02.08.2011

La pensée unique

Les Etats-Unis viennent de frôler une catastrophe budgétaire qui aurait eu des répercussions mondiales.

Si un accord politique n’avait pas été conclu la nuit dernière entre le gouvernement démocrate et le Congrès majoritairement républicain, le plus puissant pays au monde n’aurait pas pu rembourser ses dettes arrivées à échéance ou payer ses fonctionnaires. L’accord tant discuté vient d’autoriser le gouvernement a creusé encore un peu plus la dette totale des Etats-Unis, qui dépasse déjà USD 14.000 milliards, en empruntant pour 900 milliards de dollars supplémentaires.

 

Je suis persuadé que la grande majorité des citoyens américains ne comprennent pas les données du problème même s’ils perçoivent que la crise est sérieuse. Que représentent concrètement pour eux des notions aussi abstraites que le "déficit des paiements, la balance commerciale, le PIB" ? Il doit leur paraître incompréhensible qu’un pays doive, comme chaque famille, équilibrer ses comptes  puisque, n’est-ce pas, c’est l’état qui détient les clés du système, qui créé la monnaie et qui peut changer les règles d’un jeu qui ne lui conviendrait plus.

Plutôt que de consacrer ce "post" à expliquer les fondements économiques de cette crise, je m’interroge sur l’absence totale de débat de fond. Chacun semble admettre la situation, ses vices et ses dérives sans la contester dans sa nature même. Bien sûr, les Grecs aujourd’hui, les Américains demain, manifestent dans la rue pour réagir contre les mesures d’austérité qui leur sont imposées par la faillite de l’état ; mais ils protestent contre la perte de leur pouvoir d’achat ou pour préserver leurs droits à la retraite sans remettre en cause le système en tant que tel.  Je n’entend pas de propositions alternatives, de nouveaux modes de pensée.

On applique à tous les problèmes les mêmes recettes ; plans d’austérité + FMI + équilibre budgétaire sans imaginer un monde où d’autres formes d’équilibres, d’autres priorités auraient émergés.

On dirait que le capitalisme, qui a survécu à toutes les autres idéologies, n’est plus questionné.

 

HSBC, une des plus grandes banques mondiales, vient d’annoncer un bénéfice semestriel de USD 8,9 milliards  ainsi que la suppression de 30.000 emplois, soit 10% de ses effectifs mondiaux, pour améliorer la compétitivité de la banque. Les syndicats anglais dénoncent cette restructuration, vont négocier des pré pensions mais ne contestent pas le régime lui-même.

L’Europe vient de ramener de € 500 à 113 millions son aide alimentaire à ses propres ressortissants les plus défavorisés mais le salaire des fonctionnaires européens sera augmenté de plus de 1000€ par mois cette année.

Depuis longtemps, insidieusement et même parfois inconsciemment, les plus nantis au plan économique ou politique ont cadenassés les mécanismes légaux et les usages afin de préserver par priorité leurs droits et avantages. Et ceux qui sont en dehors du cercle des nantis, soit aspirent à les rejoindre et se taisent, soit  sont convaincus que le système est de droit naturel et se taisent aussi.

D’ici 2050 la planète comptera 8,9 à 10,6 milliards d’habitants. Aucun gouvernement empêtré dans de stériles discussions institutionnelles ou électorales, luttant en permanence pour sa survie et celle de ses membres, ne sera à même de faire face à ce bouleversement.

Les besoins en énergie et en nourriture seront calqués sur les modes de consommations occidentales ( - de riz + de viande =+ de céréales, d’eau et de fourrages) ; les acteurs les plus avertis et les plus réactifs devant cette évolution sont les analystes financiers qui recommandent à l’achat les fonds qui spéculent sur les céréales, les fertilisants et les carburants de substitution. Quel politicien inscrit cette problématique dans son programme électoral ?

N’est-il pas surprenant que depuis 20 ans plus aucun débat public ne questionne notre mode de fonctionnement ?

On assiste à un glissement sémantique des centres de préoccupation ; les questions de nationalités, d’identité, d’appartenance ont supplanté les débats sociaux et économiques.

Où sont les intellectuels, les penseurs, les chercheurs, les syndicats ?

