépenses supérieures à leurs recettes. Lorsqu’on a édifié l’Union Européenne, on a essayé de contrôler les Etats en fixant des normes à respecter ; le fameux « Traité de Maastricht » a notamment décidé qu’un pays ne pouvait pas présenter un budget qui comprendrait un déficit de ses recettes par rapport à ses dépenses de plus de 3% de son PIB (total de son « chiffre d’affaires annuel»  c.-à-d. l’ensemble des créations de biens et services d’un pays en un an). Malheureusement ces décisions, visant à éviter les dérapages d’un pays dépensier, n’ont pas été assorties de vraies sanctions  car les états s’y opposaient ; des déclarations de bonnes intentions, oui- des sanctions, non.

Dans l’ensemble, tous les pays doivent emprunter pour couvrir leurs budgets et, en soi,  ce n’est pas malsain. Les familles aussi recourent à l’emprunt et heureusement car s’il fallait payer cash sa maison ou sa voiture, l’économie serait très ralentie.

L’Etat emprunte auprès de ses citoyens par l’émission de « Bons d’Etat » ainsi que le gouvernement belge vient de le faire en levant 4 milliards d’euros en piochant dans l’épargne des contribuables ; il peut aussi emprunter sur les marchés internationaux auprès de banques étrangères, de fonds de pension ou d’organismes internationaux en émettant des OLO.

En Belgique, l’Etat emprunte surtout auprès des institutionnels via les OLO ; seuls 1% des emprunts s’adresse à la population. Le succès inespéré de l’emprunt émis cette semaine (bons à 4% pour une durée de 5 ans) va peut-être persuader le prochain gouvernement Di Rupo de revenir vers le marché national. En tout cas, on a démontré aux prêteurs internationaux que l’épargne belge est abondante et que s’ils sont trop exigeants envers la Belgique en terme de taux d’intérêt (qui avait culminé à plus de 5% sur les marchés internationaux il y a 10 jours), l’état belge pouvait se passer d’eux en s’adressant directement au bas de laine des belges évalué à 800 milliards d’euros !

Que ce soit sur les marchés internationaux ou sur le plan national, pour qu’on prête à un état (ou à une banque ou à une famille) il faut avoir confiance dans l’emprunteur. Si la confiance est basse le prêteur exigera un taux d’intérêt élevé ; si la confiance règne le taux exigé restera raisonnable.

Ainsi l’Allemagne inspire confiance et le taux de ses emprunts avoisine 2% - en Belgique, on tourne autour de 4%- en Italie, 7%- en Grèce 15%.La différence de taux entre les pays s’appelle « le spread «  qui mesure l’écart de « santé » d’une économie à l’autre. Ainsi le spread entre l’Allemagne et  l’Italie est de 5% ce qui signifie que les italiens doivent payer beaucoup plus cher pour recevoir de l’argent en prêt. On s’oriente clairement vers un cas de surendettement, comme un ménage qui se couvre de dettes à des taux trop élevés. De plus lorsqu’un emprunt arrive à échéance, l’Etat pour le rembourser émet un nouvel emprunt qui sert à rembourser le premier. Par exemple, la Belgique devra lever 40 milliards l’année prochaine, rien que pour rembourser des emprunts qui arrivent à échéance ! C’est ainsi que les états ne remboursent jamais leurs dettes, qu’ils procèdent par une fuite en avant jusqu’à ce que les prêteurs les arrêtent dans leurs courses folles et coupent les crédits ; alors c’est la crise et l’appel à l’aide. Quelle aide ?

Le problème central provient du fait que depuis 10 ans tous ces pays utilisent la même monnaie ; l’Euro et qu’il est très difficile de faire fonctionner une économie à plusieurs vitesses mais avec une seule monnaie. C’est comme si on avait 11 joueurs de football de force très différentes qui devaient jouer ensemble sur le même terrain (l’Europe)  avec le même ballon (l’euro). Les plus forts auraient envie de dire aux plus faibles «  Allez jouer avec un autre ballon sur un autre terrain et les plus faibles demanderaient de jouer moins vite ou de changer les règles du jeu ». Auparavant, quand un pays était au bord de l’asphyxie, il recourait à l’arme fatale de la « dévaluation » de sa monnaie nationale qui devenait moins chère par rapport aux  devises et relançait ses exportations. Même la Belgique y a eu recours en 1982 !

Mais maintenant ce n’est plus possible car les 17 pays de la zone euro utilisent la même monnaie et  les plus faibles ne peuvent pas provoquer une dévaluation collective de l’euro qui affecterait tous les pays puisqu’une dévaluation entraine aussi, mécaniquement, un surenchérissement des importations. (Voir post du 18/02/2010 « Double Dip »).

Il faut admettre qu’il y a eu une double erreur politique, d’abord lorsque la monnaie euro a été accordée à des pays dont l’économie n’était pas au niveau des autres (par exemple la Grèce) et ensuite lorsqu’on a lancé cette monnaie sans harmoniser les politiques économiques et fiscales intra-communautaires. Les 17 joueurs ont reçu le même ballon mais n’ont pas été contraints d’appliquer les mêmes règles du jeu, d’où la cacophonie. Même le plus abruti des supporters hooligans du « Hell Side »  du Standard peut comprendre cela, mais semble-t-il pas nos politiciens !

Ou plutôt, ils savaient pertinemment bien qu’ils allumaient une bombe à retardement mais les enjeux politiques d’autres natures prévalurent et les plus machiavéliques parièrent sur la correction et l’harmonisation des règles du jeu à la faveur des inévitables crises qui se préparaient, conscients que les Etats, comme les personnes, n’acceptent le changement que dans un schéma de crise. Peut-être n’avaient-ils pas mesuré l’ampleur de celle-ci !

Car on n’a pas vraiment été surpris par le cours des évènements ; depuis 2004, on sait que la Grèce avait maquillé ses comptes pour pouvoir entrer dans la zone Euro en 2001, avec l’aide perfide et putride de la banque américaine Goldman Sachs (tiens, personne en prison ?) ; que le déficit de son budget atteignait 12% contre les 3% admis par le traité de Maastricht ; que  les jeux Olympiques de 2004 à Athènes furent un désastre financier ; que les grecs ont une aversion envers l’impôt ( 40% ne déclarent pas leurs impôts), que 28% de l’économie est souterraine et que les prépensions et pensions grecques sont insupportables pour les générations à venir.

Alors ? Les solutions existent. Elles résident dans la volonté des politiques et la solidarité des citoyens.

