29.05.2011

Cigogne noire

Voici l'histoire d'une cigogne noire qui a des oeufs à couver et d'une martre de passage qui a grande faim. Il était une fois......

 PS: ce post doit beaucoup à P.

 

3. Black Stork and Pine Marten : violent struggle from asbl Solon on Vimeo.

 

 

voir aussi www.solon.be pour les comments

24.02.2011

WikiLeaks

La diffusion sur internet de cables diplomatiques confidentiels (mais pas classés top secret ou secret défense, à ce jour inaccessibles) irritent les états, les états-majors militaires ou les conseils d’administration, bref tous ceux qui sont dévoilés dans leurs agissements souvent peu glorieux. Ils agitent les slogans habituels : « cette transparence nuit à la démocratie » ou «  la diffusion d’infos frise le fascisme » etc et attaquent le fondateur de Wikileaks (en anglais leak=fuite), l'australien Julian Assange, sur tous les fronts, même sur le plan privé pour un viol "à la suédoise".

 Ils pourraient plus joliment s’inspirer de cette histoire racontée par un taximan algérien qui expliquait la notion du « sitr » cette pudeur qu’il faut garder sur sa vie intime que Dieu seul connaît.

 

L’ange Gabriel fut appelé un jour par une créature féminine qui lui demanda d’intercéder auprès de Dieu pour son salut, car elle avait beaucoup fauté.

L’ange monta au ciel, formula sa demande au Créateur qui, sans beaucoup réfléchir, accorda son pardon. Revenu sur terre, Gabriel annonça la bonne nouvelle à la croyante. Elle s’exclama : «  Tu as dû mal entendre, Dieu ne peut pas pardonner aussi facilement à quelqu’un qui a commis autant d’atrocités que moi. » Et elle lui conta ses adultères, incestes et homicides. « S’il te plaît, remonte voir Dieu et assure toi de ce qu’il a dit ».

 L’ange s’en alla raconter à Dieu la réaction de la femme et lui décrit la liste de mes méfaits. Alors l’Unique laissa tomber : » Tu lui diras qu’elle ira croupir en enfer ». Désarçonné, Gabriel osa : «  Mais Dieu, il y a un quart d’heure tu lui pardonnais ! »

Dieu répondit ; «  Oui, mais il y a un quart d’heure il n’y avait qu’elle et moi qui étions au courant de ses secrets. Maintenant tu es un troisième ! ».

 

Ce post doit beaucoup à un taximan algérien et à Fawzia Z.

18.02.2011

Conte

Un soir, un aîné Cherokee parle avec son petit-fils des conflits entre les tribus et de l'esprit de guerre qui anime les hommes à cause de leur instinct de possession.

Il lui explique aussi que dans le corps de chaque indien se déroule une bataille:

"Mon fils, la bataille se déroule entre deux loups qui vivent cachés en nous. L'un s'appelle Malheur. Il incarne la peur, l'inquiétude, la colère, la jalousie, le regret, l'apitoiement sur soi, le ressentiment, le sentiment d'infériosité, le déni des autres. L'autre s'appelle Bonheur. Il incarne la joie, l'amour, l'espoir, la sérénité, la gentillesse, la vérité, l'ouverture au autres".

Le petit-fils réfléchit puis demande:" Quel loup gagne?".

Le vieil indien répond:" Celui que tu  nourris".

 

PS: ce post doit beaucoup à un indien et à La Libre

18.10.2010

Vole Filair, vole (2)

A propos du crash aérien que je relatais dans mon post du 3 septembre, l'hedomadaire " Jeune Afrique" publie cette semaine le résultat de l'enquête menée par les autorités congolaises, qui ont délégué sur les lieux de l'accident un spécialiste, le commandant André Decorte dont les conclusions sont corroborées par le témoignage de l'unique survivante.

L'accident survenu le 25 août dernier, à 500 mètres de l'aéroport de Bandundu, qui entraina la mort de 19 passagers et des membres de l'équipage, ne serait pas dû à une panne de carburant mais à une panique à bord.

Le Let-140 tchèque transportait en cabine un..... crocodile vivant, dissimulé par un passager dans un gros sac de sport. Mais alors que l'avion amorçait sa descente sur Bandundu, le saurien se serait échappé jetant l'effroi dans l'étroite carlingue. L'hôtesse, effrayée, s'est précipitée la première vers le cockpit, aussitôt imitée par tous les passagers. Déséquilibré, l'appareil n'a pu être rattrapé par le commandant, Dany Philemotte. Si  l'on en croit le rapport, une partie des curieux accourus sur les lieux se seraient mués en pillards, allant jusqu'à dépouiller de leurs vêtements le corps des victimes.

Détail tragicomique; le crocodile, lui, a survécu au crash avant d'être découpé à la machette par les villageois. 

Vole Dany, vole.

PS: ce post doit beaucoup à Th. qui est ici remerciée.

03.09.2010

Vole Filair, vole

Il s'appelait Dany. Il avait mon âge. Grande gueule, gros coeur, il dirigeait sa propre compagnie aérienne au Congo, avec passion et fierté, la cie "Filair". Il faisait partie de ceux que je nomme les "ensablés", ceux qui ont choisi de vivre et de mourir là-bas. Et il est mort là-bas, il y a quelques jours, aux commandes de son avion à 1 km de la piste de Bandundu et avec lui 19 personnes.

Je suis sûr que si on lui avait dit qu'il prenait des risques insensés et finirait un jour ainsi, il aurait répondu que c'est comme cela qu'il voulait vivre, quitte à en mourir. On parle d'une panne sèche de carburant, ce qui serait étonnant mais qu'importe, même si là-bas les morts sont toujours entourées de forces obscures, il a eu ce qu'il acceptait sereinement: sa carlingue comme cercueil.

Donc paix sur lui.

Mais je pense aussi à sa femme et ses enfants, dont il s'était éloigné lorsqu'il décida de rester seul là- bas et d'y refaire sa vie. Ils ont dû apprendre le décès de leur mari ou père par la radio ou les journaux puisque ce crash a été très rapidement annoncé par les médias belges. Il a été inhumé à Kinshasa. Pas simple de faire son deuil dans ces conditions. Dany n'a jamais voulu que sa vie soit banale. Sa mort ne l'est pas non plus.

Vole Filair, vole.

Crash Avion BDD 25-08-2010.jpg

 

13.05.2010

Esther

Elle s'appelle Esther; elle est hongroise et a 20 ans.

Lorsqu'elle est arrivée en Belgique, il y a 8 mois, elle ne parlait pas un mot de français. Aujourd'hui, elle explique avec un accent gouleyant, qu'elle voulait, après son bac, consacrer un an de sa jeunesse à découvrir l'Europe occidentale, apprendre le français et servir une cause.

C'est ainsi qu'elle débarqua comme bénévole dans l'ASBL bruxelloise " Notre Abri" qui, comme son nom l'indique, accueille une soixantaine de bambins de 0 à 6 ans malmenés par la vie toujours, par leurs proches souvent. Elle jongle tous les ans pour boucler son budget, supérieur aux subsides obtenus, et recourt à quelques bénévoles pour renforcer son équipe professionnelle.

Esther s'occupe des enfants, partage leurs jours et leurs nuits puisqu'elle loge à l'ASBL  et découvre la face cachée d'une Belgique qu'elle croyait opulente. En soi, c'est déjà remarquable.

Pour emmener ses enfants une semaine à la mer du Nord pendant les vacances, l'ASBL organise chaque année une rando-vélo sponsorisée. 

Une trentaine de paire de mollets prend le train à 6 heures, descend à Knokke puis parcourt lentement les 140 kms vers Bruxelles pour venir, symboliquement, chercher les enfants qui passeront, l'été venu,  140 heures à la mer. ( voir post du 19-05-2008)

Esther ne pratique pas le vélo et n'a aucune condition physique, hormis celle de sa jeunesse. Elle reçut un vélo d'emprunt, on régla vaille que vaille la selle, elle chaussa des ballerines et commença à pédaler.