On a dû connaître Fukushima pour remettre en cause le nucléaire.

Il semble donc vrai que «  les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne perçoivent la nécessité que dans la crise « .

La crise est là, pour donner raison à Jean Monnet reste à inventer le changement. 

20.03.2011

Chessmaster

 

Par où commencer?

Le Maghreb, le Japon, le Moyen-Orient, la Belgique?

Et qu'en dire qui ne soit de convenance?

Le courage des uns, la peur des autres, la folie de tous?

Une vague impression se profile que ce 21° siècle comprend déjà sa part de catastrophes. On a, en tout cas, bien démarré; aux catastrophes naturelles ( tsunami en Asie en 2004- cyclones en Birmanie en 2008- tremblements de terre à Haïti en 2010 au Japon en 2011) s'ajoutent celles des hommes ( USA 2001- Irak 2003- Japon 2011- Lybie 2011).

Cette première décade du siècle est-elle, d'un point de vue historique, anormalement catastrophique?

Peu importe; il se fait qu'aujourd'hui nous sommes informés en temps réel et donc appelés à nous prononcer, à émettre des avis, à réagir et agir sans recul.

La plupart des événements récents qui bouleversent le monde comporte une dimension renvoyant à ce qui marquera durablement notre avenir; l'énergie. La fin prévisible et souhaitable des énergies fossiles et nucléaires augure d'une révolution technologique majeure, traumatisante et inégale.

Majeure; regardez cette vidéo qui présente un monde en accélération exponentielle qui larguera la plupart des nations du globe incapables de suivre le rythme ou même de le comprendre, qui larguera mêmement des pans entiers de nos sociétés où les nouveaux analphabètes ne sauront lire et écrire .. que sur du papier.

 

Traumatisante; les équilibres actuels basés sur les intérêts croisés des pays seront rompus. Quels regards porterons-nous sur des pays qui ne seront plus nos fournisseurs ou nos clients?

Inégales; seuls les pays les plus riches et plus éduqués auront la capacité de maîtriser les nouvelles technologies.

Mais ce qui m'affole, ce n'est pas cela. Le passé récent, le 20° siècle, ou plus éloigné ne justifie aucune nostalgie d'un monde meilleur qui nous serait aujourd'hui refusé.

Il faudrait remonter à la civilisation minoenne du 2° siècle avant Jésus-Christ en Crête pour que j'envie un moment de l'histoire.

Ce qui m'ébranle c'est l'énorme partie d'échec que nous jouons au jour le jour au plan mondial avec en jeu nos vies, celle de la planète, des générations futures, bref la survie elle-même.

Sur l'échiquier, les meilleurs joueurs du monde se font maintenant battre presque systématiquement par des logiciels  comme ChessMaster qui d'une part ne fait jamais d'erreur d'inattention et ensuite analyse en une seconde tous les coups possibles, leurs conséquences et leur efficacité. Toutes les variables ont été intégrés, le hasard banni et les sentiments, les états d'âme et les contraintes physiques éliminés.

Sur la planète des hommes, on bâtit des centrales, on organise des élections et on lance des avions, et puis?

Qui est capable d'anticiper ne serait-ce que 3 ou 4 coups d'avance? Personne.

On pérore, on se gargarise, on se fait plaisir mais au fond, on avance dans le brouillard. Parce qu'on croit pouvoir plier les hommes à sa propre volonté; parce qu'on pense qu'en jouant telle pièce l'interlocuteur - un adversaire, un peuple, la nature, les dieux- va devoir réagir de telle ou de telle manière. Mais que sait-on de la nature et des dieux pour préjuger de leurs réactions.

Quant aux autres hommes, encore faut-il qu'ils aient envie de jouer avec vous aux échecs; qu'ils en connaissent et en respectent les règles.

Or, selon les circonstances et les humeurs, les uns ou les autres changent les règles du jeu en cours de partie comme ces enfants, leaders de bande, qui font de même dans les cours de récréation pour gagner toujours.

Il est illusoire de vouloir prévoir les prochains coups car ils auront lieu hors de l'échiquier.  