Soit on envoie les plus faibles jouer sur un terrain annexe avec un autre ballon ; dans ce scénario, la Grèce quitte l’euro, reprend son ancienne la monnaie la « drachme » à une valeur basse par rapport à l’euro pour favoriser ses exportations et le tourisme. C’est ce qui s’est passé en Argentine en 1998 avec un certain succès. Mais la crainte est double ; pourquoi la Grèce et pas l’Irlande ou le Portugal ou l’Italie dans la foulée puisque ces pays connaissent aussi les pires difficultés? Et surtout dans ce scénario, tous ceux qui ont prêté des euros à la Grèce (les banques, les fonds de pension, les institutionnels)  seront au mieux remboursés en drachmes, au pire pas remboursés du tout puisque virtuellement la Grèce aura fait faillite. Supposons que la BNPParibas prenne une perte importante sur ses prêts à la Grèce, elle aura d’autant moins de moyens pour accorder des prêts aux opérateurs économiques français ou aux particuliers belges et on se dirigera vers un «  crédit crunch » c.-à-d. vers un asséchement des crédits aux familles, aux PME, aux associations etc. avec toutes les conséquences imaginables !

 Comme il est inconcevable que ce raz de marée financier dévaste les prêteurs qui, en 2005 ou avant,  ont prêté de bonne foi à l’état grec, il faudra que les autres pays de la zone euro interviennent pour les aider en tout ou en partie ; beaucoup hésitent à mettre le doigt dans cet engrenage car si, à la limite, on pourrait encaisser la faillite grecque, ce serait un  tsunami si l’Italie défaillait  tant sa dette est colossale!

L’autre solution est de demander à chaque état de mettre de l’ordre dans sa maison en ramenant le budget national à l’équilibre, d’où fleurissent ces plans d’austérité avec plus d’impôts et moins de dépenses qui affectent les pensions et prépensions, les salaires, les budgets de la Défense, les infrastructures etc..

Mais l’austérité a une double limite. D’ordre social d’abord car les moins nantis seront  proportionnellement plus impactés que les personnes aisées ; à ceux-ci on enlève du confort, aux premiers des moyens de subsistance. D’ordre économique ensuite puisqu’à tout comprimer, dans tous les sens, on risque de freiner toute activité économique, les gens vont consommer moins, même les plus aisés vont faire attention, en économisant prudemment et on plongera tous ensemble vers la récession c.-à-d. vers le ralentissement de toutes activités, de nouvelles pertes d’emploi, la dégradation des services publics etc...

Reste donc aux politiques et aux citoyens d’agir.

Aux politiques d’admettre que l’espace européen demande une harmonisation des législations, un certain abandon de souveraineté nationale au profit de l’Union et une certaine solidarité communautaire doublée d’une véritable responsabilité de chacun de ses membres qui doit être comptable de ses agissements devant la communauté .

Aux citoyens, qui pour la plupart se réjouissent de vivre dans l’espace européen, d’adopter un comportement solidaire en évitant au niveau individuel les attitudes pénalisant la sécurité sociale et la vie communautaire. Certains voient dans le succès triomphal de l’emprunt de l’état qui a recueilli près de 4 milliards d’euros cette semaine, un geste citoyen de la population. Acceptons-en l’augure.

Mais si on commençait par supprimer les paradis fiscaux ! Question de montrer qu’on veut vraiment changer le cours des choses.

Si la crise permet cette prise conscience des autorités et des citoyens, elle aura eu ce mérite et restera dans les mémoires collectives comme une crise de croissance ; dans les autres cas, elle sera la cristallisation d’une crise existentielle de l’Europe!

   

 

18:21 Écrit par JLH Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

25.11.2011

Est-ce grave Dr Euro?

« Est-ce grave Dr Euro ? »

« Oui, c’est grave et le pronostic  vital est engagé ! »

« Je dois bien avouer que toutes ces informations économiques déprimantes, dont on nous rabâche les oreilles depuis deux ans, me passent  un peu au-dessus de la tête. Ces déficits, ces cotations, ces mesures d’austérité, ces banques en faillite, ces querelles entre les responsables me semblent relever d’un monde immatériel où je ne me reconnais plus. »

« C’est vrai que la terre n’a pas cessé de tourner pour autant. Mais en réalité ce n’est pas si compliqué ; il suffit de s’en référer à ce qui se passe au niveau d’un ménage ou d’une PME ou d’une commune. On ne peut pas dépenser plus que ce que l’on gagne !

Une banque passe à la trappe lorsqu‘elle oublie son métier : récolter l’épargne puis prêter ce qu’elle détient  à des consommateurs ou des investisseurs fiables. Son bénéfice ne peut provenir que de la différence entre le taux qu’elle accorde aux épargnants et le taux qu’elle demande aux emprunteurs.

Malheureusement, cette marge ne suffit pas à satisfaire l’appétit des actionnaires de la banque ni des dirigeants qui sont rémunérés en partie selon les bénéfices. Donc,  les banques s’endettent de plus en plus, en empruntant de l’argent pour faire des placements à risque ou racheter des concurrents, en espérant maximiser leurs profits. Ils inventent des produits financiers tellement compliqués qu’on les appelle des « black boxes » que même les dirigeants ou les administrateurs de ces banques ne comprennent pas …jusqu’à ce que ces placements se révèlent hasardeux. Quand ils doivent rembourser, c’est la crise voire la faillite.

En 2008, on a ainsi assisté à la déconfiture de plusieurs banques (en Irlande, en Belgique ou aux USA). La plupart ont été soutenues par les Etats qui leur ont prêté de l’argent ou qui les ont rachetées. Mais l’état, c’est nous ; donc dans ce scénario, c’est la collectivité qui est venue au secours des banques. A raison ?

Si les Etats n’étaient pas intervenus, les épargnants, clients de Fortis ou de KBC ou de Dexia risquaient vraiment de perdre leurs économies, ce qui n’était pas socialement envisageable. Par contre, les actionnaires de ces banques ont perdu tout ou partie de leurs mises ; certaines personnes en Belgique ou à l’étranger ont acheté des titres Fortis à 30 euros il y a 3 ans qui ne valent plus aujourd’hui que 1,13 euro ! De même il fallait débourser 20 euros pour acheter une action Dexia il y 3 ans ; elle vaut encore 38 centimes d’euro ce matin. Et tout est à l’avenant ; en janvier dernier le titre KBC valait encore 30 euros, il cote aujourd’hui 8 euros.

Donc les Etats ont surtout sauvé les épargnants, clients des banques, mais personne ne rembourse les actionnaires et c’est assez logique.

Mais voici que les Etats à leur tour, après avoir aidé les banques, plongent dans les difficultés.

Si on ne prête pas de l’argent à la Grèce, ce pays ne peut plus payer ses fonctionnaires, ses clients et fournisseurs ! Il en a été de même avec l’Irlande et maintenant le Portugal, l’Italie et l’Espagne sont aux abois !   Pourquoi ?