Elle moulinait un si petit rapport à la sortie de Knokke que je fus persuadé qu'elle ne rallierait pas Bruxelles. Elle oubliait de changer de vitesses, de boire avant d'avoir soif, de manger avant d'avoir faim, de s'abriter du vent au coeur du peloton. A partir de Gand, elle commença faire du yo-yo, rattrapant le groupe pour aussitôt le lâcher. Mais chaque kilomètre parcouru rapportait quelques euros à l'ASBL et à elle quelque fierté. 

On quitte la Dendre et le plat pays à Liedekerke pour aborder les montées du Brabant flamand. Au kilomètre 100, elle cria " bingo", épuisée mais étonnée de ne pas avoir défailli. Les dernières montées furent pénibles. Derrière ses lunettes cerclées, son regard tanguait. Les plus costauds la poussaient quelques mètres; ses mains tétanisées par le froid et la fatigue s'accrochaient au guidon; ses ballerines, trop souples,ne protègaient plus ses pieds des morsures des pédales.

Le premier bâtiment bruxellois qu'elle reconnut fut l'hôpital d' Erasme où elle avait accompagné des enfants. Là, elle comprit qu'elle arriverait au bout de ses 141 kms. Mais lorsqu'elle arriva au pied de la rue Van Zuylen, la dernière ligne droite, longue et raide comme un col alpin, elle dit:" Oh non". Alors on lui cria:" Lâche pas Esther, lâche pas".

Au sommet de la rue, les amis, les parents nous attendaient. Esther ne connaissait personne sauf les enfants, dans les bras des puéricultrices, qui s'étonnaient de voir tous ces casques bariolés sur des vélos trois fois plus grands qu'eux. Les bambins ne comprirent pas pourquoi leur "Esti" descendit de vélo, s'assit par terre et pleura.

S'il vous reste 2 francs 3 sous, envoyez un gosse à la mer. Ne le faites pas pour Esther, faites le pour ces gosses qui n'ont rien demandé ni à la vie, ni à vous. Mais raison de plus.

www.notreabri.be

ING 310-1412668-46 avec mention " 140 Kms pour Esther".

Pour tout don de 30 euros ou plus, vous recevez une attestation fiscale, qui donne droit à une déduction fiscale, à déclarer en code 1394;  mais 3 francs deux sous c'est très bien aussi.



01.03.2010

La même semaine

 

A Montréal, un copain d'enfance donne son dernier coup de pédale sur un vélo d'exercice dans une salle de sport. Rien ne le prédisposait à rejoindre Goscinny, le père d'Astérix, qui clabota à 51 ans en pédalant dans le cabinet de son cardiologue.

La même semaine à Amsterdam, un nouveau-né pousse son premier cri et la famille s'agrandit.

C'est la vie qui se déroule et s'écoule comme le sang dans nos veines.

Mais parfois, c'est l'hémorragie. Alors la parturiente rejoint les "mamans courage" qui exposent leur vie pour la donner. Elles abordent des contrées qui nous seront à jamais refusées, à nous les hommes tout penauds de rester sur le rivage de la souffrance.

Est-ce pour cela qu'on se bat, qu'on travaille ou qu'on pédale? Car nous ne devons pas être économes de notre sang?

On t'embrasse Y.   Salut à toi G.

" On naît parmi les hommes, on meurt inconsolé parmi les dieux" R. Char 

11.11.2009

L'enfer est pavé...

Etre ou devenir ce que nous sommes censés être, manque singulièrement d’intérêt. Aussi, quel souffle de fraîcheur de voir certains courtiser les chemins de traverse.

Ainsi,  à l’université de Nanterre, cet étudiant qui devait répondre  à une question de chimie,

 «  L’enfer est-il exothermique ou endothermique ? ».

Il savait évidemment ce que signifie ces termes (exothermique : qui évacue de la chaleur et endothermique : qui absorbe de la chaleur) ; il connaissait également la clé de la réponse attendue, basée sur la loi de Boyle ( si un gaz se dilate il se refroidit et inversement), mais il choisit la tangente que son  professeur, beau joueur, a posté sur le net .

 

«  Premièrement, nous avons besoin de savoir comment varie la masse de l’enfer avec le temps. Nous devons connaître à quel rythme les âmes entrent et sortent de l’enfer. Je pense qu’on peut assumer sans risque qu’une fois entrées en enfer, les âmes n’en sortent plus. Leur nombre est donc infiniment croissant.

De même, pour le calcul du nombre d’entrées en enfer, nous devons regarder le fonctionnement des différentes religions qui existent de par le monde.

La plupart de ces religions affirment que si vous n’êtes pas membres de leur religion, vous irez en enfer. Comme il existe nombre de religions exprimant cette règle et comme les gens n’appartiennent en général qu’à une seule religion, nous pouvons projeter que toutes les âmes vont en enfer, damnées par l’une ou l’autre des religions concurrentes.

Maintenant regardons la vitesse de changement du volume de l’enfer parce que la loi de Boyle spécifie que «  pour que la pression et la température restent identiques en enfer, le volume de l’enfer doit se dilater proportionnellement à l’entrée des âmes ». Par conséquent, cela donne deux possibilités :

-       si l’enfer de dilate à une vitesse moindre que l’entrée des âmes en enfer, alors la température et la pression augmenteront jusqu’à ce que l’enfer éclate.

-       si l’enfer se dilate à une vitesse supérieure à la vitesse d’entrée des âmes , alors la température diminuera jusqu’à ce que l’enfer gèle.

Laquelle choisir ?

 

Si nous acceptons le postulat de ma camarade de cours Jessica m’ayant affirmé en première année «  Il fera froid en enfer avant que je ne couche avec toi » et en tenant compte du fait qu’elle est venue se coucher près de moi  la nuit dernière, alors l’hypothèse doit être vraie ; il fait froid en enfer. Ainsi je suis sûr que l’enfer est exothermique et a déjà gelé.

 Le corollaire de cette théorie c’est que l’enfer ayant gelé il n’accepte plus aucune âme et du coup, il n’existe plus. Laissant ainsi seul le Paradis et prouvant l’existence d’un Etre divin que la nuit dernière Jessica invoquait sans cesse ; «  Oh… mon Dieu ».

 

Et si cette histoire n’est pas véridique, elle n’en est pas moins rafraîchissante.

PS: ce post doit beaucoup à Internet

 

04.11.2009

Le crocodile et le scorpion

Les kinois ont érigé la gouaille, la répartie et la dérision en art existentiel c.-à-d. essentiel à leur survie. Nous partageons avec eux une forme de surréalisme belgo/congolais, telle cette fable du " Crocodile et du scorpion". 

*   *   *   *

Un jour, à Kinshasa, un scorpion demande à son voisin crocodile de l'aider à traverser le fleuve Congo pour se rendre à Brazzaville.

" Je dois visiter ma mère de l'autre coté du fleuve mais je ne sais pas nager. Laissez-moi monter sur votre dos, Monsieur Crocodile ."

Le crocodile se méfie:" Je vous connais vous les scorpions. Quand nous serons au milieu du fleuve, tu me piqueras et nous nous noierons tous les deux".

"Pourquoi ferais-je cela? lui répond le scorpion. Si je vous pique, je meurs noyé."

Devant tant de logique, le crocodile se laisse convaincre et il se mit à l'eau, le scorpion cramponné à son dos.

Soudain, arrivés au milieu du fleuve, le scorpion le pique à la nuque et le crocodile sent la paralysie l'envahir.

"Mais pourquoi as-tu fait cela? lui demande le crocodile avant de perdre connaissance.

Et le scorpion lui répond en glissant sous les eaux:" C'est comme cela. Faut pas chercher, on est encore au Congo, non ? "

*   *   *   *

Cette fable, assez connue à Kinshasa, se trouve en exergue d'un livre récent " Réforme au Congo: attentes et désillusions" dont nous aurons l'occasion de reparler.