Si l'on est parvenu à modéliser les incalculables combinaisons du jeu d'échec, on devrait pouvoir modéliser les enjeux de notre siècle en intégrant même les comportements erratiques de joueurs incontrôlables comme les tsunamis ou autre Kadhafi. Cela fait, on disposerait d'un consultant inerte, tributaire ni de ses hormones ni de son égo, qui distillerait ses analyses et ses recommandations ou au moins qui délivrerait des SWOT ( strenghts-weaknesses- opportunities- threats) comme autant d'aides à la décision. Restera alors à s'employer pour que tous les acteurs de notre monde s'inscrivent dans les règles du jeu ainsi circonscrit. Lorsqu'une décision devra être prise, on consultera le "WorldMaster" pour demander son avis et il n'est pas sûr que la VLD aurait fait sauter le gouvernement belge il y a un an, que la centrale nucléaire de Fukushima ait été construite à l' endroit actuel ou que les F16 survolent Tripoli cette nuit.

Evidemment me direz-vous, les données quantitatives et qualitatives alimentant ce WorldMaster seront introduites et façonnées par des hommes, donc très subjectives. De fait, à la nuance près qu'elle seront définies par des cénacles de personnes choisies pour leurs compétences et leur sagacité, approuvées par des instances internationales et arrêtées hors de toute période de troubles ou de conflit.

Ce serait de toute façon préférable aux consultations de cartomanciennes dont entre autres Reagan et Mitterand étaient friands!

11.10.2010

Armes silencieuses pour guerres tranquilles.

Il importe, devant l'afflux d'informations de toutes sortes dont nous sommes abreuvés quotidiennement, de se forger une grille de lecture pour garder une réflexion critique sur les discours officiels afin de ne  pas se soumettre à la seule pensée dominante. Je vous propose de vous inspirer du linguiste et philosophe, de sensibilité anarchiste, nord-américain Noam Chomsky, professeur au MIT, qui a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les média.

Lorsque vous faites un exercice de relecture des grands thèmes actuels dont on nous rabâche les oreilles ( l'Irak, le Moyen-Orient, les pensions, les roms, la délinquance, BHV, les people, la politique bling-bling, papa Daerden, TF1, les JT qui s'ouvrent sur des faits divers etc) , à la lumière de ces décodages, vous apercevez qu'une cohorte de journalistes et d'intellectuels asservis servent de prêtrise sécularisée aux dominants. 

Voici l'éventail des "armes silencieuses pour guerre tranquilles" comme Chomsky les qualifie :

 


1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles. «  Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux. »  

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans.  Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

 4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. Cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

 5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

 La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants. Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans ».

 6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

 7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

 

 

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures".  

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

 9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !…

 10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

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 Même s'il est contesté pour ses prises de position politiques, principalement par les dirigeants israéliens à qui il ne passe rien étant lui-même juif, Chomsky a énormément contribué à décrypter les mécanismes de la " fabrication du consentement". Et je trouve un écho particulier aux stratégies 1-2 et 9.

Mais il n'a rien inventé; les romains avaient déjà tout compris " Panem et Circenses".

 

 

 

15.06.2010

A voté

 

En Belgique, le vote est obligatoire ; ce qui en soi est louable. Des sanctions sont d’ailleurs prévues pour les récalcitrants.

Les électeurs empêchés pour justes motifs (maladie, voyage, obligation professionnelle..) peuvent mandater un autre électeur pour voter en leur nom. Rien n’est cependant prévu pour les personnes (très) âgées.

Ainsi dimanche dernier, cette dame de 92 ans souhaitait donner procuration à son fils.

Le formulaire de procuration ad hoc devait être retiré, quelques jours plus tôt,  au « service de la population » de la commune .

L’employée communale : «  Pourquoi souhaitez-vous un formulaire de procuration ? »

Je réponds « Pour une dame de 92 ans »

« Avez-vous un certificat médical ? »

«  Mais cette dame n’est pas malade »

« Vous ne pouvez voter par procuration qu’en cas de maladie ou d’invalidité ».

 

Elle avait raison, c’est inscrit en toutes lettres sur la convocation, mais j’insistai.

