17.07.2006

Le parachute du père Noël

Noël Forgeard, dont il est question dans le post du 2 juillet sous le titre " con & bête à la fois ", ne mérite peut-être pas ce titre. Il a effectivement quitté EADS sous la contrainte mais pas les mains vides; le conseil d'administration lui a octroyé un parachute de départ de six millions . Ben voyons.

02.07.2006

Boursicoteurs : Con et bête à la fois

La bourse est un vaste espace de vente et d'achat de titres de sociétés, qui devrait s' apparenter à ce que les économistes appelent depuis Ricardo " le marché parfait " c.-à-d. un marché où toutes les informations, qui conduisent les uns à vendre et les autres à acheter, seraient au même moment disponibles pour tous. Ce flux d'informations permettrait à chacun de se déterminer au mieux de ses intérêts et un subtil équilibre naîtrait de l'ensemble de tous ces intérêts en apparence antagonistes. 

Ricardo ( économiste anglais du début 19°s) a expliqué que ce " marché parfait" guidé par une " main invisibe" ne serait régulé par rien d'autre que les intérêts optimisés de chacun.

Malheureusement, il y a toujours des petits malins bien placés qui ont connaissance, avant tout le monde, d'informations susceptibles d'influencer, en bien ou en mal, la valeur d'une entreprise et partant le cours de son action en bourse. 

On peut imaginer qu'il soit facile pour un dirigeant d'entreprise de savoir, avant les autres, si son affaire est ou non performante. S'il utilise ce renseignement à son seul profit, sans en informer l'ensemble des actionnaires et de ce que les anglais appelent les stakeholders ( tous ceux qui ont un intérêt dans l'entreprise; actionnaires, clients, employés..) il commet un "délit d'initié" punissable pénalement.

Noël Forgeard était jusqu'à ce soir le co-président de EADS, la société qui construit les avions Airbus. En mars 2006, il vendit un paquet d' actions EADS qu'il détenait ( à titre de moyen de paiement d' une partie de sa rémunération)et empocha un bénéfice de 2.500.000 euros.( soit dit en passant le salaire de 2.000 travailleurs travaillant au smic dans les usines d' EADS).

Trois mois plus tard, EADS annonce un retard de 7 mois dans la livraison de ses premiers Airbus 380, ces mastodontes qui pourront transporter jusqu'à 800 personnes dans sa configuration full passagers ( je ne vous dis pas les soucis à l'embarquement et débarquement). La bourse sanctionne le titre qui perd 26% de sa valeur en une seule journée. En d'autres termes, N. Forgeard aurait perdu 600.000 euros s'il n'avait pas vendu quelques semaines plus tôt. Mais voilà par chance ce matin-là, le co-président de EADS s'est dit en se rasant " Tiens je vais vendre pour 2.500.000 euros ce matin". Car évidemment, lorsque l'autorité de contrôle des marchés français ( on reparlera de celle-là un autre jour) l'a interrogé sur cette vente devenue suspecte, Noël Forgeard a fait fort:" Non, je n'étais pas au courant des problèmes de retard de livraison de notre plus grand avion, qui est aussi notre plus gros contrat pour les années à venir et notre principal atout concurrentiel".

Autrement dit: " Oui, je suis le co-président d'un énorme société franco-allemande; oui je perçois un salaire colossal( hors titres qui eux viennent en bonus) mais non je ne suis pas au courant de ce qui se passe de grave dans mon entreprise; ben oui je suis un gros con"

Et il ajoute:" Il n' y a aucune raison que je démissionne".

Ben voyons! En Belgique, on a déjà donné dans ce registre; rappelez-vous la Sabena étrillée par les Suisses et abandonnée au bord de la faillite. Aucun administrateur ne s'est déclaré ou n'a été reconnu responsable " On ne savait pas!"

Calimero disait " Si j'avais su, j' aurais pas venu"

Je préfère Brel: " Con et bête à la fois"