A nouveau, parce qu’ils dépensent plus que ce qu’ils gagnent.

Les recettes d’un pays sont principalement les impôts et taxes sur le travail, les accises, la tva, les droits de succession ou d’enregistrement etc. Les autres recettes (domaniales ou les revenus des sociétés étatiques) sont devenues très marginales. Dans presque tous les pays, les dépenses publiques (fonctionnaires, infrastructures, défense, justice, enseignement, sécurité sociale etc) dépassent les recettes. Dans ce cas, l’état, comme un ménage, doit emprunter en espérant pouvoir rembourser un jour.

En fait, les états ne remboursent jamais !  

(à suivre)

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23.11.2010

Homo economicus

 Lire d’abord le post précédent du 8 novembre 2010.

 

Donc voici les banques sauvées mais une économie en panne car les états appelés à jouer les pompiers pour éviter aux banques la faillite (qui aurait accepté que tous les clients de Fortis perdent leurs dépôts ?) se retrouvent hyper déficitaires.

Bien sûr les états ont déclaré vouloir mater les marchés financiers ; le G 20, l’UE, l’OCDE ont dressé une liste des pays infréquentables, ont réactivé la taxe Tobin, ont essayé de cadenasser les bonus. Mais en finale, après avoir dépensé des centaines de millions de USD en actions de lobbying, les opérateurs financiers ont réussi à édulcorer toute mesure coercitive.D’autant plus que les états ne sont plus en position de force : leurs endettements sont tels qu’ils restent impuissants devant les nouvelles formes de spéculation. Les états les plus faibles sont attaqués comme la Grèce, l’Irlande ou l’Espagne qui doivent payer de plus en plus cher pour pouvoir emprunter sur les marchés internationaux. Donc, afin d’éviter de recourir aux emprunts, ils adoptent des mesures d’austérité inédites depuis des décennies : réduction des emplois publics, diminution des couvertures sociales, augmentation de la TVA. J’ai vu défiler à Bruxelles des travailleurs européens qui, à raison, arboraient des calicots posant la bonne question : «  Pourquoi devons-nous à nouveau payer pour les fautes des autres ? ». Mais les gouvernements agissent comme ces prêtres d’un culte antique exigeant des sacrifices humains pour apaiser la colère de dieux invisibles. Au prix de la cohésion sociale.

 

Les spéculateurs, qui ne s’attaquent pas aux états, concentrent leur puissance de feu sur les matières premières, surtout agricoles. Le blé, le maïs, le sucre atteignent des sommets. Le cacao atteint un prix inégalé depuis 33 ans lorsqu’un trader anglais  a accumulé 15% des stocks mondiaux, créant une pénurie qui lui rapporta 60 millions de USD en deux mois.

Alors ?

Les dérives du système actuel ne peuvent pas s’expliquer par le seul comportement fautif d’individus ou de groupes. Un peu plus de déontologie ou de vertu n’aurait certes pas été inutile. Mais en tout état de cause insuffisant. Parce que les comportements et attitudes s’inscrivent dans la logique fonctionnelle d’un système qui est la cause et la source de son propre emballement. Je ne dédouane pas les spéculateurs et les requins de toutes espèces, mais ils ne font que respecter les règles du jeu ; d’un jeu qui intègre l’homme non comme une personne dans son intégralité mais comme une force motrice ; on ne retient de l’homme que sa dimension de variable économique qu’on utilise en tant que producteur ou consommateur selon les besoins du système.  

Le «  turbo-capitalisme » comme l’appelait Helmut Schmitt est fondé sur un petit nombre de facteurs : liberté d’entreprendre des individus et des groupes d’individus- liberté de mouvement des marchandises et des capitaux- garantie de la propriété privée sur les biens mais aussi sur les savoirs, la technologie et les compétences scientifiques- avec comme objectif ultime et unique l’intérêt lucratif potentiellement illimité. L’égoïsme individuel s’accommode très bien de cette dilatation de soi, de l’enrichissement sans limite.

Le point de départ et d’achèvement n’est pas la satisfaction des besoins des hommes sur leur planète bleue et leur bien-être : ceux-ci ne font que suivre le système comme une conséquence heureuse pour certains mais pas ontologiquement liés au processus lui-même.

L’état et le droit ne sont tolérés que comme facteurs de développement et de fonctionnement du système. Les problèmes sociaux et humains ne sont pas intégrés dans la logique du système ; ils sont par contre confiés à l’Etat, garant de la pérennité du système. Quand une usine ferme, l’état n’a aucun pouvoir de s’y opposer, juste celui de panser les plaies en activant des plans de pension et en récupérant des chômeurs.

Evidemment il serait sot de nier les avantages que le système a pu procurer à nos pays en Occident. Mais le processus est, par nature, appelé à se répandre dans tous les pays et par vocation enclin à coloniser tous les secteurs d’activité, y compris la santé ou la culture.

Et cette extension, qui crée des biens à commercialiser qui n’ont plus de rapport avec l’économie au service de l’homme, correspond à la logique même du système.

En définitive, quelle est l’erreur du capitalisme ?

C’est son point de départ. Il n’y a pas plus de capitalisme « à visage humain » que de guerre propre. Il est impossible de compter sur ceux qui respectent les règles de ce jeu pour l’amender. On ne peut le guérir qu’en changeant  son point de départ.

Il convient de contester le principe structurant d’un profit potentiellement illimité des individus, considéré comme un droit naturel soumis à aucune orientation ni limite. Il s’agit de proposer une organisation et une stratégie basée sur le caractère précaire de nos vies et de notre milieu où nos biens communs n’appartiennent pas aux plus forts et aux premiers qui s’en emparent mais sont l’héritage commun de tous les vivants.

Les crises et les convulsions du capitalisme doivent permettrent l’émergence d’une réflexion nouvelle. Bien sûr d’autres systèmes ont failli et personne ne rêve de communisme ou de collectivisme mais si déjà nous étions conscients que le capitalisme n’est pas le point d’achèvement  de notre mode de pensée et de fonctionnement, on aura fait un pas de côté, dans une meilleure direction. Je vois d’heureuses prémices dans certaines déclarations impensables il y a 3 ans.

«  Depuis quelques années, je m’interroge sur les racines culturelles et anthropologiques du capitalisme de marché qui est intrinsèquement injuste »  avoua Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Mais qui va se lever pour proposer des alternatives valables ? Il ne faut pas trop attendre de ceux qui, même lucides, ont le nez dans le guidon, lobotomisés par les remugles du système. Je préfère espérer en de lueurs lointaines autant qu’inattendues. Où est l’Eglise, celle de Thomas d’Aquin qui osait soutenir que le vol n’est pas un péché s’il est commis au détriment de celui qui s’empare du bien collectif et en fait mauvais usage ? Où est le fils de Marx, celui qui a le plus tôt compris les limites du capitalisme ? En attendant, M. Yunus, prix Nobel, teste une conception nouvelle de l’entreprise sociale qui n’entend pas faire table rase du passé mais bien offrir d’autres options que de travailler avec pour seul objectif d’enrichir des actionnaires. Ses initiatives vont-elles révolutionner la conception qu’on se fait du monde des affaires autant que ses banques réservées aux micro crédits ont chamboulé le concept de financement des communautés pauvres? Si tel est le cas, le deuxième Nobel n’est pas loin.