« Mais elle n’est ni malade ni invalide ; simplement elle a 92 ans »

«  Vous avez quand même besoin d’un certificat médical, c’est la loi »

«  Elle ne va pas dépenser 35 euros de visite à domicile pour que le médecin atteste qu’elle a 92 ans ; sa carte d’identité suffit »

«  C’est la loi, Monsieur »

«  Réfléchissez un peu, la sécurité sociale est déjà en déficit, si des dizaines de milliers de seniors appellent leur médecin …. »

«  Je n’ai pas à réfléchir, ce n’est pas moi qui fais les lois »

«  Ce n’est non plus à vous à décider qui peut voter ou pas, je m’arrangerai avec le président du bureau de vote ».

 

Je sortis de cette joute verbale avec la procuration et la volonté d’en découdre au bureau de vote de mon quartier le jour de l’élection.

Dimanche 13 juin à 13h au bureau de vote, les deux premiers assesseurs, qui contrôlent les identités, ne posent pas de question à propos de la procuration et me donnent deux cartes de vote. Sans demander mon reste, je me précipite dans l’isoloir et accomplis mon devoir électoral et filial.

Mais le président du bureau de vote m’interpelle dès que je sors de l’isoloir : » Avez-vous le certificat médical pour cette personne ? »

Je lui réponds guilleret d'avoir déjà voté et curieux de sa possible réaction devant le (for)fait accompli : «  Son certificat c’est son âge, elle a 92 ans » et alors que j’allais développer toute une argumentation invoquant les droits de l’électeur âgé, la Cour de Justice,  le budget de la sécurité sociale et la démocratie, il me répondit débonnaire : » Bon, ce n’est pas tout à fait normal mais je comprends ».

Et j’entends, dans mon dos en m’éloignant : «  A voté ».

 

 

04.05.2010

BHV

Ceux qui proclament, parfois avec dédain, ne rien comprendre au problème de BHV m'agacent.

D'abord, on en parle depuis des années; ensuite, internet récompenserait rapidement un peu de curiosité. Ici même, on l'a déjà évoqué, notamment les 15-07-2008 et 01-11-2007. 

Alors, si Yves Leterme a eu tout faux en prétendant, pendant une campagne électorale, qu'il "suffira de 5 minutes de courage politique pour régler BHV", j'ai plaisir à vous garantir qu'il vous suffira de 10' pour lire ce post et briller dans les réunions de famille préélectorales.

* La langue française fut la seule langue officielle en Belgique jusqu'en 1898.

* En 1932, les Flamands proposèrent d'en faire un pays bilingue mais les Wallons, menés par Jules Destrée, refusèrent en espérant réserver ainsi aux seuls Wallons les emplois qui, à l'époque, requéraient, à tout niveau, la connaissance du français.

* On parla donc le français au sud et le flamand au nord; il restait à organiser les droits des minorités qui se trouvaient à la frontière entre les deux communautés. A cet effet, on décida de procéder tous les 10 ans à un recensement linguistique des populations communales et de garantir des facilités à une communauté linguistique lorsqu'elle dépasse 30% des habitants d'une commune. En réalité, un seul recensement eut lieu, en 1947 et ses résultats pénalisèrent la Flandre: 3 communes flamandes devinrent bruxelloises et 4 autres communes flamandes bénéficièrent de facilités.

* Début des années 60, constatant la francisation rampante des communes flamandes autour de Bruxelles, les bourgmestres flamands refusèrent d'organiser le recensement et exigèrent que la frontière linguistique soit définitivement figée pour arrêter la propagation de la "tâche d'huile" francophone.

* La frontière fut donc tracée en 1964 par le Ministre Gilson et des facilités reconnues à une trentaine de communes; ici pour une minorité flamande, là pour une minorité francophone ou germanophone.

* Depuis très longtemps, une circonscription électorale bizarre regroupait les 19 communes bruxelloises et 35 communes flamandes autour de Hal et Vilvorde pour permettre aux 150.000 francophones installés au nord du Brabant de voter pour des listes francophones.

Sans cette construction hybride, ils auraient été rattachés à Leuven et n'auraient pas eu accès à des listes francophones ni les moyens de se faire rendre justice dans leur langue. Cette circonscription appelée Bruxelles+ Hal+ Vilvorde= BHV, la seule bilingue en Belgique, était en quelque sorte la contrepartie d'une ville de Bruxelles limitée à ses 19 communes. Si les francophones acceptaient le carcan qui pesait sur Bruxelles, au moins les francophones de la périphérie bruxelloise pouvaient-ils voter pour les mêmes listes électorales que les bruxellois c.-à-d. des listes francophones ou flamandes. Les Flamands s'accommodèrent de cette situation qui permettait de verrouiller le territoire de Bruxelles.