Rédigé par un collectif d'intervenants directs dans le domaine du développement, il fait un simple constat;" Les problèmes sont identifiés, les causes et les solutions aussi .... mais les choses vont de mal en pis".

Alors? "Est-ce comme cela et il faut pas chercher. Ou au contraire, il faut chercher, même si on est encore au Congo ? ".  Il le faut car la preuve que quelque chose d'autre est possible, qu'une autre Afrique se profile saute aux yeux .. à Kigali.

03.06.2009

Benda Bilili

Dans les rues de Kinshasa, il n'y a pas seulement des trous, des caniveaux bouchés et des ordures; il y a aussi des handicapés et des shégués.

Ces derniers, les 40.000 enfants qui dorment dans les rues de la capitale congolaise, doivent leur surnom par référence à l'espace Shengen selon les uns, à Che Guevara selon les autres. Eux s'en indiffèrent, tout occupés qu’ils sont à survivre avec pour seules armes la mendicité et les rapines. Orphelins, chassés de chez eux pour cause de sorcellerie, abandonnés ou perdus ils rejoignent rapidement un groupe d’autres shégués car seule l'appartenace à un clan permettra peut-être de subsister.

Ils partagent la rue avec les handicapés, souvent victimes de la polio, qui eux aussi vivent en bande, squattant certains carrefours ou parcs publics et se déplaçant au moyen d’improbables « vélos à bras » customisés. Organisés au sein d’un syndicat virtuel «  La plateforme », ils jouissent  d’un mélange de compassion et de crainte qui  empêche les kinois de se mettre en travers de leur chemin. La vaccination contre la polio fait pourtant l’objet de campagne régulière mais il faut prendre 3 doses orales du vaccin à quelques semaines d’intervalle … sans oublier. Or la relation entre la maladie et les poliovirus n’est pas encore totalement intégrée dans la perception collective congolaise car que pèse un vaccin contre la volonté d’un oncle maternel qui a décidé de votre handicap !

Une étrange alchimie s’est opérée entre ces deux groupes d’exclus : les shégués aident les handicapés qui en retour leur assurent une certaine sécurité.

Parfois la rumba, matinée de « sex machine », s’en mêle et une musique nouvelle monte des caniveaux. Pendant des années, les handicapés grattèrent le soir venu leurs guitares dans les squares pour passer le temps, chanter leur condition et la vie kinoise. Puis les enfants shégués se joignirent à eux jusqu’à ce qu’un belge, musicien et cinéaste les repère. Un ordinateur Mac, quelques micros et amplis suffirent pour capter ces grooves de rumba, reggae et blues mélangés.

 Un premier album est né «  Très Très fort » qui porte bien son nom. L’originalité de cette musique n’est ni sa qualité technique ni même qu’elle soit jouée par 4 guitaristes paraplégiques mais bien sa stupéfiante authenticité. Les voix, les accords et les instruments sont bruts de décoffrage comme cette boite à musique à une seule corde bidouillée par un shégué de 16 ans à partir d’un pot de lait, d’un arc en bois et d’un fil métallique.

Les rues de Kinshasa ne sont pas seulement pleines de trous ; on y perçoit aussi l’écho d’une musique confondante d’un groupe de musiciens qui se sont appelés » Benda Bilili », ce qui veut dire « Regardez (nous) autrement ».

 

 

 

 

 

16.03.2009

Magnolia

Comme la plupart des événements de notre vie, les anniversaires sont ce que l’on en fait. Des moments de joie, de doute, de fierté ou de chagrin.

Le rapport à l’âge se nourrit de deux perceptions, concordantes ou antagonistes. D’abord, le consensus généralement admis de ce que l’on doit être. Cette représentation sociale évolue mais lentement. Il m’en coûte de citer Jacques Séguéla, ce saltimbanque de la publicité, mais il illustre bien notre propos lorsqu’il dit : » Si on n’a pas de Rolex à 50 ans, on a raté sa vie ».

A ce diktat social on confronte, avec plus ou moins d’apaisement, l’idée personnelle que l’on façonne de soi face au temps.

Avez-vous remarqué que les personnes âgées, comme les enfants, comptent les demi-années. Ils disent avec la même fierté  «  J’ai 4 ans et demi » pour cette moitié d’année gagnée sur la vie ou «  J’ai 89 ans et demi » pour cette moitié d’année gagnée sur la mort.

Le vertige du temps fait parfois vaciller comme tremble la flamme des bougies à souffler.  Jonathan Littel ( Les Bienveillantes) écrit : » Longtemps on rampe sur cette terre comme une chenille dans l’attente du papillon splendide et diaphane que l’on porte en soi. Et puis le temps passe, la nymphose ne vient pas et on reste larve ».

Il en faut des cadeaux pour effacer ce chancellement. Il en est des pas chers et qui font plaisir ; d’autres très onéreux qui flattent autant celui qui les donne que celui qui les reçoit.

Il y a aussi des cadeaux-émotion qui vous mettent à découvert et vous laissent touché-coulé. Ainsi ce blog qui, par la grâce et les soins de quelques proches, a reçu une version papier. 386 pages comme 386 miroirs qu’on appréhende de regarder.

 

«  Pour être un homme, dit-il, il faut planter un arbre, construire une maison et écrire un livre ».

Il y a des anniversaires heureux.

 


10.03.2009

Dead cat bounces

Lorsque jeune scout, on coupait la tête des poules à la hache avant de les déplumer pour les manger, on s'étonnait (pour être honnête, on s'en amusait) de voir les corps sans tête de ces gallinacés parcourir quelques pas en zigzaguant avant de s'affaler.

Lorsque ces jours-ci, je contemple les soubresauts des cours boursiers qui grimpent de plusieurs pourcents pour s'aplatir davantage le lendemain, j'y vois une agonie de volaille.

Les américains utilisent sur les marchés financiers une expression colorée pour définir ces convulsions :" dead cat bounces".

De nos jours, les jeunes scouts qui reçoivent pour seule nourriture une poule à décapiter vont l'échanger dans la ferme la plus proche contre un pain et 5 oeufs.

L'humanité fait des progrès!

IGNobel (3)

La très prestigieuse "American Association for the advancement of Sciences" AAAS, qui publie notamment la revue "Sciences", a un coté facétieux.

Chaque année lors de son congrès, le plus grand concentré de Prix Nobel au m2, elle décerne les IGNobels, prix parodiques remis à d'authentiques chercheurs par d'authentiques Nobel. Cette année, trois chercheurs français en biologie ont été honorés pour avoir démontré que les puces des chiens sautaient plus haut que les puces de chats.

Une autre institution, l'ECNH, aussi austère que suisse, a été récompensée pour avoir milité en faveur de la reconnaissance du "droit à la dignité des végétaux".

L'an prochain, il faudra absolument qu'on leur présente notre très belge "Front de libération des nains de jardin" qui se languissent tout seuls sur les pelouses des pavillons de nos banlieux. 

PS: voir aussi post du 23-10-2006 et du 15-10-2007

31.12.2008

BONANA

On sort de cette année 2008 avec un goût de cendres dans la bouche.

Les Bush, Cheney, Maddof, Lippens, Poutine, Leterme, Mugabe, et tant d'autres se sont bien fichus de nous; du beau foutage de gueules, à des degrés divers j'en conviens mais quand même!

Est-ce par un phénomène de halo qui nous fait généraliser les excès complaisamment mis en exergue par les médias; est-ce par dépit d'avoir détenu des titres Fortis ou par rage de voir un pays comme le Zimbabwé partir en quenouilles, on ne sort pas indemne de 2008.

Heureusement, le destin recèle une barrière salvatrice à toutes les dérives humaines; nous sommes mortels.