 

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08.11.2010

On nous balade

On nous balade.

Chaque soir, à l'heure du journal télévisé, j'ai la désagréable impression que les rédactions des chaînes télévisées se sont concertées pour nous concocter un J.T. tel un salmigondis d'informations n'ayant d'autre but que de nous distraire, nous infantiliser, nous dissiper bien à l'écart des enjeux réels de notre vie en société. Les télévisions et radios ne sont déjà pas des médias "d'opinions" et même plus des médias "d'informations" tant celles-ci sont triées, filtrées, épurées. Il n'y a pas de pire censure que celle qu'on s'applique soi-même, non pas pour plaire à une autorité supérieure mais pour flatter les consommateurs qui doivent pouvoir "s'identifier" à cette information de "proximité". Au risque de réduire leur champs de vision et d'intérêt à leurs nombrils et celui de leurs voisins.

Qu'on nous lâche un peu avec ces procès d'assisses, ces caves inondées, ces faits divers insignifiants, les démissions des uns, les déclarations des autres et surtout qu'on cesse ces reportages testimoniaux de quidam interpellés sur les trottoirs qui n'ont rien à dire et qui ne disent d'ailleurs rien.

Douloureuse impression que nous vivons sur cette terre aussi aveugles et inconscients que les passagers du Titanic qui dansaient et dînaient dans le ventre du navire alors que leur vaisseau fonçait nuitamment dans le brouillard vers son tragique destin. Il serait temps qu'on monte sur le pont et qu'on jette un oeil par-dessus le bastingage.

Et tant pis si le spectacle nous désole.

La crise bancaire et financière qui ébranla l'économie, détruisit 30 millions d'emplois et obligea les états à secourir les institutions financières au prix d'un endettement abyssal n'est pas terminée et pose question. Est-elle due seulement à l'incompétence des uns et à l'avidité des autres? Une nouvelle réglementation, plus coercitive envers les banques, nous épargnera-t-elle la répétition de telles dérives? Suffit-il de séparer les banques d'affaires des banques commerciales pour se prémunir de nouveaux séismes? Peut-on compter sur les Républicains, qui reviennent en force aux USA,  pour juguler la crise? Barak Obama, arrivé à la Maison blanche en plein marasme économique, est-il blâmable de n'avoir pas trouvé de solution?

Rechercher les causes et les remèdes en personnalisant le sujet, en cherchant "le" coupable, en se référent aux comportements inadéquats ou fautifs des individus ne suffit pas.

Alors où chercher? Cette fois c'est moi qui vais vous balader.

Rappelons nous les prémices de la crise: elle est née d'un surendettement des ménages US à qui les banquiers firent miroiter des taux d'emprunts très (trop) bas. Lorsque ceux-ci remontèrent légèrement, comme les taux d'emprunts étaient variables et ajustables au marché, le coût des emprunts augmenta et les ménages à faible revenus ont été en défaut de remboursement; donc on a saisi leurs maisons pour les vendre et rembourser les banques; tellement de maisons ont été saisies et mises en vente que le marché immobilier s'est effondré. Et une flopée de ménages s'est retrouvée à la rue.

Vite rejoints par une seconde catégorie de ménages qui, bien que payant leurs échéances, furent victimes d'une diminution de la valeur théorique de leur habitation. En effet, la garantie des prêts bancaires était basée sur la valeur des habitations; comme celles-ci perdirent de la valeur, le banquier estima ne plus être suffisamment couvert et exigea le remboursement anticipé du prêt ou l'ajout d'autres garanties que l'emprunteur ne put lui donner.

Donc on saisit aussi leur maison ; la machine infernale est en route. Appauvris ou devenus craintifs, les ménages arrêtent de consommer, donc les sociétés de biens et services vendent moins et licencient à leur tour tandis que l'état reçoit moins de recettes fiscales au moment où il doit, coûte que coûte, soutenir les banques. Il n'a d'autre choix que de s'endetter. Dans des proportions énormes. Qu'il faudra un jour rembourser. Que nous ou nos enfants devront un jour rembourser.

Mais pourquoi a-t-on tant poussé les ménages à s'endetter? Pas pour leur procurer l'indispensable ni le nécessaire. Uniquement car les courtiers en prêts hypothécaires et les institutions financières y trouvaient leur intérêt.

Donc, voici les coupables? Suffira-t-il de les réglementer et de les cadenasser pour résoudre le problème?

Ce n'est pas si simple. On y revient à huitaine 

 

04.10.2010

Ad nauseam

On va aborder, au cours des semaines à venir, quelques sujets arides - les vacances sont finies- mais en guise de hors-d'oeuvre je voudrais vous présenter Monsieur E. Ford.

On savait des financiers, qualifiés d'avisés, qui achètent à tour de bras des céréales ou du sucre à chaque inondation ou incendie en espérant les revendre plus chers lorsque la faiblesse des récoltes, et donc des revenus des cultivateurs, auront boosté le prix des matières agricoles. Et nous, bonasses, on achète aux guichets de nos banques des fonds de placement "jouant" les prix agricoles, autant de "black boxes" concoctées par des financiers qui ne distingueraient pas l'orge du froment au bord du champ.

On savait certains pauvres à ce point désespérés qu'ils vendent leur sang ou leur rein. M. E. Ford a trouvé mieux. Les Etats-Unis sont le seul pays où un titulaire d'assurance-vie peut vendre sa police à un tiers qui payera les primes pendant le reste de la vie de l'assuré et touchera à l'échéance, c.-à-d. à la mort du titulaire, les capitaux prévus au contrat.

L'intérêt pour l'assuré est de toucher tout de suite, lui-même ou ses ayants-droit, une partie de la somme assurée et de ne plus devoir payer les primes annuelles. Solution confortable lorsqu'on est malade et endetté.

Le spéculateur espère qu'à la mort de l'assuré, il touchera plus que le montant du rachat de l'assurance majoré des primes annuelles versées. Donc, plus vite le titulaire meurt, plus le spéculateur s'enrichit.

Pour augmenter la probabilité de ses gains, M.E. Ford ciblait les assurés vieux, malades et endettés qu'il démarchait pour leur racheter à vil prix leur assurance-vie. Pour lancer son business il créa un fonds et promis aux souscripteurs un rendement de 8% pendant 7 ans. 23.000 anglais trouvèrent du charme à ce projet et lui confièrent 450.000 livres sterling.