* Le problème de BHV débuta début des années 90 lorsque les flamands demandèrent de scinder la province du Brabant en deux; Brabant flamand et Brabant wallon. Cette scission intervint sous la houlette de Jean-Luc Dehaene et donna l'occasion aux nationalistes flamands de demander la scission de BHV puisque cet circonscription hybride entamait le territoire du seul Brabant flamand.

La Cour d'arbitrage estima en 1998 que BHV n'avait rien d'illégal et le problème fut botté en touche. Mais en 2002 Guy Verhofstadt, machiavélique ou honnête homme, procéda à une réforme qui fit coïncider les circonscriptions électorales avec les provinces. Or, à l'évidence, BHV ne coïncide avec aucune province belge. Dès lors, à nouveau saisie du problème, la Cour d'arbitrage décréta en 2003 que BHV ne correspondait plus aux normes légales et qu'il convenait de régler cette question.

* Depuis longtemps, les flamands soutiennent que les facilités accordées aux francophones à Hal, Vilvorde ou dans les 6 communes autour de Bruxelles n'ont qu'un temps - celui accordé aux francophones pour "s'intégrer"- et qu'elles doivent être progressivement supprimées. D'où leur demande incessante pour scinder BHV et rattacher Hal et Vilvorde avec Leuven au sein de leur province; le Brabant flamand. 

En fait  et en droit, ils n'ont pas tout à fait tort; les partis politiques francophones ne disent d'ailleurs pas "non", ils disent:" Si vous avez quelque chose à demander, nous aussi nous avons des revendications car l'existence de BHV et des facilités ne s'expliquent que par les concessions que nous vous avons faites; suppression du recensement, carcan autour de Bruxelles etc; si on supprime ces facilités, on remet en cause nos concessions, notamment à Bruxelles". Mais ce langage n'est pas entendu par les Flamands; la scission de BHV doit être accordée par les francophones sans aucune discussion ni contrepartie. Lassés d'attendre, les parlementaires flamands- dont Herman Van Rompuy ! - ont signé une proposition de loi pour faire voter au Parlement la scission de BHV par le groupe linguistique flamand majoritaire (88 députés) contre la minorité francophone ( 62 députés).

Depuis des mois, les francophones utilisent toutes les procédures possibles pour reporter le vote au Parlement de cette proposition de loi qui romprait le dialogue entre les deux communautés et cristalliserait les attitudes nationalistes flamandes. Si les partis francophones bloquent la procédure de vote de la scission de BHV, avec une certaine mauvaise foi, ce n'est pas tant pour défendre le seul sort électoral de 150.000 francophones résidant en Brabant flamand

En réalité, le conflit BHV s'inscrit comme la suite logique de la délimitation de la frontière linguistique en 1964, de la suppression des messes en français à la côte, du "Walen buiten" de Leuven en 1968, des marches flamandes sur Bruxelles ou dans les Fourons en 1987.

Le fond du problème repose sur deux conceptions différentes de la façon de régir les relations entre les communautés: pour les flamands, le "droit du sol" prime, pour les francophones le "droit des gens" s'impose.

L'obsession flamande se reflète dans leur slogan:" Vlaanderen waar Vlaams thuis zijn". Il s'agit de sanctuariser le territoire flamand par une homogénéisation linguistique sans faille. Que 10.000 étudiants francophones guindaillent dans les rues de Leuven, que les francophones de Halle ou de Vilvoorde puissent voter pour des listes francophones ou se faire rendre justice dans leur langue n'est plus tolérable.

Cette fixation procède d'une peur obsolète mais d'un complexe et d'une rancoeur compréhensibles. Il est exact que la langue flamande eut du mal à supplanter une multitude de patois qui la mirent en péril mais c'est de l'histoire ancienne; il est vrai par contre que les Flamands doivent abandonner leur langue aux frontières de leur région et que, systématiquement ils doivent adopter une langue étrangère.