On peut sévir, brutaliser, excommunier, occire, supplicier, immoler, trucider, cadavérer et persifler, ce ne sera qu'un temps; 27.000 jours à tout casser. Les tyrans immortels n'existent pas. Ceci ne fait pas l'affaire de leurs contemporains mais l'humanité leur est reconnaissante de disparaître.

A moins qu'à coups de folies humaines ce soit l'humanité qui vienne à s'éteindre. De toute façon, la seule vraie question philosophique est celle du suicide. Celui de l'humanité en sera l'ultime débat. 

Et puis, et puis.. et puis... si on tend l'oreille dans les faubourgs miséreux de Kinshasa la (pou)belle, les choeurs de Carmina Burana balaye tout ceci d'une indéfectible couleur de joie et d'espoir; le grand orchestre symphonique de Kinshasa vous offre 4' 36'' de bonheur pour commencer 2009. D'ailleurs, le choeur chante "O Fortuna".

A les entendre on n'a plus aucune envie de régler la question philosophique!

 http://www.dailymotion.com/pollux91/video/x7j7oh_orchestre-symphonique

Utilisez le plein écran pour mieux entendre!

 

 PS: cette vidéo doit beaucoup à Bernard.

23.12.2008

Joyeux Noël

Il y a mille raisons de s'épancher en cette fin 2008, année sombre s'il en est pour notre pays et ses habitants. Consolons-nous car l'année prochaine sera pire et accordons-nous un moment de répit.

Je vous offre l'humour et le rire incandescent de Monseigneur Desmond Mpilo Tutu, archevêque anglican sud-africain, prix Nobel de la Paix dès 1984 et président de la Commission sur la Vérité et la Réconciliation dans son pays.

Cliquez sur le lien, pas sur la photo.

http://fr.youtube.com/watch?v=UHUjnWVsYc0

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Quand l'humour devient la contraction de deux vertus: l'humilité et l'amour.

PS: Ce post doit beaucoup à Thomas

12.10.2008

Arcs en ciel

Le ferry qui assure la liaison entre Dar es Salam et l'île de Zanzibar est un catamaran, d'un bleu rouillé, équipé de deux puissants moteurs diesel avec pour devise " Travel with speed, comfort & safety". Les 200 passagers doivent payer l'équivalent de 10$ ( 30 $  s'ils sont étrangers) pour embarquer à bord du " Sea Express II " qui fendra les eaux pendant 2 h 30 avant d'aborder l'île mythique, aux forts relents arabes, d'où partirent  des centaines de milliers d'esclaves vers le golfe persique. Les palais et demeures des anciens sultans d'Oman sont délabrés et les objets exposés, rappels dérisoires de la grandeur passée, ne méritent pas le détour. Mais des terrasses de ces résidences, la vue sur la mer est immuable et on distingue, à quelques encablures de la rive, les deux îles où les esclaves arrachés au continent s'entassaient avant d'embarquer pour leur ultime voyage.

Au retour, le vent s'était levé et avec lui la mer formée. Les vagues moutonnaient entre les creux. Il ne fallut pas longtemps pour que nous ne puissions plus nous déplacer sans nous accrocher aux mains courantes et que les malades n'arrivent sur le pont arrière le sachet de plastique à la main. Les plus indisposés se couchaient à même le sol sur des tapis de caoutchouc suitant de crasse.

Un couple se distinguait parmi les passagers, essentiellement des tanzaniens, quelques touristes et autant de routards. Le masaï portait la tunique rouge traditionnelle échancrée et sa femme, d'une blancheur diaphane, devait être anglaise ou sud-africaine. Qui de l'homme des hauts plateaux ou de l'héritière des intrépides marins anglais fit le mieux face aux tangages et roulages ? Lorsqu'elle se coucha, il se montra prévenant, la gardant lovée contre lui pendant deux heures, l'apaisant de la voix, la réconfortant d'une main gentille.

Je n'ai pas le mal de mer; ce n'est pas une qualité, c'est un fait. Je restai donc debout, agrippé à la rambarde métallique entourant l'escalier qui relie les deux ponts, émerveillé par la danse des flots, régulièrement balayé par les embruns tièdes qui débordaient le bastinguage.  Un long et intense moment mélé d'efforts, de plaisir insolite et de beauté. Le bateau n'était pas très large, peut-être 7 ou 8 mètres. Le soleil de cette fin de journée réchauffait mon dos trempé et lorsque devant moi une vague s'élevait au-dessus de la coursive, je distinguais l'espace d'un moment un arc-en-ciel dans le rideau d'eau qui passait devant mes yeux. J'ai dû en voir une trentaine. Arcs-en-ciel privatifs que je ne pouvais même pas partager avec les gisants " Regardez un arc-en-ciel, encore un, faites un voeu".  

Lorsqu'enfin on entra dans la baie de Dar es Salam, le ferry se stabilisa, les malades se redressèrent, mes arcs-en-ciel disparurent. Le sel qui imprégnait mes vêtements et mes cheveux sécha lentement.

J'avais sans honte pris plaisir à traverser le détroit de Zanzibar que les malades d'aujourd'hui et les esclaves d'hier maudirent.

19.06.2008

Temps perdu?

J'ai raté mon train. De 30 secondes. Les portes se fermaient lorsque je déboulai sur le quai au terme d'une course de 600 mètres dans les lacis de l'aéroport. Attendre le suivant m'impose une halte forcée de près de 3h00 dans l'aérogare  Charles de Gaulle.

Un stop-over disent les "frequents flyers".

Du temps perdu s'énervent les passagers et de se précipiter sur leur gsm pour informer le monde entier de leur infortune.

Le temps d'avaler un croissant profitent les gourmands.

J'aime assez ces moments étales où l'on a rien à faire puisque rien n'est programmé; où l'on passe en 10 secondes de l'agitation extrème au désoeuvrement. On lit le journal, quelques revues puis un léger flottement s'installe qui estompe les contours de la pensée, tempère les bruits, atténue les lumières. On peut trouver du charme à cet ennui; trois heures sans but, sans projet, qui vous échappent. C'est rare. On se met à regarder les gens déambulant dans le hall, à deviner leur destination ou leur provenance. Une certaine langueur égrène les heures.

05.05.2008

Album souvenir

Fille de divorcés, elle a 30 ans. Jeune mariée, elle demande à sa tante:" Aurais-tu gardé des photos du mariage de mes parents. Je n'en ai jamais vues car ni l'un ni l'autre n'en ont conservées".

Heureusement sa tante collectionne les albums et lui remet 7 photos couleurs de ses parents... jeunes, beaux et heureux.

Regardant ces photos, elle dit désabusée;" Ils sont statistiquement fiables;ils sont restés ensemble 12 ans, c'est la moyenne". Puis ;" Quel gâchis!"

Comment faire pour accepter d'être le fruit d'un amour déchiqueté?

17.03.2008

Putain de toi

Les médecins la conduisirent, à travers un sas, dans une chambre stérile." "Voilà, dirent-ils, le médicament est dans cette boite. Vous ne l'ouvrez que lorsqu'on aura quitté la pièce. Puis vous l'avalez. N'hésitez pas, on ne pourra plus revenir pour vous aider. Tout va bien se passer."

Ils sortirent. Elle les aperçut à travers la paroi vitrée; ils l' encourageaient du regard.

Elle a 30 ans et dans les mains un cachet radioactif que les médecins eux-mêmes s'empressent de fuir. Comment faire pour l'avaler, se laisser irradier?Puis rester 4 jours en isolement total; les infirmières qui apportent repas et soins ne franchiront jamais une ligne peinte sur le sol, son mari se tiendra à distance et elle ne reprendra son fils de deux ans dans ses bras qu'au 8° jour.Putain de cancer.