Mais voilà, M.E. Ford s'est trompé en manipulant les tables de mortalité et ses assurés ne moururent pas selon le business-plan prévu. M.E. Ford fut déclaré en faillite et 23.000 souscripteurs perdirent leur mise.

Aucune réglementation ne parviendra à juguler ce type de comportement qui, s'il n'a rien d'illégal, dévoile une conception totalement dévoyée du capitalisme. Car, ne nous y trompons pas, je trouve des vertus à un capitalisme entrepreneurial qui lève des fonds pour lancer ou développer des projets de chercheurs, d'entrepreneurs ou d'industriels. Et tant mieux si ceux qui ont soutenu ces projets et se sont exposés au risque de l'entreprise s'en trouvent récompensés.

Mais l'argent a une odeur et tant que des hommes qui imaginent ou participent à un type de business qui spécule sur les malheurs des autres se regarderont dans la glace sans ciller, c'est foutu.

En attendant, tant pis pour leur g.... 

18:05 Écrit par JLH Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

10.03.2010

Le dilemme du prisonnier

A l’origine de la crise , en 2008, nous découvrions une dérive de l’endettement des ménages américains: trop de crédits accordés trop facilement, difficultés de les rembourser, saisie des habitations, banques déstabilisées par les défauts de remboursements de ses clients etc…

Après l’intervention massive des états qui ont soutenu l’économie et les banques en particulier, nous avons maintenant une crise de l’endettement public : les états n’ont plus assez de ressources financières propres (impôts nationaux) et doivent recourir à l’emprunt sur les marchés étrangers… qu’il faudra bien un jour rembourser. Déjà certains pays faseyent au point d’annoncer des mesures d’austérité sans précédents.

Pour en sortir, je l’ai déjà mentionné, il n’y a pas d’autres solutions que de créer de l’inflation et/ ou d’augmenter les recettes fiscales.  (Il y a aussi la guerre, mais si on peut l’éviter…).

Aujourd’hui on n’en parle pas encore à haute voix car les états, tétanisés par l’augmentation du chômage, réfrènent leurs envies de soulager leurs endettements. Mais dès que l’occasion se présentera, on y passera.

Cercle tragique : pour éviter une crise globale mortifère, il fallait déverser de l’argent dans les rouages économiques et accepter des coupes sombres dans l’emploi. Pour retrouver un certain équilibre, il va falloir vivre bientôt avec une inflation et une pression fiscale accrues. Autant dire que le pouvoir d’achat va trinquer.

Au final, la faute originelle se situe dans l’essence même des marchés et dans l’acte de foi selon lequel le marché s’autorégule, que ses excès sont sanctionnés par les  mécanismes naturels de l’économie libérale, qu’une main invisible met de l’ordre pour rétablir toujours l’équilibre puisque la somme des intérêts individuels débouchent naturellement sur l’intérêt collectif.

Les faits ont démontré le contraire.

La théorie aussi. « Le dilemme du prisonnier » a été théorisé notamment par Albert W. Tucker pour démontrer que la somme des comportements individuels ne débouche pas naturellement sur l’optimisation des résultats.

Prenons un exemple qui fait sens :

Deux braqueurs attaquent un bijoutier, s’enfuient et tuent une mère de famille qui passait par là et qui eut le mauvais réflexe de s’accrocher au volant de sa voiture convoitée par les malfrats. La police les attrape mais ignore lequel des deux a tiré. La torture n’ayant plus cours dans notre pays, ils proposent à chacun des prisonniers, isolés en cellule, le pacte suivant :

· si tu dénonces ton complice, tu seras libéré et il prendra 15 ans. (total prison 15 ans)

· mais si lui, à son tour, te dénonce, on tourne en rond et vous prenez chacun 10 ans. (total 20 ans)

· enfin, si vous vous taisez tous les deux, dans le doute, vous aurez 5 ans chacun.(total 10 ans)

La logique économique voudrait que l’un et l’autre se taisent. Mais celui qui est innocent aura envie de dénoncer son complice et d’être libre. Evidemment, le coupable n’aura aucune envie de prendre 15 ans et devinant que son compère va le dénoncer, trouvera avantage à le dénoncer à son tour pour n’écoper que de 10 ans. Chacun poursuivant son intérêt personnel, le résultat n’est pas optimal : ils encaissent 20 ans de prison alors qu’il y avait moyen de ne prendre que 10 ans.

Bien sûr, on devrait pouvoir introduire un biais éthique dans le raisonnement ; le coupable, contrit, se tait afin de ne pas accabler son complice. Mais le code d’honneur du truand, qui braque les bijouteries et met une balle pleine tête à une passante, me laisse sceptique.

Cela étant, il est évident une dose d’éthique dans le monde du business serait extrêmement salutaire.

En attendant cette rédemption, on va voir fleurir la charge fiscale. Normalement, la pression fiscale devrait obéir à deux impératifs : efficacité et équité.

Mais est-ce conciliable ?

On en reparlera sous peu.

 

17:36 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

18.02.2010

Double Dip

Le langage fleuri des économistes regorge d'expressions colorées.

Ainsi, une crise, comme nous venons d'en connaître en 2009, se prénomme un " dip"; si le malade reprend des couleurs, la figure économique devient un "V"; mais si la crise réapparaît, on assiste à un "double dip" ou une figure en "W" c.-à-d. une crise suivie d'un rebond qui précède une seconde crise. 

Autant une simple récession peut se gérer - elles furent nombreuses par le passé et on en connaît les remèdes classiques - autant un "double dip" effraye. Or, de ce point de vue, 2010 sera cruciale.

Trois scénarios sont envisageables: soit l'économie replonge et bonjour les dégâts- soit elle redémarre et on attend patiemment une nouvelle crise- soit une activité médiocre stagne en dessinant un "L" comme l'expérimente le Japon depuis près de 20 ans. Aucun de ces 3 scénarios n'est satisfaisant. Pourquoi?

Pour caricaturer, le Japon est un pays pauvre, peuplé de personnes riches. L'état croule sous les dettes, l'asphyxiant complètement et l'empêchant de développer des politiques volontaristes dans quelque domaine que ce soit. Sa priorité budgétaire est de rembourser ses dettes puis de payer les soins et les pensions d'une population de plus en plus âgée.  La marge de manoeuvre du gouvernement nippon est très réduite. Ressembler au Japon n'est un sort enviable pour l'Europe.