Alors, au moins sur leur territoire ils entendent imposer leur langue.

Mais les francophones savent que BHV n'est qu'une étape et que, ce problème réglé, les facilités dans les 6 communes en périphérie de Bruxelles seront contestées, le wooncode et ses diverses déclinaisons seront appliqués puis Bruxelles sera étranglée financièrement et mise sous gestion tutélaire flamande. 

Alors pour ne pas se retrouver tout nus, relégués en citoyens de seconde zone, les francophones ont décidé de caler; s'il faut négocier c'est ici et maintenant et pas seulement de BHV mais aussi de Bruxelles et de l'envie de vivre ensemble.

Mais qui a envie d'avoir envie? 


25.04.2010

"L'aide fatale" des ONG?


Et si, à la Baule en 1991, Mitterand n'avait pas prévenu les chefs d'état africains que la France conditionnerait dorénavant son aide à l'instauration de la démocratie dans leur pays, mais si, plus radicalement, il avait annoncé que la France cesserait toute assistance financière à partir de 1996?

Et si l'ensemble de la communauté internationale lui avait emboîté le pas en fermant les robinets de l'aide à l'Afrique moyennant préavis de 5 ans? 

La situation dans ces pays serait-elle aujourd'hui meilleure ou pire?

On serait tenté de dire que l'Afrique, déjà mal en point, serait à l'agonie. Ce n'est pourtant pas l'avis de plusieurs experts dont Dambisa Moyo, une jeune économiste zambienne, bardée de diplômes, dans un livre qui fait débat:" L'aide fatale".

Son analyse part d'un constat: depuis les indépendances, soit une cinquantaine d'années, l'Occident a déversé plus de 1.000.000.000.000 de dollars en Afrique à titre d'aides diverses au développement.

Résultat? A part quelques exceptions, un grand fiasco.

Pour Moyo, la cause de cet échec réside précisement dans l'aide au développement en ce qu'elle alimente les circuits de courtisanerie, dissocie l'argent reçu d'un travail presté, nourrit la corruption, cultive l'état de dépendance. Un des rares chefs d'état convaincu de la pertinence de cette réflexion est P. Kagamé au Rwanda. Les autres n'osent même pas imaginer que le budget de leur état soit réduit de 30, 40 ou 50%. 

Les Cahiers Africains, n° 76 intitulé:" Réforme au Congo", font le même constat:"On a identifié les problèmes, nous en connaissons les causes et les solutions.. mais les choses vont de mal en pis".

Toute la méprise relève d'une perception différente des stratégies et des objectifs des uns et des autres: là où les contributeurs étrangers identifient un problème à résoudre, en matière de sécurité, d'éducation, de gouverance,de santé ou d'infrastructures, les autorités locales distinguent une source d'aides, de revenus et de profits qu'il convient de ne pas tarir.  

Ainsi, maintenir un conflit de basse intensité à l'est du Congo arrange tant de personnes qu'il serait naïf de croire au règlement rapide du problème.

Il n'y a pas que les marchands d'armes qui ont pour devise;" No war, no job, no money".

Et les ONG?  Elles jouent un rôle central dans les secteurs d'activité délaissés par l'autorité publique et singulièrement dans l'éducation et la santé. 

Au Cambodge, la plus forte concentration d'ONG par tête d'habitants, on ne demande pas :" " Dans quelle entreprise travailles-tu," mais " Pour quelle ONG travailles-tu?"

Elles aussi sont sujettes à des remises en question existentielles puisque leur but ultime consiste à se rendre inutiles, ayant soit résolu le problème à l'origine de leur action, soit transféré  leurs compétences à des structures locales.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette problématique, je vous invite à consulter le flyer repris ci-dessous et à assister à l'expo photos et à la présentation d'un film qui sera faite le samedi 5 juin à 18 heures au centre culturel Jacques Franck , ch de Waterloo 94 à 1060 St Gilles,

ou visitez le site  http://lemondesolidaire.canalblog.com

 IMS-Expo-net4

 

 

 

09.06.2009

Elections: quelles réponses pour quelles questions?

 

Le 7 juin, la démocratie a progressé, la Belgique a régressé. 