Je l'ai revue quelques jours plus tard dans ma cave de jazz, amaigrie, cernée mais attentive aux autres et à la musique, applaudissant Julie, la chanteuse et ses musiciens.Rien que pour cela, rien que pour elle je suis content d'avoir créé cette boite de jazz.( cfr post du 19/11/2007)

Julie ne savait pas qu'elle faisait bien plus que chanter ce soir-là; elle berçait aussi une jeune maman au corps malmené.Julie Dumilieu HR

24.02.2008

La revanche

Je n'avais plus mis les pieds dans un stade de foot depuis des lustres. Par la grâce d'un proche cousin, j'ai pénétré samedi soir dans "l'enfer de Sclessin" près de Liège. L'effervescence autour du stade, les gendarmes à cheval, la cohue, la lumières des projecteurs font monter l'adrénaline et au sortir des escaliers de béton, déboucher dans l'arène gorgée de couleurs, de musique et de lumière active le palpitant.

Le match lui-même fut quelconque et se termina sur un insipide 0-0 au grand désarroi des supporters locaux. Plus le temps passait, plus ceux-ci se métamorphosaient; les encouragements firent place aux invectives puis aux insultes; on invoquait tous les saints du paradis pour les prendre à témoin des injustices du sort, des lacunes des joueurs, de l'état du terrain; on sollicitait tous les démons de l'enfer pour vouer aux gémonies les adversaires et l'arbitre, cet incapable devenu, en seconde mi-temps, myope, vendu, connard, enculé.

Debout, le poing vengeur, la rage aux lèvres on communiait à plus de 20.000 avec la même ferveur à ce cri primaire de la haine de l'autre. Le jeu n'en valait pas la chandelle évidemment mais il ne s'agissait pas tant de football. Il s'agissait de rédemption.

En réalité les joueurs ne sont pas payés pour mettre un ballon au fond des filets mais pour permettre aux supporters de s'identifier à une victoire qui se refuse à eux dans la vie quotidienne. Si nos favoris tapent plus fort et plus adroitement dans le ballon que les autres,on peut niquer nos chefs, nos voisins, nos profs, nos parents, nos femmes et nos emmerdes. Et si on perd, on peut hurler, injurier, blasphémer en toute impunité, à en perdre la voix sans que personne ne nous sanctionne. Au contraire nos vociférations se mèlent à 20.000 autres. Plus rien n'est impossible ni interdit. Quel exutoire!

Le foot devient donc un espace de rêves et de liberté. Je comprends mieux que les joueurs gagnent en un an ce que les supporters gagneront en une vie ( Hassan, joueur vedette d'Anderlecht gagne 1 million d'euros par an) sans que cette situation ne frustre les spectateurs. Les footballeurs pratiquent inconsciemment une thérapie collective à l'échelle nationale chaque week-end.

Après ce monde de brutes, je retrouve à Liège une vieille tante qui, me croyant affecté par le résultat du match, me propose:" Une petite rincette, p't fi?".C'est vrai que, moi aussi, je n'avais plus de voix.

19.11.2007

Le papillon, la fleur et la fourmi.

Il ne suffit pas qu' une femelle copule avec un mâle pour que la chaîne de la vie se perpétue. La nature est bien plus capricieuse.Et plus fragile.

Au détour d'une balade, un papillon me raconta l'odyssée de son existence. Sa maman, qui s'appelle "l'azurée minime", le plus petit papillon diurne d'Europe, a pondu ses oeufs, un à un, sur le bouton floral de la seule plante qu'elle tolère; l'anthylide vulnéraire. Puis, à peine éclose, la petite chenille s'est réfugiée à l'intérieur du bouton floral pour en tirer les substances nutritives nécessaires et se protéger.Une fois développée, elle est sortie du bouton et resta accrochée à la plante avant de commencer à émettre du "miellat",sorte de sécrétion très sucrée qui attire les fourmis. Spécialement la "fourmi jaune des prés" qui vint alors lècher, nettoyer et soigner la chenille jusqu'à sa chrysalide.

Le papillon doit ainsi sa vie, bien éphémère, à sa mère, une plante et des fourmis.

Il a raison celui qui a dit:" Qui cueille une fleur, dérange une étoile".Cupidominimus15

15.10.2007

Filles de ...

Solenn a un père célèbre. Comme Delphine, Jane, Mazarine ou Laurence.

Solenn souffre d'anorexie comme Laurence, Jane dans sa jeunesse et tant d'autres.

Solenn choisit la lumière glauque d'une station de métro et l'ultime bruit strident des freins écrasés, en vain, d'une motrice pour se débarasser de sa maladie, de son malheur et de sa vie.

Laurence sauta du 4° étage pour la même raison; perdit ses jambes mais garda la vie.

Toutes ces filles d'hommes célèbres ne connaissent pas pareil destin. Mazarine, littéraire comme son père, a décrit sa vie d'enfant cachée dans son 4° livre " Bouche cousue"; Jane, actrice de sa propre vie, retrouva son père sur un plateau de cinéma lorsqu'elle tourna avec lui " La maison du Lac "; Aleida devint médecin comme son père Che Guevara.

Mais la fille de Dieu, qui en parle?

" Dieu et sa fille sont assis sur un nuage qui surplombe le mont des oliviers.

* Père ?

* Oui ma fille.

* Tu permets que je t’appelle père et non pas Dieu.

* Bien sûr ma fille.

* J’ai quelque chose à te demander.

Dieu est tendu, le regard lointain. Sa fille est certaine qu’il va prétendre avoir un rendez-vous avec ses anges, ses archanges ou dieu sait quoi, pour ne pas avoir à l’entendre mais elle insiste, prête à tout.

* Et bien voilà père, la question est simple : pourquoi suis-je une fille de l’ombre ?

* Je vois que tu es résolue ma fille, je t’écoute.

 * C’est simple père, je voudrais que tu me dises pourquoi depuis vingt siècles on ne parle que de Jésus, fils de Dieu, et jamais de sa sœur ! Et ne me réponds surtout pas par une parabole comme tu en as l’habitude, je ne marcherai pas. Tu l’as fait pendant vingt siècles mais maintenant nous sommes au vingt et unième siècle et c’est fini, FINI ! Tu ne fuiras point.

Que lui répondre ? – pense Dieu - Ma fille serait-elle devenue une furie ? D’où lui vient tant d’assurance ? Qui a- t-’elle rencontré qui lui a mis martèle en tête ? Marie, peut-être ?

* Et bien que souhaiterais-tu ma fille ?

*Je souhaiterais, père, que tu ne m’oublies pas.

*Je ne t’oublie pas, ma fille, tu es toujours à mes côtés, fidèle depuis 20 siècles !

* Je te rappelle que ces siècles sont comptés depuis la naissance de Jésus ! Je ne peux plus tolérer que Jésus occupe toute la place et que personne au monde, sauf toi, ne connaisse l’existence de la fille de Dieu ! Même Jésus ne sait pas que je suis ta fille, donc sa sœur !

Elle pense qu’elle lui a porté le coup fatal : la remise en cause du Fils ! Quant à Dieu - tout omniscient qu’il est, il ne comprend plus sa fille, pourtant verbe de son verbe.

* Père ?… Dieu ?… Père ?

*Oui ma fille ? *Père ? Tu m’écoutes ?

Elle constate tristement qu’ il n’écoute plus que lui. Depuis quelques siècles les destinées de l’humanité ne l’intéressent plus. Des anges lui ont rapporté que les religions perdaient de leur pouvoir, surtout celle de Jésus, mais il ne veut pas le croire et vit dans le déni permanent.

* Oui ma fille ?

* Je pense qu’il est temps d’annoncer au monde mon existence.

Dieu a soudain la certitude que sa fille est devenue folle. Il repense à ce fameux Freud dont les anges lui ont parlé et à ses études sur l’hystérie. Sa fille doit être hystérique, Marie aussi d’ailleurs.

*Les choses sont simples père : depuis que Jésus est Jésus, les guerres succèdent aux guerres, Jésus n’a pas su faire régner la paix, Jésus n’a pas su faire entendre sa voix, Jésus n’a pas su montrer la VOIE ! Maintenant c’est à moi, femme, de tracer un chemin d’amour et de compréhension entre les êtres sur la terre. Laisse- moi faire père, je suis sûre que je réussirai là où ton fils Jésus a échoué !