Si un "double dip" se forme et que l'économie replonge, les remèdes mis en oeuvre par les gouvernements en 2009 n'auront servi à rien et c'est dramatique car les états sont à bout de souffle, endettés jusqu'au cou pour avoir injecté - en vain - de l'argent public dans les rouages économiques. Beaucoup d'argent ! Lorsque l'Europe lança la monnaie unique, en 1999,  des règles avaient déjà été établies et codifiées par le célèbre Traité de Maastricht pour assurer une certaine orthodoxie : il prévoyait que les états membres ne pouvaient pas avoir un déficit budgétaire supérieur à 3% de leur PIB. En 2010, les déficits vont atteindre 6% en Belgique, 8,5% en France, 12% en Irlande, 13% en Grèce. Et ce n'est pas mieux aux Etats-Unis avec 10% ou à Dubaï avec 17%! Lorsque les états sont en déficit, ils font comme vous et moi, ils empruntent c.-à-d. qu'ils s'endettent sur les marchés nationaux ( la plupart des belges ont déjà acheté des "bons d'état" ) ou internationaux. Mais si la confiance des prêteurs est ébranlée, ils exigeront des intérêts de plus en plus élevés. Ainsi, la Grèce, pour pouvoir emprunter, doit actuellement accepter de payer le double des intérêts payés par l'Allemagne, ce qui rend le poids de son endettement encore plus pénible. 

La zone euro craquelle sous ces disparités symptomatiques de l'état de santé trop différencié entre les "bons" et les "moins bons" élèves de la classe européenne. Au point qu'on regroupe les  pays européens les plus endettés sous le doux vocable de " PIGS" ( cochons en anglais): il s'agit du Portugal, de l'Italie, de la Grèce et de Spain ( Espagne), tous des pays méditerranéens, désignés comme les fossoyeurs de la monnaie unique et qui, bien sûr ont attiré les fonds vautours, ces énormes machines de guerre financière qui disposent d'une puissance de feu impressionnante et qui se ruent sur tous les corps malades de l'économie en spéculant sur leur mort prochaine. S'ils ne créent pas le problème, ils l'amplifient dans le seul souci d'en tirer profit.

Certains fonds vont jusqu'à spéculer sur la fin de la monnaie unique et sur le retour aux monnaies nationales. Ils estiment qu'une union monétaire sans union politique est intenable. La réponse appropriée tient cependant dans "plus d'Europe, plus vite" plutôt qu'un dé-tricotage des fondements de notre Union, gage de paix et de stabilité dans ce coin du monde. Les adversaires de l'euro soutiennent aussi que, sous le régime des monnaies nationales, les pays en difficulté pouvaient décider de dévaluer leur monnaie librement pour retrouver un équilibre économique. En effet, une dévaluation booste les exportations: si un USD=30 francs belges avant la dévaluation et 60 francs après celle-ci, une tablette de chocolat de 30 francs belges coûtait 1 USD au gourmet américain et seulement 0,5 USD après dévaluation. On peut donc espérer qu'il en achètera deux et que le carnet de commandes de Marcolini se remplisse. Mais il ne faut pas oublier qu'une dévaluation renchérit le coût des importations : si le baril de pétrole vaut 3 USD, il fallait 90 BEF pour l'importer avant la dévaluation et 180 BEF le lendemain de celle-ci. On peut croire que le belge va, en conséquence, réduire sa consommation de pétrole et de produits importés, ce qui est tout bénéfice pour la balance commerciale du pays ( différence entre le total des importations et des exportations). La dévaluation a donc des vertus et la Belgique l'a pratiquée à plusieurs reprises, comme en 1982 à hauteur de 8,5%. Ceux qui regrettent le temps passé des dévaluations nationales oublient que l'euro peut aussi dévaluer par rapport au USD ou au Yen. Les Américains ne se privent d'ailleurs pas de laisser filer le USD lorsqu'ils estiment nécessaire de relancer leurs industries. Dévaluer l'Euro reste une question politique dont il n'est pas (encore) question, même si la monnaie unique a déjà perdu près de 10% depuis le début de cette année.

Pour l'instant, les états européens se focalisent sur les moyens de réduire leurs endettements, en espérant revenir à l'orthodoxie prônée par Maastricht en 2013 ou 2015! Si une seconde crise se déclenche, elle ne pourra plus être contrée par des mesures gouvernementales. Quant aux banques centrales, appelées essentiellement à réguler l'inflation, elles ont déjà quasiment épuiser toutes leurs cartouches en réduisant leurs  taux de base à 1%.  

Restent les consommateurs qui, par leurs dépenses d'investissement ou de consommation, pourraient relancer la mécanique surtout dans des pays comme les USA où la consommation domestique représente près de 60% du total des richesses créées chaque année.

Mais comment croire à la relance de la consommation alors que le chômage frappe quasiment 10% de la population ( 21% à Bruxelles !), que les pertes d'emploi vont encore percuter en 2010 et que dans un tel contexte la population a plus tendance à épargner qu'à dépenser.

Puisque ni la stagnation économique à la japonaise ni le "double dip" ne sont souhaitables, on devrait raisonnablement appeler de nos voeux une reprise rapide et durable. Pourtant, certains s'en gardent bien car ils estiment qu'aucune leçon n'a été tirée du séisme vécu au cours des 18 derniers mois. Recommencer à produire encore plus de véhicules pour sauver des emplois dans l'industrie; importer encore plus de pétrole, extrait de plus en plus difficilement; spéculer à nouveau sur des montages financiers abscons, tout cela ne peut que nous mener plus ou moins vite vers une nouvelle crise.

Paradoxalement, les tenants d'une remise à plat du modèle économique sont de deux bords divergents; il y a d'abord les partisans purs et durs des lois du marché qui déplorent les aides apportées aux banques, les soutiens aux industriels (primes à la casse dans le secteur automobile) et autres interventions étatiques. Selon ceux-ci, on aurait dû laisser les lois du marché s'exercer librement, qui auraient séparer le bon grain de l'ivraie et qui, moyennant quelques convulsions, auraient livré un nouveau paysage économique débarrassé des banques mal gérées, des industries peu performantes et des spéculateurs ruinés. Toutes les mesures d'encadrement et de soutien ne font que retarder l'inévitable et salutaire nettoyage des opérateurs économiques défaillants. Une reprise basée sur les efforts de stabilisation et des incitants gouvernementaux ne rime à rien.   

D'autres par contre regrettent que les mesures prises ne soient qu'emplâtres de fortune et qu'en dehors d'un show médiatique à propos des bonus des dirigeants, l'ordre économique n'ait pas fondamentalement changé. Une reprise dans ces conditions ne résoudra rien; on recommencera demain les errements d'hier. 

Les faits semblent accréditer cette thèse car on ne voit pas très bien ce qui a été modifié en profondeur dans l'ordre économique. Obama essaye bien de réagir en tentant de recréer une séparation entre les banques de dépôt et les banques d'affaires ( distinction supprimée par Bill Clinton !) mais il se heurte à des lobbies hyper puissants qui ont leurs entrées au Congrès américain.