Il faut se réjouir de la disparition des partis d‘extrême droite du paysage politique en Wallonie et à Bruxelles, non parce qu’ils furent politiquement dangereux ou nuisibles, ce ne  fut pas le cas, mais parce que preuve est faite que les électeurs ont mûri et qu’ils purent trouver des réponses à leur questionnement au sein des partis démocratiques.

Ceux-ci ont repris la place sur l’échiquier politique qu’ils n’auraient jamais dû quitter ; les socialistes sont revenus à gauche, les libéraux à droite, les humanistes au centre et les écolos les pieds sur terre. L’électeur a ainsi de vraies alternatives et les alliances, finement négociées par les écolos, déboucheront vraisemblablement sur un choix de société et pas sur un vague consensus mou qui ne contente personne et au sein duquel le citoyen ne se reconnaît pas.

Surtout que chacun reste à sa place, joue sa partition et assume son rôle au pouvoir ou dans l’opposition.

Par contre, faut-il se réjouir que les wallons et les flamands n’aient pas répondu aux mêmes questions ? La Flandre aussi a sanctionné l’extrême droite mais elle a plébiscité le CDV et la N VA avec le mandat clair d’obtenir la réforme institutionnelle réclamée depuis 2 ans. Cette réforme signifie moins d‘état fédéral et plus de pouvoirs aux régions. Et si les négociations ne mènent à rien, les flamands démontreront par l’absurde l’impossible statu quo en étranglant financièrement le niveau fédéral. Ils ne passeront pas en force mais en fric.

En Wallonie, on s’est préoccupé de gouvernance, d’environnement et de crise financière comme si la réforme de l’état était encore de la compétence fédérale. Or, demain ce seront les régions qui devront négocier entre elles et les wallons trouveront en face d’eux des interlocuteurs  clairement mandatés pour obtenir ce que leurs électeurs leur ont demandé. Vox populi, vox dei.

 

PS : La population âgée, de plus en plus nombreuse, ne peut être dispensée de voter ou pire ne peut donner une procuration qu’à l’appui d’un certificat médical. Or le médecin ne constate pas qu’une personne de 91 ans est malade, il constate qu’elle a 91 ans ce qui ne requiert ni de prendre sa tension ni de facturer 35 euros dont une partie sera remboursée par la sécurité sociale déjà bien mal en point. Les personnes âgées devraient pouvoir donner procuration sans certificat. Vox mamy, vox gratis. 

17.05.2009

La dynamique des structures ( wallonnes)

Vous vous y retrouvez, vous ?

La Wallonie compte 3,5 millions d’habitants ; grosso modo un quart de la ville de Paris. Mais pour faire « fonctionner » cette Région, on a empilé un gouvernement, un parlement, 5 provinces et 262 communes, 109 intercommunales, une myriade d’OIP et autres outils publics, des invests, des unions de villes, des superstructures trans-communales ou trans-provinciales. Sans compter une noria d’ASBL, groupes d’intérêts ou autres nébuleuses. Chaque fois qu’il faut distribuer de l’électricité, du gaz, de l’eau, la télédistribution, curer des égouts, trier des ordures, distribuer des fonds, gérer un abattoir, une piscine ou couper l’herbe le long des routes, on crée un « bidule ».

Evidemment, à chaque stade il faut un président, un vice-président, des administrateurs, un réviseur, des suppléants, des comitards, des consultants bref tout un système qui non seulement permet de répartir les postes mais aussi mobilise des budgets, des fonds, des subsides.

Si vous ne vous y retrouvez pas parmi les  Imobogaz, Imobelec, Intercommunale pure de financement du Hainaut, Intercommunale d’électricité du Hainaut, Ideg, Interlux, Intermosane, Simogel, Sédelec, Ores et autre Crac , ne culpabilisez pas, vous n’êtes pas les seuls.

Les mauvaises langues insinuent que ces « structures » ont précisément pour but de créer la « fluidité » nécessaire entre tous les pouvoirs wallons afin que chacun n’y retrouve pas ses jeunes. 