 * Ma fille, la raison de Dieu est toute puissante et je te dis que tu ne peux être le nouveau Messie. Il n’y aura plus de Messie. Là où Jésus a échoué, personne ne réussira jamais, je le sais ! La religion mourra et l’homme régnera dans toute la férocité de ses actes. Mais il n’y aura jamais sur terre de religion de femme : la religion est une affaire d’homme ma fille !

* Alors une dernière question Père avant mon départ vers les terres de Canaan : qu’est-ce qu’une mère ? Pourquoi n’en ai-je pas ?

*Une mère, ma fille, met au monde son enfant, la chair de sa chair. Toi, tu n’es que l’incarnation d’une idée, l’incarnation d’une idée de Dieu et il ne tient qu’à moi, ma fille, pour que tu disparaisses si cette idée venait à me fatiguer !

 * J’ai compris père. Je pars maintenant accomplir le destin qui est le mien et nul ne pourra m’en empêcher, même la mort. Que ta volonté soit faite père, sur la terre comme au ciel. Adieu.

Dieu regarde partir sa fille dans les brumes célestes mais n’ébauche aucun geste. Que sa volonté soit faite, murmure-t’-il. Deux anges écartent les nuages et les yeux de Dieu scrutent la terre où les êtres humains s’affrontent.

PS: ce dialogue doit beaucoup aux " Chiennes de garde".pourquoijesuis

Prix Nobel

Je vous ai déjà parlé des IgNobel, chefs-d'oeuvre d'intelligence décalée, dans le post du 23 octobre 2006.

A l'heure où l'ex-futur président des Etats-Unis, comme il se présente lui-même, reçoit le Prix Nobel de la Paix, il est temps de revenir sur ces prix alternatifs, autrement plus croustillants.

Car il ne fait aucun sens d'attribuer un Nobel à un homme politique de la trempe d'un Gore, ultra connu, médiatisé et richement rémunéré pour donner des leçons au monde entier. Mais les cénacles des bien-pensants sont ainsi faits que souvent ils s'auto-alimentent ; le jour où on nommera" baron" l'instituteur qui, dans nos villages, a formé 25 générations d'écoliers, je me réconcilierai peut-être avec les honneurs; mais tant que les présidents successifs de la FEB et des Chambres de commerce recoivent les tortils, je n'y vois aucun intérêt.

Comme je n'ai pas vu d'intérêt majeur au film présenté par Al Gore " An inconvenient truth" puisque j'avouais, dans un post du 13 -11-2006, m'être endormi, plusieurs fois, pendant la projection!!

Le très convoité Prix igNobel de la Paix couronne cette année les recherches du Wright Laboratory de l’Air Force, à Dayton, États-Unis. Ce travail porte sur le développement d’une arme chimique surnommée « bombe gay », dont le but est de rendre les soldats qui y sont exposés sexuellement attirants les uns pour les autres, état que l’on suppose apte à désorganiser totalement une troupe de soldats. Aucun représentant de l’Air Force n’a pu se présenter à la cérémonie pour recevoir le prix.

Souvent les IgNobel sont remis par de " vrais" titulaires de la distinction. M. Gore osera-t-il aller à Harvard remettre le IgNobel de la Paix à son alter ego ?

03.10.2007

Fils de ...

Brahim Deby, fils du Président du Tchad, pays parmi les plus pauvres de la planète mais qui vient de découvrir du pétrole dans son sol, est mort sur le parking de sa résidence en banlieue parisienne, asphyxié par la neige carbonique que ses 5 agresseurs avaient déversé sur lui. Plus tôt dans la soirée, il avait dépensé 3.000 euros dans une boite de nuit chic où il avait " levé" une jeune Maghrébine qu'il ramenait chez lui au moment de l'agression.

Pierre Pasqua, fils de l'ex-ministre de l'Intérieur français( auteur de la célèbre déclaration " la force est restée à la loi"), en cavale depuis des années en Tunisie, a été arrêté et inculpé de détournement de fonds.

Sidi Ould Haidalla, fils de l'ancien président de Mauritanie, a été séquestré au Maroc cet été, en possession de 18 kilos de cocaïne et soupçonné d'être mêlé à l'importation en Mauritanie de 620 kilos de cette drogue, acheminés du Vénézuela par un petit porteur piloté par deux ... belges!

Haribal avait 18 ans lorsque son père connut " l'illumination" qui allait bouleverser sa vie, celle de sa famille et le sort du sous-continent indien. Mais ses relations avec son père vont vite se détériorer. Il mourra jeune, dans la misère et la déchéance dûes à l'alcool et aux jeux. Il s'appelait comme son père; Gandhi.

Il n'est jamais facile d'être le fils de son père.

Demandez au fils de Jean-Jacques Rousseau, placé dès sa plus tendre enfance à l'hospice par l'auteur " Du contrat social", lui-même abandonné par son père à 10 ans!

La richesse, la notoriété, les ors et les dorures ne dispensent pas les enfants de la nécessité de s'advenir à eux-mêmes et d'accompagner la grâce de leur existence.

Le tout n'est pas de vivre mais de faire quelque chose de sa vie.

Le fils de Dieu lui-même ne s'est-il pas écrié:" Père, pourquoi m'as-tu abandonné?"    

26.09.2007

Il faudrait qu'on m'explique ( 5 )

Cet été,le peintre américain Cy Twombly a exposé ses oeuvres à Avignon, dont une toile de 3 mètres sur 2, d'une totale blancheur.

Une jeune femme, qui se dit elle-même artiste, estima cette blancheur trop immaculée et embrassa la toile, laissant sur celle-ci l'empreinte de ses lèvres fardées. On l'arrêta immédiatement et elle doit comparaître le 9 octobre  devant un tribunal correctionnel pour "dégradation d'oeuvre d'art".

Il est vrai que celle-ci est estimée à deux millions d'euros!

La jeune femme se défend en justifiant son geste comme un "témoignage de la puissance de l'art" et en soutenant que la toile est encore plus belle maintenant " marquée de cette tâche rouge sur l'écume blanche".

 Bref, entre artistes on n'est pas toujours d'accord mais on se comprend.EXP-CYTWOMBLY

 

Autre peinture de Cy Twombly

( puisque je ne peux vous présenter l'oeuvre profanée qui se confonderait avec le fond d'écran)

22.08.2007

La pirogue

A Kinshasa, le loisir dominical préféré de beaucoup d'expatriés consiste à se promener en hors-bords sur le fleuve majestueux qui atteint, à certains endroits, 15 kms de large.

On part le matin pour une heure de navigation, fouettés par le vent et les embruns; on débarque sur un banc de sable qui affleure à la surface de l'eau;rapidement, on tend une toile, en forme de tente solaire, pour se protéger des rayons brûlants; on se baigne dans l'eau peu profonde et tiède; les hommes s'échinent à allumer un brasero pour y cuire quelques saucisses tandis que de jeunes femmes se font tirer en ski nautique.

Vers 17 h, les hors-bords rentrent vers la ville, sans trop se presser tant les lumières du couchant irisent le ciel. Mais sans s'arrêter non plus, car la nuit déboule en 30 minutes, et avec elle, les moustiques.

Il y a 2 semaines, un groupe d'amis, expats et congolais, avait affrété une baleinière pour une escapade commune sur le fleuve.

Ils étaient une vingtaine sous l'autorité débonnaire d'un capitaine congolais à rentrer en fin de journée, lorsque l'un d'eux aperçut à la surface de l'eau une étrange masse . Il alerta ses amis puis le capitaine qui réchigna à changer d'allure et de cap, le soir tombait. Lorsqu'il y consentit, ils découvrirent, accrochés à un fagot de bois, une jeune femme et son enfant.