Pourtant, ce n'est pas le travail qui manque; les besoins sont énormes, les défis colossaux. On est loin d'avoir satisfait les besoins, même primaires, des hommes en termes de santé, d'éducation, d'infrastructures. 2 milliards d'humains vivent sans eau, ni électricité, avec 2 USD par jour!. Si donc l'économie patine, ce n'est pas faute de besoins à satisfaire; c'est par une mauvaise allocation des ressources, un choix des priorités déficient et suite à des interférences vénales qui privilégient tout sauf l'intérêt collectif.

La seul reprise économique acceptable résulterait d'une prise de conscience globale de nos destins communs, de l'exceptionnelle chance de pouvoir goûter un bref moment à la vie sur cette terre et de l'inanité de toutes nos prétentions matérielles.

Car on n'a pas de poche dans notre dernière chemise.

01:00 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

04.07.2009

Keynes ou Friedman?

Attention : lire ce post après avoir lu celui du 30/06/2009

 

Obama doit-il vraiment abandonner Keynes pour Friedman ?

Doit-il écouter le fondateur de l’école de Chicago, par ailleurs Prix Nobel, qui au milieu des années 70  développa une approche plus monétariste de l’économie? Plutôt que de jouer aux entrepreneurs de génie civil, Friedman estime que l’état devrait travailler l’outil monétaire en intervenant sur la fiscalité, les taux d’intérêts et la masse monétaire afin d’agir sur le pouvoir d’achat.

Tous les pays s’inspirent aujourd’hui, peu ou prou, de cette conception : les taux à court terme de la FED, de la BCE, de la banque d’Angleterre ou du Japon ont été ramené de 4% à moins de 1% c.-à-d. que les institutions financières de ces pays  peuvent emprunter auprès de ces banques centrales pour moins de 1% par an. Cette mesure était destinée à inciter les banques privées à prêter à leur tour aux entreprises et aux particuliers à des taux très bas favorisant ainsi le financement de la consommation ou de nouveaux projets stimulant l’économie. Mais allez chercher dans votre agence bancaire à un crédit à 1 ou 2% ! Les banques tétanisées par la crise ne jouent pas vraiment le jeu.

Certains états utilisent alors le biais fiscal et diminuent les impôts indirects (dits « de consommation » plus faciles à utiliser que les impôts directs ) en baissant le taux général de la TVA par exemple en Angleterre, celui du secteur Horeca en Europe ou de la construction en Belgique.

Sera-ce suffisant ?

Le Japon a gardé ses taux d’emprunt proches de 1% pendant 20 ans sans relancer son économie ! Même Ben Bernanke, actuel président de la FED, en doute. Sa propre maison natale, qu’il avait vendue en 1996, vient d’être saisie par une banque, l’acheteur ne parvenant plus à rembourser son crédit de 1.088 usd/ mois !

Il sait aussi que l’augmentation du pouvoir d’achat par le jeu d’une diminution d’impôts ne se traduit pas forcément par une embellie économique. Car le contribuable peut garder l’argent au frais en faisant des économies ou dépenser hors frontières. Mitterrand l’a douloureusement expérimenté en 1982 lorsqu’il augmenta le Smic et les revenus des bas salaires ; l’économie française n’en a rien vu mais les importations d’électroniques grand public japonaises explosèrent !

Donc Obama n’a pas choisi entre Keynes et Friedman ; il fait tout à la fois, lance un plan de relance de usd 750 millions, soutient et au besoin nationalise des banques ou des constructeurs automobiles et augmente (eh oui) les dépenses militaires ! Il agit avec beaucoup de piété car il sait les incantations à tous les saints peut-être aussi efficaces que les experts. Ceux de la «  Harvard management Cie » chargés de gérer les fonds de la plus prestigieuse université américaine ont par exemple perdu 8 milliards en 2008.

Avec beaucoup d’humilité aussi car il vient de nationaliser quasiment General Motors dont les dirigeants, hautains, disaient, il y a quelques années en voyant arriver les voitures japonaises : » We make cars to sit in, not to piss over ».

Est-il rasséréné pour autant ?

Ses plus grandes craintes viennent de l’absence générale de visibilité. A-t-on vraiment touché le fond ?

Que des banques ou Chrysler chavirent, soit. Mais voici que «  Six Flags » l’ancien propriétaire de Walibi dépose le bilan. Mais voici que les organismes de crédit enregistrent des défauts de paiement sur cartes de crédit qui passent de 3 à 6 voire 8 %. Or un américain adulte dispose en moyenne de 7 cartes de crédit pour une dette totale cumulée de 900 milliards. Devant l’augmentation des risques de défauts de paiement, les organismes financiers relèvent leurs charges d’intérêts sur découvert, brutalement. De 9 à 21% dans certains cas ou encore abaissent les plafonds de découvert autorisés ; deux mesures qui étranglent la consommation, car le citoyen américain n’a aucune réserve en cas de coups durs, le taux d’épargne étant nul depuis 10 ans. Enfin, les inévitables conséquences de l’aggravation du chômage ne se font pas encore sentir car les indemnités de départ et les couvertures sociales amortissent le choc. Pour combien de temps ?

Plus fondamentalement l’usage d’instruments monétaires pour contrer une crise d’essence monétaire semble paradoxal. Car la cause première de la crise ne sont ni les crédits bon marché octroyés aux ménages peu solvables, ni la chute des prix immobiliers, ni les produits financiers sophistiqués tels les CDS, les ABS ou autres CDO ; ils sont les conséquences de la crise, pas la cause. Celle-ci résulte de la création excessive de masse monétaire, de cash disponible qui devait trouver à s’employer et qui supprimait toute envie d’épargne. C’est un cas d’école, une méconnaissance basique d’un principe économique primaire. En fait, le chef du village a failli à sa tâche, il n’a pas estimé correctement la masse monétaire qu’il convenait d’injecter dans le circuit économique de son village monde. ( cfr post du 26/05)

Evidemment, il faudra bien un jour rembourser tous ces déficits pour remplir à nouveau la fameuse baignoire de Keynes. Il n’y aura que deux façons d’y arriver : soit on augmente les recettes fiscales soit on laisse filer l’inflation. L’une et l’autre seront des fardeaux pour les générations suivantes déjà confrontées au vieillissement de la population.