Tancé par la presse (merci La Libre) de mettre fin aux multiples scandales qui fleurissent sur le terreau fertile de tous ces « bidules » mais qui discréditent la vie politique au point d’apparaître comme une des dernières marques de fabrique purement wallonne, le Parlement wallon a longuement débattu et amendé une proposition visant à instaurer une commission ( même pas d'enquête) parlementaire chargée d’examiner les conventions passées entre les intercommunales et les consultants (sensés être extérieurs) afin de vérifier la compatibilité et la pertinence des missions onéreuses qui leur sont dévolues.

On les prendra au sérieux lorsque nos élus, qui dirigent ce qui représente 1/8° de la ville de New-York, décideront de supprimer un sur deux de leurs « bidules ».

Mais suis-je inconscient ? N’est-ce pas carrément mettre en péril la dynamique même des structures wallonnes ?

 

 

08.05.2009

Des aventuriers

Le 7 juin on va voter. N'écoutez pas celui qui a dit : «  On vote avec son parti comme un gentelman et pas avec sa conscience comme un aventurier ».

 Un peu d'éthique embellirait les isoloirs. Que faut-il de plus pour que l'on se détourne des malandrins qui s'approprient la «  res publica » à leur profit ou celui de leurs proches. Sous les tropiques ou ici. Encore plus de scandales, plus de procès?

Etre élu, disposer d'un mandat public crée plus de devoirs que de droits ; c'est bien de le rappeler de temps à autre car cette évidence semble soluble dans la durée. Plus  longue est la carrière politique, plus évanescente est la devise éloquente «  Servir et non se servir » que Mobutu avait choisi pour son parti unique, le MPR.

Curieux de citer un adage de Mobutu pour illustrer l'éthique en politique, mais peut-être y a-t-il cru.... quelques instants. Les politiciens vieilliraient-ils encore plus mal que leurs électeurs ?

Qui échappe au vertige du pouvoir et des honneurs ?

Au coeur même d'une institution qui, plus que toutes autres, devrait pouvoir mesurer les dérives du pouvoir, rien n'est trop beau ni trop cher pour asseoir son importance. La salle du Conseil des Droits de l'Homme dans le palais des Nations à Genève avait besoin d'un lifting. Il aura coûté 20.000.000 euros !

Le secrétaire général de l'ONU Ban Kimoon et le roi Juan Carlos d'Espagne ont inauguré cette salle dont la voûte, à la fois marine, rupestre et galactique, fut décorée par l'artiste espagnol Miguel Barcelo.

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 35.000 kilos de peinture de toutes les couleurs ont été projetés au plafond formant un chapelet de stalactites et de trous colorés évoquant les grottes marines de Majorque.

Je ne sais pas si le résultat de ce travail qui dura 13 mois, contribuera à élever les débats, réduire les oppressions,  supprimer les mutilations ou améliorer la justice mais je sais mille institutions, ONG ou associations qui seraient volontiers venues à Genève repeindre la salle du Conseil si le même budget  avait été alloué à leurs programmes et leurs actions sur le terrain.

Le 7 juin, votons comme des aventuriers !

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23:15 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique |  Facebook |

02.03.2009

Chien errants de Antananarivo

Signes d'un apaisement, ils sont revenus.

Mi-domestiqués, mi-sauvages, les chiens errants de Antananarivo, couverts d'un pelage jaunâtre et sale, s'aventurent à nouveau sur les grands boulevards du centre ville à la nuit tombée. Ils vivent en bande et rôdent efflanqués autour des décharges débordantes après 4 semaines de manifestations qui les avaient tenus éloignés des foules, des cris et des coups de feu.

Le calme est relatif car politiquement la situation s'enlise. Sous l'égide des églises, le président élu (RA8) et TGV se sont rencontrés à plusieurs reprises, ont négocié mais sans trouver de solution à leur différend. En réalité il n'y en a qu'une: que l'un des deux s'efface. Pour les en convaincre, il faut proposer une porte de sortie honorable au perdant. La palabre s'installe faite de promesses, de ruptures, de menaces. Hier, c'était un appel à la grève générale et illimitée lancé par TGV. Sera-t-il suivi? Pour quels résultats?

Pour lire la presse malgache en ligne: http://www.madagascar-tribune.com/

Pour voir de belles photos de Madagascar hors des tumultes politiques, consultez ; http://nautilus.skynetblogs.be

 

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