Partis glaner du bois sur les bancs de sable les plus proches du rivage, leur pirogue avait coulé et la jeune mère s'était saisie du fagot pour surnager. Comme beaucoup de congolais, elle ne savait pas nager. Elle avait "beaucoup craint " car la nuit venait.

Elle rentra avec la baleinière et ses sauveteurs jusqu'au port de plaisance. Là, elle avisa un groupe de militaires en faction et s'empressa d' accuser la baleinière d'avoir heurté et coulé sa pirogue!Malgré les démentis véhéments des expats, les militaires la crurent un moment. Mais le capitaine exhiba sa casquette et son statut, vrai ou factice, d'officier assermenté pour rétablir la vérité.

Alors les militaires battirent la femme à coups de ceinturons, devant son enfant, longuement. Elle ne cria presque pas. Justice était rendue, rapide, brutale et franche.

Pourtant, l'attitude de la jeune femme ne pourrait n'être ingrate qu'à nos yeux. Je n'y vois, pour ma part, aucune perfidie.

Car ce n'est pas tout de lui sauver le vie.

Quelle vie? Les congolais, qui habitent le long du fleuve, sont souvent des pêcheurs, parmi les plus pauvres, se logeant dans des huttes rudimentaires et commerçant le produit de leur pêche. La femme, déposée au port, se retrouve à des kilomètres de son village, seule, démunie et, plus grave, sans pirogue. Comment retourner vers sa famille, expliquer la perte de la pirogue, en acquérir une nouvelle?

Elle a vite compris que ses sauveteurs sont riches, qu'elle a une chance "d'attraper" quelques dollars. Elle a essayé et perdu.  Son dos s'en souviendra longtemps.

La reconnaissance, la gratitude, comme la malice ou la méchanceté lui sont étrangères. Seule comptent sa survie et sa pirogue.

20.02.2007

Falling in love

7h50, station de métro.

Quai clairsemé, ce sont les vacances de carnaval.

Sur les murs, des publicités sagement placées sous cadre vitré en aluminium, loin de l'exubérance à la limite de l'agressivité des énormes pubs décorant les stations parisiennes.

Il faut de la curiosité pour s'intéresser à ces messages aseptisés. Et du moral aussi.

Sous le même panneau " Info Stib", 11 affichettes aux couleurs délavées:

" SOS solitude"

" Vivre avec son homosexualité"

" Sida?"" Assistance aux détenus"

" Vous perdez la vue"

" Aide aux victimes d'infractions"

" Envie de parler?"

" Télé accueil anonyme"

" Marre de boire?"

" Prévention suicide"

" Planning familial laïque"

 

A 7h52, difficile de faire mieux pour égayer l'aube d'une journée de labeur.

Circuler en métro répond à un étrange mode opératoire qui a secrété ses propres comportements pour passagers écartelés entre le désir de se hâter et leur impuissance à accélérer le mouvement, entre leur souhait d'avoir une place assise dans un wagon vide et l'obligation de côtoyer voire de frôler d'autres usagers.

Ce métro de la frustration engendre des attitudes dissemblables: les yeux révolvers des dames qui rentrent dans le wagon en quête d'une place assise et s'y précipitent sans retenue; le regard désabusé de misanthropes qui restent debout dans un wagon vide pour éviter de devoir jamais poser leur séant contre celui d'inconnus.

Mais chacun respecte la règle générale non écrite; on ne s'adresse pas la parole et surtout on ne se regarde pas. Si par inadvertance, vos yeux croisent ceux d'un humain, il sied de détourner le regard immédiatement, faute de passer pour un dragueur, une allumeuse ou un imprudent ( k'es ke ta? Tu me fixes, tu me cherches le vieux?)

Seuls les enfants en bas-âge vous regardent longuement de leurs grands yeux ronds avant que leur mère ne leur apprenne les convenances.

Je garde pourtant le souvenir ému de Meryl Streep qui rencontre Robert De Niro dans le métro new-yorkais et tombe amoureuse ( Falling in love 1984)B000066RT7.01._AA240_SCLZZZZZZZ_.

Combien d'idylles dans le métro-mélo bruxellois?

Il faudrait d'abord pouvoir se regarder. Curieux d'observer que la rencontre amoureuse peut naître d'un regard; distrait, cajoleur, répété, appuyé, soutenu, langoureux, affectueux, libertin, il peut aussi, me disent de jeunes femmes, être concupiscent, pervers ou déstabilisant.

L'est-il vraiment ou le perçoit-on tel ?Lorsque je m'exerce devant ma glace, je ne parviens pas à colorer mon regard de toutes ces nuances.

Evidemment je ne regarde que moi. Si Meryl Streep apparaissait dans le miroir, alors..Mais le regard de Meryl Streep est pour..De Niro.

02.01.2007

Joëlle

Elle s’appelle Joëlle.

Lorsque je l’ai engagée comme réceptionniste dans notre filiale congolaise, elle devait avoir 20 ans. Le rire sonore, l’humeur enjouée, mince avec le teint noir des filles de l’Equateur.

Pendant près de 10 ans, je l’aperçus chaque jour de mes visites à Kinshasa. C’était la grande amie de Marie (cfr post du 25-12-2005 : « Marie »). Elle avait une demi-sœur que sa mère avait eue avec un portugais, qui ne resta pas au Congo et ne reconnut jamais l’enfant.

La vie fit son œuvre ; son père mourut, elle eut un éphémère fiancé, elle commença à lire la bible assidûment, mais son rire me faisait rire et elle en jouait. Elle ne se départait de sa bonne humeur que le temps de dire : « On a dur à vivre vous savez, vraiment dur ».

Un jour, on m’apprit sa démission, puis qu’elle cherchait à rejoindre l’Europe, puis qu’elle était partie.

Les mois passèrent. Un soir, elle m’appela au bureau à Bruxelles. Elle allait bien, un petit coup de blues car elle vivait depuis des mois dans un camp de demandeurs d’asile en Hollande, au nord d’Amsterdam.

Elle téléphona quelques fois, parfois badine, parfois chagrine. Je lui rendis bien volontiers quelques menus services, l’encouragea à apprendre le néerlandais, mais elle s’ y appliqua pas.

Le 28 décembre 2005, il y a un an, elle m’appela au bureau à 14h30 : « Je suis à Bruxelles, à la gare du midi, on m’a volé mon portefeuille et tous mes papiers. Je n’ai plus d’argent pour acheter un billet pour Lyon où je vais rejoindre ma cousine ». Sur le coup, elle m’agaça. L’art de se retrouver dans des situations impossibles, « C‘est toujours la même chose, tu m’appelles quand tu as un problème, tu débarques sans rien dire, tu perds tout sauf mon n° de téléphone ! » D’une voix éteinte elle répondit ; « Il est en mémoire ».

Je réfléchis à toute vitesse, partagé entre l’énervement et la compassion. « Débrouille-toi » puis « Si tu n’as pas trouvé de solution à 18 h, appelle-moi ». Elle s’excusa et raccrocha car « les minutes diminuent ».

Elle ne téléphona pas avant la fin de la journée, mais lorsque je rentrai à la maison vers 19h ma femme me dit : « Est-ce toi qui a appelé à 18h, j’ai couru mais on a raccroché ». Je me glaçai ; donc elle n’avait pas trouvé de solution, donc elle était seule gare du midi un soir de décembre.

J’espérai toute la soirée qu’elle rappelle.

Le lendemain matin à 8h, coup de téléphone : « Je suis dans une station de métro ».J’allai la chercher et la ramenai à la maison.

Elle avait grossi, la peau grise, la mine défaite.Elle prit une douche, un petit-déjeuner puis entre 2 sourires et 3 larmes nous raconta son périple.Elle quittait la Hollande pour rejoindre une « cousine » à Lyon. Un pickpocket lui vola son portefeuille alors qu’elle arrivait gare du midi. Comme je l’avais éconduite, elle déambula dans le hall de la gare et aborda deux blacks qui parlaient lingala, des Congolais. Ils n’avaient pas d’argent à lui donner, mais ils descendaient en voiture à Paris et pouvaient l’emmener jusque-là.