Si vous êtes de près ou de loin victime de la crise, ne vous en faites pas trop, vous êtes en belle compagnie. Isaac Newton lui-même perdit des plumes dans le scandale qui resta dans l’histoire sous le nom exotique de «  la bulle des mers du sud ». Cette banqueroute plus sophistiquée que la  « crise de la tulipe hollandaise » (cfr post du 30/06 ) utilisa pour la première fois des effets de levier très similaires aux actuels « futures » qui multiplient l’exposition aux risques. L’auteur de la loi de l’attraction universelle en conclut : « Je peux calculer le mouvements des corps célestes mais pas la folie des hommes ».

 

Bonnes vacances

10:05 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

30.06.2009

O O Obama: 3° défi

Je m’en voudrais de partir en vacances sans vous dire la compassion que j’éprouve pour Barak Obama. Car il a bien des soucis, le jeune président.

Notamment son 3° défi (cfr post du 19/01/09) ; celui de relancer l’économie mondiale puisque son pays est la source et la cause de la crise actuelle. Il multiplie les initiatives d’un ton de moins en moins assuré, conscient des limites de son pouvoir.

Des crises, on en a déjà connues. Au point que certains économistes ont identifié des cycles récurrents. Les célèbres « cycles de Kondratieff » portent le nom de cet économiste russe qui établit en 1926 l’existence de 14 cycles de 70 ans dans l’histoire économique depuis 1784. Ils sont tous composés d’une  phase ascendante, d’un palier de maturité suivi d’un déclin. Selon cette vision très anthropomorphique (calquée sur une vie humaine), nous serions dans une phase descendante et on a beau s’agiter, seul le temps nous sortira d’affaire!

La première crise financière répertoriée dans l’histoire économique remonte à 1623. Elle survint chez nos voisins hollandais qui brusquement se prirent de passion pour le bulbe de leurs plus belles tulipes. Un seul bulbe pouvait valoir  «  un carrosse neuf, 2 chevaux gris avec harnais ». La légendaire tulipe « Semper Augustus » atteignit le prix d’une demeure bourgeoise. Alors les gens perdirent la raison. Ils s’endettèrent ou vendirent leurs biens pour acheter un bulbe dans l’espoir de le revendre plus cher le lendemain. Ils achetèrent même des bulbes qui n’étaient pas encore plantés, préfiguration originale de nos  « contrats sur futurs » actuels. En 1637,  tout s’effondra mais seules les villes de Amsterdam et de Utrecht collapsèrent. Aujourd’hui c’est la planète toute entière qui vacille car la mondialisation est passée par là. Quand Général Motors est en difficulté aux USA, ce sont des usines en Allemagne ou en Belgique qui sont en danger. Quand la Chine réduit sa production, c’est le bois gabonais ou le pétrole soudanais qui ne s’exporte plus.

Une bonne nouvelle cependant : à force de fermer des usines, de réduire les transports et de ralentir l’économie, les objectifs de Kyoto en terme de réduction des gaz à effet de serre seront atteints voire dépassés dès l’année prochaine.

Mais à quel prix !

37 banques américaines ont fait faillite, la précarité se généralise, le taux de chômage remonte dans tous les pays (5 millions d’emplois disparus aux USA depuis janvier 2008, vers 16% de sans-emploi en Espagne et toujours 20% de chômeurs à Bruxelles et dans le Hainaut !). Les gouvernements irlandais, tchèque, hongrois et islandais se sont effondrés.

 

Alors que peut faire Barak Obama ?

 

Les économistes, encore eux, ont élaboré diverses théories dont les deux plus connues opposent d’ailleurs des visions différentes.

John Maynard Keynes, anglais très respecté, avait ouvertement critiqué le traité de Versailles (1919) qui établissait les conditions de la paix et les réparations dues par l’Allemagne pour les dégâts causés par la première guerre mondiale. Il estimait exorbitantes les indemnités exigées de l’Allemagne et pronostiquait une crise majeure. Mort en 1946, il eut le temps de vérifier la véracité de ses propos ! S’agissant des temps de crise, il expliquait sa théorie économique du « deficit spending » par l’allégorie de la baignoire. L’économie est comme une baignoire sans bouchon ; le débit du robinet (les recettes) ne doit pas forcément être égal à la capacité d’écoulement (les dépenses). En bonne saison, le débit étant supérieurs à l’écoulement, la baignoire se remplit de surplus budgétaire pour constituer une réserve de moyens financiers. En basse saison, lorsque le débit des recettes diminue, on utilise les réserves accumulées en s’autorisant un déficit budgétaire pour maintenir un flux des dépenses supérieures aux recettes et soutenir ainsi l’activité économique, quitte à se reconstituer des réserves lorsque le climat des affaires s’améliore.

Selon Keynes, c’est l’état qui doit créer ces dépenses en période de crise en acceptant un déséquilibre budgétaire, la baignoire se remplira plus tard. Sa théorie a été mise en œuvre au milieu des années 30 avec un certain succès, les gouvernements lançant des grands travaux publics qui mobilisèrent main d’œuvre et sous-traitants.

Cette politique keynésienne ne plaît pas à tout le monde mais les états n’ont pas le choix ; il faut réagir. Les grands chantiers de génie civil d’hier (ponts, autoroutes etc.) feront place à  des travaux axés sur les économies d’énergie dans les bâtiments publics, mais c’est la même  politique keynésienne qui est activée. Les déficits publics acceptés par les états prennent des proportions vertigineuses ; aux USA, il atteindra usd 1.750.000.000.000 usd alors qu’il y a peu on prévoyait un surplus de 710 milliards soit un glissement de usd 2.500 milliards .

Comment remplira t-on la baignoire après un tel déficit ? Barak Obama a étonnement déclaré : » Nous ne devons pas nous inquiéter du déficit  de cette année, ni de celui de l’année prochaine »! Cela, Keynes ne l’a jamais dit !

En Europe, les déficits dérapent dans tous les pays : Irlande 11% du PIB - France 5,5 % - Espagne 6,2 % alors que les acords de Maastricht prévoyaient une limite à 3% du PIB.

Cette politique keynésienne sera-t-elle suffisante pour sortir le monde de la crise ?

Pas sûr lorsqu’on sait que le Japon, qui se débat depuis 20 ans avec une économie comateuse, a dépensé l’équivalent de usd 6.000 milliards en travaux de toutes sortes sans sortir de l’ornière. Il semble que la réponse keynésienne soit applicable à une crise économique conjoncturelle- à un trou d’air- mais pas à une crise structurelle. De plus il y a urgence. Or la mise en œuvre de grands travaux requiert temps et expertise : les 2/3 des 6 milliards usd votés pour reconstruire la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina n’ont pas encore été dépensés !

Reste à tester la seconde solution prônée par l’école de Chicago dont le maître à penser reconnaissait lui-même en 1976 : «  La monnaie est un sujet d’étude passionnant, il est plein de mystères et de paradoxes ».

 

Ce sera notre devoir de vacances, la semaine prochaine.

 

18:31 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : business |  Facebook |

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