Les heures passèrent, les garçons faisaient la tournée des bars autour de la gare. Elle suivait avec ses valises. À 18h, ils décidèrent de reporter leur voyage au lendemain, elle s’éclipsa un moment pour me téléphoner, elle opta pour le numéro de la maison mais, après quelques sonneries, raccrocha de peur de déranger.Les gars lui proposèrent alors de passer la nuit dans leur appartement.

Elle n’avait pas d’autre choix et nous dit : « Quand je suis rentrée dans l’appartement, j’avais vraiment peur. Puis j’ai vu deux femmes, je craignais moins ». Elle passa la nuit dans un fauteuil, la main sur sa valise. À 7 heures, elle demanda le chemin du métro.

Joëlle dormit quelques heures sur le lit de ma fille. À 16 h, nous la mîmes sur le train, direction Lyon. À 21 h, elle téléphona, elle avait retrouvé sa cousine.

Depuis lors plus de nouvelle, elle doit avoir rejoint les sans-papiers de la vallée du Rhône.

Sans papier, non seulement car on lui avait volé les siens mais surtout car elle avait reçu un ordre de quitter le territoire hollandais.

Deux ans plus tôt, elle avait obtenu de sa famille l’aide nécessaire pour tenter sa chance en Europe ; la plus instruite parmi les siens, parlant parfaitement le français, célibataire, elle emportait les espoirs de ses proches qui se cotisèrent pour trouver les 3.000 euros nécessaires au billet d’avion, au visa et au « protocole » qui organise la filière.

Elle obtint un visa d’un mois à l’ambassade des Pays-Bas et acheta un billet Kinshasa – Nairobi - Amsterdam.Lorsqu’elle monta à bord du vol Kinshasa - Nairobi, c’était son premier voyage en avion.

Elle s’installa donc sur le premier siège libre, spacieux et confortable, une hôtesse lui présenta un jus de fruit, elle était en business - class. Mais personne ne la dérangea car très vite, un congolais bien sapé prit place dans le siège voisin et engagea la conversation avec cette accorde jeune femme. C’était le maire de Kinshasa à qui elle conta son histoire. Il lui souhaita beaucoup de chance, du courage et l’aida à trouver sa correspondance sur le vol KLM à Nairobi.

Dès son arrivée à Schiphol, elle fut accueillie par deux « protocoles » congolais qui lui prirent son passeport, ses papiers personnels avant de la déposer le soir même devant un centre pour réfugiés en lui recommandant : « Tu sonnes et tu ne dis pas un mot en français. S’ils comprennent que tu parles français, tu auras un interprète français – néerlandais qui sera hollandais. Si tu ne parles que lingala, ils devront te donner un interprète lingala – néerlandais qui sera évidemment congolais. C’est mieux pour toi. »

De fait, pendant les interrogatoires, l’interprète l’aida. À la question : " Que feriez-vous si on vous ramenait au Congo ? " Elle répondit : " J’essayerais de retrouver mon travail ". L’interprète lui souffla en lingala : « Ne dis pas cela. Dis que tu seras pourchassée par la police ».

Sa demande de réfugiée politique, au prétexte que son père eût travaillé pour Mobutu et donc hostile à Kabila, fut refusée. On lui proposa à plusieurs reprises de la rapatrier, sans frais, elle refusa ; " Que vais-je dire à ma famille ? "( cfr post du 15-10-2005 ; « La honte au front « ).

Elle prit un avocat pro deo. Pendant deux ans , elle vécut dans un préfabriqué avec un viatique de 200 euros par mois. Une fois seulement, elle vint à Bruxelles pour travailler comme femme de chambre dans un hôtel, en noir évidemment. Elle n’a pas tenu la cadence ; autant de minutes pour une chambre, autant de minutes pour une salle de bains etc.

Sa demande en appel fut refusée et elle reçut un ordre de quitter le territoire hollandais. Ordre hypocrite s’il en est, car où pouvait-elle aller si ce n’est dans la clandestinité ?Mais qui suis-je pour émettre un jugement ; ne l’ai-je pas laissée sur un banc de gare un soir de Noêl ?

 

26.12.2006

Conte de Noël- L'enfant est né

-J'ai mis mon petit frère à la poubelle-

J'avais 10 ans et mon frère 7 quand nos parents nous ont annoncé qu'on allait avoir un petit frère ou une petite soeur. J'avais déjà un frère, ce ne pouvait donc qu'être une soeur , une poupée à habiller, à coiffer, une copine complice.

Le jour où ma mère accoucha, mon père m'annonca par téléphone;" Ca y est, ton frère est arrivé".

Ma seule réponse fut de raccrocher. La commande n'avait pas été respectée. Je boudais le berceau, refusant de toucher le bébé, de lui donner le biberon.

Quand il eut 3 mois, j'ai décidé de me débarasser de lui. Alors qu'il dormait à l'étage, mes parents au salon, j'expliquai mon plan à mon petit frère. J'ai accroché deux cordes au couffin. Mon complice dans le jardin s'est emparé de la poubelle et l'a placé sous la fenêtre. Puis nous avons descendu doucement le colis par la fenêtre. Jusqu'à ce que ma mère, intriguée par ces va- et- vient nocturnes, n' aperçoive le couffin suspendu à 3 mètres du sol, direction la poubelle.Elle n'a pas paniqué, me demanda de continuer doucement la manoeuvre et cueillit le colis dans ses bras.

Une fois l'enfant sauvé, elle n'a pu retenir sa colère, je fus fessée et punie comme jamais.

Puis, l'insouciance de l'enfance fit son oeuvre, je devins une grande soeur exemplaire et toute la famille tourna cette épisode en dérision.

 

PS: ce post doit beaucoup à Sylvie, 30 ans, éditrice qui raconte son histoire dans " La grande encyclopédie des parents et de la famille" Ed Fleurus.

 

21.11.2006

Militaires et cie

J'ai du métier des armes une conception assez martiale. Quand on porte l'uniforme, on vit en caserne, on marche au pas et on mange dans des gamelles. Bon, ca fait un peu ringard, je l'admets comme je me réjouis de l'évolution de ce métier.

Pour avoir attendu l' arrivée improbable des Russes pendant 15 mois dans une casemate en bout de piste d'un aérodrome militaire liégeois dans les années 70, j'ai revisité "Le désert des tartares" grandeur nature. Les Russes ne sont jamais venus ( on serait au courant !) .

Que les forces armées deviennent le bras séculiers des opérations de maintien de la paix, notamment en Afrique, me convient bien.

En ce temps là, en 1991 au plus chaud des pillages, du toit de l'immeuble qui nous servait d'abri, j'ai aperçu leurs silhouettes émaciées glisser le long des facades, bardées d'armes et de munitions et pour nous faire repérer par eux j'ai marché à leur rencontre au milieu de la rue , dans leur ligne de mire. Eux, c'était la légion.

Aujourd'hui, j'ai un peu de mal à fréquenter les soldats de la Monuc, en battle-dress et combat-shoes, à la table du petit déjeuner, facturé usd 30, au bar et autour de la piscine de l'hotel le plus sélect de Kinshasa qui facture la chambre usd 170/nuit!

Je sais que ces soldats et sous-officiers sont en transit à Kinshasa pour quelques jours entre deux affectations, mais cela, les soldats congolais qui, au mieux reçoivent une solde de usd 50 par mois ,ne le savent pas. Et il doit bien exister dans la capitale un endroit moins tape-à-l'oeil que cet hôtel pour dérouler les tapis de sol!

Bon si, comme cela semble se  profiler, la transition démocratique congolaise se réalise dans la paix, il leur sera beaucoup pardonné.